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Full text of "Journal des savants"

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BUREAU  DU  JOURNAL  DES  SAVANS. 


Assîsians../ 


Auteurs. . 


MoîssEiGNEUR  LE  GARDE  DES  SCEAUX,  Président, 

r  M.  DAciER,de  rinîtitut  royal  de  France,  secrétaire  perpéiuct 
de  racadémie  des  inscriptions  et  belles-lettres. 

M.  le  Baron  Silvestre  de  Sacy,  de  rinâtitut  royal  de  France, 
académie  des  infcHptiiMis  et  beiles-lcttres. 

M.  GoSSELLiN,  de  l  Instiitit  royal  de  France,  académie  deî  ins- 
criptions et  belles- leitrc-s 

M.  CUVIER,  conseiller  d'état,  de  Tlnstitut  royal  de  France, 
secrétaire  perpétuel  de  racadémie  des  sciences,  €l  merobre  de 
IVicadémic  française. 

M.  DAUNOUjderinstttnt  royal  de  France,  académie  des  înscrip- 
tîonî  et  belles-lettres,  éditeur  dn  Journal  et  secrétaire  du  bureau. 

M.  TESSIER,de  l'Institut  royal  de  France,  académie  des  sciences, 

M.  QuATREMÈRE  DE  QuiNCY,  fie  Tlnstîtnt  royal  de  France, 
secrétaire  perpétuel  de  Tacadéniie  des  beaux-ans,  et  membre  de 
celle  des  inscri[-tions  et  bi/iles-lettres. 

JVl,  BlOT,  de  rinstilut  royal  de  France,  ncaJérnie  des  sciences, 

M.  VandfrbourG,  de  rinsiiiiU  royal  de  France,  académie  des 
inscriptions  et  belles-letires. 

M.  UayNOUARD,  de  rinsfitut  royal  de  France,  secrétaire  per- 
pétuel de  Tacadémie  française, et  membre  de  racadémie'des  ins- 
criptions et  belles-kttres. 

M»  KaûUL-Rochettf,  de  linstitat  royal  de  France,  académie 
des  inscriptions  et  belles-lettres. 

M,  Chézy,  de  rinstilut  royaj  de  France,  académie  des  inscrip- 
tions et  belles-lettres. 

M.   y.  Cousin,  maître  de  conférences  à  FEccîc  normale. 

M*  Létronne,  de  Tlnstitnt  royal  de  France,  académie  des 
inscriptions  et  belles-lettres, - 

M.  Du  LONG,  professeur  de  pbpiqttc  et  de  chimie  à  rÉcoîe 
royale  d'Alfort. 

M.  Abel-Remusat,  de  Tlristitut  royal  de  France,  académie  des 
inscriptions  et  belles-lettres. 


Le  prix  de  rnbonnement  au  Journal  des  Savans  est  de  56  francs  par  an, 
rt  <fe  40  fr.  par  la  poste,  hors  de  Paris.  On  s'abonne  chez  MM-  Treutîel  et 
\^'ùrt^,  à  Paris,  rue  de  Bourbon,  n.'  ij^  à  Sirashourg ,  rue  des  Serruriers^  et  A 
Londres j  ri,*jo  Soho-Square,  H  faut  affranchir  les  lettres  et  l'argent. 

Tout  ce  (jui  peut  concerner  les  annonces  à  insérer  dans  cejournûî, 
lettres  ,  ûvis ,  fnemohes  ,  livres  nouveaux,  &c.  doit  être  adressé, 
FRASC  DE  PORT ,  ûu  bureau  du  Journal  des  Savausj  à  Paris,  rue 
de  Mcnil-montant,  n.**  zi. 


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JOURNAL 

DES    SAVANS. 


JANVIER     1820. 


Leoms  DiACONi  Caloensis  Historia  ,  Scripîorcsfjae  alii 
42ci  tes  Byiantinas  pertinentes,  E  Bibliotheca  rei!;ia  aune 
primùm  in  lucem  edidit ,  versione  lathui  et  notis  ilIuMrdvit  C. 
B.  Hase,  éTc,  &i\  Un  vol.  in-fo!.  Paris,  i8ïp»  de  l*im- 
jirimerie  royale. 

PREMIER     EXTRAIT* 

XliN  publiant  en  1  8  j  o,dans  lehuîiîème  voltiine  du  Recueil  des  Notices, 
un  livre  de  THistoire  de  Léon  Diacre,  M.  ila^e  avoîi  eu  principalement 
pour  objet  d'arracher  au  long  oubli  dont  tlle  a  voit  été  frappée  .  une  d.s 
parties  tes  plus  nnportantes  de  cette  Histoire,  L*édiîeur  espéroit  encore 
que  le  public,  mieux  éclairé  cju*il  n'avoit  pu  Tétre  jusqu^îilors  sur  l'utilité 
de  cet  ouvrage,  voudroit  en  connoître  la  totalité ,  et  qu'ainsi  la  publîcaiiuu 

A    X 


4  JOURNAL  DES  SAVANS, 

entière  de  Léon  Diacre,  supplément  si  iiûlc  ci  la  Byzantine,  suîvroît  cette 
prcnifère  coniinunicaLion  Le  vœu  de  lous  Us  hoinnies  in  iruits  lu;  en  effet 
conforme  aux  espérances  de  M.  lLi>e  :  jnais  ce  vœu,  suffisant  pour  cons- 
tater le  mérite  d'une  entrcj)rise  litiér.iire,  ne  Te^t  pas  toujours  pour  en 
assurer  le  succès.  Jl  faut,  pour  publier  de  pareils  ouvrages,  de.s  ress<.>urces 
que  n'ont  pas  ordinairement  ceux  qui  ont  le  courage  et  le  talent  néces- 
saires pour  les  entreprendre;  et  il  n'est  pns  absolument  sans  exemple  qu'un 
boji  livre,  mêfne  connu  et  vanté  d'avance,  soit  mort  dans  le  porte-feuille 
dcf  l'auteur,  faute  de  ces  secours  qu'on  prodigue  quelquefois  aux  plus  mi- 
sérables productions.  Heureusement  pour  M.  Hase,  il  s'est  trouvé  k 
Péiersbourg  un  homme  qui  a  senti  le  prix  d'un  ou\rage  annoncé  en 
France,  et  qui,  sur  la  seule  garantie  de  la  capacité  de  l'auteur,  s'est  chargé 
d'une  partie  des  frais  de  l'édition.  Encouragés  par  l'exemple  de  cette 
munificence  étrangère,  plusieurs  de  nos  compatriotes  n'ont  pas  dédaigné 
d'en  partager  le  mérite;  et,  grâce  à  cette  honorable  émulauon ,  ^Histoire 
de  Léon  Diacre  a  pu  sortir  enfin  de  l'obscurité  où  elle  étoit  depuis  si 
long- temps  reléguée. 

Les  difficultés  qui  avoient  tant  retardé  la  publication  du  Léon  Diacre^ 
et  dont  M.  Hase  avoit  enfin  triomphé ,  n'étoient  rien  cependant  en  com- 
paraison de  l'accident  qui  devoit  la  suivre.  Une  partie  considérable  de 
l'édition,  cent  cinquante  exemplaires  destinés  pour  la  Russie,  ont  péri 
dans  le  naufrage  du  brick  le  Mercure.  Bien  des  éditions  ont  été  de  inême 
épuisées  en  totalité,  il  y  a  quelques  années,  par  l'efltt  de  spéculations 
mercantiles;  êl  plus  d'un  littérateur  eût  aie  rs  recherché  la  faviM.ir  d'un 
pareil  naufrage.  Mais  celui-ci  est  devenu  pour  M.  Hase  une  perte  aussi 
réelle  qu'inattendue;  et  ce  qui  peut  seul  lui  en  adoucir  le  sentiment,  c'est 
que  ses  regrets  seront  partagés  par  lous  les  amis  des  lettres. 

L'Histoire  de  Léon  Diacre,  conservée  dans  un  manuscrit  jusqu'à  ce 
jour  unique  de  fa  Bibliothèque  du  Roi,  n'éioit  pas  restée  inconnue  des 
savans.  Le  P.  Combefis,  ce  docte  et  laborieux  Dominicain  qui  a 
rendu  tant  de  services  à  la  littérature  du  moyen  âge,  en  avoit  fiiit  une 
traduction  latine,  laquelle,  demeurée  long-temps  dans  uiTe  des  biblio- 
thèques de  son  ordre,  et  communiquée  à  divers  savans,  notamment  au 
P.  Pagi,  qui  s'en  servit  avec  fruit  dans  son  Ciitka  pour  rectifier  quelques 
faits  ou  pour  remplir  quelques  lacunes,  n'a  disparu  (out-à-fait,  suivant 
^opinion  de  M.  Hase,  qu'à  une  époque  voisine  de  celle  de  nos  troubles 
politiques.  Mais  ces  fragmens  recueillis  par  Pagi  étoient  trop  courts  pour 
jnettre  le  lectei-r  à  portée  de  juger  du  j)lan,  de  Tordonnance  et  du  mérite 
de  l'Histoire  de  Léon  Diacre;  et  d'ailleurs,  rédigés  dans  une  langue 
tlrangèie,  ils  ne  pouvoient  donner  môme  une  idée  du  caractère  et 


JANVIER    1820.  7 

du  talent  de  Taufeur  grec.  Un  autre  motif  plus  puissant  encore  faisoît 
désirer  la  publication  entière  de  son  ouM-.igé.  L'hibtoire  du  X.*"  siècle,  fa 
plus  tléjiluraiJe  sans  contredit  dans  les  fastes  de  Thunianité,  est  peut- 
être  aus^i  la  plus  pauvre  en  documens  originaux  ;  et,  en  particulier,  la 
période  de  temps  qu'avoit  traitée  Léon  Diacre,  dt-puis  la  mort  de 
Romain  II  ,  jusqu'à  celle  de  Jean  Zimiscès,  placée  entre  l'époque  des 
derniers  et  impuissant  efforts  tentés  par  Photius  et  par  fempereur 
Constantin  pour  retarder  le  déclm  des  lettres,  et  celle  de  l'espèce  de 
renaissance  qui  fut  le  fruit  de  l'exemple  et  de  la  protection  des  Comnènes , 
cette  période,  dis-je,  ne  nous  ctc  it  connue  que  par  les  compilations 
tardives  de  Michel  Glycas,  deCédiénus,  deZonare  et  de  quelques  autres 
Grecs  du  Das-Einpire.  Il  étoit  donc  important  de  connoîîre  fa  source 
cC'mmune  à  laquelle  ces  écrivains  avoient  pui.^é,  d'auîant  plus  que, 
des  trois  règnes  successivement  décrite  par  fliistorien  original  et  con- 
ttmj>o;ain,  celui  de  Nicéphore  Phocas  n'étoit  pas  sans  intérêt,  et  que 
celui  de  Jean  Zimiscè.^  avoit  je  té  un  grand  éclat  sur  cette  obscure  et  dé- 
plorable époque  des   annales  byzantines. 

Tels  étoitnt  les  motifs  de  la  curiosité  quinspiroit  Touvrnge  de  Léoa 
Diacre.  Mais,  d'un  autre  côté,  il  étoit  difficile  dç  fonder  sur  cet  ouvrage 
de  bien  grandes  espérances.  On  ne  pouvoit  guère  raisonnablement 
attendre  d'un  Grec  du  x."  siècle  cette  connoissance  approfondie  des 
faits,  cette  critique  judicieuse,  cette  élocution  élégante  et  noble,  qi>i 
conviennent  h  l'histoire,  et  qu'on  ne  trouve  pas  toujours  dans  les 
écrivains  des  Ages  les  plus  éclairés.  Bien  loin  de  là,  on  devoit  craindre 
qu'un  hi.^torien  du  temps  et  de  la  profession  de  Léon  Diacre,  imbu  de 
tous  les  misérables  préjuges  et  dominé  par  toutes  les  terreurs  supers- 
titieuses de  cet  âge,  ne  nous  donnât  dans  un  long  récit  qu'un  petit 
nom.bre  de  faits,  et  ne  mît  le  plus  souvent  que  des  mots  sans  élégance 
ou  des  merveilles  absurdes  à  la  place  des  choses  les  plus  essentielles  à 
savoir.  Enlin  il  falloit  présumer  d'avance  que,  sous  le  rapport  du  goût 
et  du  style,  ce  n'étoit  ni  la  concision  souvent  tiéganle  ou  énergique  de 
Procope,  ni  l'a!  ondance  fleurie  d'Anne  Comnène,  ni  l'agrément  de 
Cinn.imus ,  ni  le  grand  sens  de  Camacuzène ,  qu'on  pouvoit  trouver  dans 
une  hi>toire  produite  k  un  égal  intervalle  du  siècle  qui  vit  naître  le 
premier  de  ces  historiens,  et  de  celui  où  fleurit  le  dernier ,  c'est-h-dire, 
à  cetie  époque  du  moyen  âge  où  les  lettres  tombèrent  presque  par-tout 
au  dernier  degré  de  l'avilissement.  L'analyse  qr»e  je  vais  faire  de  fllistoire 
de  Léon  Diiicre ,  mettra  nos  lecteurs  en  état  de  prononcer  eux-mêmes  si 
les  craintes  et  les  espérances  dont  elle  étoit  l'objet,  éioient -également 
Lien  fondées. 


6  JOURNAL  DES  SAYANS, 

Cette  histoire,  divisée  en  dix  livres,  commence  b  la  mort  de  Constan- 
tin VII  Porphyrogénète,  et  se  termine  à  celle  de  Jean  Ziiniscès  :  «lie 
embrasse  ainsi,  depuis  959  jusqu'en  97  j,  un  espace  de  seize  années , 
rempli  par  les  règnes  de  Romain  II  dît  le  Jeune,  de  Nicéphore  II  sur- 
nommé Phocûs,et  de  Jean  Zimîscès.  Ce  dernier  sur-tout,  à  cause  de 
l'éclat  que  ses  victoires  au  nord  et  à  l'orient  de  l'Empire  répandirent  sur 
cet  empire,  déjà  si  chancelant,  tient  une  place  hrillanie  dans  les  Annales 
byzantines;  et,  par  un  honneur  alors  bien  rare,  il  n'occupe  guère  moins 
d'e.^pace  dans  celles  des  peuples  qu'il  combattit,  je  veux  dire  dans  laChro» 
nique  de  Nestor  et  dans  l'Histoire  d'EImacin.  C'est  donc  à  cet  empereur 
qu'est  consacrée  la  plus  grande  et  la  plus  imj>ortante  partie  de  l'Histoire 
de  Léon.  Il  raconte  ses  victoires  avec  un  intérêt  bien  naturel  sans  doute 
chez  un  Grec,  fier  des  derniers  succès  de  sa  nation ,  autant  qu'accable'  de 
$iis  longues  disgrâces;  et  cet  intérêt  si  juste,  Léon  réussit  quelquefois  k 
le  communiquer  à  ses  lecteurs.  Mais,  malgré  l'admiration  quil  a  vouée  à 
son  héros,  il  vCen  expose  pas  avec  moins  de  franchise  et  de  douleur  les 
odieux  détails  du  comj)lot  qui  le  mit  sur  le  trône;  et  cette  véracité,  qu'il  , 
dut  lui  être  si  pénible  de  concilier  avec  ses  affections,  a  produit,  sans 
contredit,  l'un  des  passages  les  plus  intéres>ans  de  son  ouvrage,  en  même 
temps  qu'elfe  nous  donne  l'idce  la  plus  favorable  de  son  caractère. 

Le  prenrier  livre,  composé  de  dix  chapitres  assez  courts,  et  une  par- 
tie du  second  livre,  jusqu'au  chapitre  IX  inclusivement,  sont  consacrés 
au  règne  de  Romain  JI.  Mais  les  seuls  événemens  de  ce  règne  sur  les- 
quels se  fixe  l'attention  de  l'historien ,  sont  une  expédition  en  Crète ,  diri- 
gée par  Nicéphore  Phocas,  et  une  autre  guerre  dans  l'Asie  mineure,  contre 
les  mêtnes  ennemis,  c'est-à-dire  contre  les  Sarrasins,  et  conduite  par  un 
frère  du  même  général,  Léon  Phocas.  Ainsi  te  ut  le  cours  de  ce  règne, 
de  près  de  quatre  années,  est  rempli  delà  gloire  d'une  seule  famille  qui 
devoit  bientôt  monter  sur  le  trôiTC  dont  elle  étoit  l'appui.  Dans  la  des- 
cription que  fait  Léon  du  départ  et  du  débarquement  de  Nicéphore,  du 
siège  d^  Candie  et  des  batailles  livrées  en  Crète,  on  s'aperçoit  qu'il  a 
Consulté  son  imagination  plus  encore  que  la  vérité;  et  cette  profusion  de 
détails  inuiiles  n'est  que  foiblement  rachetée  par  une  harangue  que  l'his- 
torien prête  au  général,  et  dans  laquelle  se  trouve  pourtant  développée 
avec  a.ssez  d'art  la  situation  déplorable  de  l'Em|Mre ,  au  moment  ou 
Romain  le  Jeune  prit  les  rênes  du  gouvernement.  II  y  a  aussi  une  harangue 
dans  le  récit  de  l'expédition  de  Léon  Phocas  ;  mais  celle-ci  est  moins  bien 
placée,  et  n'offre  guère  que  cts  lieux  communs  de  rhétorique  niilitaire, 
qu'un  moine,  à  l'abri  du  danger,  eut  sans  doute  plus  de  satisfaction  à 
rédiger,  qu'un  lecteur  sensé  n^en  peut  trouver  a  les  lire.  Du  reste,  il  n'y  a 


JANVIER  .1820.  7 

dans  la  partie  de  cette  histoire  consacrée  au  règne  de  Romain  II  pres- 
que aiuun  détail  sur  le  caractère  de  ce  jeune  empereur,  et  nulle  notion 
sur  son  gouvernement.  Après  avoir  dit  sèchement,  en  deux  lignes,  que  ce 
prince  étoit  doué  des  plus  brillantes  qualités,  il  ajoute,  en  racontant  plus 
loin  sajuort,  que  les  flatteurs  s'étoientemp)arés  de  son  esprit,  et,  abuî^ant 
de  son  penchant  pour  le  plaisir,  favoient  bientôt  entraîné  dans  tous  les 
excès.  11  faut  avouer  qinl  n'y  a  rien  là  d'assez  particulier  h  Romain  le 
Jeune  ,  pour  que  les  lecteurs  qui  aiment  à  saisir  la  physionomie  de 
chaque  prince,  puissent  distinguer  celui-ci  de  cette  foule  de  souverains , 
nés  comme  lui  avec  des  dispositions  heureuses,  et  corrompus  de  mènje 
j)ar  la  flatterie.  Léon  expose  les  divers  bruits  qui  coururent  sur  la  fin  pré- 
maturée de  cet  empereur,  et  dont  le  plus  accrédité,  suivant  l'opinion  su- 
perstitieuse de  cet  âge,  étoit  qu'il  mourut  empoisonné  :  mais  il  ne  tient 
pas  au  pieux  historien  qu'on  n'en  trouve  plutôt  la  cause  dans  une  partie  de 
chasse  faite  un  jour  de  jeûne  ,  et  au  mépris  des  abstinences  prescrites  par 
rÉofise  (  I  ).  Il  est  donc  vrai  de  dire  que  l'Histoire  de  Léon  Diacre  ajouté 
bfen  peu  de  chose  à  nos  connoissances  sur  le  compte  de  Romain  le 
Jeune. 

Elle  estplus  instructive  à  l'égard  de  Nicéphore  Phocas,  dont  fe  por- 
trait,peu  flatté  dans  les  histoires  modernes,  et  notamment  dans  ce  cha- 
pitre où  Gibbon  a  peint  à  si  grands  traits  les  empereurs  grecs  depuis 
Héraclius,  et  où  il  semble  avoir  affecté  d'enfermer  plus  de  faits  que  de 
mots  (2),  est  présenté  ici  sous  des  couleurs  plus  favorables  et  qui  pa- 
roissent  aussi  pliis  fidèles.  L'auteur,  qui,  de  son  propre  aveu,  vîvoit  k 
Consiantiiiople  sous  le  règne  de  ce  prince ,  et  fut  témoin  de  fa  révolte 
qui  y  éclata  contre  lui  en  966  (  j  ) ,  devoit  être  bien  instruit  des  particu- 
larités de  son  élévation  au  trône  impérial,  et  il  les  raconte  d'une  manière 
qui  tend  à  disculper  la  mémoire  de  l'impératrice  Théophanon  des  odieux 
soupçons  trop  légèrement  accueilli?  par  d'autres  auteurs.  Les  relations 
intimes  qu'on  a  supposé  exister  entre  cette  princesse  et  Nicéphore, 
loin  d'être  indiquées  par  l'historien ,  sont  même  absolument  démenties  par 
son  récit,  où  l'on  voit  un  fiivori  du  dernier  empereur,  nommé  Joseph, 
devenir  l'instrument  de  la  disgrâce,  de  Téloignement,  et,  par  suite,  de 
l'élévation  de  Nicéphore. 


(1)  Léon.  Diacon.  H'istnr.  lib.  fl,  c,  10  :  'Evh'^^y  ^nt^  ttV  y{gn(Ji  'ft'*Ktjçt/«r.... 

(2)  Desl'inc  (lîui  Fiill  of  the  Roman  e/npire,  |hap.  XLVIil,  p.  309-420. 

(3)  ^^y-  L^  Beau,  Hist.  du  Bis-Empire j  loin.  XVI ,  p.  nj ,  édit,  d^  ^77^* 
Conf  Léon,  Diacon.  Histor.  lib,  ly,  ?.  7,  p.  40, 


t  JOURNAL  DES  SAVANS, 

Les  premiers  chapitres  du  livre  îil  renferment  les  détails  delà  revo- 
Lition  qui  mit  Nitéjihore sur  le  trône;  etici  encoie,  la  narration  de  Léon 
difière,  sur  plusieurs  poinis  import.'ins,  de  ct-lle  qu'ont  adoptée  le>  mo- 
dernes. On  y  voit  Nicéphore  poussé,  comme  malgré  lui,  à  l'empire  par 
les  persécutions  de  Josej.h,  autant  que  |)ar  les  prières  de  ce  même 
Zimiscès  qui  devoit  bientôt  détruire  son  ouvrage,  et  forcé,  en  quelque 
sorte,  de  se  faire  empereur/poiir  éviter  d  erre  la  victime  d'un  favori. 
Toute  celle  révolution  est  déciite  av^c  clarié  et  inttrêt;  et  le  silence 
absolu  que  Léon  garde  sur  la  part  qu'en  y  atiril.ueà  Théophanon, achève 
d  prouver ,  sinon  la  fausseté ,  du  moins  la  léj^èreté  des  motifs  .-ur  lesquels . 
est  fondée  !'(  pinion  générale.  Une  révolie  à  Constantino(;le,  prélimi- 
naire, en  quelque  sorte  indisj^ensal  le,  de  l'élection  d'un  empertur,et  que 
Lton  raconte  aussi  comme  un  c>énement  tout  naturel  et  fort  ordinaire, 
ouvre  à  Nici'phore  la  dernière  bairière  qui  le  séparoit  du  lône.  Son  ca- 
ractère, tel  qu'il  est  tracé  par  Léon  ,  et  ses  premières  démarches,  annon- 
çoîentun  prince  éclairé,  ferme  et  religieux. Les  modernes,  q-.i,  en  géné- 
ral, croient  montrer  de  la  profondeur  en  supposant  des  vices,  n'ont 
voulu  voir  qu'un  raffinement  d'hypocrisie  dans  l'éloignement  que  té- 
moigna d'abord  Nicéphore  pour  les  plaisirs  de  sa  cour  et  pour  les  nœuds 
du  mariage.  11  ne  céda  qu'avec  peine  aux  instances  de  son  clergé,  pour 
embrasser  un  genre  de  vie  plus  mondain  et  pour  épouser  la  veuve  du 
dernier  empereur.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  témoignage  de  l'historien  sur  la 
tempéraiice  de  Nicéphore,  et  sur  la  chasteté  de  Théophanon  (  i  ) ,  qu'il 
appt  lie  ote^'ŒpoêTw  Tttïç  û)£i//ç  Kj  etinip^ufjut  Tu'),^i'hau^  Aûluouvcli^  ,  femme  d'une 
beauté  accomplie ,  et  d* une  pureté  vraiment  lacéJémonienne;  ce  témoignage^ 
dis-je,  est  du  moins  positif,  coiiforme  à  tout  ce  que  l'on  sait  de  la  vie 
antérieure  des  deux  personnages,  et  paroît  aussi  digne  de  foi  que  les 
conjectures  malignes  qu'on  a  ramassées  dans  des  compilations  récentes: 
c'est  un  point  que  )'a!)andonne  volontiers  au  jugement  de  nos  lecteurs. 
Une  expédition  en  Cilicie,  qui  n'offre  de  reinarquable  qu'une  tentative 
infructueuse  contre  la  ville  de  Tarse,  et  la  ]>rise  de  Aiopsuesie,  termine 
le  troisième  livre. 

Les  événemens  racontés  dans  le  quatrième  livre  doivent  être  placés 
entre  les  années  964  et  969.  On  y  distingue  le  second  siège  et  la  prise 
de  Tarse,  et  la  conquête  de  tcu'e  la  Cilicie,  qui  en  fut  le  résultat;  une  in- 
vasion en  Syrie  et  en  Mésoj^otamie,  et  le  blocus  d'Antiothe.  Quelques 
faits  épisodiques  sont  entremêlés  avec  assez  d'adresse  au  récit  de  ces 
événemens,  tels  qu'une  ambassade  vers  les  Russes, que  l'auteur  appelle 


(i)  Léon.  Diacon.  Histor.  lïb,  JJJ,  c.  f,  p.  jo. 


JANVIER   i8zû. 

une  expédition  malheureuse  en  Sicile;  une  révohe  à  Consrantinople^ 
d*où  Tautcur  prend  habilement  occasion  d'exposer  les  causes  du  mtcon* 
lentement  encouru  par  l'empereur  auprès  des  divers  ordres  de  citoyens. 
Le  princi|>al  motif  de  celte  haine,  qnh  avoir  sitôt  succédé  aux  acclama- 
tions de  Ui  joie  publique,  éioit  la  multiplicîié  des  impôts,  nécessnîie^ 
sans  doute  k  la  sûreté  de  rEm|jire,  mais  probablement  aussi  exigés  avec 
trop  de  rigueur.  L'historien  montre  du  discernement  et  de  l'équité,  en 
blâmant  Tempertur  de  cetterigueurinaccoutumée.etsur  tout  en  le  plai- 
gnant de  commander  h  une  nation  qui  vouloit  breti  qu'on  h  défendit, 
mais  qui  ne  vouloit  pas  contribuer  à  se  défendre  ;  et  Ton  entrevoit  déjà 
qu'un  prince  qui  meitoii  si  souvent  à  Pépreuve  le  courage  et  le  patriotisme 
des  Grecs,  n'avoitpas  long-temps  à  compter  sur  leur  fidélité.  Du  reste, 
les  événemens  que  i*ai  indiqués,  occupent  dans  la  narration  de  Léon 
plus  d'espace  encore  qu'ils  n  excitent  d'intérêt;  et  les  faits  y  disparoîssent 
presque  entièrement  sous  un  amas  de  paroles  inutiles*  L'auteur,  trop 
éloigné  sans  doute_  du  siège  des  opérations  militaires,  et,  par  son  état 
niêtne,  peu  familiarisé  avec  les  notions  qui  s'y  rapportent,  multiplie  les 
harangues,  au  défaut  des  dérails;  quelquefois  il  se  livre  à  des  exagé- 
rations ridicules  et  réfutées  par  d'autres  icjrioîgnages  contemporains; 
comme  lorsqu'il  assure  que  Nicéphore  conduisit  en  Asie  une  armée  de 
quatre  cent  mille  hotnjnes ,  çpwn^  hc  mlAfeixûyTtL  fAvcAiJkç  ieAificvfJLîvo¥ 
tm^purcç  :  tandis  que  Lîutprand ,  qui  vit  partir  cette  armée  de  Constanti- 
tiople,  ne  la  porte  qu*à  quatre  vingt  mille,  octaginta  mîtlia  mortalium. 
Enfin,  et  c'est  là  sans  doute  le  plus  grave  reproche  qu'on  puisse  faire  k 
Léon,  il  n*y  a  pas,  dans  toute  la  partie  de  son  Histoire  qui  est  relative  à 
Nicépiiore ,  un  seul  mot  touchant  cette  célèbre  ambassade  de  Liutprand, 
dirigée  vers  cet  empereur  même,  et  dont  la  relation  est  peut-être  le  mo- 
nument littéraire  le  plus  curieux  du  X.*  siècle,  ni  sur  les  relations  suivies 
et  publiques  qui  existoit^ntà  cette  époque  entre  lacour  d'Orient  et  l'em- 
pereur d'Occident,  Othon  le  Grand-  Une  pareille  omission  est  tellement 
grave,  qu'elle  me  paroît  presque  inexplicable  :  car  c'est,  à  ce  qu  il  me 
semble,  pousser  trop  loin  fopînion  qu'on  doit  avoirde  l'ignorance  de  cet 
auteur,  que  de  supposer,  comme  le  fait  M.  Hase,^i;;V/  ne  connùissoit 
ni  les  noms  ni  t existence  des  nations  de  t Occident.  Léon  lui-même  ne 
raconte-i-il  pas  cette  malheureuse  expédidon  de  Sicile,  rapportée  aussi 
par  Liutprandî  II  me  paroît  infinirnetit  plus  vraisemblable  que  Léon  a 
dissimulé,  par  attachement  pour  son  pays,  des  faits  qui  ne  compro- 
mettoiem  pas  seulement  l'honneur  des  armes  impériales ,  mais  le  caractère 
et  la  loyauté  de  la  nauon  grecque.  Ori  peut  voir  dam  Liutprand,  téinoia 


lu  JOURNAL  DES  SAVANS, 

oculaire,  le  récit  de  ces  faits,  dont  la  honte  ^  malheureusemenl  trop  sen- 
sibfe,  peut  seule  expliquer  le  silence  de  Thistorien.  Mais  cette  partinlité  i 
quoiqu'elle  ne  doive  pas  nous  surprendre  dans  un  Grec,  nous  rend,  il 
ùuî  bien  le  dire,  justement  suspects  d'autres  endroits  ds  sou  récit,  où  fa 
même  raison  a  pu  fui. commander  la  même  réticence. 

Le  V.*  livre,  composé  de  neuf  chapitres ,  renferme  les  détails  de 
la  révolte  d'un  des  généraux  de  TEmpire,  à  Hnstigation  duquel  les  Russes 
entrent  dans  la  lîuîgarie,  Pancienne  Mocsîe,  et  s  y  rendent  maîtres  de 
plusieurs  places  importantes;  des  négociations  par  lesquelles  Nicéphore 
essaya  d'arrêter  les  progrès  de  ce  nouvel  et  redoutable  adversaire;  de  la 
prise  d'Antioche,  à  la  suite  d'une  surprise  nocturne  qui  ofire  pins  d'un 
trait  de  ressemblance  avec  celle  qui  fit  tomber  la  même  ville  au  pouvoir 
des  guerriers  de  lapremiére  croisade.  C'est  dans  ces  circonstances  mêmes, 
eu  les   talens  et  les  succès  de  Nicéphore  se  faisoient  admirer  aux  deux 
extrémités  de  l'Empire,  qu\m  complot  domestique  vini  mettre  un  terme 
à  son  règne,  aussi  mal  apprécié  de  ses  sujets  que  de  ['histoire.  Le  récit 
de  celte  conjuration  remplir  les  trois  chapitres  les  plus  intéressans,  à  mon 
gré,  et  les  mieux   écrits  de  tout  louvrage  de  Léon  Diacre:  tant  il  est 
vrai  que  la  source  du  talent  est  dans  utie  ame  généreuse,  et  que  Tesprit 
le  plus  médiocre  peut  dr venir  éloquent  par  rindîgiiaiion  du  crime!  Je 
voudrois  pouvoir  mettre  ce  récit  entier  sous  ie>  yeux  de  nos  lecteurs  ;  ifs 
partageroient,  j'en  suis  sûr^  l'émotion  que  j  ai  éprouvée  en  lisant  les  dé- 
tails des  nocturnes  entrevues  de  Zimi^céset  de  cette  Théoptnnon,  deve- 
nuealors  la  complice  des  égarement qu  elle  avoit  fait  naître;  les  premiers 
indices  du  cotnplot   rendus  inutiles  par  Tavei  gle  séciirité  de  l'empereur; 
l'arrivée    des  conjurés,  par  utie  nuit  d'hiver,  où  toutes  les  rigueurs  de  fa 
tetnpérature   sembloient  déchuînées  contre   le  crime;  et  leur  irruption 
dans  ia  chatnbre  du  prince,  quVn  se  retirant,  sous  un  frivole  prétexte, 
rimpëratrice  avoit  bissée  ouverte.  On  se  rassure  un  moment,  en  voyant 
la  frayeur  qui  saisit  Zimiscèset  ses  complices,  lorsque,  trouvant  vide  le 
lit  impérial,  et  déjà  troublés  par  les  reproches  de  leur  conscience , ils 
songent  à  se  précipiter  dans  la  mer,  et  îi  prévenir  ainsi  !a  punition  due  à 
leur  crime.  Mais  un  misérable  esclave  leur  montre  dans  un  coin  de 
la  chambre  Fempereyr  étendu  par  terre,  selon  son  usage,  et  couché  sur 
une  peau  de  panthère.  Les  conjurés  se  raffermissent  à  la  vue  de  leur  vic- 
time; ils  l'entourent  et  font  briller  à  ses  yeux  trente  glaives  prêts  k  fa 
frapper*  Zimiscès  fait  traînera  ses  pieds  son  maître  et  aon  ancien  bien- 
faiteur,déjà  atteint  d*uncoup  ^la  tête;  il  I  accable  desphis  lâches  outrages, 
Cl  ne  rougit  pas  de  donner  à  ses  complices  IVxemple  d'insulter  à  la  ma- 
jesté des  roisi  en  arrachant  cruellement  la  barbe  de  i'emjiereur  et  en  lui 


I 


JANVIEJl   1820.  Ti 

fracassant  les  dents  avec  la  garde  de  son  cpée.  On  voudroît  pouvoir 
conserver  encore  le  doute  qu'exprime  Gibbon  sur  ta  pari  directe  que  prit 
Ximhcès  h^a  mort  de  Nicéphore  :  maïs  le  récit  de  Lcon,  si  favorable 
du  resie  à  Ziiiiî^cèSy  ne  permet  pas  même  la  plus  légère  iacerlimdcî  et 
on  le  voit  foulant  aux  pieds  le  corps  de  Nicéphore,  et  lui  portant  h  travers 
le  crâne  le  premier  coup  mortel:  tristes  prémices  d  un  règne,  qui  dévoient 
se  perdre,  aux  yeux  des  contemporains  et  de  la  postéritét  dans  féclat  des 
victoires  et  des  succès  du  nouveau  prince!  Tout  ce  récit  de  Léon,  je  le 
répète, est  plein  de chaiegr  et  diniérèt;  son  style ,  débarrassé  d'une  foule 
d'expressions  oiseuses,  est  plus  ferme  et  plus  rapide  i  on  s'aperçoit,  en 
un  mot,  qu'if  a  senti  vivement  ce  qu'il  raconte,  et  Ion  ne  i>eut  être  tenté 
de  révoquer  en  doute  des  détails  yt  précis ,  si  positifs»  et  qui  portent  en 
eux-mêmes  un  si  grand  caractère  de  fraiictiise  et  de  fidélité. 

Dans  le  vi/  livre,  dont  je  ne  dirai  rien  ici,  attendu  qu'il  étoît  déjà 
connu  en  entier  par  la  traduction  latine  de  M<  Hase,  insérée,  en  regard 
du  texte,  dans  le  Vil L*  volume  du  Recuiil  des  Notices  des  manus^ 
Cfils  (  ï  )  »  Léon  décrit  les  faits  qui  se  rapportent  à  la  première  année  du 
règne  de  Zimiscés,  On  distingue  dans  ce  livre  un  portrait  de  Zimiscès^ 
tracé  avec  \m^  profusion  et  une  naïveté  de  couleurs  qui  ne 'manquent 
pas  d  agrément ,  et  de  nombreux  détails  sur  les  préh'minaires  de  la  guerre 
des  Russes,  qui  intéressent  sur -tout  ]iar  rapport  au  caractère  de  ce 
peuple,  nouvellement  apparu  sur  la  sCmtt  du  monde.  Le  Vil/  livre, 
rempli  en  entier  par  le  récit  de  la  révolte  de  Bardas  Phocasi  neveu 
de  fempereur  Nic<^ptiore,  n\i  guèr,^  d'autre  mériic  que  celui  de  raconter 
plus  longuement  un  événement  assez  peu  important  en  lui-même,  et 
déjà  connu  par  d'autres  relations  On  y  trouve  pourtant,  au  chapitre  vil  i 
une  digression  assez  curieuse  sur  la  révolution  qui,  en  929,  mît  le 
gouvernement  et  la  tutelle  de  Constantin  VII  entre  les  mains  de 
Romaîji  L*'  dit  Licapem. 

Dans  le  vuf/et  le  ix/  livres,  qui  sont  les  plus  importans  de  cette 
Histoire,  Léon  décrit,  avec  une  prolixité  qui  paroît  tenir  à  la-fois  et  de 
fexactitude  de  Fauteur  et  delà  vanité  nationale»  les  vicissitudes  et  les 
succès  de  la  guerre  contre  les  Russes,  dirigée  par  l'empereur  Zimiscès 
en  personne  contre  le  grand  duc  Sviatoslav ,  que  I  éon  appi^He  Sphendos- 
tUûbus,  Celte  guerre,  plus  remarquable  par  I  acharnement  avec  lequel 
elle  fut  soutenue  des  deux  cotés ,  et  par  le  nombre  et  la  hardiesse  des 
opérations  militaires,  que  par  la  durée  des  hostilités,   fut  termiTée, 


(1)  Ouvrage  ciit,  i/parJe^p,  Zf^'2^6, 


B  a 


ît  JOURNAL  DES  SAVANS, 

nu  hut  di  quatre  maisf  comme  le  dit  précisément  lauteur,  o¥  Tt-fltsfctf 
fiMiç  fjuan  lir  Vetfftnir  Tna^vo^hidUf  n^-ntyiUfi^iVùç  (i),  quoique,  ]>ur  une 
singulière  inadvertance,  le  P*  Pagi  en  marque  fe  commenœment  à  Tan 
p/i  ,  et  h  lui  à  Tan  973  (2) ,  fut,  dis- je,  terminée  par  un  traité  gioiieux 
et  avantageux  pour  Fempire  grec,  traité  dont  le  texte  nous  a  été  conservé 
par  l'annaiiâte  russe  Nestor  (\).  C'est  aux  cojnmentateurs  de  ce  dernier 
qu'il  conviendra  de  concilier  son  récit,  généralement  favorable  h  s^s 
comparrioles,  avec  celui  de  Léon,  qui  les  représenïe  toujours  Fjattus: 
mais  il  est  juste  d^observer  que  le  traité  de  paix  s'accorde  mieux  avec 
les  succès  des  Grecs  qu'avec  ceux  des  Russes  ;  en  tout  cas,  c'est  un  pt^int 
de  critique  cjui  devra  exercer  la  sagacité  des  savans  du  Nord.  Ce  qu'if  nous 
importe  de  ien>arquer  ici,  c'est  que  la  nnrraiion  de  Léon  est  semét^  de 
panîcularîtés  sur  les  moeurs  des  nado  js  alors  peu  connues  qui  habiîoient 
les  contrées  situées  au-delà  duDaiiul  e.Telest,  entre  autres  ,  le  pî^sîage 
oii  cet  historien  décrit  4)  '^^^  pratiques  su|>trsiïtieuses  et  les  sacrifices 
humains  en  usage  chez  les  Russc>  de  cet  âge,  pour  apaiser  les  mines 
de  leurs  compatriotes  immolés  à  la  guerre.  Ce  passnge  a  déjà  é:é  cité 
par  M,  de  Sainte  Croix  ^  j);et  il  est  effectivement  très-curieux.  Malheu« 
reusement-,  les  fausses  notions  dont  il  est  accompagné,  la  ciraiîun 
d*Arrit^n,  dans  le  PmpU  duquel  on  ne  trouve  aujourdhui  rien  de 
pareil  à  ce  qu'en  rapporte  Léon  \6],  le  prétendu  royaume  d'Achille  au 
milieu  des  Scyihes;  tout  cela  me  tend  l>ien  sus]>ectt  s'il  faut  que  je  le 
dise,  le  témoignage  de  notre  auteur,  et  j'aurois  souhaité  que  M.  Hase 
nous  eût  expliqué  à  ce  sujet  &a  propre  opinion.  En  général,  les 
rapprochejnens  que  Léon  va  chercherdans  Thisluireet  dans  la  géographie 
anciennes,  n annoncent  pas  ries  connoissances  bien  solides.  Ainsi,  lors- 
qu'il assure  très-gravement  que  le  Phison,  un  des  fleuves  du  jardin 
d'Eden,  est  le  même  qui  »  sous  le  nom  d'/j/rr,  se  jette  par  cinq  bouches 
dans  le  Pont-Euxîn  (7);  lorsque,  quelques  lignes  plus  bas,  il  attribue  à 
Oreste,  fils  d'Agamernnon,  lafondaîion.et  le  premier  nom  d'Adria- 
nopotïs  (8),  tradition  rapportée,  il  est  vrai,  par  Lampride  (9) ,  et  répétée 
encore  par  Zonaras  (10);  lorsque ,  pour  rendre  raison  de  1  orgueil  humilié 


(1)  Lcon.  Diacon.  Hlstor.  Itlh  ix ^  c,  ti. —  (2)  Pagï,  Cmka ^  ly ,  zB ,  A i 
tV ,  j2,  A^  —  (î)  Voy\  p.  j?/  de  la  traduction  allemande  de  5chérer,  Leipsic , 
i^pr^.—  (4)  LeoiT.  Diacon.  Hîscor,  UIk  ix ,  r.  6,  p.  ^2,D,  —  (ç)  Examen  cri- 
liquc  des  hriionens  d'Alexandre,  p  7S^'7S7 1  ^oîe  j  de  la  deuxième  édinon,  — 
(6)  Vid.  in  Peripl.  Pont  ij-  ijj,  A  ;  ij^ ,  B,  —  (7)  Léon.  Diacon,  Hhtor.  lier, 
ViJt ,  c  it  P'  So,  —  (8)  loem  ,ilfideTti,c.  2.  —  (9)  Lamprid.  în  EhgabiiL  c,  yii. 
^  (jo}  Zonar.  \n  Constamin,  Ahnçmûch,  p.  i^g. 


JANVIER   1820. 


M 


Wun  empereur,  il  rappelle  les  exemples  des  fils  d*A(oce,  du  Babylonien 
jNabuchodonosor,  et  d'Alexandre  de  Macédoine  (î)til  est  évident  que 
reet  historien  entasse  sans  jugement  et  sans  goût  les  fruits  indigestes  de 
jes  lectures  :  maïs  il  est  vrai  qu  ou  peut  dire  pour  son  excuse  que  telle 
fétoit  I  érudition  de  son  siècle  et  de  son  pays. 

Le  x/  et  dernier  livre  de  THistoire  de  Léon  Diacre  dcciii  les  expé- 
ditions entreprises  [>ar  Jean  Zimiscès  en  Mésopotamie  ei  en  Syrie, 
pendant  les  années  974  et  975.  La  matière  étoit  sans  doute  belle  et 
curieuse;  il  s'agissoit  de  raconter  des  succès  dont  les  armes  romaines 
avoient  dès  long-temps  perdu  l'hatiiiude,  et  dan5  des  contrées  ou 
Tétendard  des  Grecs  ne  s*étoil  pas  montré  depuis  Jovien.  Alallu  ureuse* 
ment,  Léon  n'a pai compris  rintçrêt  de  son  sujet,  ou  plutôt,  Tuile  de 
notions  assez  exactes  ,  il  s  est  presque  constamment  tenu  à  côté,  en  se 
jetant  dans  des  digressions  plus  ou  moins  oiseuses  ,  en  recherchant 
comme  à  dessein  des  détails  étrangers  au  principal  ol/jet  de  son  récit.  Si 
Ion  dégageuit»  en  effet,  du  déluge  de  paroles  où  elles  sont  noyées,  les 
seules  particularités  vraiment  historiques  qui  se  rapportent  à  ces  deux 
années  du  règne  de  Zimiscès,  on  réduiroit  à  un  bien  petit  nombre  de 
phrases  la  longue  narration  de  son  panégyriste;  ei  l'on  a  d autant  plus 
lieu  de  déplorer  cette  stérile  abondance»  qut*  les  écrits  des  Arméniens  (2) 
et  les  Annales  d'AbuJpharadje  (j),  concernant  cette  même  période  de 
l'histoire  du  Has-Empire,  renferment  une  foule  de  notions  précieuses  sur 
les  expéditions  de  Zîjniscès,  et  notamment  des  lettres  de  cet  empereur  qui 
durent  jouir  d'ujie  grande  puLliciié,  et  qu'il  est  étonnant  que  son  histo- 
rien n*ait  pas  connues  ou  consultées*  Le  premier  chapitre,  dans  lequel  Léon 
fait,  en  deux  lignes,  arriver  lempereur  des  rives  du  Bosphore  à  celles  de 
l'Euphrate,  sans  dire  un  seul  mordes  causes  et  du  commencement  de 
cette  guerre  ,  ni  du  siège  d*Amida  qui  la  précéda,  nous  fait  connoître 
succinctement  foccupation  d*L'nèse  et  de  Nrsibis ,  et ,  du  reste ,  ne  nous 
entretient  que  de  la  mort  d'un  notaire  impérial ,  qui  se  noya  en  traversant 
TEuphrate.  Dans  le  deuxième  et  le  troisièjne  chapitres,  il  nest  presque 
question  que  de  la  disgrâce  du  patriarche  Basile,  et  de  la  nominatioji 
de  son  successeur  Antoine,  aux  vertus  apostoliques  duquel  Thistonen 
paie  un  long  tribut  d'admiration.  On  sent,  en  effet,  que  ce  devoit  être 
h  un  (^es  héros  de  Léon  Diacre  :  mais  on  nendesireroit  pas  moins  que 


(  I  )  Léon*  Diacon.  Huton  l'tb.  V,  c,j,  p.  4$.  —  (2)  Vay,  les  Détails  de  fa  pre- 
mière cxpédïtion  des  Chrétiens  dans  la  Pdkstine,  t  aduiti  de  iarmcniei)  en 
français  y  par  F*  Mtttin  ,  W^/^aj.  encvclojf.  septembre  i8it*  —  (j)  hli$!or^ 
D/nasî,  jTj,  B. 


i4  ^^     JOURNAL  DES  SAVANS, 

cette  admiration  se  fût  conifnue  dans  de  justes  bornes-  La  fin  de  ce 
chapitre  est  consacrée  à  la  description  de  deux  jumeaux  monstrueux  qui 
se  réunîssoient  dans  la  partie  inférieure  du  corps.  Dans  fe  iv/  chapitre, 
fhistorien  reprend  le  chemin  de  la  Syrie,  sur  les  pas  de  Jean  Zimiscès, 
<-*t,  d'abord ,  nous  conduit  h  une  place  où  leiiipereur  se  rend  maître  des 
sandales  du  Sauveur;  de  b  >  il  traverse  le  mont  Liban,  et  vient  prendre 
liéryte,  où  un  tableau  du  crucifiement  devient  la  matière  d'une  digression 
nouvelle  et  d'un  récit  qui  remplit  taut  le  chapitre  suivant,  La  marche  de 
Zi.iiiscès  le  long  des  cotes  de  la  Pbcnicie,  et  les  jjrogrès  de  ses  armes, 
sqnl  encore  interrompus  au  chapitre  vt  par  l'apparition  d'une  coinére 
et  par  le  récit  des  interprétations  diverses  auxquelles  ce  phénomène 
donna  lieu.  L'auteur  ne  nous  fait  même  pas  grâce  de  (a  sienne  ;  il  afiîrme» 
avec  une  assurance  qui  peut  nous  donner  h  mesure  de  ses  connoissances 
et  de  celles  de  son  siècle,  que  cet  astre,  dont  les  flatteurs  du  monarque 
liroient  de  si  favoraf^les  préb^ages,  n  annonçait  a^i  contraire  que  relfctlions 
Junestes,  incursions  dt  baib  trcs  ^  gutrra  chiles ,  proscriptions  univirsellts , 
pestes ^  Jûm Inès t  korrihUs  trcmbhmcns  de  terre,  en  un  mot,  ajoute- t-il, 
ranéantisscment presque  total  de  l'empire  romain  (  i  )  ;  et ,  pour  le  prouver, 
il  enianie  une  longue  digression  qui  remplit  à  elle  seule  les  quatre 
chapitres  suîvans,et  dans  laquelle  il  semble  se  cojnpfaire  à  énumérer 
tous  les  désastres  de  toute  espèce  qui  affligèrent  TEmpire  après  la  mort 
de  Zimiscès,  sous  le  règne  de  Basile  II  et  de  Constantin  IX,  Après  tant 
d*écarls ,  entremêlés  eux-mêmes  du  récit  de  ireinblemens  de  terre, 
d étoile  tombant  dans  le  camp  de  fempereur,  pour  en  prédire  la  ruine, 
comme  celle  qui  tomba  parmi  les  Troycns  au  moment  ou  Pandarus  décocha 
son  javelot  contre  Aiinélas  {2),  Léon  revient  enfin  ^  Zimiscès,  mais 
seulement  pour  raconter  sa  mort,  et  rendre  compte  de  ses  derniers 
momens.  Ce  qu  il  y  a  de  plus  important  dans  les  pariicularités  que 
l'historien  rapporte  à  ce  sujet,  c'est  d'y  voir  confirmé,  de  manière  à  ne 
lni>ser  aucun  doute  ,  le  propos  attribuée  Zimiscès,  et  qui  lui  coûta  la  vie. 
En  voyant  de  vastes  et  fertiles  provinces  possédées  par  1  eunuque  Basile, 
I empereur  s'écria,  dît-on,  avec  i*accenl  d'une  juste  indignation  :  Est-ce 
donc  pour  de  pareilles  gens  que  nous  avons  vaincu  ,  et  que  le  peuple 


(1)  Léon,  Diacoo.  Hhtor,  Iil\  x ,  c.  6 ^p,  ro^,  D.^  *Am*  v^i  %imtu  n  tB  kû^tit 
(a)  Idem,  ibidem t  c*  S,  p,  106^    D  :  TîJtjut^neA^/  rin  ja^i c  ô  à^  twç  T^^ïvmç 


JANVIER   1S20. 

romain  prodigue  son  sang  et  ses  trésors  î  Ce  reproche  fût  entendu  ,  et 
rafTolblissenient  qui ,  en  peu  de  jours,  à  dater  de  ce  iiioiiient,  conduisît 
Zimiscès  au  tombeau  ,  dans  la  force  de  son  âge  et  dans  le  cours  de  ses 
succès,  ne  justice  que  trop  le  soupçon  de  poison  et  l éloquente  douleur 
cfe  L^on. 

Telle  est  la  substance  de  cette  Histoire,  que  son  auteur  se  proposoit 
sans  doute  de  pousser  plus  loin ,  à  en  jt^ger  par  une  phrase  qui  termine 
la  plus  longue  et  la  dernière  de  ses  digressions  (  1  ) ,  mais  que  probable- 
ment il  n'eut  pas  le  temps  de  continuer*  Dans  une  analyse  aussi  rapide , 
je  n*ai  pu  indiquer  que  sommairement  ce  que  l'ouvrage  de  Léon  renferme 
de  neuf  et  de  curieux;  j'ai  dû  au;^i  exposer  avec  la  même  franchise  les 
notions coïnmunes  ou  superflues,  ou  même  tout- a-fait  indiflerentes,  qui 
s  y  trouvent  jointes  en  assez  grand  nombre*  Cetoit  là  la  partie  (a  plus 
ingrate  de  la  tâche  que  j'avois  à  remplir.  Dans  mon  second  et  prochain 
extrait,  où  je  m'occuperai  des  notes  de  Téditeur ,  remplies  d'une  érudiiron 
si  variée  et  <i  profonde,  de  sa  traduction  si  élégante  et  si  fidèle,  et  de 
quelques  pièces  inédites  qu'il  a  placées  à  la  suite  de  l'Histoire  de  Léon^  i« 
n*aurai  que  des  éloges  à  donntr,  et  je  puis  prendre  d  avance  auprès  de 
nos  lecteurs  un  engagement  qu'il  ine  sera  si  agréable  de  remplir, 

RAOUL-ROCHETTE. 


De  Mohammede  Ebn-Batuta  Tincitano,  ejmque 
i  tin  tri  bus,  CommenUitio  ûciidemica,  quam...  publico  eruditorum 
exûinini  submitîit,a*  d,  y  martii  iSrS ,  aucîùr  Johan.  Gothofr. 
Ludov»  Kosegarten,  lena?,  18  18;  51  pages  m-^/ 

On  connoissoft  à  peine  de  nom,  en  Europe,  le  voyageur  arabe  qui  est 
le  sujet  de  ce  programme*  M.  Kosegarien ,  jeune  professeur  dléna, 
déjà  connu  avantageusement  par  un  petit  recueil  de  poésies  arabes , 
persanes  et  turques,  qui!  a  publié  en  1815  (2) , à  son  retour  de  Paris ♦ 
où  il  avoit  passé  plusieurs  années  pour  s  y  perfectionner  dans  l'étude 
des  langues  de  fOrient,  ayant  eu  pendant  quelque  temps  à  sa  dispo- 
sition un  manuscrit  arabe  qui  coniieat  la  relation  abrégée  des  voyages 


(i)  Léon.  Diacon.  Hlston  Ht»  X ^  c.  iQ,  p.  lop^B  :  'Am*  liwTtt  iâÙ  t^  /uMç^r 
[2)  Carmhwm  crtintalium  Triga.bir^ksundïï,  181J. 


^  JOURNAL  DES  SAVANS, 

d'Ebn-Batoiîïa ,  n  pensé  avec  raison  qu'il  rendroit  un  service  împorfane' 
aiJX  leiires,  en  faisant  connoître  ce  voyageur,  et  en  publiant  quelques 
extraits  de  sa  relation.  C'est  ce  qu*il  a  fait  dans  le  programme  que  nous 
annonçons, 

Abou  Abd-a!Iah  Mclianimedi  fils  de  Mohammed,  surnommé  lAwaiL 
parce  qu*il  étoit  de  la  tribu  arricainede  Léwata,  et  Tandf}  ^  parce  qu*il 
étôh  natif  de  Tanger,  vivoit  dans  le  Vlll/  siècle  de  Thégire.  H  est  plus 
connu  sous  Je  surnom  d'Etn-Bûimiia»  aIjJjU  ou  Ijyj  :  car  on  trouve  ce 
nom  écrit  de  ces  deux  manières.  JI  quitta  Tanger,  sa  patrie,  en  Tannée 
725  [î324-t}iî],  et  employa  vingt  ans  entiers  ît  voyager.  Il  visita 
l'Egypte^  FArabie ,  la  Syrie,  les  pro^nces  de  fempire  grec,  la  Tar* 
tarie,  la  Perse,  Flnde,  les  îles  de  Ceyian  et  de  Java,  les  Maldives  e 
la  Chine.  De  retour  en  Afrique,  il  passa  le  détroit  et  parcourut  TEs- 
pagne;  puis,  ayant  repassé  (a  mer  pour  rentrer  dans  sa  patrie,  il  se 
rendit  h  Ségelinesse,  et  entreprit  un  voyage  dans  intérieur  du  pays 
des  Nègres»  dont  if  visita  fes  principales  villes  et  notamment  celles  de 
Tombouctou  et  de  Melli.  Rentré  dans  ses  foyers,  il  rédigea  une  aiiiple 
relation  de  ses  voyages.  Cette  relation  fut  ensuite  abrégée  par  un 
Arabe  nommé  Mokammtd  htn-Alohdmmed  KélibU  et  par  Tordre  du 
suîian  de  Fèz,  Motéwakkel-ala-a!lah.  C>i»t  cet  abrégé  seulement  que 
M.  Kosegnrten  a  eu  entre  les  mains.  M,  Kosegarten  n'a  point  déterminé 
lepoque  à  laquelle  i!  a  été  fait,  et  je  ne  saurors  la  fixer,  parce  que 
fignore  de  quel  sultan  de  Fèz  il  est  question  ici.  M.  de  Dornbay,  dans 
son  petit  ouvrage  sur  les  monnoies  de  Maroc,  intitulé  Bcsckmbungdtr 
gangbûrm  Afarùkkdniscltcn  Cold-Sllbcr  und  KupJerAlun^cn ,  parle  de 
deux  princes  qui  ont  porté  le  îurnom  de  A'Iotéwnkkcl'ûld'aHûh ,  c*est-k- 
dire,  qui  met  sa  confiance  en  Dieu,  et  dont  îl  existe  des  monnoies  sans 
aucune  date*  L*un  des  deux,  Abou-Abd-allah  Mohammed,  appartient, 
sm'vant  lui,  îi  la  famille  des  Mériniies,  dont  la  puissance  a  duré>  dit-îl, 
depuis  Tan  1  2  j  8  jusqu*en  1  ç  J 1  î  Tautre  est  nommé  Ald-allûk,  prince  , 
dit  toujours  M.  de  Dombay,  de  la  famille  des  Saadîtes,  famille  qui  a 
régné  depuis  1  J  J 1  jusqu*en  1 6  j4-  Le  second  souverain  de  cette  famille 
se  notnmoit  Abd-allah,  fils  de  Mohammed,  et  mourut  eji  ï  574  ( y^y^\ 
Hoest,  NacftK  von  A'IarckoSt  p.  p ),  Cest  apparemment  sous  ce  dernier 
prince  qu'a  été  fait  Tabrégé  de  la  relation  d^Ehn-Batouta. 

Le  programme  de  M.  Kosegarten  est  divisé  en  quatre  sections.  Dans 
la  première,  Tauteur  traite  en  général  des  voyages  faits  par  les  Araires  , 
et  en  particulier  de  celui  d'Ebti^liatouia  ;  de  Tabrégé  qui  en  a  été  fiit 
par  Mohammed  Kélébi,  et  enfin  de  ce  qui  en  a  été  dit  dans  le  recueil 
fie  M.  Zach,  intitulé  Monûthikhe  Corrcspondinit  d'après  I^ docteur 


\ 


JANVIER   1820.  n 

Seeïzea,  ^t  qui  inanque  souvent  d*exactuude*  Si  Toa  prenoit  \  la  fettre 
les  expressions  de  M,  Koseganeii,  on  devroit  croire  que  le  manuscril 
dont  i(  a  fait  usage,  est  différent  de  celui  que  le  docteur  Seeixen  a  acheté 
au  Caire,  et  qui  fait  partie  de  la  collecîion  déposée  à  Gotha:  nous  avons 
lieu  de  conjecturer  le  contraire,  SuivniH  M*  Seetzen»  la  bïbh"oihèque  de 
feu  i\L  de  Donihay  renferruoit  un  manuscrit  de  la  relation  originale 
dTbn-Baiouta.  Si  cela  étoît,  on  pourroit  en  attendre  une  notice  de  M.  de 
Hammer  :  mais  il  est  permis  de  douter  de  Texactitude  de  cette  assertion, 
M.  Koseganen  pense  quEbn-Batoula  est  digne  de  toute  confiance» 
et  que,  faute  de  la  relation  originale  que  nous  n'avons  point,  labrégé 
de  Mohammed  Kelébi  rnériteroit  d*éire  publié  en  entier.  Laperçu  général 
qu*if  donne  de  celte  relation,  et  les  divers  extraits  qu'il  met  soia  /es 
yeux  des  lecteurs,  justifient  pleinement  ce  double  jugement.  Q^%  extraits^ 
avec  fa  traduction  latine  qui  y  est  jointe,  et  les  notes  qui  les  accom- 
pagnent, forment  ks  trois  dernières,  sections  de  ce  programme,  inti- 
tulées lur  Pcrsicum,  Itcr  Aialdmcum  et  lier  Afrkanum,  Le  premier  de 
ces  titres  n'indique  que  très-imparfaitement  le  contenu  de  la  seconde 
section,  £bn-Batouta,  dans  le  tnorceau  que  comprend  cette  section , 
rend  compte  de  son  voyage  à  Brousse,  dans  TAsie  mineure;  de  là  à 
hnik  ou  Nicée,  puis  à  Maternî,  Boli^  Casumounî,  c'est-à-dire,  suivant 
M.  d*AnviIle,  Comopolis   Modrcn^^  Hadrianopolts  et  Germankopolis t 
et  enfin  à  Sinope*  Là  il  s'embarque  sur  la  mer  Noire;  puis  il  arrive 
à  CalFa,  d'où  il  se  rend  à  Crira  et  ensuite  à  Serai,  capitale  des  états 
de  Mohammed  Usbtk^klian*  De  Serai*,  il  prend  un  guide  pour  aller  dans 
le  pays  des  Bulgares  ;  le  désir  de  voir  la  contrée  que  les  Arabes  nomment 
Pdys  des  ténil/reSt  le  porroii  h  s'enfoncer  de  là  dans  un  désert  qui  a 
quarante  jours  de  marche;   mais  il  renonça  à  ce  voyage  à  cause  des 
difficultés  qu'il  ofîroit*  Revenu  auprès  de  Mohamtned  Usbek-khan,  il 
profita,  pour  aller  à  Constantinople,  d'un  voyage  que  la  suhane,  femme 
de  Mohammed  et  fiile  de  Tempereur  grec ,  faisoit,  avec  la  permission 
du  prince  son  époux,  auprès  de  son  père.  H  passa  un  mois  dans  la  ca- 
pitale de  l'empire  grec;  puis,  étant  revenu  à  Serai  avec  les  Turcs  qui 
avoient  servi  d  escorte  à  la  princesse,  il  se  rendit  dans  le  Kharizme  et 
'^  ensuiteàBoLhara,Nakhschab»Samarcande  et  Balkh.  De  Baikh,  il  revint 
vers  l'occident,  visita  les  principales  villes  du  Khorasan ,  et,  se  dirigeant 
vers  le  midi,  vint  à  Ghazna  et  à  Caboul,  dans  le  Pendjab,  traversa  le 
Sind,  le  Moultao,  et  entra  dans  l'Inde.  La  preinière  ville  de  Tlnde  qu'il 
visita  fut  Abouhar,  d'où  il  alla  à  Adjoudahan.  loi  rinit  le  premier  frag- 
ment* 
Le  second  fraggment  ne  contient  que  le  voyage  aux  îles  notnjnées 

c 


i«  -       JOURNAL  DES  SAVANS, 

Dhihet  ûl*mahal  Jl^l  i^ji  ^  dans  lesquelles  M.  Kasegarten  reconnoîP 
les  Maldives.  Àbd-alraz£ak^  comme  j  ai  eu  occasion  de  le  faire  observer 
en  rendant  compte  du  tome  I/'  du  Voyage  de  M.   Ouseley»  dans  ce  i 
journal,  année  1819,  p.  588»  nomme  ces  mêmes  îles  Dîweh  i-mahat 
J^  *jj^i  ce  qui  est  essentiellement  la  même  chose.  Cest  un  nom 
composé  de  dhe  ou  diùe,  qui,  dans  les  langues  de  Tlnde,  veut  dire  tle,  et 
de  makalo\x  mhal,  mot  dont  nous  ignorons  la  vraie  signification.  Mais  il 
^lut  remarquer  que,  suivant  Tanalugie  d^s  langues  de  Tlnde,  le  mol  dive 
.ou  dihe,  qui  est  Tantécédent  du  rapport  établi  entre  ces  deux  mots,  doit 
être  placé  le  dernier,  cojnme  dans  Serand'tù ,  Javadlb ,  c'est-k-dire  île  de^ 
Séran  ou  Ceyian,  île  de  Java,  tandis  qu*en  arabe  et  en  persan,  comme 
en  français ,  ce  même  mot  doit  être  placé  le  prejnier.  Il  en  est  du  mot 
Mve  comme  du  mot  vnt^ç  en   grec ,  dans  les  noms  de  Péloponnèse , 
Ckersonnise,  ôtc.  II  faut  encore  observer  que  les  Arabes  ont,  suivant  leur' 
usage,  placé  leur  article  al  devant  le  mot  înahal(\m  forme  leconséquentj 
de  ce  rapport.  Au  moyen  de  ces   observations,  on  demeure  convaincu 
|tque  Dhihet  al-mahal,  Dlweh  i-mahal  et  Maldives  ne  sont  que  diverses' 
[-formes  du  même  nom.    Quant  au  mot  maie ,  est-ce  une  corruption 
Ld'un  mot  indien,  ou  le  nom  de  la  principale  de  ces  îles,  de  celle  qui 
]  -servoit  autrefois  d^habiiation  au  souverain  (  Renaudot ,  Ane,  RelaL  des 
Indes  et  de  la  Chine, p.  f^^)f  ou  enfin,  comme  quelques  personnes 
font  cru,  est-ce  le  même  mot  qui  entre  dans  la  composition  du   mot 
Malabar!  c'est  ce  que  nous  n^osertons  décider.  Toutefois  nous  sommes 
peu  enclins  à  admettre  la  dernière  supposition.   L'aspiration  que   les 
Arabes  et  les  Persans  conservent  dans  le  nom  des  Maldives ,  et  qui  n'a 
pas  lieu  dans  le  nom  qu'ils  donnent  au  Malabar,  nous  semble  former 
Lune  grave  objection. 

Dans  le  troisième  fragment,  Ebn*Batouta  raconte  son  voyage  dans 
le  pays  des  Noirs,  fait  en  l'année  7J3  [ijj^-ijîî  ^^  ^'  *^'  1*  ^'  ^^  ^^^^^ 
d*abord  à  Ségelmesse:  delà,  en  vingt-cinq  jours  de  marche,  il  arrive  à 
Tagaza,  où  il  y  a  des  mines  de  sel,  puis  à  Tasahl.  De  Tasahl,  en  tra- 
versant un  désert  de  douze  journées  de  marche,  il  arrive  à  Eiwélaten, 
premier  lieu  du  pays  des  Noirs.  Eiwélaten  est  habitée  par  des  hommes 
de  la  tribu  de  Mésoufa.  Après  avoir  résidé  quelque  temps  à  Eiwélaten , 
il  se  rend  à  Mali ,  ville  éloignée  de  la  précédente  de  vingt-quatre  grandes 
Journées  de  marche;  puis  à  Stghéri,  qu'habitent  principalement  des 
commerçnns  noirs,  et  à  Karsékhou,  située  sur  le  rivage  du  Nil.  «De 
»  Karsékhou  ,dii-il ,  le  Nil  descend  i  Kabara ,  puis  à  Sagha ,  Tombooctou , 
»  Kok  (  iê^j  ou  plutôt  Koukou,  ^S^f*,  comme  on  lit  plus  loin  ) ,  Mouli, 
^  dtrnier  lieu  du  royaume  de  Mali;  h  Youï,  le  plus  considérable  des 


JANVIER    1820.  if 

^»  royiumes  des  Nègres;  au  pays  des  Nubiens,  à  Dontola;  et  enfin  aux 
«Cataractes,  ail  se  leriiiine  le  domaine  des  Nègres  et  commence  le 
»  rerrftoire  de  Syèiie  »  Ehn-Batouta  alb  de  Karsékhou  à  Mali ,  de  Mali  k 
Tombouctou,  ville  éloignée  de  quatre  milles  du  cours  du  Nil;  de  là  à 
Koukou,  située  sur  ce  fleuve;  à  Bourdana,  lieu  habité  par  une  tribu  de 
Berbers,  et  enfin  ^  Tékedda,  dont  les  habilans commercent  avec  TÉgyp  e. 
Là,  ayanc  résolu  de  retourner  à  Ségef  messe ,  il  partit  de  Tékedda  i  et  vint, 
en  soixante-dix  jours  démarche,  à  Téwat»  contrée  dont  une  des  villes 
principales  se  nomme  Bouda,  De  Bouda,  Ebn-Batouta  se  rendit  k 
Ségelmesse,  II  indique  quelques  positions  et  quelques  distances  entre 
Tékedda  et  Bouda. 

Cet  aperçu  du  contenu  des  fragmens  choisis  et  publiés  par  M,  Kose- 
garien  suffit  assurément  pour  recommander  aux  amateurs  de  la  litté- 
rature orientale  et  de  la  science  géographique  et  ethnographique  en 
général ,  la  relation  d*Ebn  Batouta  ,  et  leur  en  taire  désirer  la  publication. 
Ce  desîr  ne  pourra  que  s'accroître,  si,  au  lieu  de  lextrait  sec  et  décharné 
que  nous  avons  présenté  de  ces  fragmens,  on  prend  la  peine  de  les 
lire  en  entier.  If  nous  semble  impossible  de  douter  de  la  bonne  foi  et 
de  la  sincérité  du  voyageur;  et  si  parfois  on  lut  trouve  une  crédulité 
excessive,  ce  défaut  ne  peut  nuire  h  la  confiance  que  mérite  son  témoi- 
gnage ,  quand  if  raconte  ce  qu  il  a  fart  ou  ce  dont  il  a  été  témoin*  Qielquc- 
fois  il  entre  d^m  des  détails  urinulieux  et  peu  întéressans,  caractère  de 
simplicité  qui  est  encore  favorable  à  la  véracité  de  sts  récits.  Sans  doute 
toutes  les  parties  de  sa  relation  n  offriraient  pas  un  aussi  grand  intérêt 
que  celui  qu  inspirent  les  morceaux  choisis  par  M.  Kosegnrten. Toutefois 
on  a  publié  jusqu'ici  si  peu  de  relations  de  voyageurs  musulmans ,  qu*0Ji 
seroit  certainement  satisfait  de  posséder  celle-ci, en  entier. 

Je  crois  maintenant  devoir  présenter  yiïi  très- petit  nombre  d'obser- 
vations sur  quelques-uns  des  faits  contenus  dans  les  fragmens  publiés  par 
Al.  Kosegarten. 

Ebn-Batouta,  racontant  la  conversion  des  habî tans  des  Mafdives  au 
mahométisme,  [attribue  à  un  Arabe  d'Afrique  nommé  Abou'lbérécat;  et, 
quoique  Ton  puisse  très-raisonnablement  douter  de  la  vérité  des  faits 
extraordinaires  qui  furent,  comme  on  le  lui  a  raconté,  Toccasion  de  cette 
conversion,  on  ne  peut  guère  révoquer  en  doute  qu'elle  n'ait  été 
réellement  louvrage  d un  Africain  ,  puisque  les  peuples  des  Maldives 
stiivoient,  au  temps  d'Ebn-Baiouta,  la  secte  de  fimam  Malec,  qui  est 
professJe  paniculièrement  eji  Afrique.  Ebn-Bafouta  ayant  exercé  dix- 
huit  mois,  dam  la  résidence  de  la  reine  de  ces  îles,  les  fonctions  de  kadhî, 
son  témoignage  à  cet  égard  nous  paroît  irrécusable. 

C    X 


zc  JOURNAL  DES  SAVANS, 

E!>n  Batouta  dit  que,  deson  temps ,  fes  Maldives  étoient  gouvernées 
par  une  reine  qui  se  nomrnoit  Khadid/a;  ce  qui  sufîiroit  pour  prouver 
qu  elle  éfoit  mahométane.  Le  premier  des  voyageurs  arabes  dont  Renau- 
dot  a  îraduît  les  relacions ,  dit  aussi  que  les  Maldiveç.sont  gouvernées  par 
une  reine,  L'abréviateur  d'Edrisi,  connu  sous  le  jfbm  de  Géographe  de 
Nubie,  généralise,  à  tort  peut-être,  cette  observarion,ei  affirme,  en  en 
pariant  comme  d'une  couiiune  générale,  que  la  principale  autorité  dans 
/es  îles  est  entre  les  mains  des  femmes»  Renaudot,  remarquant  que  les 
Yortugaîs  n'ojit  point  trouvé  une  pareflle  coutume  établie  dans  ces  îles , 
suppose  qu'elle  avoit  été  abolie  depuis  que   les  peuples  des  Maldives 
avoient  embrassé  le  mahomètisme.  Le  récit  d'Eba-Batouta  réforme  ce  que 
ces  diverses  opinions  peuvent  avoir  d'ejtagéî-é.  On  y  voit  qu'avant  Kha- 
,didja  le  trône  avoit  été  occupé  par  son  aïeul,  son  père  et  enfin  sou 
frère  ;qu*après  la  mort  de  ce  dernier,  Kbadidja  avoit  été  appelée  au  trône 
par  le  vœu  des  habitans,  et  avoit  épousé  son  vizir  Abd-allah  Hadhramî, 
La  même  chose  pouvoît  avoir  eu  lieu  plusieurs  fois  ,  et  avoir  donné 
naissance  à  lopinion  d'Edrisi,  qui  affirme  que  le  roi  n avoit  qu*une  auto- 
rité fort  inférieure  îi  celle  de  la  reine. 

Ebn-Iîaiouta  vint  à  Brousse ,  capitale  de  lempire  turc  dans  la  Natofie  > 
sousIeYègne  d'Orkhan  fils  d'Othman,  et  lorsque  le  sultan  Orkhan  avoit 
déjà  enlevé  aux  Grecs  la  ville  de  Nicée,  cest-à-dire  postérieurement  à 
fan  de  Thégire  7  j ^  [  i  3 î  j  de  J,  C,  ]•  A  cette  même  époque,  Mohani- 
med  Uzbek-khan  régnoît  dans  le  Kaptchac.  Au  nombre  des  femines  de 
ce  sultan,  é  toit,  suivant  Ebn-Batouta,  une  princesse  grecque,  que  notre 
voyageur  nomme,  suivant  la  traduction  de  M.  Kosegarten,  Bi/oun, 
Ntkefori  régis  Constantlnijjût  magnœ  flia.  Au  temps  dont  parle  le  voya- 
geur africain,  le  trône  impérial  de  Constantinopleétoit  occupé  par  An- 
dronic  III  Paiéologue,  dit  Je  Jeune.  H  suit  de  là  que  AL  Kosegar- 
ten a  eu  tort  de  prendre  Ntk'ifcur^  jlj^»  I^"'^  '^  ^^^^  propre  de  fem- 
pcreur  grec»  Je  présume  que  le  jnanuscfit  portoit  jjfiXJ  Tâcfour:  car  c'est 
ainsi  que  les  Arabes  nomment  tous  les  empereurs  de  Constantioople.  Je 
crois  néanmoins  que  cette  dénomination  n'est  autre  chose  qu'une  altéra* 
lion  du  nom  de  Nicéphore  ,qui  s'écriroit  en  arabe  jyCLi  ou  jjiXj. 
Celte  alléraiion  peut  s'être  introduite  accidentellement,  comme  plusieurs 
autres  auxquelles  a  donné  fieu  la  confusion  des  points  diacritiques  :  elle 
peui  aussi  avoîr  été  admise  à  dessein,  et  comme  un  sarcasme,  pour  faire 
dériver  le  nom  des  empereurs  grecs  de  la  racine  jju^qui  signifie  ïncrédu- 
lUét  irré/ighn.  L'usage  de  donner  aux  empereurs  grecs  le  nom  de  Nice- 
phore  ou  TarfoiJr  peut  remonter  au  temps  de  Haroun  airaschid,  qui  dé* 
claia  la  guerre  à  Nicéphore  L*'  Au  surplus,  si,  comme  je  le  crois,  le  mot 


JANVIER   1820. 


21 


Tdcfûur  est  une  corrupiîon,  cette  corruption  est  consacrée  pnr  l'usage 
depuis  long- temps*  Ce  même  mot  a  encore  été  altéré  de  nouveau  par  les 
Turcs,  qui  en  ont  fait  j^  et  j^ 9  mot  mal  interpréié  par  Leuncbvms , 
quî  écrîf  t^gff^!^  (Annal,  sultan.  Or/tman.,  p/iijt  t^p  et  140).  Le 
poisson  nommé  par  les  Turcs  jJL  jy^  ^t  jJL  jd;,  le  surmuht^  ne 
doit  certainement  son  nom  qu'à  sa  couleur  rouge,  qu^on  a  comparéei  la 
pourpre  Ati  empereurs  grecs.  C*est  aussi,  je  pense,  pour  la  même  rar^ 
Non,  qu'ils  appellent  ^Li»  ^>jCj  ,  comme  qui  diroit  montagne  rouge ^  (a 
montagne  voisine  de  Rhœdestum  on  Rhodoston  (JAnville,  G/ogr,anc,^ 
fcm,  /.*%  p,  ^çf)'  On  ne  doit  pas,  au  surplus,  s'étonner  qu  Uzbek-Lh^a 
eût  obtenu  en  mariage  une  princesse  grecque,  puisque  le  sultan  Oiho- 
mnn  Orkhan  épousa  Théodora ,  filfe  de  l'empereur  Jew  Cantacuzène* 
En  parlant  d*Orkhan,  Ebn-Batouia  le  nomme  Ikhtiar-eddin  Orkhan- 
beg,  fils  d*Othman  Djouk;  c'est  ainsi  du  moins  que  traduit  M.  Kosegar- 
ren,  II  ne  s'est  pas  souvenu  sans  doute  que  le  prince  Othman  ,  fîfs 
•d*ErtogruI,  et  fondateur  de  la  puissance  otto!nane,étoit  nommé  par  les 
Turcs  ^  ^jli^  ,  Othmandjik ,  cVst*à-dire  le  prtii  Oiliman  [  Othmanu- 
tus,  comme  ledit  Démétrius  CantemirJ. 

A  l'occasion  de  la  ville  et  du  grand  royaume  de  Mali  ou  Mellî ,  au 
pays  des  Noirs,  Ebn-Batouta  dit  que,  de  son  temps,  en yj  3  de  Thégire 
[1352-1  de  J<  C.J,  le  souverain  de  ce  royaume  s'appeloit  Aténassi 
{ou  plutôt  Afenia)  Solerman  0^4^  ^^'i^^'  '^  ^^*  assurément  très -re- 
marquable que,  suivant  Léon  Africain,  IavilledeTombottCtou,qu*£bn- 
Batouta  comprend  dans  le  royaume  de  Mali,  a  été  fondée  en  Tan  6  ta 
de  rhégrre  [  1  2  1  3  -4  de  J.  C.  ]  par  un  roi  nommé  Afense  Suléiman  (éd. 
de  i^j2,  in- 18,  p.  642).  On  doit, ce  semble,  en  conclure,  ou  que  ce 
nom  étoit  d'un  usage  fréquent  parmi  ces  monarques  nègres,  ou  qu'il  éfoit 
fa  dénomination  commune  des  souverains  de  celle  partie  de  l'Afrique* 
Et  en  efl'et  nous  savons,  par  la  relation  du  Voyage  de  Mungo-Park, 
quen  langue  mandingue  manxa  veut  dire  toi.  {Voy,  Tmvtts  in  the  itiie- 

rhr  districts  of  Afrha hy  Mungo-Park,  th.  Xi>c^p.  2^;  et  suh* 

et p,  jfg  dans  le  Vocahlûhe  mandiitgue). 

Je  pourrois  multiplier  les  remarques  de  ce  genre;  mais  celles-ci  suf- 
fisent pour  confirmer  ce  que  j'ai  dit  de  Timportance  de  celte  relation,  et 
même  pour  faire  regret tet  que  nous  fie  .connoissions,  jusqu'à  présent, 
que  l'abrégé  de  la  relation  ofigin^Ie.  Je  vais  maintenant  plisser  à  la  cri« 
tique  de  plusieurs  endroits  du  texie  et  de  la  traduction, 

Je  ne  relèverai  point  quelques  légères  fautes  qui  se  ioht  glissées  dans 
le  te«e,  et  qui  peut-être  se  trouvent  dans  le  manustrit  même  dont  a  fait 
usage  M»  Kosegarten;  mais  je  proposerai  quelques  corrections  qui  me 


2z  JOURNAL  DES  SAVANS, 

paroîssejit  certaines.  Dans  un  passage  où  Ebii-Uatoufa  parle  des  chiens 
dont  on  seserLau  lieu  de  chevaux  ou  autres  bêtes  de  trait,  dans  les  dér 
serts  de  la  Sibérie  ,  ii  dit,  suivant  le  texte  imprimé  (  p»  t],  /.  dern,)  » 
jLlUVI  L^-  (^iblff^;  M.  Kosegarten  a  traduit,  Cams  verà  un^nibus  prœ- 
dit} ,  et  il  observe  (p.  %y)  que  le  mot  L^  lui  paroit  incomplet.  En  Usant 
l^,  Je  sens  ne  laisse  rien  îi  désirer ,  et  je  crois  cette  restitution  à-peu* 
près  indubitable.  On  lit  (p,  ^,  L  y)  que,  dans  une  certaine  contrée  du 
pays  des  Nègres ,  on  se  sert  de  morceaux  de  sel  en  guise  de  monnoie  d  or 
et  d'argent:  puis  le  texte  ajoute  ^U^  1^:4  L^f  c*est-à-dire,  «  ses  eaux 

»  sont et  on  prend  là  une  provision  d*eau  pour  traverser  le  désert 

^  que  Ton  trouve  ensuite,  et  dont  Té  tendue  est  de  dix  journées  de  marche; 
»  car  il  n*y  a  j)oint  d'eau  dans  ce  désert.  «  M.  ICosegarten  a  traduit  fe 
commencement  de  ce  passage  d'une  manière  peu  intelligible,  yw/^Mf 
(salis  stgmtmls)  paritcr  aîqut  torum  aquâ  utuniur^  et  il  a  observé  (p.  p) 
que  le  mot  jUj  Iiji  paroissoit  altéré.  II  falloit,  comme  Ta  déjà  conjec- 
turé M.  Freytag,  lire  ^jLt),  et  rétablir  ainsi  le  passage:  ^^Uj  UjLy;' 
ce  les  eaux  de  ce  liai  sont  saumâtrcs.  »  C'est  même  vraisemblablement 
la  leçon  du  manuscrit:  car,  dans  le  caractère  arabe  d'Afrique,  le  j  final 
ne  porte  pas  de  points  diacritiques. 

Pour  avoir  mal  séparé  un  mot  (p,  ^j,  L  iS )  et  avoir  lu  L  jj>  au 
lieu  de  #Ui>>\  M.  Kosegarten  a  commis  une  erreur  plus  grave.  Uau- 
teur  dit  que  leshabitans  de  Zngha  ont  embrassé  Tislamisme  il  y  a  long- 
temps, que  ce  sont  des  hommes  pieux  et  amis  de  la  science;  et  le  Iraduc- 
teur  lui  fait  dire:  ....  Sagka,  cujas  incol^  sacra  is/amitua  non  nmis 
iurant^  ntqMpenUtts  affipsctre  studenL  Cette  observation  est  encore  de 
M.  Freytag,  qui  me  i*a  communiquée.  Il  est  possible  que,  dans  le  manus- 
crit, le  mot  UoJ»  soit  p;irtagé  entre  deux  lignes,  suivant  un  usage  assez 
ordinaire  aux  Arabes  d* Afrique»  et  contraire  à  celui  des  Arabes  d'Asie. 

Au  sujet  du  tombeau  de  Karham  ,  fils  d'Abbas  et  peiit-filscTAbd^almo- 
talleb,que  Ion  voit  à  Bokhara,  EbnBatouta  dit,  suivant  la  traduction 
lAime( p,  jrj  :  Supra  quod  magnum  exstruxerunt  cœnohium  ;  prospéra  di  cq 
sibi  ûugurantur.jidimqut  ci  habtnt  insignem ,  itn  ut  magni  faciani  id  ipsi 
Tartaripaganî,  Ii  talloft  traduire  :  Super  quod  magnum  exsrruxcrunt  cœ/w- 
bium»  hoc  sepulcrum  pro  faustù  omim  rtpuîantes  :  quin  et  ipsi  pagani  } 
Tartarorum  numéro  illud  (  jepulcrj^m  )  veneranfur  et  magna  prosequunlur 

rfv/rmf/^.  IJjîsl  impossible  que  dans  ce  lexte^  a  tti^jj  î)JL^j  aj  {j^(jjuj 

jxJI  j\â£s»sS^  (  ^*  ^f  )m  iç*  verbes  yyf^-i-o  —  t>i^  et  JLuî  se  rap- 
portent au  même  sujets 

Un  peu  plus  loin,  £bn-Batou(a  ,  parlant  desdeux  villes  de  Caboul  et 


"^■^  JANVIER  i»2â  2} 

®Mlwisch,  dît  qiveHes  hom  habitées  par  le»  Afghans ,  et  ^  q^l^'^uTou^de 
»  ces  deux  villes  H  y  a  des  monfîignes  qui  favorisent  tes  brigniidages  de 
^  ce  peuple  î>  :  ^JjWI  if^  pyrtaft*  JL^  U^^^  ^;>.  /tf  /  M.  Koseganen  a 
eti  tpri  de  induire  iDtin  yervtnimus  ad ùrbem  Kahul,  indt  ad  Ktrmâsch , 
(juarum  incofit  Afghanï  ;  ufr/ique  moniilus  vtas  prœciudeutttus  ctrcu  m  sep  tu, 
11  est  impossible  que  le  verbe  ^yJ^îb  *«  rapporte  k  JL*^t  et  le  pro- 
nom  U  dans  l^  aux  deux  villes  précédemment  nommées. 

Je  ne  relèverai  plus  qu'une  seule  inexactitude,  ou  plutôt  une  phrase 
un  j)eu  louche  de  la  traducuon  :  car  je  crois  que  M*  Kosegarten  a  bien 
compris  le  sens  du  texie.  Ehn-Batouta  dit  qu'il  s'est  trouvé  dans  la  con- 
trée habitée  alors  parles  Bulgares,  et  éloignée  de  dix  Journées  de  marche 
de  fa  ville  capitale  des  étais  de  Mohammed  Uzbek-khan,  durant  le  mois 
de  ramadhan,  et  que  ia  nuit  y  étoii  si  courte,  que,  de|mis  le  coucher  du 
soleil  jusqu'à  son  lever,  il  n*avoiï  que  Je  temfi6  nécessaire  pour  prendre 
%Km  repas,  et  faire,  avant  et  après  le  repas,  les  prières,  tant  Joblrgarion 
que  de  dévotion,  dont  un  musulman  s'acquitte  dans  les  nuits  de  ce  mois; 
puis  il  ajoute:  <JUiJ  j  ^^xf!  j-Ju  eLfj^,  c'est-à-dire:  «U  en  est  de 
»  même  du  jour;  il  est  pareilleuient  très-court,  quand  vient  la  saison 
»  (des  jours  courts).  »  Dans  la  traduction  latine, on  lit  :  AJci  hrt\4s  suo 
tfmpore  ettam  J'tes  rsi  (  p,  19  )  ;  ce  qui  ne  ftrésente  pas  un  sens  très-cfair. 

M.  Kosegarten,  dans  les  notes  qui  accompagnent  la  seconde  section 
de  sa  dissertation,  adonné  un  petit  nombre  d  extraits  de  deux  manuscrits, 
fun  arabe,  l'autre  persan,  de  la  bibliothèque  du  duc  de  Saxe-Gotha,  tous 
deux  relatif*  à  la  géographie.  Le  premier  est  intitulé  ^bYl  ^jL^"  et  a 
pour  auteur ,  si  l'un  en  croit  le  litre  que  lui  adonné  le  copiste,  le  scheïkh 
Aiau-Afi  Fansiy  mais  quelques  notes  écrites  sur  le  premier  feuillet  lat- 
tribuent  à  diflereris  écrivains, et  le  peu  quen  rapporte  M,  Kosegarten 
ne  permet  pas  de  décider  à  qui  il  appartient  eâecnirertient.  Le  second,  si 
Ion  s'en  rapporte  à  ce  qu'on  lit  sur  la  première  page  ,  a  pour  litre 
4fUUlt  cUU!# ,  e>t  connu  plus  généralement  sous  le  titre  de  rJUVI  j^^  , 
et  a  pour  auteur  Abouikasem  Abd*allah,  fils  de  Khordad  <^bj^  Khorat 
sani.  M.  Kosegarten  ne  doute  point  que  cet  Âbd-aIIah«  fils  de  Khordad, 
ne  soit  le  même  qu'un  géographe  cité  par  Abou  Meda  et  par  d'Herbelot, 
sous  le  nom  à^Abd-tdlah.Jils  de  Khardadbih,  qui  doit  être  mort  \kn 
Tan  jco  de  Thégire.  H  y  a  sur  tout  ceci  beaucoup  de  choses  à  observer. 
I.*  L'ouvrage  intitulé  A)\j!)i\  jy^^  et  dont  Hadji-Khalfa  parlu  dans 
sa  Bibliographie,  n'est  pojnt  du  nombre  de  ceux  qui  portent  le  titre  de 
<4JUil  LîUU^  (  ou  plutôt  u^UUjdWL**  };  il  a  pour  auteur  Abou^Zeïd 
Ahmed  ben-Sahel  Baikhi  *  et  contient  vingt  cartes  représentant  tom 
Jes  pays  mu4ulnian&,  avec  I  explication  de  chaque  carte. 


I 


i4  TOURÎ4.4L  DES.SAVANS, 

a/  Si  Vçfiy  .sejj  rapporte  k  'ce  <jue  4it  Hadji-Khalfa  au  mot  cjULwt 
cliUj»  AbQa'Jitasem  AI  d-albh,;  fils  de  Khordad  (ou  ,  comme  on  ii* 
dans  le  nun}isçrhj  Aforé/aJ]  Khorasanii  est  différent  dVAbd-ailaii,  Bh 
de  Khordadbèh,  et  chacun  de  ces  auteurs  a  composé  un  livre  sous  c© 
litre. 

3/ Tous  fes  passages  cités  de  ce  manuscrit,  si  Ton  en  excepte  la  pré- 
face, ajoutée  après  coup  et  par  une  main  différente  de  celle  qui  a  copié 
fe  corps  du  manuscrit,  se  relrouveni  précisément  dans  la  traduction  per- 
sane de  l'ouvrage  rfÇtn-Haukaf ,  cotnnie  on  peut  %en  assurer  en  compa- 
rant les  passages  rapportés  par  M.  Knsegarten  ,  avec  ce  qu'on  lit  dans  le 
livre  intitulé  T/te  oriintal  Gcography  of  Ebn-Haukul ,  et  publié  par 
M,  W.  Ouseley,  p.  95 ,  1 16,  i4^  et  286. 

4.*  Au  contraire,  la  préface  est  tout-à-fiut  d'accord  avec  la  description 
que  donne  Hadjilvlulfa  dii  jfiîJlj'ïf  jy*  d'Abou-Zeïd  Ahmed  ben-Sahel 
licilkhî.  On  y  lit  que  fauteur,  au  lieu  de  suivre  la  division  ordinaire  en 
sept  climats,  a  ])artagé  les  pays  quil  décrit  en  vingt  parties  {^jJci  et 
non  pas  ^;i^*, comme  la  imprimé  M.  Kosegarten) ,  a  donné  kces  vingt 
parties  le  nom  de  dimats^  et  en  a  tracé  la  figure. 

De  tout  cela  Je  crois  être  tn  droit  de  conclure  que  ce  manuscrit  n'est 
qu*une  copie  de  la  traduction'persane  du  ijULrj  t^L^  d'ILbn-Haukal, 
et  qu'ujie  main  récente  a  mal-à-propos  placé  en  tête  du  volume  la  pré- 
face du  i?JUVI  jys  d'Abou-Zeïd  Ahmed  ben^ahel  Balkhi* 

Je  noserois  affirmer  qu*Abd-a!Iah  fils  de  Khordadbèh  soit  un  person- 
nage différent  d'AI)ou'Jliasem  Abd  allah  fils  de  Mordad,  parce  que,  1  .**  il 
est  très-possibJe  qu*un  copiste  ait  écrit  ^b^  au  lieu  de  ->lj>>k;  2,''  le 
monosyllabe  bih  *^  est  une  épilhète  que  les  sectateurs  de  Zoroaslre 
ajoutent  volontiers  à  leur  nom  ,  et  qui  signifie  d'tscipU  de  la  vraie 
nJigion,  Au  reste,  on  peut  voir  ce  que  j*ai  dit  sur  les  divers  ouvrages 
intitulés  tdJUj  ellL^  et  sur  leurs  auteurs  ,  en  rendant  compte  de  ik 
Géographie  d'£bn-Haukal,  publiée  par  M*  Ouseley,  dans  le  Magasin 
incjctùpiit'tque,  année  VII,  tom,  VI,  p,  JJ  et  suivantes,': 

En  lètç  de  fa  préface  du  manuscrit  persan  dont  il  vient  d'être  question, 
on  lit  ces  mots  lsIL»  J^y  j\  j(Jj  ijf  jà^.i,  que  M.  Kosegarten  a  traduits 
ainsi;  Audi,  6  regens ,  frequentatorem  regni.  H  paroît  avoir  confondu 
jlj^»  mot  arabe  qui  signifie  in  orbem  circumagins  se  et  se  dit  du  ciiîf  ï^vec 
jj' j ,  mot  persan  qui  veut  dire  judex,  administer  regni,  prînceps.  En  outrp 
il  est  é\iden(  que  Je  mot  elU ,  qu*il  a  lu  mouk  et  rendu  par  rcgni,  est  ou 
déplacé ,  ou  superflu  ,  puisque  [es  deux  membres  de  celte  phrase  doivent 
rimer  ensemble.  Peut-être  faut-iilire  ainsi  ;  j\^  jl  ^^^  ^1^  <AU^l. 


^JANVIER   1820. 

O  domine  ccefi,  quoJsese  cîrcuniûglt,  audi  votaillius  qui  ad  te  col  en  dam  venitJ 
Pendant  que  je  rédigeois  cette  notice ,  j'ai  eu  connoîssance  d'un  nouveau 
fragment  de  la  relation  des  voyages  d*Ebn-Baiouta,  publié  à  léna  avec 
une  préface,  une  traduction  latine  et  des  notes,  sous  les  auspices  de 
M.  Kosegarten ,  par  un  jeune  orientaliste  ,  M*  Henri  Apetz.  Ce  morceau 
est  intitulé:  Desm/^iia  terrm  Malabar  ,tx  arabko  Ebn-Bâtatœ  itinerario 
édita,  &c.  Unœ ,  18 1 g.  On  reconnoît  dans  ce  fragment  >  comme  dans  ceux 
dont  jai  déjà  parlé,  la  crédulité  et  la  bonne  foi  rfEbn-Barouta.  Une 
chose  singulière,  c'est  que,  suivant  cette  relation,  le  nom  arabe  du 
Malabar,  jUJU,  devroît  être  [)rononcé  Aiouîdibar  i  mais  il  faut  faire 
attention  que  c'est  labréviateur  d'Ebn-Batouta ,  et  non  le  voyageur  lui- 
même,  qui  a  fixé  la  prononciation  des  noms  étrangers,  ainsi  que  cet 
abréviateur  a  eu  soin  d*en  avertir.  Ebn-Batouta  parle  des  Djoguîs, 
4^^ ,  et  de  leurs  mortifications  prodigieuses  ;  d'un  douli,  sorte  de  palan- 
quin 1  dont  il  écrit  le  nom  Jji  {  voy.  Zend-Avesta,  t,  l,  //'  partie, 
p,  4^,  note;  a  Dlctionary  of  Mohamedan  Law,  éfc.p*  S6\\  des  jonques 
chinoises,  dUa^,  erau  pluriel  Jyoi.,  en  chinois  tckouen ;  et  de  deux  sortes 
de  bâtimens  plus  petits,  que  les  Chinois  nomment  jj  ^au  et  ^X^  cacam» 
Le  premier  est  le  mot  mo  ou  seou,  qui  sert  de  terme  numéral  quand  on 
parle  de  barques  ou  bateaux,  et  le  second  est  peut-être  le  mol  composé 
koû'hdffg,  petit  bateau.  Ces  remarques ,  que  je  dois  à  M.  Rémusat, 
paroîtront  peut-être  minutieuses:  maïs  elles  me  paroîssent  d'un  grand 
poids  pour  confirmer  ce  que  f  ai  dit  de  la  confiance  que  mérite  la  reiatioii 
d' Ebn-Batouta* 

SILVESTRE  DE  SACY. 


EqueîAde  ,  mofiumetîto  antico  M  ùronio  del  Museo  tmiionale 
Ufigherese ,  considerato  ne  suai  rcipporti  coll'  antichitâ  jigu-- 
rata,  &c.  da  Gaetano  Cattaneo,  &c.  &c»  &c. 

On  sait  avec  quelle  profusion  les  Romains  avoient  répandu  dans 
toute  l'étendue  de  leur  empire  les  objets  de  leur  culte  et  les  symboles 
de  leur  religion;  il  semble  même  que  plus  les  sentimens  de  la  piété 
s'affoiblissoient  chez  eux,  plus  ils  aflectoieni  d'en  muliiplier  les  images. 
Lorsqu'ils  eurent  successivement  déifié  presque  toutes  les  qualités  morales 
et  physiques,  et  rempli  leurniythologîe  de  divinités  étrangères,  il  leur 
resta  encore  des  places  pour  une  fouîe  de  dieux  subalternes,  dont  les 
attributions  honteuses    ou   ridicules   donnèrent   souvent   matière  aux 

D 


JOURNAL  DES  SAVANS, 

sarc:ismes  de  leurs  philosophes,  et  sur-lcut  aux  inVectîves  des  premiers 
écrivains  thréiiens.  TerluHien,  enire  autres,  reprochoit  aux  Romains  de 
son  temps  feurs  ma  bons  »  leurs  bains,  leurs  étabUs  remplis  d^idoles  (i); 
et  Prudence  s*exprirne  à  ce  sujet  à  peu  près  dans  les  mêmes  termes  (2)  : 
Quanquam  cur  Ccnlam  Roma  mlh'i  fingttls  unum , 
Cum  partis,  domilfiis,  thcrmis,  stabults»  so/eatîs 
Adsignare  suos  Genws,  perque  cm  nia  membra 
Urbis  ,perqae  locat,  dniorum  mil  lia  mal  ta 
Fingcre,  ne  propria  vaat  angulus  ullus  ab  umbrat 
Dans  iiii  autre  endroit,  le  même  poète  désigne  nominaiivejnent  deux 
de  ces  divinités,  dont  le  siège  est  compris  dans  rénuméraiion  quon 
Yieni  de  lire  (  3  ]  : 

Nemo  Cloacinx  ^i/f  Eponx  supir  astra  deabus 
Daî  solium, 
I^  première,  dont  le  seul  nom  indique  assez  fa  nature,  présîdoit  aux 
égouts»   La  seconde,  qu'il  est  moins  aisé  de  caractériser,  résidoit  dans 
h%  établis,  ainsi  que  lindiquece  vers  de  Juvénal  (4)  : 

Jurât 
S&lam  Eponam  n  fades  olida  ad  pr^epia  pic  tas. 
Et  il  existe  un  curieux  passage  d'Apulée,  qui  nous  apprt^nd  que  limage 
de  cette  grotesque  divinité  se  plaçoit  dans  les  élahles,  et  que  Tonavoit 
grand  soin  de  la  couronner  de  fleurs  toujours  nouvelles  1^)  :  Pilœ 
mediœ,  quœ  stahuli  trabes  sustinebat  ,jn  ipso  fer è  medituHio,  Eponœ  deœ 
simutûcrum ,  residens  stdiculœ ,  quod  accurati  coroltis  roseis]  et  quidem 
rtcentibus ,  fverat  ornatum. 

Voilà  à  peu  près  tout  ce  que  nous  savions  de  la  déesse  Epone,  dont 
juîiqu'à  ce  jour  limage  avoir  échappé  à  toutes  les  recherches  des  anti- 
quaires; car  il  est  reconnu  depuis  long-temps  [6)  que  fa  médaille  avec 
finscriptron  Hippone,  que  Séguin  aitribuoità  cette  déesse  (7),  appar- 
tient à  la  ville  ^Hippune,  dans  la  Mauritanie  Zeugiïane*  C'est  cette 
lacune  de  rantiquiié  figurée,  que  M»  Catianeo  a  voulu  remplir  par  la 
publication  d'une  figure  de  bronze,  portant  Tinscriplion  Equdas.  Cette 
figure,  trouvée,  en  1807,  dans  les  ruines  de  Tantique  Sirmium  ,  et 
déposée  maintenant  au  musée  national  de  Hongrie  à  Peslh  ,  étoît 
déjà  connue  par  une  dissertation  de  M,  Haliczlii,  directeur  de  ce  musée; 


(i)  Tertuiî,  dt  SpectûCuL  —  (2)  Contra  Spnmachj  Vib.  Il ,  v,  44^  seq.  — * 
II)  Id*  Apoth.  V.  /j?7.  —  (4)  Sa^r.  VUi,  v.  /j/,  —  (5)  Ahtamorph.  lik  iil ^ 
p,  2.2^,  ed/t»  Oudendorp,  —  (6)  Vo/t-^  Le  Blond,  Acad.  dts  IfiscrJpi,  tom, 
XXXIX ,  p,  jjj/  Eckhel,  Doar.  num,  tom^  IV ^  p*  /^<?.  —  (7}  Sdtaa  JVu* 
tfihffj,  p,  ijt 


li 


JANVIER    1820.  %7 

nfais,  en  la  reproduisant,  le  nouvel  édifeur  fa  accompagnée  de  beau- 
coup de  notions,  neuve?  en  partie,  souvent  curieuses,  et  toujours  propres 
k  répandre  un  peu  plus  de  jour  sur  divers  points  d'archéologie  qui  se 
rattachent  à  ce(ut-Ià.  On  doit  seulement  regretter  que  (érudition  que 
déploie  M,  Caitaneo,  naît  pas  été  ejnpioyée  sur  un  sujet  plus  impor- 
tant, et  que  le  résultat  de  tant  de  recherches  et  de  rapprochemens  se 
Jjorne  en  définitive  à  nous  faire  un  peu  mieux  connoître  une  des  choses 
que  nous  pouvions  le  mieux  nous  résigner  à  ignorer, 

La  figure  dont  il  s'agit  est  un  buste  en  bronze  de  douze  pouces  de 
hauteur  et  du  poids  de  quatorze  livres  et  trots  grains  métriques;  fa 
grossièreté  du  travail  lui  assigne  une  époque  voisine  de  celle  de  la 
"  lécadence  des  art5 ,  suivant  lopinion  de  M.  Cattaneo  ;  et  celle  du 
premier  éditeur ,  qui ,  d*après  quelques  signes  particuliers ,  la  rapporte 
au  temps  d'Alexandre  Sévère ,  ne  s'en  éloigne  pas  assez  pour  qu'il  y  ait 
là  matière  à  discussion.  La  tète  est  ceinte  d'un  large  bandeau,  qui  aboutit 
par  derrière  à  un  réseau  d'une  forme  peu  usitée.  De  ce  bandeau  s*élève, 
droit  sur  Je  milieu  du  front,  une  autre  bande»  laquelle  se  tennine,  au 
haut  de  la  tête,  en  un  corps  fragmenté,  qui,  d'après  le  peu  qui  en 
reste,  est  supposé  avec  beaucoup  de  vraisemblance  avoir  formé  un 
ajineau  :  il  y  a  tant  d'exemples  de  ce  genre,  et  le  cabinet  du  Roi,  en 
particulier,  en  fournîroit  tant  de  preuves ,  que  je  n'hésite  pas  à  changer 
celte  conjecture  en  certitude.  Je  n  oserois  en  user  de  même  à  I  égard 
dune  autre  conjecture  de  M.  Cattnneo,  qui  croit  que,  dans  la  partie 
supérieure  de  la  tète,  lartiste a  voulu  modeler  des  cheveux  ,  corne  lisciûti 
da  un  petrine  (ij.  Cette  explication  ne  me  paroît  pas  conforme  à  la 
gravure  du  monument,  tel  quil  est  représenté  dans  l'ouvrage  mêjne  de 
M.  Catianeo  :  car,  outre  que  cette  coifiùre  est  toul-à-fait  insolite,  ure 
pareille  intention  de  l'artiste  me  semble  réfutée  par  la  manière  assez 
élégante  dont  les  cheveux  sont  disposés  en  boucles  au-dessous  du 
bandeau.  Jajoute  que  des  cheveux  si  lisses,  si  bien  peignés,  auroient 
assez  mal  convenu  à  la  divinité  tutélaire  des  chevaux,  qui,  étant  censée 
dans  un  mouvement  violent ,  devoit  au  contraire  être  représentée  avec 
les  cheveux  épars  et  flottans,  comme  on  le  voit  sur  cette  peinture 
antique  du  cirque  de  CaracaKa,  publiée  par  AL  Fea  (2)  et  reproduire 
par  M.  Cattaneo  lui  même  (j).  Enfin  il  me  semble  qu*à  en  juger  par  {a 
gravure  seule  que  M.  Cattaneo  a  jointe  à  sa  dissertation ,  l'artiste  a  voulu 
exprimer  ici,   au  lieu  de  cheveux  plats,  un  de  ces  casques  que  nous 


(  I )  Pag.  I  j.  — (1)  Ùescriziane dti circhij  ifc*  Voy, tab*  Jr  y/.  —  (3 )  Tab.  m, 
it  lab.  /y,  n,  /. 

D    1 


zi  JOURNAL  DES  SAVANS, 

voyons  sur  la  tête  des  conducteurs  de  chars ,  dans  presque  tous  les  bas- 
reliefs  représentant  les  jeux  du  cirque  (i  )  ;  et  ce  que  notre  auteur  appelle 
un  bandeau,  n'est,  à  mes  yeux,  que  le  rebord  ou  le  bourrelet  de  ce 
casque,  qui  formoit  un  des  signes  caractéristiques  de  la  profession  de 
cocher,  et  qui  ne  seroît  sûrement  pas  déplacé  sur  la  tète  d'une  divinité 
de  la  nature  de  celle-ci. 

Je  seroîs  également  tenté  de  m'éloîgner  de  l'opinion  de  M.  Cattaneo, 
touchant lexplication  qu'il  donne  de  quelques  signes  ou  ornemensque 
porte  le  front  de  la  statue.  H  appelle  demi-lune  une  portion  d'ornement 
placée  immédiatement  au-dessous  du  bandeau ,  et  dont  le  peu  qui  reste  au- 
jourd'hui, forme  une  ligne  presque  entièrement  droite.  De  ce  peu  qui  reste, 
M.  Cattaneo  conclut  que  l'artiste  a  voulu  exprimer  un  croissant,  et ,  dans 
un  long  cha|)itre  (2^,  il  s'attache  à  montrer  Tétroite  relation  qui  devoit 
exister  entre  la  déesse  des  chevaux  et  celle  de  la  nuit.  II  y  a  assurément ,  dans 
les  rapprochemensde  notre  auteur,  des  aperçus  fins  et  parfois  ingénieux: 
mais  n'est-ce  pas  aller  chercher  bien  loin  l'explication  d'un  signe  peut- 
être  très-indifférent!  et  n'est-il  pas  à  craindre  qu'une  érudition  appuyée 
sur  un  aussi  frêle  fondement  ne  soit  déployée  ici  en  pure  perte  (3)  î  Un 
autre  ornement  qui,  placé  plus  bas  encore,  sur  le  front  même  de  la 
déesse,  ressemble  passablement  à  deux  croissans  adossés,  a  paru  plus 
embarrassant  h  fauteur,  qui,  après  quelques  hésitations ,  s'est  enfin  décidé 
à  y  voir  un  double  éperon,  symbole  très-propre,  selon  lui,  à  caractériser 
la  déité  des  chevaux,  et  dont  il  cherche  à  prouver  fusage  par  des  té- 
moignages d'auteurs  grecs  et  latins.  Cette  dernière  partie  de  son  opinion 
h'étoit  pas  la  plus  difficile  h  établir,  et  je  conviens  que  les  passages  des 
poètes  et  des  lexicographes  ne  permettent  nullement  de  douter  que, 
dès  la  plus  haute  antiquité,  les  cavaliers  ne  se  soient  servis  d'éperons* 
Mais  ce  qu'il  falloit  démontrer,  c'est  que  l'ornement  en  question  fût 
Véritablement  un  éperon,  représenté  sous  la  double  forme  qu'on  donnoit 
à  cet  instrument  :  che  la  duplice  sua  forma  ivi  espress^i  possa  appunto 
alludere  alla  duplice  forma  da  me  accennata  degli  stimoti  posti  in  uso  (4j. 
Or,  voici  qticlques  difficultés  qui  me  semblent  s'élever  contre  cette 
opinion.  D'al>ord  cette  double  forme  d'éperon  n'est  indiquée  par  aucun 
auteur,  que  je  sache  :  les  expressions  dejûv)fm  et  de  iyiukvleA^f  ^  qu'emploie 
Julius  Pollux  (5},  paroissent  plutôt  être  des  termes  synonymes,  que  des 

(i)  Voy.  Onnphr.  Panvin.  de  Lud.  circens,  lit.  l ,  c.  X ,p,  jg;  ibid.  c,  Xiv , 
p,  ^0  et  4/.  —  (2)  Chap.  XIII,  p.  J6-65.  —  (3)  Abbench}  troncata  in  ainbe  le 
estreiniià,  è  évidente  che  ad  altro  soggetto  non  si  saprebbe  ricorrere  per  interpre^ 
tare  il  Jrammento  che  tuttavia  ne  riinane ,  p.  57.  —  (4)  Chap.  XI V,  p.  71.  — - 
(5}  J.  Pollux,  Onomast.  lib,  X ,  segm,  XJJ. 


"anvier  1820. 

qualfncations de  deux  înslrumens  divers,  ou,  du  moins,  je  ne  trois  paa 
que  nous  puissiojis,  d'après  ces  expressions,  dont  nous  sommes  si  pei 
capables  d'apprécier  la  différence,  établir  une  double  forme  de  l'objet 
quel/es  signifient.  En  second  lieu ,  les  éperons  antiques  qui  nous  restent,! 
Cl  que  M.  Catt«aneo  donne  d  après  le   P.  Monifaucon  (i)   et  M.  d« 
Caylus  (2},  ne  ressemblent  point  à  rornement  figuré    sur  le  front  de 
la  statue:  deux  de  ces  rnstrumens»  Tun  de^^quels  me  paroît  être  cefui*tîn 
même  qu'a  publié  M,  de  Caylus  »  existent  au  cabinet  du  Roi,  et  la  forme 
en   est    presque  absolument  identique   avec    celle   qu'on  leur  donnej 
actuellement  parmi  nous,  c'està-dire,  fort   peu   analogue   à  celle    de 
fornement    en  question.   Enfin  il   me   semble  qu©  ce  seroit  tout  an 
moins  une  idée  bizarre,  que  d'avoir  placé  sur  le  frorir  d'une  statue   ur 
5ymbole  de  cette  espèce;  et  j'engage  M.  Caiianeo  à  en  chercher  uni 
explication  plus  vraisemblable. 

De  J  exjîlication  desornemens  qu'offre  la  tète  de  la  déesse,  Je  passe, 
avec  M.  Caitaneo,  à  l'interprétation  même  du  nom  de  cette  divinité, H 
lequel    nom  ,   écrit  Equeiûs,    paroît   avoir    beaucoup    embarrassé    îe*J 
docte  commentateur,   La  dénomination   sous   laquelle  elfe   fut   connue^] 
des  Romains  (car  il  ne  semble  pas  quelle  Tait  jamais  été  des  Grecs ),^ 
est  celle  d'Hippona,   dérivée,  suivant  les   scholiastes  de  Ju vénal,  de. 
t'mmi^   cheval,   et   de  ovcç,   âne,  ou  plutôt,   Epcna^    comme   iiorïentj 
invariablement  les  textes  que  j'ai  déjà  cités,  et  auxquels  on  peut  joindre 
les  inscriptions  rapportées  dans  Gnuer  (  j  ) ,  dans  Doni  (  4) ,  et  ailleurs  (  ^ 
Un  pass.'ige  des  ParnUihs  de  Plutarque  (6),  le  seul,  à  ina  connoissance^ 
.cil  cette  divinité   soir   nommée   en  grec»  l'appelle  imrwfojr  (7)  ;   mars'] 


i 


(i)  Supplém.  tom.  IV,  tab.  XJl,fig,j, —  (2)  Recueil  d'antiquités, r^m.  //// 
7.   LXIX,  fig^  j,  —  (3)   Corpus  in5cripl,   wn,  I ,  p.   LX XXVil ^  n.  p  — 
4)  In  script,  antîq./?*  jS,  /i,*  /02»  —  (ç)  Tomasmi ,  fie  Dû/jar,  p,  210,  M,  Cat- 
ianeo  cite  la  page  1  76,  qui  esi  etTectivement  marquée  dans  la  râble  de  l'ouvrage 
de  Tomasinî;  mais  le  passage  qu'il  rapporte  ne  se  trouve  qu*à  la  page  que  j*aî 
indiquée,  —  (6)   Tom.    Vil,  p.   241  ,  edit.  Reiske.  —  {7)   Ni  Keiske,  nî 
AL  Huiten,  éditeur  plus  récent  des  Œuvres  morales  de  Plutarque  {vid,  loni.  II. 
p.  4-^9)»  "*^  f<5"*  5^**"  ^^  ^'^^^  aucunt!  observation.  Je  relèverai  ici  une  légère.^ 
inexactitude  de  M.  Cattaneo,  qui,  dans  sa  noie  sur  ce  passage  de  Plutarque" 
fp.  2j}f  dit  q^yxEpona,  Héité  des  chevaux  ,éloit  connue  desUrientaux,  et  que  les 
habitans  de  Gaza  rinvoquoicnt  sous  le  nom  de  Aiarnas,  li  s^autonse  de  i>elden 
(de  Dits  àyris ,  p.  2j6):  mais  Selden  ne  dit  rien  de  parril,  à  Tendroil  indiqué  par, 
M.  Cartaneo;  etr^xplrcanon  qu'il  donne  en  un  aut  re  endroit  ( p,  i^t )  cfu  mot  , 
syriaque  Aïarnas ,  ne  répond  nu  lie  m  nr  à  Tidrede  M.  Cattaneo,  puisque,  selon 
-Selden,  ce  mot  signifie  pater  homini/m,  dominas  mortaltum ,  tt  ne  peut,  avec 
cette  signification^  s'appliquer  quau  maître  des  dieux,  au  Jupiter  grec. 


}o  JOURNAL  DES  SAVANS, 

pfcisfeurs  manuscrits  et  Tédition  d'Aide  portent  E^^df ,  îeçon  qui  s'ac- 
corde mieux  avec  celfe  des  écrivaiiis  latins,  et  qui,  à  ce  litre,  mérite 
d^èire  préférée;  Qaoi  quil  en  soit  de  celte  difficulté,  sur  laquelle  j'aurai 
peut*êire  occasion  de  revenir,  l^étyniologîe  du  nom  de  cette  déesse  ,  telle 
quelle  est  donnée  par  le  scholtaste,  est  trop  conforme  aux  attributions 
connues  de  cette  déesse,  pour  que  nous  puissions  refuser  de  l'admettre, 
«fautant  plus  qu'elle  est,  en  quelque  sorte,  confirmée  par   ce  passage 
de  Minucius  Félix  :  Vos  H  toios  Asinos  in  stabuUî  cum  vestra  bella  Epona 
consecratis.  Cela  posé,  examinons fexplication  que  M,  Cattaneo  propose 
du  mot  EQUEiAS.  Ce  savant,  d  après  iobservationjque  le  mol  Epona  est 
constamment  usité  par  les  Latins,  quoiqu'étant  d'origine  grecque,  pour 
désigner  une  divinité  qui  leur  est  propre,  trouve  une  extrême  difficulté 
à  expliquer  le  mot  E^ueias  offert  pour  la  première  fois  sur  la  statue  en 
question  :  Confessa  che  la  difficolta  cgrandissima,  e  pcr  veriti  non  è  {fuesta 
la  sold  che  pone  a  cimento  la  patienta  ,  non  chc  il  sapere  dclV  archeotogo  (  t  )  • 
Pour  résoudre  cette  difficulté,  il  s'attache  à  prouver  que  le  mol  Equdas 
a  pu  provenir  de  celui  d' Epona,  par  une  suite  de  ces  iransforjnations  ou 
altérations  si  fréquentes  dans  les  âges  de  décadence  où  les  deux  idiomes 
tendoieni  perpétuellement  à  se  confondre;  et  il  s'autorise  d'un  passage 
de  Banhius  (i),  lequel  prétend  avoir  lu  Equonam,  au  lieu  d'Eponam, 
dans  plusieurs  manuscrits  d  auteurs  latins*  Nous  aurions  alors ,  s'écrie 
M.  Cattaneo,  d*unt  manïtre incontestable ,  Vanneau  des  changemtns  çue  ci 
nom  eut  à  subir  dans  son  passage  de  la  langue  grecque  a  la  langue  latine,  '\ 
Mais  j'avoue  que  je  ne  puis  encore  approuver  cette  supposition.  Le  mol 
que  Barthius  prétend  avoir  luj  est  un  véritable  barbarisme,  qui  n*a  pour 
lui  aucune  autorité;  et  Ion  sait  combien  Ton  doit  en  général  se  défier 
de  1  érudition  de  cet  auteur,  et  de  sa  mémoire,  qui  nétoit  pas,  à  beau- 
coup près,  aussi  fidèle  qu'étendue.  Pourquoi,  d  ailleurs,   se  créer  une 
difficulté  si  grave,  d'une  chose  qui  paroîten  effet  si  simple  î  Pourquoi 
voir  dans  le  mot  Equeias  autre  chose  que  la  traduction  latine  du  mot 
grec  ImwLvnl  £t  pourquoi  s'étonner  enfin  qu'un  monument  appartenant 
aux   Romains  nous  offre  la  dénomination  latine ,    au  lieu   d'un   nom 
plus  usité  peut-être  par  les  poètes,  mais  qui,  étant  d'origine  étrangère  , 
n'étoit  peut-être  jamais  devenu  vulgaire  !  Le  premier  éditeur  avoit  à 
peu  près  eu  la  même  idée,  en  supposant  que  les  Latins  avoient  voulu,  par 
la  terminaison  en  as  du  nom  d^Equeias,  conserver  quelques  traces  de  son 
origine  grecque  :  ce  qui  ne  me  paroît  pas   toulà-fait  exact;  et,  en 


(i)  P^g.  i9»20. — (i)  Advtrsarior,  commentât.'^,  i^^lS- 


JANVIER   1820,  mAP  îi 

iMjvani  ridée  exprimée  par  le  scholiaste,  je  croiroîs  plutôt  que  le  mot 
JE^Lciasen  formé  des  élémens  latins  equus  et  asinus^  correspondant  aux 
élémens grecs  qui  entrent  dans  la  composition  du  mot  i^ttwVii.  Quoiqu'il 
en  soit  de  cette  conjecture,  à  laquelle  je  suis  loin  d'attacher  moi-même 
aucune  îrnponance,  il  me  semble  du  moins  très-probable  que  rinstription 
latine  du  monument  dont  il  s'agit,  et  qui  a  si  vainement  tourmenté 
M.  Caitaneo,  n'est  que  Imterpré talion  du  nom  pureinent  grec  de  la 
divinité  qu'il  représente. 

Une  dilBculié  qui  me  semble  plus  réelle,  et  à  laquelle  cependant 
M.  Cattaneo  ne  p^iroit  point  avoir  fait  attention,  c'est  celle  qui  résulte 
de  la  leçon  même  Eponam  dans  le  \^xs.  de  Juvénal  et  dans  celui  de 
Prudence,  que  j'ai  cités  plus  haut.  Quoique  les  manuscrits  offrent 
plusieurs  variantes  de  cette  leçon  (  »  ) ,  il  est  à  peu  près  certain  que  celle- 
ci  est  la  seule  bonne,  puisque  nous  la  voyons  reproduite  par  un  autre 
poète  avec  la  même  quantité,  et  sur  *des  inscriptions  d^une  autorité 
irrécusable.  Or,  comment  le  mot  x^mTmt^^  originairement  composé  de 
trois  syllabes  longues,  a-l-il  pu  produire,  en  passant  dans  la  langue  des 
Romains,  un  mot  dont  les  deux  premières  syllabes  sont  nécessairement 
brèves,  indépendamment  des  autres  modifications  qu'on  y  remarque, 
comme  le  changement  de  ïi  en  t  et  le  dédoublement  du^rî  A  cela  je 
pourroîs  répondre  que  les  Latins»  en  adoptant  des  mots  de  la  Tangue 
grecque,  ne  s'asserxissoieni  pas  toujours  à  la  quantité  fixée  par  celle-ci; 
et  j'en  pourrois  rapporter  plus  d'un  exemple.  De  plus,  on  peut  aisé- 
ment rendre  compte  de  la  transformation  successive  du  mot  Hippona 
en  titponn  et  Epona^  par  ce  qu'on  sait  de  Fusage  où  étoient  probablement 
les  anciens  Grecs  et  que  fes  nouveaux  ont  conservé  i  de  ne  prononcer 
qu'une  des  deux  mêmes  consonnes  qui  se  suivent  immédiatement  :  les 
exemples  en  sont  encore  assez  connus,  et  Ton  me  dispensera  d'en  rap» 
porter  aucun*  Quant  au  changejncni  de  Vi  en  t,  qui  a  produit  ensuite  le 
mot  Eponam,  il  est  de  même  expliqué  par  une  foule  de  mots  où  cette 
confusion  se  rencontre,  ainsi  que  celle  de  la  plupart  des  voyelles  initiales* 
Cestà  l'usage  de  celte  double  transformation  que  fon  doit  ra[)porter  la 
permutation ,  assez  fréquente  dans  les  manuscrits,  des  syllabes  Vm  et  mm  y 
comme,  entre  autres  exemples  que  je  pourrois  en  citer,  dans  celte  phrase 
de  S*  Basile  (2) ,  Êvïfyi  t6  m/vamt^H  K^  riç  èmtfÂAX^ttf  tvl  o^timuaL  xafÂt^Hfnv  ,  où 
plusieurs  manuîcrits  portent  ritç  1*9-7^^(^^x1  mi  comme  encore,  dans  cette 


(1)  M.  Cattaneo  en  rapporte  lui-même  quelques-unes,  d'après  hifh  manuscrits 
de  ta  hibiiothcqtic  Ambroisienne,  p,  iS*  -*  (2)  HomïL  VUS ,  tn  Hrxûëmnçrt ^ 
rdit.  Par.  1618  j  lom.  1^  p.  104,  B» 


jt  JOURNAL  DES  SAVANS, 

phrase  de  S,  Clément  de  Rome  (i),  6  Â  gS  mS  cifJ^ùç  àJ^çUf  l'pntJMVHç 
(4Jbv  tî  ©41  >  où  l^s  manuscrits  portent  i^Tr^ro/iArïc  au  lieu  de  imtfjuiniç*  Je 
n'en  dirai  pas  davantage  sur  celte  difficulté,  à  laquelle  |e  crois  avoir 
3>ufl]  sain  ment  r(^pondu. 

M.  Cattaneo  examine  ensuire  f'usage  auquel  a  pu  servir  le  bronze 
S Equciadc ,  et  il  .se  livre,  à  ce  suyet  >  à  des  hypothèses  fort  doctes  et  fort 
ingénieuses  sans  doMte^  mais  que  je  noserois  encore  adopter  aveuglément. 
H  trouve  que  la  forme  même  de  ce  monument  imite  celle  d'une  clochetfe, 
lintimiabuli},  et,  en  conséquence,  il  conjecture  qu'il  a  bien  pu  servir  à 
cet  usage  (2.),  Les  témoignages  qu'il  rapporte,  prouvent,  en  effet,  ce 
quiétoit  probablement  ignoré  de  bien  peu  d'antiquaires, que  les  anciens, 
aussi-bien  que  les  modernes,  suspendoient des  clochettes  à  diverses  parties 
du  harnois  des  chevaux,  pour  les  excitera  la  course.  Mais  ce  qu*il 
falloit  prouver,  c'est  que  ces  clochettes  avoient  quelquefois  la  forme 
d'une  figure  humaine  ou  d'un  buste;  et  le  seul  exemple  de  ce  genre  que 
cite  M*  Cattaneo,  d après  Montftucon  (3) ,  loin  de  s'accorder  avec  son 
opinion,  y  est  manifestement  contraire  :  l'ajoute  que,  de  tous  les  îns* 
trumens  de  cette  espèce  que  possède  fa  collection  du  Roi,  au  nombre 
d'une  vingtaine,  il  n'en  est  aucun  qui  se  rapproche  tant  soit  peu  de  la 
forme  imaginée  par  M.  Cattaneo,  et  que  tous  au  contraire  sont  faits  sur 
le  même  modèle  que  nos  clochettes  modernes,  M.  Cattaneo  exprime 
ensuite  une  autre  conjecture  sur  la  destination  probable  de  ce  monument  ; 
et  celle-ci  du  moins  est  plus  vraisemblable:  il  pense  que,  comme  la 
cavité  en  est  remplie  d  une  matière  solide ,  de  la  nature  de  celle  que  Pline 
appelait  probablement  InhacoUa,  ce  bronze  a  bien  pu  servir  de  poids 
de  balance;  et  il  cite  à  Fappui  de  cette  supposition  plusieurs  bustes  de 
même  métal,  également  remplis  de  matière  solide,  publiés  par  M*  de 
Caylus  (4)*  Toutefois,  la  seule  preuve  indubitable  quon  puisse  produire 
de  cet  usage  où  les  anciens  étoieni  de  donner  à  des  poids  de  balance 
la  forme  et  les  traits  d  une  figure  humaine ,  se  tire  de  la  balance  entière 
et  bien  conservée  du  musée  du  Capitole  ;  car  les  bustes  détachés  de 
rinstrument  donc  on  sitppose  qu'ils  ont  fait  partie,  tels  que  ceux  qu'a 
publiés  M.  de  Caylus,  et  qui  existent  au  cabinet  du  Roi,  ne  prouvent 
évidemment  rien  par  eux-mêmes»  N'y  a-t-il  pas,  d'ailleurs,  plus  d'une 
objection  à  faire  contre  cet  usage,  que  M.  Cattaneo  semble  regarder 
comme  si  commun  dans  rantiquité,  quoiqu'il  en  existe  si  peu  de  nionu- 

{i)  De  Peregrinat,  S.  Pétri,  ed.  Par.  1 55  j ,  p.  43  ,  C.  —  {2)  Chap.  XV,  p,  yi* 
—  (3)  Anliq.  explîq.  tom.  V ,  pL  LV ,  p,  to6.  —  {4)  Recueil  dVntiq.  tam.  IV ^ 
pL  XCiV'XCVU;t.  VI,  pi  LXXXin  u  Vil^p^  XXXiV.  r^ 


JANVIER   1810.  3r 

mensJ  Tous  les  poids  qui  nous  restent  sont  solides,  et  le  simple  Ljoîi 
sens  prouve  que  cela  devoît  être  ainsi.  La  méthode  rfiniruduire  en  des 
figures  creiises  une  certaine  quantité  de  niatîère  solide»  aétoit-elle  pas, 
en  effet,  sujette  à  une  fouie  rfinconvéniens ,  par  la  différence  dt- 
pesanteur  spécifiqiîe  des  matières  empfoyées  à  cet  efletî  et  n  étcit-il  pas 
plus  simple,  comme  il  est  d ailleurs  plus  avéré  >  que  Ton  fondît  de  suiie 
des  poids  de  métal  de  la  pesanteur  déterminée  par  la  loi,  et  dans  le 
rapport  que  cette  loi  établissoii  pour  les  diverses  mesures  l  De  plus,  un 
gratid  nombre  de  ces  bustes  de  bronze  ont  pu  n'être  que  postérieure- 
ment remplis  de  liihocollc,  pour  leur  donner  plus  de  solidité  et  leur  assurer 
plus  de  durée;  et  fe  soupçonne  que,  dans  Je  principe,  ils  ont  pu  être 
destinés  à  plus  d'un  usag^Tel  est,  entre  autres,  un  monument  de  la 
colfection  du  Koi,  qui  a  évidemment  servi  de  vase,  pour  contenir,  soit 
de  leau  lustrale,  soit  toute  autre  liqueur.  Quoi  qu'il  en  soît,  il  me  semble 
que  M,  Caltaneo  s'est  laissé  entraîner  ici  il  des  suppositions  fort  étran- 
gères à  Tobjet  de  ses  recherches;  et,  au  lieu  de  voir  dans  le  monument 
dont  il  s'agit  un^' clochette  ou  un  poids  de  balance  »  conjectures  qui ,  Tune 
et  fautre,  me  semblent  trop  avilir  fe  monument  qu*il  s'est  proposé 
d'expliquer,  il  faut  y  voir  tout  naturellement  un  des  objets  du  culte 
particulier  qu'une  certaine  classe  d'hommes  rendoit  à  la  divinité  des 
chevaux,  et  qu  Apulée  assure  en  termes  exprès  que  ton  suspendoil  dans 
les  écuries  (1).  L'anneau,  dont  cette  figcire  conserve  des  restes,  n'a  pas 
eu  certainement  d'autre  objet;  et  je  pense  qu'en  pareil  cas  lexpiicaiioM 
U  plus  naturelle  doit  être  censée  la  plus  vraie. 

Je  ne  suivrai  pas  M.  CatLmeo  dans  les  autres  parties  de  sa  disserta- 
tion ,  où  il  examine  plusieurs  questions  relatives  au  sujet  principal  qu'il 
s'est  proposé  de  traiter.  Toutes  ces  recherches  n*y  ont  pas  effectiveiiient 
un  rapport  assez  direct  pour  qu'il  nous  soit  nécessaire  de  fy  suivre  :  telle 
est,  par  exemple,  celle  qui  a  pour  objet  les  princtpaUs  dénouïnntions  diS 
parties  constituant  réqulpement  dun  cheval  (2)  ,  où  il  me  semble  qre 
fauteur  a  ajouté  bien  peu  de  chose  aux  connoîssances  quon  avait  dcjà 
sur  ce  point,  H  y  a  plus  d'observations  neuves  et  curieuses  dans  deuîc 
autres  chapitres  où  M.  Cattaneo  explique  plusieurs  inscriptions  latines 
relatives  à  la  déesse  Epona  (j),  et  fait  counoître  égaltment  quelques 
monumens  qui  attestent  l'existence  de  corporations  formées ,  chez  les 
Romains ,  pour  prendre  soin  de  la  nourriture  et  de  l'éducation  des 
chevaux.  En  définitive,  cette  dissertation  de  M.  Cattaneo,  destinée  à 


(i)  Voyez  le  passage  d*Apiilée  cité  plus  haut,  p.  26. —  (2)  Chap.  xi,  p., 47' 
î4.  — (3)  Chap.  vin,  p.  27-36. 


54  JOURNAL  DES  SAVANS, 

faire  connoître  un  monument  tout  nouveau,  et  enrichie  de  notions 
archéologiques  fort  variées ,  ne  peut  qu'ajouter  à  la  réputation  qu*if 
s'est  déjà  acquise ,  et  à  la  reconnoissance  des  antiquaires  ;  et  je  me 
flatte  qu'il  ne  verra  à  son  tour,  dans  les  observations  que  j'ai  pris  la 
liberté  de  faire  sur  son  travail,  qu'un  témoignage  de  l'intérêt  que  ce 
travail  m'a  inspiré,  et  du  prix  que  j'attache  à  l'estime  de  son  auteur. 

RAOUL-ROCHETTE. 


A  CLASSICAL  AND.TOPOCRAPHICAL  ToUR  THROVGH  GrEECE^ 

duTing  theyears  i8oi ,  i8oj  et  1806,  by  Ifciward  Dodwell ,  &c.  ; 
c est-à-dire  ,  Voyage  classique  et  topographique  en  Grèce, 
exécuté  pendant  les  années  1801  ,  i8oj  et  1806 ^  par  Ed". 
Dodwell,  membre  de  plusieurs  académies,  &c.  Londres, 
i8op,  2  voi,  i/;-.^/  de  près  de  600  pages  chacun,  avec 
une  carte  de  la  Grèce ,  soixante  vues  pittoresques  en  taille- 
douce  ,  et  quarante-cinq  gravures  en  bois. 

Peu  de  voyages  ont  été  plus  impatiemment  attendus  que  celui  de 
M.  Dodwell.  Depuis  l'année  1806,  où  ce  savant  voyageur  revint  de 
Grèce  ^  rapportant  de  magnifiques  dessins  des  plus  beaux  nionumens 
et  des  plus  beaux  sites  de  cette  terre  classique,  il  avoit  fixé  sa  résidence 
i Rome,  cette  hôtellerie  de  TEurope,  comme  on  la  surnommée  quelque- 
fois. Là,  il  donna  sans  difficulté  communication  de  ses  dessins  et  de 
ses  plans  aux  voyageurs  attirés  de  toutes  parts  dans  cette  capitale;  ils 
purent  juger  en  outre,  par  sa  conversation,  avec  quel  soin  il  avoit 
étudié  les  diverses  parties  de  la  Grèce,  et  que  de  notions  précieuses 
H  y  avoit  recueillies  1  chacun  rapporta  dans  sa  patrie  le  nom  du  savant 
voyageur ,  et  inspira  le  plus  vif  désir  de  voir  paroître  cette  riche  col- 
lection. 

Ce  Voyage  vient  enfin  d'être  publié,  et  nom  nous  empressons  d'en 
donner  l'analyse  à  nos  lecteurs.  L'auteur  a  parfaitement  senti  que,  s'il 
loignoit  à  la  narration  de  son  Voyage  des  gravures  dignes  de  ses  magni- 
fiques dessins,  il  en  résulteroit  un  ouvrage  extrêmement  cher,  à  la 
portée  principalement  de  ceux  qui  ne  liroient  pas  son  livre;  et,  d'un 
autre  côté,  s'il  reproduîsoit  tous  ses  dessins  dans  un  petit  format,  il  don- 
neroit  une  imparfaite  idée  (Je  cette  m^tgniôque collection,  que  les  amateurs 
ont  tant  admirée  il  y  a  deux  ans,  lors  de  l'exposition  que  M.  Dodwell 


JANVIER   1820- 

voulu  en  faire  dans  les  salles  de  la  biblîorhèque  Mazarîne,  C^i 
voyageur  .1  pris  un  mcno  termine ,  en  publiant  le  texte  de  son  Voyage] 
în-^J' f  avec  un  certain  nombre  de  vues  pittoresques  du  même  formatai 
cjut  sont»  à  proprement  parler,  des  vignettes ,  et  en  réservant  ses  grajids*j 
dessins  pour  une  collection  particulière  qui  se  publie  en  ce  jnoment  sous  J 
fe  titre  de  la  Grice  ;  elle  sera  composée  de  douze  parties  ou  livraisons j 
contenant  chacune  cinq  vues  gravées  en  grand  format  et  coloriées  dans] 
le  genre  des  vues  de  Tlnde  par  Daniels.  Le  prix  des  douze  livraisons] 
doit  être  d*à  peu  près  800  francs.  Mais  revenons  à  la  narration  don 
nous  devons  exclusivement  nous  occuper. 

Elfe  embrasse  fa  plus  grande  partie  du  continent  de  la  Grèce ,  et  nou^j 
en  donne  une  description  complète.  M.  Dodwell  la  intitulée  VoyagA 
' classique  ,   parce  qu'en  décrivant  chaque   lieu  il  ra|>porte  et   combin(f] 
les  textes  anciens  avec  Péiat  présent  des  villes,  des  nionumens^  avec] 
les  usages  actuels:  il  discure  les  opinions  de  quelques-uns  de  ses  prédé-*! 
cesseurs,  et  s  efforce  de  fixer  les  idée*  sur  des  points  encore  obscurs  J 
Cette  méthode  Ta  entraîné  nécessairement  dans  beaucoup  de  longueurs! 
H  reproduit  très-souvent  des  détaili  que  nous  ont  déjà  lait  connoitr^j 
[es  Voyages  récens  de  Gell^  de  Leake,  de  Hobhouse,  de  Clarke,   le^j 
Mémoires  de  Wafpole  (1  ),  de.  ;  en  sorte  que,  si  l'on  réduisoit  son  livre 
aux  observations  et  aux  descrîpîions  propres  à  l'auteur,  on  en  dimi- 
nueroit  probablement  1  étendue  des  deux  tiers.  Nous  regrettons  qu  il 
n'ait  voulu  rien  sacrifier  des  notes  de  son  journal:  son  ouvrage  y  auroi(| 
beaucoup  gagné,  et  le  public  n'y  auroit  point  perdu. 

Dans  l'analyse  que  je  vais  en  donner,  je  nliisisterai  en  conséquence] 
que  sur  les  observations  propres  h  M.  Dodwell,  en  glissant  fort  légére-^i 
ment  sur  ce  qui  me  paroîl  avoir  été  bien  décrit  par  ses  prédécesseurs^ 
dont  les  ouvrages  sont  sous  mes  yeux,  et  que  je  cojnpare  avec  le  sien. 

Parti  de  Trieste  en  avril  1  801 ,  M.  Dodwell  longea  la  côte  orientale 
du  golfe  Adiiatique,  et  recueillit  dln té ressan tes  observations  sur  toutes 
Tes  îles  dalmaiiennes  ;  sur  Raguse»  Cattaro,  Monteneg:o,  les  monts! 
Acrocérauniens,  qui,  dit-ih  ccs^élèvent  sous  la  forme  de  pics  aigus,  doni 
i>  la  hauteur  peut  être  de  4o<^<3  pieds;  ils  sont  nus  et  stériles,  excepté! 
»  vers  la  base,  qui  est  couverte  de   bois.  La  partie  qui  s'avance   1^1 
»  plus  dans  la  mer  est  une  langue  de  terre  appelée,  d'après  sa  forme  gi^i 
»  linguena.  De  là,  à  la  côte  de  Tltaliela  plus  voisine,  il  y  a  jo  mille*' 
•*  géographiques  :  cependant  nous  ne    pûmes    apercevoir   la  cote  det  | 
»  ritalie,  bien  que  Tair  fôt  très-serein,  parce  que  la  terre  est  basses 


'  (1)  Viy*  le  Journal  des  Savans,  août  181  S>  pag.  4^4'47^- 

E 


3Ô  JOURNAL  DES  SAVANS, 

î>  circonstance  qui  n'n  poînt  échappé  h  Virgife  ( yflmiJ,  III ,  v.  p^)*^^. 
Apres  avoir  dépassé  les  rnonis  Acrocérnuiiiens  ,  M.  Dodwell  arrive  à 
Corfou,  où  il  reste  assez  de  temps  pour  bien  observer  tout  ce  que  cette 
île  renferme.  Elïe  se  divise  en  quatre  provinces,  Oros ,  Lcukimmo  ou 
Alcjk'tmo,  MtTjo  et  Agfrtd  ;  elle  contient  environ  cinquante-cinq  mille 
habîîansjdont  quatorze  mille  dans  la  capitale,  et  le  reste  dispersé  dans 
une  qunrantnîne  de  villages.  «La  partie  méridionale  de  I  île  est  sablon- 
yy  neuse  et  stérile  j  tout  le  reste  est  d'une  extraordinaire  fertilité,  sur-tout 
a»  le  canton  de  Mezzo,  qui  est  un  jardin  continu,  digne  d^AIcinous.  « 
Cette  île  abonde  en  sites  délicieux;  à  chaque  pas  on  voit  un  paysage 
digne  du  pinceau  des  plus  grands  maîtres. 

Dans  le  |>assage  de  Corfou  à  Sainte-Maure  [Leucade],  on  aperçoit 
les  îles  de  Sybora ,  dont  parle  1  hucydide,  et  qui  conservent  encore  leur 
nom ,  et  celles  de  Paxos  et  dAnrtpaxos:  cette  dernière  n'est  habitée  que 
par  des  chèvres.  Le  canal  qui  sépare  Sainte-Maure  du  continent,  est 
guéable  dans  un  temps  calme  :  on  y  voit  encore  tes  ruines  d'un  pont 
construit  par  les  Turcs,  La  plus  grande  partie  de  Hle  est  montueuse  ;  la 
ville  est  malsaine  en  été»  à  cause  des  lagunes  ou  marais  salans  qui 
Tenvironnent.  Il  reste  bien  peu  de  chose  des  ruines  de  Liucas  :  on  y 
rejnarque  des  pans  de  muraifles,  où  Ton  reconnoît  évidemment  trois 
genres  de  construction  J'un  sur  fautre  :  le  pretnîer  est  celui  des  poly- 
gones irréguliers;  le  second,  seinblable  à  celui  des  murs  de  Messène, 
paroft  être  du  temps  d*£paminondas;  le  troisième  est  du  temps  des 
Romains,  comme  on  en  juge  par  le  mélange  des  briques  et  du  ciment 
avecles  pierres.  Ces  murailles,  qui  conservent  ainsi  des  traces  de  plu- 
sieurs époques  de  construciion ,  sont  assez  communes  dans  la  Grèce  ; 
la  construction  en  polygones  irréguiitrs  est  toujours  placée  sous  les 
autres  constructions.  De  remplacement  de  Lcucûs  ,  qui  fut  située  sur 
une  montagne  élevée,  on  jouit  d'une  vue  étendue  et  magnifique  sur 
toute  la  côte  de  TEpire, 

Après  avoir  fait  une  excursion  sur  les  ruines  de  Nicopolis,  appelée 
maintenant  Pûlaia  Prtvesaf  M.  Dodwell  se  rendit  à  Ithaque  ,  dont  il 
donne  une  description  détaillée  :  mais ,  cotnme  il  convient  que  ses  obser- 
vations s'accordent  en  tout  avec  celles  de  M,  GtH  ,  dont  louvrage  est 
sans  doute  connu  de  nos  lecteurs ,  nous  passeroas  sous  silence  cette  partie 
dj  nouveau  voyr^ge ,  de  même  que  la  description  de  Cejïhallénie,  qui 
nous  pnroît  moins  instructive  que  le  f e^te. 

Celle  de  ZaïynthCtau  contraire,  nous  paroît  renfermer  des  détails 
curieux  et  neufs*  Celle  ile,  dont  la  population  est  de  quarante  mille  âmes 
environ j  ne  j  osséde  aucun  reste  d'antiquité,  excepte  un  bloc  de  marbre 


.      JANVIER   1820.  J7 

qui  sert  d autel  dans  une  église;  ii  contient  une  inscription  déjà  publiée 
par  Chand  1er,  ainsi  que  par  Wright,  dans  son  poème  intitulé  Homlonicœ. 
«c  Les  célèbres  sources  de  poix  mentionnées  par  Hérodote  (  i  )  sont 
»  à  douze  ou  treize  milles  de  la  ville  :  le  puits  qui  en  est  à  présent  la 
55  source  principale,  est  à  peu  de  distance  de  la  mer;  son  diamètre  n'ex- 
»  cède  pas  cinq  pieds ,  et  sa  profondeur  est  de  trois  ou  quatre.  Sous 
»  ce  rapport,  il  diffère  complètement  de  la  description  d'Hérodote: 
»  mais,  à  la  distance  d'un  quart  de  mille  du  rivage,  on  trouve  un  lieu 
»  qui  paroît  correspondre  à  la  description  de  l'historien.  Dans  ce  lieu , 
y>  entouré  d'un  mur  circulaire  d'environ  soixante-dix  pieds  de  diamètre, 
»  le  terrain  est  beaucoup  plus  tremblant  qu'au  dehors  :  ce  qu'il  y  a  de 
5>  singulier ,  c'est  que  le  mode  d'extractron  du  bitume,  décrit  par  Héro- 
»  dote,  s'est  conservé  sans  altération,  quelqu'imparfait  qu'il  soit;  on  y 
«  emploie  les  mêmes  instrumens.  Le  bitume  est  produit  dans  un  état 
»  de  pureté  complète;  il  s'élève  à  la  surface  de  l'eau,  qui  est  tellement 
»  imprégnée  de  cette  substance,  qu'elle  réfléchit  à  l'œil  une  foule  de 
5>  couleurs  variées.  » 

En  quittant  l'île  de  Zacynthe,  notre  voyageur  aborda  sur  la  côte 
d'Etolie ,  à  la  petite  ville  de  Mesalongi ,  tout  près  de  laquelle  sont  les 
ruines  considérables  d'une  ville  antique,  appelée  maintenant  tîç  KweÎÉ^ 
Blpnvnç  79  i(^iy  [h  château  de  Sainte- Irène ] y  et  qu'on  suppose  être 
(Eniajœ  (2)  :  on  y  voit  un  réservoir  ou  un  grenier  d'une  construction 
singulière,  un  théâtre  et  plusieurs  édifices ,  et  sur-tout  des  murailles , 
dont  l'enceinte,  qui  a  environ  deux  milles  de  tour,  est  j)resque  entière: 
Jeur  épaisseur  est  d'environ  huit  pieds;  elles  sont  formées  de  gros  blocs 
bien  unis;  l'intérieur  est  rempli  de  blocailles  qui  forment  une  masse 
extrêmement  solide.  «  C'est,  dit  M.  Dodwell,  ïemplectum  de  Vitruve, 
3>  que  cet  auteur  prétend  n'avoir  jamais  été  pratiqué  chez  les  Grecs  ; . 
»  mais  il  se  trompe ,  comme  le  prouvent  des  murailles  en  Grèce  d'une 
5>  haute  antiquité.  Les  savans  du  pays  croient  que  cette  ville  est  Caly- 
»don;  ils  furent  très-fachés  et  désappointés  quand  je  leur  eus  prouvé 
»queCaiydon  étoit  située  à  plusieurs  milles  de  là,  sur  les  bords  de 
5>  YEvenus.  »  Une  excursion  dans  les  environs  de  ce  lieu  fournit  au 
savant  voyageur  le  sujet  d'articles  intéressans  sur  VAcAe/ous ,  fes 
Eihinades ,  Dul'tchium  et  ÏEvenus.  On  sait  que  l'île  de^Dulichium  ,  dont 
parle  Homère,  a  été,  chez  les  anciens  et  les  modernes,  l'objet  de  beau- 
coup de  discussions,  et  que  sa  situation  est  néanmoins  encore  inconnue. 
—■^-^^-^ — -  I  .  I  ■  -     -  ■ 

(1)  Herodot.  2  ,j^6. 

(2)  Cf,  Geir^  Itinerary  of  Creece  j  p,  2^^^ 


38  JOURNAL  DES  SAVANS, 

M.  Dodwell  pense  que  cette  île,  comme  la  Chrysédt  Lemnos,  pourroit 
bien  être  mniriienant  sous  les  eaux  de  la  mer.  ««.  Dans  le  trajet  de  Za- 
»  cynthe  à  la  côte  d'EtoIie,  dit-if,  nous  passâmes  sur  un  bas-fond  à  huit 
5>  pieds  au-dessous  de  l'eau;  le  capitaine  me  dit,  Cela  est  Doulichût 
»  Surpris  d'entendre  prononcer  un  nom  que  je  croyois  inconnu  dans  le 
»pays,  je  fui  demandai  ce  que  cela  signifioit;  il  me  répondît  que  Tîle 
»de  Donlichion,  si  célèbre  au  temps  d*Homère,  étoit  le  bas-fond  sur 
>>  lequel  nous  passions  actuellement,  w  Ce  fait  est  bon  à  recueillir,  bien 
qu'on  puisse  soupçonner  le  capitaine  d'être  savant  à  la  manière  des 
antiquaires  de  Cafydon, . 

M.  Dodwell  se  proposoit  de  partir  de  Patras  pour  visiter  le  Pélopon- 
nèse :  mais  il  apprit  que  la  peste  venoit  de  faire  une  apparition  à  Co- 
rinthe ,  et  qu'on  craîgnoit  qu  elfe  ne  se  fut  étendue  dans  le  reste  de  la 
Morée;  ce  qui  l'obligea  de  changer  son  plan  et  de  se  diriger  vers  la 
Phocîde  et  la  Béotie,  après  être  resté  peu  de  jours  à  Patra,  Nous 
n'extrairons  point  ce  qu'il  dit  de  cette  ville,  parce  que  les  voyageurs 
l'ont  assez  fiiit  connoître;  mais  nous  croyons  devoir  transcrire  le  passage 
suivant  sur  la  peste,  ce  II  est  surprenant  que  la  Grèce  ne  soit  pas  plus 
»  souvent  ravagée  de  ce  fléau ,  quand  on  considère  le  moyen  infernal 
»  que  prennent  pour  l'étendre  et  le  propager  quelques  misérables,  vil 
»  rebut  de  l'espèce  humaine  ;  je  veux  parler  de  la  basse  classe  des  Juifs 
»  et  des  Albanais.  Rien  ne  peut  donner  une  idée  plus  juste  de  leur 
»  infâme  rapacité  que  l'anecdote  suivante,  qui  m'a  été  racontée  par 
y>  M,  Strani.  On  sait  qu'un  homme  qui  a  pu  échapper  à  la  peste,  en  est 
^  plus  difficilement  atteint  et  y  résiste  beaucoup  mieux  ;  qu'après  une 
»  seconde  maladie  ,  sa  constitution  s'est  en  quelque  sorte  fortifiée  contre 
»  fa  peste,  et  qu'il  peut  presque  impunément  toucher  aux  objets  infectés. 
»  Ceux  des  Juifs  ou  des  Albanais  qui  sont  dans  ce  cas,  achètent  ou 
»  volent  les  habits  Ae%  personnes  qui  ont  succombé  à  la  maladie:  on 
»  a  vu  ces  misérables  plonger  des  éponges  ou  des  linges  dans  le  sang 
»  et  dans  les  plaies  des  morts,  et  les  jerer  par  les  fenêtres  dans  les  mai- 
3>  sons  riches,  avec  l'espérance  d'en  faire  périr  lès  habitans  et  d'hériter  de 
»  leurs  dépouilles.  M.  Strani  vit  un  Albanais  jeter  chez  lui  une  éponge 
»  infectée  par  fa  fenêtre  ;  et  ce  fut  par  un^pur  hasard  que  lux  et  sa  famille 
»  échappèrent  à  la  contagion,  w 

M.  Dodwell,  parti  de  Patras,  longea  la  côte  de  l'EtoIie  et  de  la 
Locride;  il  y  fit  plusieurs  stations,  notamment  à  Naupncte  et  à  Galaxidi, 
qu'on  suppose  êire  VŒanthia  des  anciens:  cette  dernière  ville  étoic  prin- 
cipalement située  sur  une  péninsule  de  quelques  centaines  de  toises, 
où  se  trouvent  des  ruines  peu  considérables  :  il  n'y  découvrit  qu'une 


JANVIER   1820-  39 

inscription  tainulaîre  insignifiante.  Notre  voyageur  arriva  dans  ce  lieu 
un  jour  de  grande  fête  ;  ce  qui  lui  permit  de  faire  des  observations 
curieuses  sur  la  danse,  fa  musique,  les  jeux  et  les  costumes  des  gens  du 
pays. 

A  partir  de  Galaxidi,  M.  Dodwell  s'achemina  par  terre  vers  la 
Phocide  :  k  trois  heures  de  distance ,  sont  les  ruines  d'une  ville  assez 
considérable  ,  sans  acropole  ,  comme  Mégalopolis  et  Mantinée  :  on 
ny  voit  ni  fragmens  de  sculpture  ni  ornemens  d'architecture;  on  n'y 
trouve  aucune  inscription  qui  puisse  en  faire  connoître  le  nom.  La  vif  le 
deSalona,  anciennement  Atnpkissa,  est  encore,  comme  autrefois,  fa 
ville  la  plus  considérable  du  pays.  L'acropole  est  un  monceau  de  ruines; 
M.  Dodwell  y  découvrit  un  pavé  en  mosaïque  grossière?nent  tra- 
vaillé. Voici  ce  qu'il  dit  à  ce  sujet  :  «  Quoique,  selon  Pline,  les  Grecs 
3>  soient  les  inventeurs  des  pavés  en  mosaïque  (1),  il  en  existe  main- 
35  tenant  très^peu  dans  la  Grèce;  ce  pavé  est  le  seul  que  j'aie  vu  entier: 
»'il  y  en  a  encore  un  autre  à  Orchomène  en  Béotie;  mais  il  étoit 
^  y>  couvert  par  les  eaux  lorsque  je  passai  dans  cette  ville,  et  je  ne  pus 
53  le  voir.  On  trouve  encore  quelques  pavés  en  mosaïque  à  Athènes 
»  et  à  Délos.  33 

Un  peu  au-delà  tie  Salona,  commence  la  plaine  crîsséenne,  fertile 
et  bien  cultivée,  qui  s'éfend  jusqu'au  pied  du  Parnasse;  on  passe  près 
de  Crissa,  où,  selon  M.  Gell,^il  existe  une  inscription  en  boustro- 
phédon,  qui  n'a  .point  encore  été  expliquée  (2).  Avant  d'arriver  au 
village  de  Castri ,  on  trouve  des  restes  de  murailles  appartenant  à  l'an- 
cienne Delphes;  elles  sont  en  emp/ecium  :  *c  d*o\i  il  résulteroit,  dit 
»  M.  Dodwell,  que  Justin  s'est  trompé,  quand  il  a  dit  que  Delphes 
»  n'avoit  point  de  murailles  et  n'étoit  défendue  que  par  des  précipices» 
»  Toutefois  il  a  pu  dk  être  de  Delphes  comme  d'OIympie  (5)  :  elle  fut  ^ 

(i)  Plin.  XXXVI,  2j.  —  (2)  Gell'j  Itlnerary  gf  Gre.ce ,  p.  tg4. 

(3)  11  résulteroit  de  ce  passage  ,  que  M.  Dodwell  regardoit  Olympie  comme 
une  ville;  cependant  il  se  contredit  daris  un  a^ire  endroit,  puisqu'il  dit  for- 
mellement: Olympie  n'a  Jamais  été  une  ville  (lom,  11,  p.  326).  Quoi  qu'il  ea 
soit  de  cette  contradiction,  M.  Dodwell  auroit  dû  citer  M.  Gail,  qui,  le  pre- 
mier, a  mis  en  avant  cette  opinion  ingénieuse  sur  Olympie:  elle  finira,  selon 
toute  apparence,  par  être  généralement  adoptée.  Aux  preuves  qu'il  en  a  don- 
nées dans  son  mémoire  lu  en  mars  1812,  j'ajouterai  ce  texte  positif  d'une 
scholie  curieuse  :  *0?vfjLma.  Ji  'Hi  lêinç  itç  xj^  w  UiKo'jnv/r.nY ,  ôr  U.ffv  m^i  'f'HhiJ^ 
A?*'^f  (SchoL  in  Platon,  Ruhnken.  P'^8 ) i  c'est-à-dire,  «  Olympie  est  un  lieu 
»  du  Péloponnèse,  près  de  Pise,  ville  de  l'Elide.  »  La  préposition  àf  a  ici  le  sens 
de  'oe/f,  comme  en  cent  autres  passages.  (  Voy,  ma  note  sur  birabon,  tom,  V ^ 
f'JSiZ  de  la  trad.fran^,)  Cette  scholie  a  été  tirée  d'une  très-bonne  source  :  car 


4o  JOURNAL  DES  SAVANS, 

3>  peut-être  défendue  dahord  par  la  sainteté  de  son  oracle  et  par  la 
»  présence  de  son  dieu,  jusqu'à  ce  que  l'événement  eût  prouvé  qu'il 
»  falloir  d'autres  reinj)arts  pour  protéger  le  temple  contre  les  profanes. 
»  Il  est  donc  probable  que  la  ville  fut  fortifiée  après  les  incursions  des 
*>  Phocidiens.  »  Celte  conjecture  parort  d'autant  plus  juste,  qu'à  bien 
examiner  le  texte  d'Hérodote,  on  voit  que  la  ville  de  Delphes,  qui 
existoit  bien  certainçment  alors,  quoi  qu'en  dise  un  savant  helléniste  (i), 
n'avoit  point  encore  de  murailles  à  Fépoque  où  l'armée  de  Xerxès  tenta 
le  pillage  du  temple.  Il  est  vraisemblable  que  Justin  applique  à  Tan  277 , 
éjjoque  de  l'expédition  de  Brennus ,  un  état  de  choses  plus  ancien.  Au 
reste ,  on  chercheroit  vainement  à  Delphes  des  vestiges  du  fameux  temple 
d'Apollon,  dont  l'emplacement  jest- tour-à-fait  inconnu:  on  y  trouve 
seulement  des  fragmens   informes  ,   quelques  inscriptions  ;  le  staJc , 


le  fait  qu'elle  exprime  se  retrouve  dans  une  inscription  du  temps  de  Commode, 
laquelle  est  relative  à  des  jeux.  On  y  lit  :  'ÛAy/tt^na  c#  IT/Vif ,  UûjtA  cr  ùth^îç,  &c. 
^ap»  Grurer ,;?.  cccxiv,  ;;.*  i,)  On  voit  par-là  que  les  jeux  olympiques  se  célé- 
broienc  à  Pise,  comme  les  jeux  pythiques  à  Delphes,  &c.  II  s'ensuit  Qu'O- 
lympie-étoit^  un  hieron,  distinct  mais  voisin  de  Pise,  tel  aue  Yhieron  d'Escu- 
lape  près  d'Épidaure.  Je  passe  sous  silence  d'autres  textes  au  même  genre  qui 
expliquent  le  passage  d'Hérodote  qu'on  avoit  opposç  à  M.  Gail  (voy.  Rapport  de 


M.  Ginguené  sur  Us  travaux  de  ta  classe  de  littérature,  en  i8ij ,p»  ^et  suiv,), 
(i)  L opinion  du  même  savant  sur  lawilie  de  Delphes  ne  me  paroît  pat 
devoir  réunir  autant  de  partisans  que  celle  qu'il  a  émise  sur  Olympie.  Les 


lecteurs  de  ce  Journal  me  sauront  gré  de  consigner  ici  quelques  mots  sur  ce 
sujet  assez  curieux;  et  si  M.  Gail  trouve  justes  les  observations  que  je  vais  lui 
«oumcttre,  il  pourra  modifier  son  opinion  quand  il  publiera  son  édition  com- 
plète d'Hérodote,  dont  il  a  déjà  donne  un  important  spécimen. 

Dans  ses  Extraits  d'Hérodote  (p.  68  ),  et  dans  ses  Recherches  historiques, 
militaires  et  philolog'tjues  (p.  198),  ce  savant  s'exprima  îunsi  :  «Je  suis  con- 
»  vaincu  que,  dans  les  temps  anciens,  la  ville  de  Delphes  n'a  pas  plus  existé 
n  qu'Olympie.  »  Ailleurs  il  dit  :  «  Hérodote  ne  parle  jamais  de  la  ville  de  Delphes, 
«qui,  ainsi  que  je  l'ai  déjà  remarqué,  n'existoit  peut-être  pas  du  temps  de  cet 
m  historien  (  Kech.  p.  201  ;  Extr.  d'Hérod.  p.  85  ),  &c. 

Il  paroît  cependant  bien  certain  qu'Hérodote  parle  en  termes  formels  de 
Li  ville  de  Delphes  :  c'est  au  livre  VllI,  où  l'historien  décrit  l'approche  des 
Perses  et  la  consternation  des  Delphiens,  «  Les  Delphiens,  dit-il,  ayant  reçu 
•  cette  nouvcllr,  s'occupèrent  de  leftr  propre  salut;  ils  envoyèrent  leurs  cn- 
wfans  et  leurs  temmes  de  l'autre  côté  de  la  mer,  en  Achaïe.  La  plupart  d'entre 
■•  eux  gravirent  sur  les  sommités  du  Parnasse,  ou  montèrent  à  l'antre  de  Corycie; 
M  d'autres  se  réfugièrent  à  Amphissa  de  Locride  :  ainsi  tous  les  Delphiens  aban^ 
jo  donnèrent  Id  vV/^^  à  l'exception  de  soixante  hommes  et  du  prophète,  m  {lituiiç 
Ji  Zt  0/  ArA^oî  'EHL'AinON  TH'N  ITO'AIN  ,  7:^nv  î^tinjo/io.  ccV/^wr  ^  «   éOt^i^na 


Herod.  viil,  j6  fin»)   Quoi  de  plus   positil^  que  ces   paroles,  pour  prouver 
l'exiitence  de  la  \ille  de  Delphes  !  Le  même  9 


!  savant  helléniste  dit  ailleurs  (Notes 


JANVIER  1820-  4i 

qui  est  assez  hien  conservé  ;  un  édifice  circulaire ,  qtai  me  paroh  avoir  été 
un  exidre  pour  s'asseoir  et  se  reposer,  et  où  on  lit  une  inscription  fruste 
qui  apprend  que  fédifice  fut  construit  sous  Farchonîat  d*Aristagoras  (t)  ; 
la  fontaine  de  Castalie,  dont  les  eaux  sont  encore  limpides  et  excel* 
/entes;  enfin  la  grotte  de  Corycie,  que  M*  Dodwell  recommande  fi^rt 
aux  voyageurs  de  ne  pas  se  donner  la  peine  d*alfer  voir,  attendu  qu'elfe 
n'offre  absolument  rien  de  curieux.  En  plusieurs  endroits,  près  de 
Delphes ,  M,  Dodwell  vit  des  tombeaux  taillés  dans  le  roc  :  «  Quelques- 
a>  uns  des  sarcophages  qui  y  sont  contenus,  dit-il,  sont  encore  couverts , 
»  et  je  ne  doute  point  qu*ils  ne  contiennent  des  vases  d'une  grande 
»  antiquité.  Je  me  repentirai  toujours  de  ne  les  avoir  point  fait  ouvrir;  et 
sè  je  recommande  fort  aux  voyageurs  à  venir  de  ne  pas  manquer  de 
»  le  faire.  >ï 

De  Delphes  ou  Castrî,  notre  voyageur  se  rendit  à  Lébadée  ,  en  pas- 
sant par  Ddulis  et  Panopée»  Entre  Delphes  et  Daulis,  if  existe  les  ruines 
d'une  ville  antique,  dont  il  est  très-dijfficile  de  déterminer  le  nom. 
Tout  près  de  là,  on  arrive  à  un  endroit  où  trois  routes  se  rencontrent, 
appelé  dans  le  pays  çiri,  ou  h  défilé.  M.  Dodwell  soupçonne  que  c'est  là 
ii  chemin  qui  fourche,  oii  fut  tué  Laïus;  et  en  effet,  Apollodore  (2)  [e 


iur  le  discours  de  Déwosthène  pour  la  Couronne  ^  p,  t^^)  :  «Pourquoi,  en  parlant 
î«  des  Delphiens,  Démosthéne  ciie-t-H  leur  hîtron  et  leur  territoire,  et  non  leur 
>i  ville!  C  est  qu'alors,  du  temps  de  Démosthéne,  la  ville  dt-  Delphes  n^exlsioitpas 
'»encore*n  II  est  certain  au  contraire  qu*elle  existoit  déjà  depuis  long-temps;  car, 
indépendamment  d'Hérodote,  Euripide,  presque  contemporain  de  cet  historien, 
parle  de  cette  ville  comme  déjà  existante  lors  de  la  guerre  de  Troie,  et  même  des 
le  temps  d'Érechtltée  ;  il  dit,  dans  VAndromaque  (v,  S1S4.) ,  Am'  *^Tn  ^£A<I>rïN 
uç  dieSfJLêiTBy  no'AIN,  et  dans  V/on  (v.  66$) ,  MiMm  AEA^I'a'  <MtAm7y  no'AIN. 
Dans  ces  passages,  le  poète  reporte  IViistence  de  la  ville  de  Delphes  à  une 
époque  fort  ancienne,  sans  doute  d'après  !a  tradition  conservée  par  Pausaniâs 
(  X  ,c,  6),  Cette  tradition,  suivie  par  Euripide,  prouve  du  moins  que,  de  son 
temps,  Deïphes  passoii  pour  une  ville  si  ancienne,  que  son  origine  se  perdoit 
dans  la  nuit  des  temps  mythologiques. 

(i)  Cette  inscription,  trés-curieuse,  est  maintenant  tronquée 5  Us  deux  lignes 
ne  portent  plus  que  : 

'  £niAPI2TArOPAAPXONTOEENAEA<»OIS 
AITnADNnOAIMAPXOTAAEHANAPOr 

Du  temps  de  Cvriaque  d'Ancône,  elle  étoit  entière,  et  portoit,  tTil  AM2TA- 
rOPA  APXONtoS  EN  AEA<^OI2  HTAAIAS  EAP1NH2  lEPOMNHMONOTN- 
THN  AITHAfiN  nOAEMAPXOT  AAEHAMENOT  (il  est  probaiilc  queCyriaque 
a  mal  lu)  AAMONOS;  c'esi-à-dire,  «  Aristagpras  étant  archonre  à  Delphes,  fas- 
10  semblée  étant  celle  du  printemps,  les  Etolrens  exerçant  rhiéromnémonie, 
»  Alexaméne  (ou  Alexandre) fils  de  Damon  étant  polémarque). 
{2)  h^oMoi.  BMÎQth.  111,$,/^ 


4*  JOURNAL  DES  SAVANS, 

nomaîe  nrn  i^iç)  ce  qui  est  presque  le  nom  moderne.  Avant  d'arriver 
i  Duu/Jsm  on  traverse  le  village  de  Disiomo ,  qui  est  Tancienne  Ambrysos. 
DaaVis  n'est  plus  qu'un  village  de  soixante  maisons,  qui  renferme  néan* 
Jîioins  dix^huit  églises,  te  La  même  disproportion,  dit  le  voyageur, 
>»  existe  dans  la  plus  grande  partie  de  la  Grèce  ;  toutefois  i^e^l  bon 
»  d'observer  que  ces  «'ciifices  sacrés  ne  sont,  en  général,  composés  que 
^  de  quatre  murailles  nues,  formées  de  fragmens  antiques,  et  le  plus 
jî  souvent  sans  toit  ;  Tautel  n*est  ordinairement  qu  un  morceau  de  marbre 
»  avec  une  inscription  en  dessous,  supporté  par  un  fragment  de  colonne 
n  ou  le  piédestal  d'une  statue.  Les  prêtres  grecs  imposent  quelquefois  à 
*>  leurs  [léniiens,  en  expiation  de  quelques  fautes,  lobligaiiun  de  cons^ 
»  tiuire  une  église;  et  c'est  ce  qui  rend  raison  de  ce  grajid  nombre  d'édp- 
»  lîces  sacrés  (  i).  Les  portes,  même  des  plusbeaux,sont  si  étroites,qu*mt 
»  seul  homme  peut  y  passer  à- la-fois;  cest  afin  que  les  Turcs,  ne  pou- 
»  vant  y  faire  entrer  leurs  chevaux,  ne  convertissent  point  les  églises  en 
»  écuries-,  ce  qu'ils  ne  manquent  pas  de  faire  toutes  les  fois  que  la  porte 
»  est  assez  large.  >»  Notre  voyageur  trouva  la  curiosité  des  Dauli^ns  assez 
incommode:  sa  maison  ctoi|  toujours  remplie  de  visiteurs,  en  présence 
desqueL  il  ctoil  obligé  de  prendre  ses  repas.  «  J'avois,  ditil ,  une  bouteille 
3>  d'un  x^u^  sombre,  remplie  de  vin  ;  les  villageois ,  qui  n «voient  jamais 
n  vu  de  bouteilles  de  Cette  sorte,  imaginoicnt  que  celle  ci  liroit  sa  cou* 
^  leur  du  vin  qu'elle  contenoit  :  quand  ils  virent  qu'elle  fa  conservoit ,  bien 
>î  qu'on  Peut  presque  vidée,  ils  s'imaginèrent  que  c'étoit  une  bouteille 
>ï  magique  qui  avoit  la  propriété  de  rester  toujours  pleine  j  et  ce  ne  fut 
n  qu'après  l'avoir  bien  maniée  et  retournée  qu'ils  revinrent  de  leur  foife 
»9  opinion.  »  Les  murs  de  Wicropolïs  de  Daulis  subsistent  encore;  ils 
n'offVent  rien  de  bien  remarquable  :  ceux  de  Panopée,  maintenant  Agios- 
Blashs,  offrent  trois  genres  diflïrens  de  construction. 

Lébadée  est  une  ville  de  dix  mille  habitans,  dont  la  moitié  Turcs; 
elle  est  située  dans  un  pays  fertile  en  soie,  coton,  riz,  tabac  et  blé. 
Le  vin  y  est  abondant,  mais  de  mauvaise  qualité,  à  cause  de  la  résine 
qu'on  y  met  en  assez  grand*  quantité  (2),  selon  l'usage  dont  les  auteurs 
anciens  parlent  souvent.  Le  territoire  de  cette  ville  est  fréquemnient 
ravagé  par  les  sauterelles.  Dans  le  printemps  de  i  8oj  ,  la  quantité  de  ces 
insectes  fut  si  considérable,  que, les  primat^  grecs  ayant  promis  quatre 
paras  pour  chaque  oque  [1  kilogr.  i^y  gr.  ]  de  sauterelles,  on  leur 


(j)  II  paurroilse  faire  ausu  que  cette  diiproportion  indiquai  que  la  popula- 
tion des  villes  (  t  des  village»  a  tou|ours  été  en  4écrots5anr. 
(2)   ClaxU'-^   Trjyds,  yçfJ/J.iKpj. 


JANVIER  1820.  4j 

apporta  quatre-vingt  iîmIIc  oques  ou  quaire-vingt-dix-neu^  mille  sept 
cent  soixante  kilogrammes  pesant.  De  tous  les  monumens  de  .Lébadée, 
il  ne  reste  presque  rien.  Ûantre  de  Trophonius  ayant  déjà  été  décrit 
par  d  autres  voyageurs,  et  sur- tout  par  le  D/  Clarke  (1)  ,  je  passerai  > 
sous  silence  ce  qu'en  dit  M.  Dodwelf.  ' 

A  deux  heures  de  Lébadée  est  ie  village  de  Kapourna ,  situé  sur  Fem* 
placement  de  l'ancienne  Chéronée,  cù  l'on  voit  encore  les  murs  de 
Yacropolis,  qui  paroissent  être  du  temps  d'Epaminondas  ;  un  théâtre 
fort  petit,  mais  bien  conservé;  un  trône  en  inarbre  blanc  ,  que  les  habi- 
tans  appellent  le  rrone  de  Plutar^ue  (2).  Sur  la  route  de  Chéronée  à 
Orcbomène,  on  traverse  ia  plaine  où  se  donna  la  bataille.  Orchomène 
conserve  des  restes  de  son  ancienne  magnificence,  parmi  lesquels  il  faut 
remarquer  le  trésor  de  Aiinyas ,  que  Pausanias  appelle  une  des  merveilles 
de  la  Grèce  (3),  et  qui  est  encore  assez  bien  conservé.  Les  murs  de 
ïacropolis  sont  de  trois  constructions  différentes:  «  ce  qui  s'accorde  très- 
»  bien  avec  Fhistoire  ;  car  Diodore  nous  apprend  qu'Orchomène  fui 
>>  détruite  deux  fois,  Tune  par  Hercule  (4),  l'autre  par  lesThébains, 
»  vers  }(î4  avant  J,  C.»  (  j).  C'est  du  haut  de  celte  ûcropolis  qu'on  jouît 
de  la  plus  belle  vue  du  lac  Copaïs,  dont  Spon  a  déjà  donné  une  descrip- 
tion très- exacte;  M.  Dodwell  y  ajoute  beaucoup  de  détails  nouveaux  et 
intéressans,  principalement  sur  les  catabathra  ou  canaux  souterrains  qui 
servoient  à  Tépanchement  du  trop-plein  des  eaux. 

Sans  offrir  le  même  intérêt  que  les  ruines  d'Orchomène,  celles 
^'Haliarte  et  de  Thespies  méritent  de  fixer  l'attention  du  voyageur-: 
Thespies  paroît  avoir  été  située  sur  l'emplacement  d'un  village  appelé 
Eremo-Castrq. 

Thèbes ,  si  célèbre  dans  l'histoire,  n*a  presque  plus  aucun  verstigede 
son  antique  splendeur;  les  édifices  mentionnés  par  Pausanias  ont  tout- 
à-fàit  disparu.  M.  Dodwell  fait  quelques  efforts  pour  éclaircir  la  topo- 
graphie ancienne  de  cette  ville  :  ce  n'est  pas  sa  &ùee,  s'il  n'est  arrivé  qu% 
^s  résultats  assez  incertains.  De  Thèbes ,  il  dirigea  sa  route  vers  Athènes , 
en  passant  par  Platées  et  Eleuthères,  dont  il  donne  une  description  dé- 
taillée, que  je  n'analyserai  pas,  M.  Spencer  Stanhope  ayant  fait  connoître 
suffisamment  ces  deux  villes  (6)  ;  je  mécontente  de  transcrire  cette 


( \)  Clarkc'j  Travels,  vol  IV,  p,  126.  —  (2)  Idem ,  vol.  IV, p,  128-148.  — 
[i]  Pausan.  ix,j8»-^{4)  Diod.  Sic.  /F,/,  /o.  — (j)  J'observe  que  Diodore  ne 
dît  point  qu'Orchomène  fut  détruite  par  les  Thébains  :  il  dit  seulement ,  comme 
Pausanias,  que  les  habitans  en  furent  massacrés  ou  chassés.  (Dîod.  XV,  S*7^*i 
Pausan.  xv ,  /.  27.  )  —  (6)  Fiy*^  le  Journal  des^Savans,  Décembre  1817. 

F   £ 


U  JOURNAL  DES  SAVANS, 

observation,  que  je  crois  neuve;  «  Les  murs  de  Platées  sont ,  en  quelques 
y»  parues,  très-bien  conservés  :  ils  sont  curieux  pour  i  histoire  de  Tartf 
>y  parce  que  nous  connoissons  I  époque  précise  de  leur  construction  ,  ou 
^  plutôt  de  leur  restauration  ;car  ils  furent  rebâtis  au  temps  d'Alexandre, 
»  II  est  digne  de  remarque  que  les  murailles  des  autres  villes  de  ia 
^5  Grèce ^  dont  la  construction  est  semblable  h  celle  des  murs  de  Platées, 
M  ont  toutes  été  bâties  k  peu  près  len  même  ten^ps.  Les  murs  de  Messène 
»  et  de  Megalopolts ,  une  partie  de  ceux  d'Orchomène  et  d*A/nùryfof, 
»  ressemblent  à  ceux  de  Platées  :  or  nous  savons  que  leur  érection  ou 
»  leur  restauration  correspond  avec  cette  époque,  n 

AL  Dudwell  a  consacré  à  la  description  d'Athènes  et  de  FAttique 
environ  trois  cent  soixante  pages  du  premier  volume  et  cinquante  du 
second;  cette  description  est  un  peu  longue.  Comme  les  mcnumens 
de  cette  ville  ont  été  souvent  décrits  et  dessinés,  il  est  peu  nécessaire 
d  avenir  que  presque  toute  cette  description  porte  sur  des  objets  connus; 
aussi ,  sans  entrer  dans  lanalyse  des  détails  nombreux  qui  fa  composent, 
je  me  contenterai  d avertir  qu'elle  laisse  peu  de  chose  à  désirer  pour  Tétat 
passé  et  présent  de  (avilie.  Les  lecteurs  y  trouveront  réunis  tout  ce  qu'ifs 
savent  et  ce  qu1ls  ignorent  ;  car  les  observations  propres  à  M,  Dodwefl 
sont  fort  nombreuses  et  presque  toujours  intéressantes;  elles  ajoutent 
beaucoupàceque  nous  ont  apprisses  prédécesseurs,  et  même,  en  dernier 
Iîeu,sescompatriotesCIarkeet  Willtins,  dont  l'ouvrage  a  été  analysé  dans 
ce  journal  (*)/  Ses  observations  intéressent  sur-tout  l'histoire  de  V^H; 
elles  sont  entreu^éiées  d'anecdotes  souvent  curieuses  :  par  exemple ,  après 
avoir  décrit  le  monument  choragique  de  Lysicrates,  dit  /a  lanttrne  de 
Démcsthinc ,  il  ajoute  :  «Ce  monument,  qui  a  traversé  vingt  siècles,  a  été 
^  construit  avec  une  si  grande  solidité,  qu'il  peut  subsister  un  égal  nombre 
»  d'aruiées,!!  moins  qu'on  ne  le  munie  pour  satisfaire  la  cupidité  sans  goût 
»  de  quelque  riche  voyageur*  Le  supérieur  du  couvent  m'a  assuré  qu'en 
»>  tSoi  on  lui  fit  des  propositions  à  lui  et  au  vayvode,  pour  l'achat  du 
»  monument  entier,  qu*on  auroit  transporté  dans  un  autre  pays;  ce  mo- 
»  nument  ne  fut  conservé  que  parce  qu*il  étoit  renfermé  dans  l'enceinte 
>i  du  monastère.  Ainsi,  tant  que  le  couvent  subsistera,  on  peut  espérer 
»  qu*un  si  curieux  monument  sera  garanti  contre  la  ra}>acité  aveugle  des 
3î  amateurs  et  l'ignorance  destructive  des  Mahoinétnns.  jj  On  voit  par 
ce  pa^^îage  que  notre  voyageur  est  fort  peu  partisan  de  ceux  qui  ont 
mutilé  les  monumens  rfAthènes.  Toutes  les  fois  que  loccasion  s'en  pré- 
sente, il  ne  manque  pas  d'exhaler  I  indignation  que  lui  fait  éprouver  une 


(i)  ^/fifwit/i;  a.  Voyci  k Journal  des  Savan.^  d'octobre  1817*  p.  J9C*596, 


JANVIER   1820. 


45 


spoliation  qu  il  qualifie  de  désiionorante  pour  (a  nation  britannique.  A 
propos  des  cariatides  du  PauJrosium ,  il  dit^  «  Il  n  en  reste  plus  que 
^  quatre,  depuis  hriZ/ûge  de  Vûcropolis  en  1  801  ;  un  pilastre  mai  cons- 
»  truit  fui  substitue  à  la  cariatide  enlevée,  afin  de  soutenir  Tentable- 
ï»  nient  :  les  voyageurs  à  venir  graveront  probablement  sur  ce  pilastre  » 
»  EAFiNOi  £noi£l,  pour  conserver  le  nom  de  l*auieur.  Le  comte  de 
*>CuiIford,  entraîné  par  sa  vénération  pour  les  ruines  classiques  de 
»  Yacropolis ,  a  fait  faire  une  copie  en  pierre  de  la  cariatide  du  ituisée 
>>  britannique  ,  et  Ta  déjii  envoyée  à  Athènes  pour  remplacer  l'original. 
«  Ne  seroit-ii  point  digne  de  notre  pays  d'imiter  un  si  noble  exemple,  et 
»  de  rendre  ainsi  à  YErechtkeum  la  colonne  et  la  portion  d'entablement 
»  qu^on  en  a  détachées!  j> 

Jai  dit  que  M,  Dod\veII  écJaircii,  en  passant ,  fceaucoup  de  te^tles 
anciens;  quelquefois  il  en  propose  des  explications  puisées  dans  la 
connojssance  des  lieux  :  je  citerai  pour  exemple  son  opinion  sur  le 
YitfmfK^v  ru];fç  de  VacropoUs ,  construit  par  Cimon.  Selon  lui,  c'étoit  non 
pas  une  portion  de  mur ,  comme  on  Fa  cru ,  mais  un  petit  fort,  bâti  au  sud 
de  ïaçropolh ;  cette  opinion  a  beaucoup  de  vraisemblance.  A  farlicle  qui 
concerne  la  pvorte  d'Hadrien,  M,  Dodwell  entend  le>  deux  vers  ïambiques 
qui  sont  pWés  sur  la  frise,  dans  le  sens  que  je  leur  ai  donné,  contre 
Topinion  de  M.  Willtins  (1). 

Après  la  description  d'Athènes,  M.  Dodwell  passe  à  celle  des  ports 
de  Pirée ,  Phalère  et  Munychie.  Les  traces  des  longs  murs  sont  encore 
visibles  en  plusieurs  endroits;  mais  ceux  qui  entouroient  la  péninsule  du 
Pirée  sont  les  mieux  conservés.  Près  du  port  Munychie,  on  voit  les 
ruines  d'un  périt  temple  dorique,  que  M.  Dodwell  croit  être  celui  de 
Diane Munychienne.  Le  Phalère  est  plus  petit  que  le  port  de  Munychie» 
et  entièrement  abandonné;  à  la  vérité,  il  est  si  ensablé»  qu*il  ne  peut 
recevoir  que  de  irès-peîites  embarcations.  Les  ruines  de  la  bourgade  de 
Pirée  se  voient  encore  à  Test  de  la  péninsule.  Les  carrières  dont  on  a 


(1)  En  relisant  le  passage  de  mon  article  relatif  à  cette  inscription  (v*  SPO  * 
je  vois  qu'une  transposition^  qui  m'a  échappé,  à  la  correction  de  l'épreuve, 
estropie  le  vers  ïambique;  an  lieu  de  A^*/!*  tU*  ^hintm  ^^  «  ©jîcriWf  Wa^c,  lisez 
At  tf[  f/V  iSîtvtf^  ©«flia'f  «  *»fif  mMç,  Je  profiterai  de  Toccasion  pour  relever 
quelques  fautes  dans  un  autre  article  imprimé  pendant  mon  absence.  Cahier 
de  juillet  1819,  p,  300,  U  19,  ^éhniav,  lisez  élhHim,  Même  page,  note  a,  I,  2, 
lOTa^^tr{-,  lisez  l^zwpiiç^.  Note  5,  la  correction  que  je  propose  nVsi  point  néces- 
saire; x^  tpvjuaif  s'entend  si  l'on  donne  à  t^lt  sens  de  tjuùique ,  qu*il  a  bien 
souvent.  Noie  4  ,  tWft/df ,  lisez  i^rirM^.  Pag.  393  ,  \,  a,  l^'^iiyHi  \ut^  J^fm- 
^rof.  Fag.  396,  note,  ttff^iAffiî,  liseï  ùi<rpaLhiiùf. 


46  JOURNAL  DES.^AVANS, 

tiré  les  pierres  pour  la  construction  du  Pirée,  sont  encore  visibles  et 
ressemblent  en  petit  aux  Iitomies  de  Syracuse. 

C'^st  au  nord  du  Pirée  qu'étoit  la  necropolis  ou  le  cîineiière  de  la 
¥ille.  M.  Dodwell  fit  ouvrir  quelques  tombeaux  qui  lui  parurent  par- 
feftemei\t  conservés;  ce  qui  résulta  de  cette  opération  est  assez  curieux 
pour  que  j'en  dise  quelques  mots.  I>ans  fe  premier  tombeau ,  il  trouva 
d'aboitl  les  os  d'un  bélier,  qui  tombèrent  efi  poussière ,  excepté  fes 
cornes  et  les  mâchoires  (  i  )  ;  au-dessous  étoient  des  ossemens  humains 
et  une  patèrede  bronze:  (e  second  tombeau  renfermoit,  outre  des  osse- 
mens humains ,  une  lame  de  bronte  (2) ,  portant  'AiOAaPOS  ♦PEA- 
{fftn)*  Dani  un  troisième  tombeau,  il  trouva  deux  squelettes  et  huit 
bouteilles  de' verre  non  brisées  :  dans  un  autre  étoit  une  épée  de  fer  de 
deux  pieds  cinq  potdlk  (736  millim.),  y  compris  la  poignée.  M.  Dôdwell 
conjecture  ingénieusement,  d'après  cette  petite  dimension,  que  Fépée  esC 
antérieure  à  Iphicrate,  qui  fit  doubler  la  longueur  des  épées  athé- 
niennes {3 )•  «  II  est  digne  de  remarque  que  toutes  les  armes  défensives 
*  et  offensives  qui,  Jusqu'ici ,  ont  été  trouvées  en  Grèce,  sont  de  bronze, 
t>  excepté  cette  épée,  un  curieux  casque  déterré  à  Athènes,  des  balIes^ 
»  de  fronde  en  plomb,  et  des  pointes  de  flèches  en  pierre.  »>  Un  autre 
tombeau  renfermoit  un  peiit  masque  en  terre  cuite  avec-  la  bouche 
ouverte.  II  y  avoit  dans  un  autre  sépulcre  une  figure  de  philosophe  en 
terre  cuite  polychrome  et  de  petite  dimension  :  elle  ressemble  tout^à- 
fait  aux  statues  de  marbre  de  Ménandre  et  de  Posidîppe,  et  plus  encore 
à  celle  de  Démosthène,  qui  tient  un  volume  sur  les  genoux;  les  parties 
nues  sont  couleur  de  chaff  ;  la  draperie  est  en  ptetie  blanche,  le  siège 
bleu,  le  volume  rouge.  Plusieurs  tombeaux* renfermoient  des  vases  en 
marbre,  des  flacons  d'albâtre  et  des  vases  peints,  des  lampes,  dont  la 
description,  dans  le  nouveau  Voyage ,  est  pleine  d'intérêt  et  très-cuneuse 
pour  les  antiquaires.  D'après  le  petit  nombre  diurnes  cinéraires  qui  ont 
été  découvertes  en  Grèce,  on  peut  juger  que  iusage  d'enterrer  le  corps 
entier  étoit  plus  commun  que  celui  de  le  brûler,  ce  Comme  on  suppose 
»  généralement  9  dit  M.  Dodwell ,  que  les  Athéniens  mettoient  une  petite 
)•  pièce  de  inonnoie  dians  la  bouche  de  leurs  morts  »  je  m'attendois  à  en 
»»  trt>uverune  dam  chaque  tombeau,  et  je  cherchai  avec  soin;  mais  je  ne 


(i)  On  sacrifiott  ordinairemeot  un  bclicr  noir  sur  les  tombeaux  aux  divi- 
nités infernales  ;  et  probaWemitfnt  les  0$  de  la  victime  étoient  enterrés  avec 
\t  défunt.  —  (2)  Feu  M.  Akerblai)  a  composé  et  publié  à  Rome,  en  i8r  1 J 
une  dissertation  fort  curieuse  lur  cette  sonc  de  lames  de  métal. —  (3)  Diod« 
Sic.  XV,  4i' 


JANVIER   iQlCk  ï? 

^  pus  en  découvrir  qu'une  seule  r qui  étoit  de  cuivre  et  presque  eflfàcée  : 
^  d  autres  personnes,  qui  ont  ouvert  quelques  centaines  de  tombes ,  m'as* 
9>  surère;|it  qu'elles  y  avoient  bien  rarement  trouvé  des  pièces  de  monnoie  ; 
»  celles  qu'on  en  a  retirées  sont  ordinairement  l'obole  athénienne.  Si 
p»  elles  ont  servi  à  payer  l'entrée  des  lieux  infernaux ,  il  faut  croire  que 
«••les  mprts  privoient  souvent  Caron  de  ce  léger  tribut.  » 

Dans  un  second  article ,  nous  terminerons  l'analyse  de  ce  Voyage.    • 

LETRONNE. 


Deux  Lettres  a  Mylord  Comte  dAberdeen  sur 
l'authenticité  des  Inscriptions  de  Fourmont;  par  M.  Raoul* 
Rochette,  membre  de  f  Institut  royal  de  France,  Conservateur 
du  Cabinet  des  médailles  et  ^antiques  de  la  Bibliothèque  du 
Roi,  Tun  des  Rédacteurs  du  Journal  des  Savans ,  etc.  Paris  « 
1 8  ijp  ,îniprîmerle royale,  M-^.'de  i4o  pages , avccjfigures. 

SECOND   EXTRAIT. 

:  J'Ai  iàit  voir»  dans  mon  premier  extrait ,  avec  quel  avantage  l'auteur 
de  ces  Lettres  repousse  les  objections  faites  par  M.  Knight  contre  fins* 
cription  de  la  chapelle  d'Oga  et  contre  celle  SAmyclm.  Je  continuerai 
d'analyser  ces  jobjections,  et  les  réponses  de  M.  Raoul-Rochette,  en  y 
joignant f  comme  ffiTai  déjà  fait,  quelques  observations  kur  les' points 
qui  me  laissent  encore  des  doutes»  Je  les  soumets  d'autant  ptùsvoldhliers 
à  l'auteur,  qu'ils  pourront  fut  fournir,  soit  l'occasion  de  modifier  ou 
d'étendre  ses  idées ,  soit  laanatjère  de  quelques  discussions  nouvelles, 
quand  il  publiera  le  travail  complet  qu'il  annonce  sur  les  inscriptions  de 
Fourmont.  . 

..  Qxi  a  pu  remarquer  que  les  difiScuItés  élevées  par  M.  Knîght  contre 
Finscription  dAmyclœ  ne  reposent  toutes  que  sur  des  argument- négatifs. 
J-en  citerai  encore  denjix  exemples. 

il  s'étonoeque ,  dans  la  plus  ancienne  des  deux  inscriptions  SAmytla, 
ou  plutôt  dans  l'un  des  deux  fragmens  de  la  même  inscription ,  écrite  » 
comme  on  le  croit ,  à  deux  époques  différentes»  Fourmont  ait  «remplacé 
Xita  omM alpha ç^\  se  trouve  dans  l'autre  fragment,  par  deux  fpsihn, 
cdmme  dans  le  mot  amtmoneb  au  lieu  de  AMTMpNH  ou  amtmona  :  il 
l'accuse  d'avoir  ainsi  trahi  son  ignof^nçe  ;  «  car  nos  pareille  orthographe  ^ 
»  qui  n'est  autorisée  par  aucun  monument^   est,  selon  M,  Knight, 


4J  JOURNAL  DES  SAVANS, 

»  en  formelle  contradiction  avec  le  passage  du  Cratylus  ou  Platon  die 
*>  Ncus  nous  servions  autrefois  de  /'epsilon ,  et  non  de  /'êta  (  r  ).  »  M.  Raoul- 
Rochette  observe  très-judicieusement  que  ce  lexre  de  Platon,  n'étant 
relatif  qu*aux  Athéniens ,  nVmpéche  pas  d  admettre  que,  dans  des  temps 
encore  plus  anciens,  chez  un  autre  peuple,  et  dans  un  autre  dialecte,  on 
ait  pu  employer  les  deux  ee  à  la  place  de  l/iû,  de  même  que  fe  double 
wmieron  à  {a  place  de  Vomega  :  à  Tappui  de  cette  observation ,  il  rapporte 
plusieurs  exemples  de leinploi  des  lettres  doubles  pour  exprimer  le  son 
des  voyelles  longues*  Il  est  vrai  que,  dans  le  nombre  de  ces  exemples,  il 
u'en  cite  point  de  deux  EE  pour  ïéia;  mais  Tanalogie  suffit  pour  en 
rendre  Temploi  extrêmement  probable,  La  réponse  de  M.  Raoul-Rochelte 
ine  paroît  donc  convaincante  contre  lassenion  de  M.  IGiight  ;  toutefois 
il  ne  s'en  contente  pas  encore,  il  allègue  de  plus  en  sa  faveur  un  autre 
passage  du  Cratylus  :  «M,  Knight,  dit-il,  aura  lu  ce  traité  avec  bien 
i9  peu  d^atteniion,  puisque ,  quelques  pages  auparavant,  Platon  dît  qu'(?n 
99  se  servQit  anciennement  de  deux  ee  au  lieu  de  /'êta.  Ce  passage  donne 
*>à  son  asseïtion  un  démenti  bien  formel,  et  je  pourrois  me  dispenser 
>i  d'une  réfutation  plys  longue,  »  Ici,  f avoue  que  M,  Knight  n*a  pas 
tout  le  tort  dont  laccuse  son  critique  ;  car,  à  mon  sens,  le  passage  de 
Platon,  examiné  dans  son  ensemble,  et  non  dans  un  seul  membre  de 
phrase,  ne  prête  nullement  à  cette  interprétation.  Platon  hasarde  ici,  par 
la  bouche  de  Socrate,  une  étymologie  du  mot  vitiçjç^  ridicule,  comme 
le  sont  presque  toutes  les  étyinologies  du  Cratylus  :  il  fait  venir  ce  mot 
de  tin  lOTf ,  désir  du  nouveau.  «C*est,  dit-il,  ce  penchant  de  lame  vers  ce 
>>qui  est  neuf,  que  l'inventeur  du  mot  a  caractérisé  par  nUmçx  car» 
>»  dans  Torigine,  ce  mot  ne  se  disoit  pas  riwwc;  au  lieu  de  ranCTc  par  H,  on 
:»>  devoit  écrire  nit^n  par  deux  EE  (2),  »  Or,  remarquez  bien  que  hh 
deux  £E  ne  sont  point  consécutifs,  comme  il  faudroit  qu'ils  le  fussent  s^ib 
étoient  là  pour  remplacer  l'éta;  ils  sont  séparés  par  Vùmieron  :  cette  seule 
observation  suffit  pour  montrer  que  Platon,  bien  loin  de  dire  en  général 
fu'au  Heu  de  /'êta  an  employait  anciennement  deux  EE,  ne  parle  que  d'un 
cas  particulier  au  mol  dont  il  donne  actuellement  letymologie,  Afin  de 
Tappuyer,  il  rapporte  une  prétendue  forme  antique  du  mot,  laquelle, 
selon  toute  apparence,  n*a  jamais  existé;  et  cette  forme  même,  indé- 
pendamment de  Tensemble  du  texte,  dépose    contre    Finterpré talion 


(l)  Ou  )S  H  i)^eifjLA%  ,  mu  E,  W  vraxtucf,  {  Platon.  Crayl,  p.  ^€ ,  ^')  -^ 
(2)  Tr»v  (iiV))rf  iVA«S«f  7nf^)(^f  fAMVviji  tn/A^i  3%'/iaroc  w  NEO'ESIN.  Oo  >t> 
NO'HSIX  w  ct/.%a7#K  à«tAW7ç,  ^A  «m  w  H,  ££  ÏAi  hiynf  <A/a,  NiO'BSIN,  (  Plat* 
ÇTatyip.^r,£,) 


'  JANVIER   1820.  I9 

proposée.  Au  reste,  comme  I  auteur  des  Lettres  n  avoît  nul  besoin  de  cette 
preu\e,  sa  réponse  à  lobjection  de  M,  Kiiight  n'a  rien  perdu  de  sa  force 
par  l'observation  que  je  viens  de  faire,  dans  Tîntention  de  fixer  le  vraî 
sens  dun  passage  qui  seroil  fort  important,  s*ïIavoit  la  signification  que 
ïui  a  donnée  M.  Raoul- Rochette. 

M.  Knigiit  trouve  encore  surprenant  qu'un  monument  aussi  ancien  que 
finscription  é'Amyclœ ,  et  aussi  imponanî,  soit  resté  inconnu  aux  voya- 
geurs et  aux  aotiquaires  qui ,  dans  les  différens  âges,  essayèrent  de  rectifier 
raniîque  chronologie.  M.  RaouI*Rochette  répond  à  cette  objection,  sf 
c*enest  une,  quon  pourroii  faire  le  même  argument  contre  une  multitude 
de  monurnens  découverts  dans  la  Grèce,  et  notamment  contre  les  Marbres 
de  Paros,  dont  personne  ne  pourra  nier  l'importance.  Cette  réponse  me 
semble  péremptoîre  contre  une  objection  purement  négative,  comme 
toutes  celles  de  M.  Knight, 

A^L  Knight  èfève  contre  l'authenticité^de  rinscrîption  à'Amyclœ,  et 
sur-tout  contre  celle  d'Oga,  d'autres  difficultés  que  M.  Raoul-Rochettô 
a  fort  l>ien  résolues  ;  je  me  contenterai  den  exposer  une  seule,  parce 
qu'elle  a  donné  lieu  de  sa  part  à  une  discussion  qui  n'est  pas  sans 
intérêt.  Cette  difficulté  est  fondée  principalement  sur  ce  que  Fourmont 
attribue  rinscription  du  temple  d'Oga  au  roi  Enrôlas,  quoique  rien 
n'autorise  cette  opinion» 

«Conformément  à  ce  calcul  (celui  de  d'Hancarville  ) ,.  Eurotas  et 
s>  Lacédémon  furent  contemporains  de  Cadmus,  à  qui  une  tradition 
35  générale  a  aiirîLué  rintroduciion  des  lettres  dans  la  Grèce,  Si  cette 
»  tradition  est  fondée,  Eurotas  n*a  pu  écrire  dans  d  autres  caractères  que 
»  ceux  des  Phéniciens,  tels  qu'ils  sont  conservés  sur  les  médailles  de  ce 
3>  peuple,  sur  celles  de  leurs  colonies  en  Afrique,  en  Espagne ,  en  Sicile, 
a>  Ces  caractères  étoient  au  nombre  de  seize,  comme  on  le  reconnoît, 
»  et  s'écrivoient  de  droite  à  gauche  :  or  les  formes  de  ces  lettres,  com- 
»  parées  à  celles  de  Tinscriptron  d'Oga ,  offrent  une  extrême  dis- 
»  semblance.  » 

Ici,  comme  on  voit  j  M*  Knight  tranche  une  difficulté  qui  a  arrêté  de 
grands  critiques;  il  pose  en  fait  que  les  caractères  phéniciens  apportés 
par  Cadmus  doivent  avoir  été  les  mêmes  que  ceux  qu'on  retrouve  sur 
des  monurnens  dont  le  plus  ancien  ne  remonte  peut-être  pas  au-delà  du 
V.*  siècle  avant  notre  ère  :  or  voilà  précisément  ce  qu  il  est  impossible 
de  prouver*  M.  Raoul- Rochelle  prend  occasion  de  ce  passage  de 
M.  R,  P,  Knight ,  pour  se  livrera  une  discussion  qu*il  !i'a  pu  approfondir 
autant  qu'il  Tauroit  fait  si  le  plan  de  ses  Lettres  le  lui  eût  permis.  U  y 
présente   les  raisons  déjà  mises  en   avant  dans  une  savante  note   de 


jo         — —        JOURNAL  DES  SAVANS, 

M.  Lnrcher  (i)  pour  ëtal>lir  que  les  Pélasges  possédoîcnl  une  écriture 
aipliabétique  av;\iu  Tarrivée  de  Cadnius,  et  que  rinvention  attribuée  à  ce 
dernier  se  borna  à  changer  ou  à  modifier  h  forme  de  quelques  caractères, 
à  régler  Tordre  tfans  lequel  ils  dévoient  être  ningés,  enfin  à  nommer 
chacun  de  ces  caractères  du  iiojn  par  lequel  il  éloit  désigné  dans  sa 
propre  langue.  Ce  n'est  pas  ici  le  lieu  d'examiner  une  question  déjà  tant 
débattue  I  dans  laqueltt  les  opinions  les  plus  contradictoires  ne  manquent 
point  d'autorités  respectables:  je  me  contenterai  de  soumettre  à  l'auteur 
mes  doutes  sur  Tinterprétation  de  plusieurs  textes  de  Pausanias  dont  il 
tire,  en  faveur  de  Fexistence  d'un  alphabet  ûTitécadméen,  des  pretives  ou 
tout  au  moins  des  inductions  qui  ne  sont  peut-être   pas  très-fondée'î. 

II  dit,  par  exemple:  ce  Cette  tradition  rfune  écriture  particulière  aux 
»  Pélasges  est  encore  mieiir  confirmée  par  l'existence  irinscrtptmiS  anU- 
»  rieures  au  siècle  de  Cadnius ,  telles  que  celle  que  portoît  probablement 
»  le  tombeau  de  Corœbus  à  Mégares,  monuiuent  que  Pausanias  estime  le 
>»  plus  ancien  qui  existât  dans  la  Grèce,  comme  étant  de  Tan  1678 
30  avant  notre  ère,  «  D'après  ces  paroles,  il  sembleroit  que  V existence 
d*inscrtptions  antérieures  a  CûdmuS  n'est  pas  douteuse,  puisqu'elle  sert  à 
confirmer  la  tradition  d'une  écriture  pet  rticu  litre  aux  Pélasges,  Je  ne  croîs 
pas  qu*on  puisse  en  trouver  aucune;  M.  Raout-Rochette  n'en  cite  d'autre 
exemple  que  celle  que  portott  probablement  le  lomlîeau  de  Corœbus  : 
mais  une  inscription  dont  rexîsience  n'est  que  probable,  ne  peut  servir 
de  preuve,  D\iil!furs,  j'observerai  que  Pausanias  ne  permet  point  ici  le 
doute:  il  atteste  j^ositivcment  que  ce  tombeau  de  Corœbus  portoit  une 
inscription  en  vers  élégîaques  (2) ,  qui  contenoit  le  récit  des  aventures  de 
Psnmathe  et  de  Corœbus.  Or,  h  moins  d'admettre  que,  vers  1700  avant 
J.  C*,  on  écrivoit  déjîi  des  vers  élégiaques,  on  est  obligé  de  reconnoître 
qu'il  s'agit  d'une  de  ces  in>criprions  que  les  Grecs  faisoient  graver  après 
coup»  pour  coni^acrer  une  tradition  reçue.  J  ajouterai  que  Pausanias  ne 
dit  point  que  ce  tombeau  fût  le  plus  ancien  de  tous  ceux  de  la  Grèce; 
il  dit  seulement  que  la  figure  de  Corœbus  sculptée  sur  ce  tombeau  étoil 
le  plus  ancien  ouvrage  en  marlire  qu'il  eût  vu  dans  (a  Grèce. 

t<  Le  même  Pausanias,  dit  ensuite  M.  Raoul-Rochette,  cite  en  d'autres 
3»  endroits  des  monumens  en  anciens  caractères  ou  lettres  atti^ues ,  lettres 
«  également  mentionnées  par  Démosthène  et  par  Diodore  de  Sicile,  lettres 
»  dont  s'éloil  servi  l'ancien  Linus  pour  composer  ses  ouvrages ,  et  dont 
3>  Jes  formes  étoîent ,  de  faveu  de  Tacite  et  de  Pline ,  presque  semblables 


(1)   Larchrr  sur  Htrodote ,  rrm,   IV,  p,  2^;,  —  (2)  Pa 


^^       usan.  i  ,  r.  ^J  Jin 


JANVIER   l8zQ.  ji 

»  i  celfes  quavoient  de  Leur  temps  les  lettres  latines  (  p.  66  ).»  Je  ne 
parlerai  point  ici  des  textes  de  Démosthène  et  de  Diodore  de  Sicile,  de 
Pline  et  de  Tacite,  dont  la  discussion  m  entraîneroit  beaucoup  trop  loin  : 
f  n  me  bornant  aa  témoignage  de  Pausanias  allégué  par  M^,  Raoul- 
Rochette,  je  dirai  que,  si  Ton  distingue  avec  soin  les  époques  diverses 
auxquelles  ifs  se  rapportent,  on  acquiert  la  certitude quils  ne  fournissent 
réellement  aucune  preuve  ni  pour  ni  contre  un  alphabet  antérieur  k  Cad- 
niU5;il  n'en  résulte  autre  chose,  sinon  que  les  lettres  grecques,  jusqu'au 
temps  de  ce  voyageur,  avoient  successivement  été  détournées  de  pfus  en 
plus  de  leur  forme  primitive.  Pausanias  parle  quatre  fois,  si  je  ne  me 
Irompe,  de  ces  lettres  ûndennrs.  La  première  fois,  il  désigne  ainsi  des 
inscriptions  en  boustrophédon  gravées  surle  coffre  de  Cypsélus  (  i  ) ,  monu- 
ment qu'on  croit  avoir  été  exécuté  entre  les  années  600  et  6  j  o  2)  :  cToù 
Ton  voit  qu'il  n'entend  ici  par  lettres  anchnms  que  celles  dont  nous 
trouvons  l'emploi  dans  les  inscriptions  de  Sigée  et  (SAmyclœ  /  elles 
méritoient  bien  de  Pausanias  réj)iihète  S  anciennes.  La  seconde  fois,  il  . 
s'agit  d'une  corne  d'abondance,  offrande  de  Miltiade,  fils  de  Cimon, 
qui  y  avoît  fiiît  graver  deux  vers  hexamètres  en  caractères  que  Pausanias 
appelle  ^;?aV;?j  (3),  désignant,  sans  aucun  doute,  des  lettres  telles  que 
celles  des  inscriptions  antiques  antérieures  à  l'archontat  d'Euclide.  Dafns  fe 
troisième  passage,  Pausanias  donne  à  ces  expressions  un  sens  analogue, 
puisqu'il  ait  mention  des  quatre  vers  élégiaques  qui  consacroient  une 
offrande  faite  par  les  Apolloniates  de  l'Adriatique  après  la  prise  de 
Thronium  (4)  t  événement  qui  n'est  point  antérieur  à  l'an  500  avant 
J.  C.  Enfin,  dans  le. quatrième  exemple,  il  est  fait  mention  simplement 
d'une  inscription  en  caractères «j//r/V/iJ,  qui  indiquoient  les  limites  de 
Psophis  et  de  IheJpuse  (5)  :  on  ne  peut  également  rien  conclure  de  cette 
vague  indication^  Le  témoignage  de  Pausanias  n'a  donc  réellement 
aucun  rapport  avec  le  fond  de  la  question,  qui  est  de  savoir  si  les  Pélasges 
avoient  une  écriture  avant  Cadmus. 

Le  4é&ut  d'espace  nous  force  de  renvoyer  à  un  troisième  article,, 
qui  sera  très-court,  ce  qu'il  nous  reste  à  dire  de  la- seconde  Lettre,  où 
l'auteur  a  su  réunir  égjalement  be^coup  de  notions  curieuses  et  neuves. 

LETRONNE. 


(i)  Pausan.  V,iy. — f2)  0"atremère  de  Qv.incy  ^  Ji/pi ter  Olympien ,  jy,  tij, 
—  (3)  l'autan.  Vf ,  p.  —  (q)  Id.  V,  22.  KV  «W  j  fAi^Vor  ^âi,u^Mi9tf  *éhf  â^^iof 
vwo'  A/eV  Ttiç  Tnti,  Je  lis  àp^'otç  avec  Vaickenacr  {  ad  Herodot*  v ,  ^g  )»  — 
(j)  Pausan.  vni  »2f. 

G   2 


H 


JOURNAL  DES  SAVANS, 


De  l  Auscultation  médiate  ,  ou  Traité  du  diagnostic  des^ 
maladies  des  poumons  et  du  cœur ,  fondé  principalement  sur  ce 
nouveau  moyen  d'exploration;  par  H,  T.  H.  Luëiinec.  D.  M* 
P.  médecin  de  f hôpital  Alecker^  médecin  honoraire  des  <//j-.] 
pensai res ,  membre  de  la  Société  et  de  la  Faculté  de  médecine  de 
Paris  et  de  plusieurs  autres  sociétés  nationales  et  étrangères. 

Pouvoir  explorer  tst ,  à  mon  avis,  une  grande  partie 
de  l'drf,{  HlFP,  Epid-  UL) 

Deux  volumes  in-8/^ ,  l'un  de  45<î  et  lautre  de  ^jx  pages. 
A  Paris»  chez  J,  A.  Brosson  et  J.  S,  Chaude,  libraires/ 
rue  Pierre-Sarrazin,  n.*"  c^.  i8ip. 

Cet  ouvrage  est  dédié  k  MM.  les  professeurs  de  l'Ecole  de  médecine 
de  Paris  par  un  petit  discours  écrit  en  latin. 

M.  Laénnec  a  étudié  ranatomie  pathologique  pendant  Iong*temps 
avec  un  zèle  ardent,  une  application  constante,  et  le  désir  de  faire  servir 
les  connoissances  qu'il  acquéroit  au  progrès  de  la  science  et  à  la  gué- 
rison  des  maladieîi;  il  s  est  particulièrement  attaché  à  lexamen  des  or- 
ganes internes  de  la  poitrine,  dont  les  lésions,  trop  communes,  sont  sî 
funestes.  Nourri  de  ses  propres  observations ♦  et  profitant  de  celles  de 
At.  Corvisart,  son  maître,  et  de  feu  M.  Bayle,  son  ami,  que  la  mort  a 
enlevé  trop  tôt,  il  a  cherché  à  éclairer  les  médecins  surTéiat  paihologique 
de  la  poitrine,  pfus  qu'on  n'avoit  pu  le  faire  jusqu'ici.  On  doit  à  M.  Cor- 
visart un  essai  sur  les  maladies  et  les  lésions  organiques  du  cœur  et  d^s 
gros  vaisseaux,  et  une  traduction  de  la  méthode  d'Avenbrugger,  mé- 
decin allemand,  pour  lecojînoître  les  maladies  iiuernes  de  la  poitrine 
par  fa  percussion  de  cette  cavité;  et  à  M.  Bayle,  des  recherches  sur  la 
phihîiie  pulmonaire;  ces  deux  ouvrages  sont  estimés.  Mats  M,  Laénnec 
les  a  dépassés  et  a  complété  ces  travaux. 

Le  livre  que  nous  avons  à  faire  connoîlre,  étant  formé  presque  en 
entier  de  descriptions  de  maladies  e^de  faits  aoatomiques,  n'est  pas 
susceptible  d*une  analyse  suivie.  Nous  nous  bornerons,  à  cet  égard,  à 
ftire  remarquer  que  ces  descriptions  peuvent  intéresser  les  médecins,  et 
sur- tout  les  élèves,  parce  quih  y  trouveront  les  effets  liés  avec  les 
symptômes  qui  dévoient  les  présager,  si  ion  en  excepte  des  anomalies 
împossiMes  à  soupçonner. 

Les  détails  qui  |3aroissent  minutieux  aux  lecteurs  peu  versés  dans  la 
science  médicale,  ne  le  sont  pas  pour  ceux  qui  en  font  lob  jet  de  leurs 


JANVIER  1820.  J3 

médhaiîons.  M.  Laénnec  a  craint  même  qu'en  omettant  la  moindre  dr* 
constance,  il  ne  laissât  quelque  chose  à  désirer;  car  souvent  une  obser- 
vation qu'on  auroit  regardée  comme  peu  de  chose,  a  plus  d'importaQca^ 
qu'on  ne  croit  pour  expliquer  un  point  embarrassant. 

Les  motifs  et  les  vues  de  l'auteur  sont  consignés  dans  sa  préface  et 
dans  son  introduction.  Nous  allons  en  faire  connoître  ce  qui  est  néces* 
saire  pour  l'intelligence  de  l'auscultation  médiate,  que  M.  Laênnec 
appelle  lobjet  principal  de  son  livre ,  et  que  nous  regardons  comme 
l'accessoire,  eu  égard  à  la  totalité  de  l'ouvrage,  qui  est  un  bon  traité  des 
maladies  de  la  poitrine. 

Les  lésions  du  thorax ,  d'après  M.  Laénnec,  sont  les  plus  fréquentes  ;  il 
est  rare  même  qu'une  fièvre  essentielle  n'attaque  pas,  par  complication» 
plus  ou  moins  la  poitrine,  ou  ne  se  terminé  par  une  affection  de  cette 
partie  du  corps.  Quelque  dangereuses  que  soient  ces  lésions ,  et  elles 
le  sont  beaucoup  sans  doute ,  ce  sont  celles  qu'on  guérit  le  plus  souvent. 
Aussi  les  médecins  ont-ils  toujours  cherché  des  signes  propres  à  les  faire 
leconnpître  et  à  les  distinguer  entre  elles.  Leurs  efforts  ont  peu  réussi, 
parce  qu'on  s'en  est  tenu,  suivant  M.  Laênnec,  aux  signes  fournis  par 
Tinspection  et  l'étude  du  trouble  des  fonctions;  et  ces  signes  sont  insuf^ 
fisans,  les  maladies  de  ces  organes  étant  nombreuses,  diversifiées,  et 
présentant  des  symptômes  semblables.  Ce  qu'on  apprend  par  la  perçus- . 
sion  qu'a  conseillée  Avenbrugger,  donne,  à  la  vérité,  quelque  certitude 
de  plus,  mais  nen  donne  pas  encore  assez  ni  pour  tous  les  cas.  La  pra- 
tique d'ailleurs  en  est  difficile,  et  souvent  les  maladies  du  cœur  lui 
échappent.  M.  Laénnec  en  a  fait  usage  et  en  a  reconnu  les  avantages;, 
il  y  a  ajouté  ce  qui  manquoit  pour  avoir  des  données  plus  sûres.  II  a* 
imaginé  un  instrument,  très-simple,  qui  l'a  conduit  au  but  qu'il  desiroit. 
atteindre.  Voici  comment  il  s'en  explique  dans  l'introduction  :  «  Je  vins, 
»  dit-il,  à  me  rappeler  un  phénomène  d'acoustique  très-connu.  Si  l'on 
»  applique  i'oreilie  à  l'extrémité  d'une  poutre,  on  entend  très-distinctC- 
»  ment  un  coup  d'épingle  donné  à  l'autre  bout.  J'imaginai  que  l'on  pouvoit 
y>  peut-être  tirer  parti,  dans  le  cas  dont  il  s'agissoit,  de  cette  propriété 
3>  des  corps  :  je  pris  un  cahier  de  papier  ;  j'en  formai  un  rouleau  bien  serré, 
»  dont  j'appliquai  une  extrémité  sur  la  région  précordîale;  et,  posant 
»  i'oreilie  à  Tautre  bout,  je  fus  aussi  surpris  que  satisfait  d'entendre  les, 
»  battemens  du  cœur  d'une  manière  beaucoup  plus  nette  et  plus  dis* 
»  tincte  que  je  ne  l'avois  fait  par  l'application  immédiate  de  l'oreille. 

»  Je  présumai  dès-lors  que  ce  moyen  pouvoit  devenir  une  méthode 
»  utile  et  applicable,  non-seulement  à  l'étude  des  battemens  du  cœur^: 
»  mais  encore  à  celle  de  tous  les  mouvemeas  qui  peuvent  produire  du 


j4  JOURNAL  DES  SAVANS^ 

»  bruit  dans  fa  cavité  de  la  poitrine,  et,  par  conséquent,  h  rejcpfôratioa 
*t  de  la  respiration ,  de  !a  voix,  du  râfe,  et  peut-être  même  de  la  fluctua* 
n  tien  d'un  liquide  épanché  dans  les  plèvres  ou  le  péricarde.  »  Après  avoir 
comparé  des  cylindres  faits  de  diflerentes  matières  plus  ou  moins  denses , 
M.  Laénnec  reconnut  que  le  meilleur  étoit  celui  de  bois.  Il  finit  par  n'en 
pas  adopter  d'autre.  Le  cylindre  dont  il  se  sert  maintenant,  soit  dans  Thô- 
pital  qui  lui  est  conJfié,  soit  pour  explorer  sur  des  malades  qu'il  visite  chex 
eux ,  est  brisé  au  milieu ,  moyennant  une  vis  ;  ce  qui  le  rend  plus  portatif; 
li  est  creux  dans  son  centre  et  évasé  à  une  des  extrémités;  il  a  un  pied 
de  longueur  :  il  convient  pour  l'exploration  de  la  respiration  et  du  râle. 
Gelai  (|u'il  emploie  pour  la  voix  et  les  battemens  du  cœur,  doit  avoir  les 
parois  plus  épaisses  :  oii  ne  pourroît  tirer  parti  d'un  corps  mou.  Divers 
noms  ont  été  donnés  à  cet  instrument,  tels  que  soiromctre,  pectoriloque , 
tkoracUoque ,  &c,  M.  La^nnec  l'appelle  maintenant  stéthoscope.  Il  assure 
que  les  signes  qu'on  obtient  par  l'auscultation  médiate  sont  faciles  à 
saisir ,  et  qu'il  suffit  de  les  avoir  entendus  une  fois  pour  les  reconnoître; 
par  exemple,  ceux  qui  indiquent  les  ulcères  du  poumon,  la  communi- 
caiipn  fistuleusc  entre  la  plèvre  et  les  bronches,  &c.  II  convient  toutefois 
qu'on  ne  doh  pas  négliger  la  méthode  d'Aveitbrugger ,  que  l'ausculta- 
tion médiate  ne  fait  que  confirmer ,  ne  doutant  pas  que  les  deux  moyens 
ne  puissent  concourir- ensemble  pour  étendre  les  connoissances  sur  les' 
signes  des  maladies  de  poitrine. 

Le  mot  de  râle,  dont  nous  venons  de  parler,  n'est  pas  pris  unique- 
ment pour  ce  murmure  bruyant  de  Pair  que  font  entendreies  mourtms,' 
qui  ne  peuvent  plus  expectorer,  mais  pour  tous  les  bruits  produits  par 
te  passage  gêné  de  l'air  qui  sort  de  la  poitrine.   Ainsi  ce  mot  a,  chez 
routeur,  une  acception  plus  étendue. 

Nous  regrettons  de  n'avoir  pas  vérifié  nous-mêmes  les  avantages  qu'on 
retire  de  l'application  du  stéthoscope  sur  la  poitrine  d'un  individu.  L'au- 
teér,  qui  ne  jouit  de  sa  découverte  que  pour  la  rendre  utile ^  a  été  em- 
pressé de  la  faire  connoître,  autant  qu'il  en  a  trouvé  l'occasion,  et  n'a 
point  négligé  de  solliciter  un  examen  et  des  témoignages  authendques. 
Des  commissaires  de  l'académie  royale  des  sciences  ont  constaté  qu  à 
tl'âVers  le  cylindre,  placé  sur  la  poitrine  d'un  homme  sain,  qui  parle  et 
dumte,  on  entend  un  frémfssement  plus  marqué  dans  certains  points  de 
la  poitrme  que  dans  d'autres;  mais  que,  quand  il  y  a  un  ulcère  dans  les 
poumons,  ce  frémissement  se  change  en  un  phénomène  tout-è-fait  sin- 
gulier :  la  voix  du  malade  cesse  de  se  faire  entendre  par  l'oreille  restée 
libre,  et  elle  parvient  toute  entière  à  l'observateui*  par  le  canal  pratiqué 
4ins  le  cyfihdrev  Le  même  phénomène  a  lieu  Ictbqu'en  applique  le 


JANVIER    1820.  jj 

cylindre  stir  ia  trachée-anère  et  %ur  le  larynx.  Ce  fait  seul,  et  par  luî- 
mêrne,  iiispireroit  de  la  confiance  dans  les  assertions  de  Fauteur,  quand 
d'autres  témoignages ,  également  admissibles ,  ne  \  îendroient  pas  à 
f'appuî. 

L'ouvrage  de  M,  Laénnec  est  divisé  en  quatre  parties,  dont  la  pre- 
mière renfenne  les  signes  quoii  peut  obtenir  de  la  voix  à  Taide  du 
cylindre;  la  seconde  contient  ceux  que  fournit  la  respiration ^  la  troi- 
sième, ceux  que  donne  ie  raie,  et  les  résultats  que  Tauteur  a  obtenus  de 
ses  recherches  sur  la  fluctuation  des  liquides  épanchés  dans  les  cavités 
du  thorax  ;  la  quatrième  offre  fanalyse  des  Laiiemens  du  cœur  dans  fétat 
de  santé  et  de  maladie,  et  les  signes  particuliers  des  maladies  du  cœur  et 
de  faorte.  Chacune  de  ces  parties  est  divbée  en  chapitres»  et  ceux-ci  ea 
articles.  Au  commencement  du  premier  volume,  ainsi  que  du  deuxième, 
est  une  table  analytique,  et  h  la  fin  du  deuxième,  une  table  des  ma- 
tières par  ordre  alphabétique.  Quatre  planches  représentent  le  cylindœ, 
réduit  au  tiers  de  ses  dimensions  réelles;  sa  coupe,  dans  le  sens  de  sa 
longueur;  Tobturateur,  qui  est  au  bout  ;  le  corps  supérieur  de  ce  cylindre, 
son  diamètre,  et  les  lésions  du  poumon. 

Il  eût  peut  être  été  possible  à  M.  Lnénnec  de  donner  moins  de  lon- 
gueur à  son  ouvrage,  en  abrégeant  un  peu  des  descriptions  d ouvertures 
de  corps,  sans  omettre  les  léi^ions  imporiajitts.ll  l'auroit  fait, sans  doute» 
si  d  autres  occupations  le  lui  eussent  permis.  Tel  quesl  cet  ouvrage,  il 
ne  peut  être  que  très-utile  aux  médecins,  puisqu'il  leur  présente  des 
moyens  de  s'asaurer  du  féiat  des  maladies  de  poitrine  ,  et  par  conséquent 
et  pouvoir  mieux  les  guérir. 

FESSIER, 


NOUVELLES  LITTÉRAIRES. 


LIVRES  NOUVEAUX. 
FRANCE. 

Discours  sur  rêtudt  philosophique  des  fangires ,  par  M.  le  Comte  Je  Volney. 
Paris,  Baudouin  ,  1820»  in-à.\j  3  feuille*. 

Epi  grammes  choisies  d^Oiven  ,  traduites  en  vers  français  par  ftfu  M.  de  Kérr- 
valant  y  avec  des  imitations  par  P*  Corneille  ,  La  Monnoye ,  Cocquard , 
Chevreau  »  Senecé,  A.  L.  Le  Brun  >  Voltaire,  Desniahis,  MM.  François  de 
Ncufchateau,  Pommerfuï,  «Sec.  j  publiées  par'  M.  de  la  Boaîfse*  Lyon 
M,   Buynand,    ïn-t8 ^    10  feuilles. 


T 


S^  JOURNAL  DES  SAVANS. 

Tiièrt,  tragédie  de  M.  J*  de  Chcnier,  avec  une  analyse  de  celte  pièce  ptr 
M.  Népom.  Lemercier.  Paris ^  Baudouin,   1819,  in'S.\  7  feuilles  1/4, 

Louh  IX ,  tragédie  en  cinq  actes  ^  par  M.  Ancelot.  Paris,  impr.  de  P.  Didot, 
chez  iVU*"*^  Hiiet,  irt-S.* ,  vj  et  64  pages:  3  francs,  et  en   papier  vélin  6  fr. 

Dieu ,  ode,  suivie  d*un  sonnet  et  d'une  romance  sur  le  même  sujet,  avec  une 
flégie  sur  l'anniversaire  { de  la  mon)  de  Marie-Antoinette ,  Reine  de  France  ;  par 
M,  d'GalIia,  auteur  des  opuscules  intitules  :  l'Homme,  ode,  &c-;  le  Retour  des 
lis ,  &c.  ;  des  Ahus  en  iSt^,  iScc.  <Scc. ,  iVt-^.%  16  pages.  Prix,  50  cent.  ;  à  Paris, 
chez  Pillct,  libraire,  rue  Christine,  n.°  y. 

Les  quatre  premiers  volumes  des  Œuvres  complètes  de  M,*^*^  de  Staël  viennent 
d*être  mis  en  vente  chez  Treuuel  et  Wiinz^  à  Paris,  à  Strasbourg  et  à  Londres, 
PfBc,  24  fr.  —  Tome  L^^,  viij,  ccclxitij  et  to6  pages.  Le  premier  volume,  orne 
d'un  portrait  de  M,"^  de  Staël,  contirnt,  1.*  un  avertissement  de  l'éditeur 
{  M.  Auguste  de  Staël  );  2.®  une  Notice  sur  le  caracthe  et  les  écrits  de  M.™'  de 
Staël;  3.**  ses  Letiressur  le  caractère  kt  les  écrits  du  i.  S,  Rousseau.  —  La  NOTICE, 
composée  par  M.*"*^  Necicer  de  Saussure,  occupe  plus  des  trois  quarts  de  ce 
■volume.  Ce  n'est  point  une  vie  de  M.'"'  de  Staël;  il  y  a  fort  peu  de  détails 
biographiques:  mais  c*est  un  corps  d'observations  importantes,  d*abord  sur  les 
écrits  de  cette  femme  célèbre,  ensuite  sur  son  caractère  moral»  *tjr  ses  opinion 
et  sa  conduite  politique.  Ses  écrits  sont  divises  ,en  trois  classes  :  i,^  ceux 
qui  ont  précédé  la  révolution  ;  z**  ceux  qui  ont  été  composés  depuis  1789  jus- 
qu'à h  mon  de  M,  Necker;  3.**  ceux  qui  n*ont  paru  qu'après  1803.  A  la 
Première  période  appaniennent  les  Lettres  sur  J.  J,  Rousseau;  à  la  seconde, 
Influence  des  passions,  l'ouvrage  intitulé  De  la  littérature,  et  Delphine;  à  la 
troisième,  Corine,  ou  Tltalie,  TAilemagne,  et  les  Considérations  sur  la  révo- 
lution française*  LVxamen  de  ces  divers  écrits,  et  de  quelques  autres  moins 
considérables  est  précédé  d'jun  tableau  de  Téducation  de  M.*^  de  Staël, suivi 
de  réflexions  <\ir  le  caractère  de  son  talent.  Quoique  ces  jugemens  soient  ceux 
derâJTDTtiép  il  y  en  a  quelquefois  de  fort  séiéres.  Les  éloges  sont  beaucoup  plus 
fréquens^la  justice  les  réclamoit  presque  tous.  La  panie  de  cette  Notice  qui 
concerne  les  relations  domestiques,  sociales,  politiques  de  M/"*^  de  Staël, 
contient  des  anecdotes,  dont  quelques-unes  éioient  peu  connues;  on  y  remar- 
quera des  trait»  ingénieux  I  des  reparties  heureuses,  et  des  actions  honorables. 
—  Les  six  lettres  sur  Rousseau,  qui  terminent  ce  volume,  avaient  paru  en 
1788;  elles  ont  été  réioiprimées  en  1B14  :  on  retrouve  ici  les  préfaces  de  ces 
deux  éditions. r=  Tome  U,  374  P^è^^^  Réflexions  sur  le  procès  de  la  Reine, 
publiées  en  1793;  Réflexions  sur  la  paix,  adressées  à  M,  Pitt  en  1794  ;  R^^<-'*i^ns 
iiir  la  paix  intérieure, en  1795  ;  Essai  sur  tes  fictions;  trois  Nouvelles,  savoir, 
M'tnaLf  Adélaïde  et  1  héodore,  Histoire  de  Pauline;  un  épisode,  intitulé 
r^w/z/i/j.  Ces  derniers  articles  étoieni  inédits:  ils  peuvent  servira  montrer  les 
premien  progrès  d'un  laient  distingué,  et  ce  n'est  pas  Tunique  intérêt  qu'ils 
présentent.  Quant  aux  trois  opuicules  qui  remplissent  les  172  premières  pages  de 
ce  volume,  ils  tiennent  à  Thistoire  de  trois  années  trop  nirmcjrables*^  1  orne 
JIl,  390  pages.  De  Tinfluence  des  passions  sur  lé  bonheur  des  individus  et  des 
fiations:  c  tst  la  troisième  édition  de  cet  ouvrage;  la  première  est  de  1796,  et  U 

Çconde,  de   ihi8,  —  Réflexions  sur  le  suicide,  adressées  au  prince  royal  de 
ucdc,  en  décembre  1812,  et  publiées  en  j8j  j.nz:  Tome  IV,  604  pages.  De 
la  littérature  considérée  dans  ses  rapports  avec  les  institutions  sociales;  ouvrage 


JANVIER   1820. 


17 


«niv^rsirircment  connu  par  les  itoh  éditions  de  1803,  1804  et  1818;  chacune 
^n  z  vol.  //i-^/^  Tel  est  le  contenu  des  quatre  premiers  tomes  d'une  collection 
qui  doit  en  avoir  dix-huit.  Elle  a  été"  jusqu'ici  imprimée  avec  beaucoup  de 
correction  et  d'élégance,  chez  M.  Crapelec.  Le  prix  de  chaque  volume  est  de 
6  fr.  à  Paris;  7  fr.  50  cent,  par  la  poste  dans  les  départemcns*  On  tire  un  petit 
nombre  d'exemplaires  sur  papier  vélin  superfini  au  prix  de  12  fr.,  ou  lyb^ 
JO  cent,  par  volume. 

(Euvns  de  M."'''  de  Staël,  tomes  V,  VI ,  VII  (  Delphine  ) ,  avec  des  change- 
mens  et  additions.  Paris,  Treuttel  et  Wiirtz;le  prix  de  chaque  volume  est  de 
6  frr.  Cette  collection  paroît  en  même  temps,  en  format  in-ii,  au  prix  de  3 
fr.  par  volume.  On  vtfnd  à  part  les  trois  tomes  de  Delphine,  ainsi  que  la  Notice 
sur  iVL""^  de  Staël  par  M."»''  Nccker-Saussure* 

(ouvres  compiles  de  J.  La  Fontaine,  ornées  de  120  gravures  en  taille  douce, 
accompagnées  d'une  histoire  de  la  vie  et  des  écrits  de  La  Fontaine  par 
Al.  Walckenaer,  membre  de  Tinstitut.  Cette  édition»  imprintée  chez:  P.  Didot 
l'aîné,  aura  16  tomes  in-iS;  les  deux  premiers  viennent  d*être  mis  en  vente  chci; 
Nepveu.  Prix  pour  les  souscripteurs,  10  fr. 

Le  libraire  Lequien,rue  Saint^Jacques,  n.*  4'»  publie  le  prospectus  à* \xnt 
nouvelle  édition  ét^iEuvres  de  Reghard,  Ce  recueil  sera  imprimé  chet  P.  Didot 
et  formera  6  volume*.  Le  prix  de  chaque  volume  est  de  4  francs  pour  les 
souscripteurs. 

(Euvres  deJ.  F,  Ducis ,  ornées  d'un  portrait  et  de  gravures.  Paris,  impr,  de 
P.  Didot  aîné;  chez  Nepveu  >  5  vol.  /w-^.* 

Œuvres  complètes  de  M.  Amault :  tomes  I ,  II  et  III.  La  Haye,  de  Timpr. 
Belgique;  à  Paris,  chez  Foulon,  Prix  de  chaque  vol.  6  fr. 

Les  Vêpres  siciliennes ,  tragédie  en  cinq  actes  et  en  vers,  par  M.  Casimir 
Lavigne.  Paris,  imprimerie  de  Fain,  chez  Barba,  in-S,",  x  et  92  pages. 
Prix,  X  fr.  50  cent.;  et  en  papier  vélin,   5  îr, 

Œuvres  complètes  de  Voltaire  {  éàïiïon  disposée  et  revue  par  M.  Bcnchoi), 
tome  XXX  ( Dictionnaire  philosophique,  tome  II  ].  Paris,  impr.  de  Dupont , 
chez  M.«*  veuve  Perronneau,  rn-tz  ae  35  feuilles.  Prix ,  3  fr.  50  cent. 

Œuvres  complète  s  de  Voltaire  ;  tome  XXXI V.  Paris,  impr.  de  M.""^  Jeune- 
Homme,  chez  Plancher,  in-12  de  20  feuilles.  Prix*  3  fr.  50  cent. 

Précis  de  l'histoire  de  la  révolution  française j  avec  une  table  des  principaux 
décrets  rendus  pendant  les  années  1789*  1790  et  1791  ,  par  Rabaut  Saint- 
Éticnne;  nouvelle  édition  ,  augmentée  par  M.  de  Norvins.  Paris,  imprimerie  de 
Laurens*  chez  B.-iheuf ,  in-tz  de  10  feuilles. 

Voyages  dans  la  Grande-Bretagne  en  i8i6't8tp  ;  par  M.  Ch,  Du  pin ,  membre 
de  rinîtituf  ;  6  vol.  in-S.^ ,  avec  3  atlas.  L ouvrage  sera  divisé  en  trois  parties: 
force  militaire,  force  navale  ^  travaux  intérieurs.  La  première  partie  ou  livraison 
paroïtrcî  le  i/^mai  1810,  On  souscrit,  sans  rien  payer  d'avance,  chez  Bachelier, 
quai  des  Augustins,  n.*»  55  ,  à  raison  de  22  fr.  par  livraison.  La  souscription  sera 
fermée  le  i  %  mars  ;  et  passé  ce  terme,  chaque  livraison  coûtera  aj  fr. 

Description  du  royaume  de  Camboge ,  par  un  voyageur  chinois  cniî  a  visité 
cette  contrée  à  la  Im  du  xill.*  siècle  (en  1295,  précisément  la  même  année 
que  Marc-Pol  revint  en  Europe);  précédée  d'une  iiotice  chronologique  sur  le 
mcnie  pays ,  extraite  é^h  Annales  de  la  Chiner  traduite  du  chinois  par  M.  Abel- 


j«  JOURNAL'DES  SAVANS, 

Rémusat.  Paris,  Smith,  1819,  in-8/ ,  avec  une  carte  du  pays  de  Cambogc^ 
gravée,  d'après  d*Ayot  et  les  recherches  de  M.  Abel-Rémusat,  par  Ambroisc 
Fardieu. 

Mémoires  historiques  et  géographiques  sur  VArméme  ,  suivis  du  texte  arménien 
de  l'Histoire  d^s  princes  Orpelians,  tt  de, celui  des  Géo,^raphies  attribuées  à 
Moïse  de  Khoren  et  au  docteur  Wartan ,  &c. ,  avec  traduction  française  et  notes 

Îar  M.  J.  Saint-Martin.  Paris,  impr.  royale,  librairie  de  Tilliard  frères,  rue 
lautefeuille,  n.*  22,  1819,2  vol.  in-S,'   Prix  24  fr.  en  pap.  fin;  48  fr.  en 
papier  vélin. 

Les  Cours  du  Nord,  ou  Mémoires  originaux  surJes  souverains  de  fa  Suède  et  du 
Danemarcli ,  traduhs  de  l'anglais  de  John  Brown,  par  M.  J.  Cdhen.  Paris> 
impr.  d'Egron,  librairie  d'Arthus-Bertrand ,  1819,3  vol.  in-S," ,  70  feuilles  3/4, 
avec  deux  vues  et  six  portraits  :  21  fr.  On  a  joint  à  ces  Mémoires  l'Histoire  de  la 
révolution  de  Suède  en  1772,  &c. 

Histoire  de  la  guerre  entre  les  États-Unis  d'Amérique  et  l'Angleterre ,  pendant 
les  années  1812*1815,  par  H.  M.  Brackenridge ,  traduite  sur  la  seconde  édition 
par  A.  de  Dalmas.  Paris,  impr.  de  Patris^  chez  Colnet,  1820,  2  vol  in^8»* y 
39  feuilles  3/4  >  avec  une  carte  :  10  fr. 

Notice  sur  les  signes  numériques  des  anciens  Egyptiens ,  précédée  du  plan  d'un 
ouvrage  ayant  pour  titre  :  Observations  et  Recherches  nouvelles  sur  Us  hiéroglyphes^ 
accompagnées  d'un  tableau  méthodique  des  signes  ;  par  M.  Jomard  ,  membre  de 
l'Institut.  Paris,  imprimerie  de  Bauaouin ,  m-^.' de  3-1  pages  et  une  figure.  Cette 
Notice  a  été  lue  à  l'académie  des  inscriptions  et  belles- lettres  les  3  et  6  sep* 
tembre  18 19.  «Les  Égyptiens  écrivoient  les  nombres  à  la  manière  des  Ro- 
umains, la  même  aue  celle  dont  usoient  les  Grecs  quand  ils  employoient  les 
a>  lettres  capitales.  Ils  avoient  des  signes  pour  l'unité,  pour  5,  pour  10,  pour 
»  lop  et  pour  1000.  »  M.  Jomard  s'applique  à  prouver  par  des  nionumens  que 
les  Egyptiens  exprimoient  l'unité  par  un  rectangle  très-étroit  et  allongé;  5  par 
une  étoile;  10  par  nne  sorte  de  fer  à  cheval  ou  de  ir  grec;  100  par  une  figure 
semblable  à  la  tige  qui  est  jointe  à  la  coiffure  des  dieux,  en  forme  de  mitre 
ou  de  cidarisi  1000  par  une  feuille  de  nymvhaa  ou  lotus  que  supporte  une 
tige  placée  verticalement  et  coupée  par  une  barre. 

Histoire  de  la  monnaie ,  depuis  les  temps  de  la  plus  haute  antiquité  jusqu'atr 
règne  de  Charlemagne;par  M.  le  marquis  Garnier^  associé  libre  de  l'académie 
des  inscriptions.  Paris,  impr,  et  libr.  de  M.**  veuve  Agasse,  2  vol.  in-S»*  de 
48  feuilles;  Ixxx,  243  et  402  pages.  Nous  nous  proposons  de  rendre  compte 
de  cet  ouvrage. 

Procli  philosophi  Platonici  Opéra  inedita^  quae  supersunt  omnia,  nu  ne  prî- 
mùm  typis  donata,  ex  manuscriptis  codicibus  Bibliothecae  regiae  Parisiensis, 
curante  V.  Cousin  ,  professore  pnilosophiae  in  academia  Parisîensi  ;  tom.  I.** 
Parisiis,  ex  officrnaEberhart,  1819,  in-8.* 

Des  proscriptions  ,f2iX  M.  fiîgnon.  Paris,  Brissot-Thivars,  1819,  in-S/j  viij 
et  127  pages.  Cet  ouvrage  est  divisé  en  cinq  liirres  :  c'est  le  premier  qui 
iricnt  de  paroître;  il  traite  des  proscriptions  dans  les  républiques  anciennes  et 
modernes:  !.•  à  Athènes;  2.*»  à  Sparte;  3.*  à  Rome;  4«*  ^  Venise;  5*»  i 
Florence;  6.*  dans  les  Provinces- Unies. 

Propâïition  d'administratlfh  mi7/râ/rf«  Paris,  impr.  de  Demonville,  librairie 
de  Magimel;  Ancelin  et  Pochard;  i/z-^.%  xv)  et  192  pages ^  avec  des  tableaux. 


JANVIER   1820.  59 

Recueil  des  Eloges  historiques  des  membres  de  V académie  des  sciences  ,.  lunant 
les  séances  publiques  derinstitut,  par  M.  G.  Cuvieri  secrétaire  perpétuel  de  cette 
académie,  ryis,  J819,  et  à  Strasbourg,  chezLevrauh;  2  vol.  in-S/'  :  15  fr.  eteh 
fapier  vélin ,  30  fr.  Nous  lious  proposons  de  rendre  compte  de  cet  ouvrage. 

Aiérnoire  sur  l'importation  en  France  des  chèvres  à  duvet  de  Cachemire,  paf 
M.  Tessîer,  membre  de  l'Institut.  Paris,  M.""  Huzard,  /n-^.*  II  sera  rendu 
compte  de  cet  ouvrage  et  des  deux  suivans,  dans  l'un  de  nos  prochains  cahiers. 

-aperçu  géognostique  des  terrains  ,  par  M.  Henri  de  fionnard,  ingénieur  e» 
cher  au  corps  royal  des  mines.  A  Paris,  chez  Dcterville,  in-S,^ ,z66  pages. 

Projet  de  boisement  des  Hautes- Alpes;  par  M.  Dugied,  ez-prefet  de  ce 
département.  Paris,  impr.  royale,  ih-^,* ,  106  pages. 

annales  de  la  musique,  ou  Almanach  musical  de  Paris ,  des  départemens  de  la 
France  et  des  principales  vijlesdu  monde,  pour  l'an  1820  s  deuxième  année:  sutiri 
d'une  esquisse  de  1  étar  actuel  de  la  musique  i  Londres  ,  d'articles  biographiques 
et  nécrologiques  sur  Nicolo,  Paësiello,  Duport,  M."*' Sophie  Gail,  «c;  d«. 
répertoire  dé  la  musique  vocale  et  instrumentale  (  1 8 19} ,  de  l'indication  des  jour- 
aaux  de  musique  français  et  étrangers,  inventions,  livres  nouveanx,  gravure^i 
«vec  des  analyses  d'ouvrages  (  entre  autres ,  des  Mémoires  de  Grétry  ) ,  &c.  &c.  ; 
publié  par  M.  César  Gardeton ,  amateur.  Un  fort  vol.  innS»  Prix ,  4  &•  5^  cent., 
pris  à  ParS,  chez  l'éditeur,  rue  Montorgueii,  n.*  96. 

Analyse  de  la  philosophie  anatomique  (  de  M.  Geoflfîroy-Saint-Hilaire),  où 
Ton  considère  particulièrement  l'influence  qu'aura  cet  ouvrage  sur  l'état  actuel 
de  la  physiologie  et  de  l'anatomie;  par  M*  rlourens.  Paris,  chezfiéchet  jeune, 
/«-*/  de  28  pages. 

Les  quatre  Ages  de  la  vie;  étrennes  i  tous  les  âges ,  par  M.  de  Ségur ,  de  l'aca- 
démie française.  Paris,  impr.  de  Denugon ,  librairie  d'Eymery ,  //1-/2  de  £ jo 
pages,  avec  gravures.  Prix,  3   fr. 

La  Criticomanie  (  scénique  ) ,  ou  Nouvelle  Guerre  aux  spectacles ,  dernière 
cause  de  la  décadence  de  la  religion  et  dps  mœurs,  et  justification  ici 
lumières  du  xvill.^  siècle;  par  Marc-François  Hache.  Paris,  impr.  de  Patris, 
chez  Delaunay,  2  vol.  //f-/2  de  216  pages  chacun.  Prix,  6  fr. 

Des  Abus  en  iSig ,  ou  Quelques  mots  sur  la  France,  le  monarque,  les 
ministres,  la  police,  les  caricatures,  les  théâtres  et  les  journaux  ;  par  Aris... 
d'Galiia.  Paris,  imprimerie  et  librairie  de  Piller.  Prix,  i  fr. 

Traité  de  géognosie ,  ou  Exposé  des  connoissances  actuelles  sur  la  constitution 
physique  et  minérale  du  glooe  terrestre  ;  par  d'Aubuisson  de  Yoiiins.  Paris, 
impr.  de  Cellot,  2  vol.  in-8.%  avec  2  planches.  Prix,  16  fr. 

Annuaire  présenté  au  Roi  parle  bureau  des  longitudes,  pour  Van  1820.  Paris, 
imprimerie  et  librairie  de  M.™*  Courcier,  in-iS  de  5  feuilles.  Prix,  i  fr. 

Connoissance  des  temps  ou  des  mouvemens  célestes ,  à  l'usage  des  astronomes  et 
des  navigateurs,  pour  l'an  1822;  par  le  Bureau  des  longitudes.  Paris,  veuve 
Courcier,  1820;  25  feuilles:  6  fr. 

Notice  jur  les  canaux  et  particulièrement  sur  la  concession  du  canal  d'Essonne, 
Paris,  impr.  de  Lanoë,  chez  Bossange  et  Masson ,  in-S.^  de  70  pages,  plus  une 
planche. 

Tableaux ,  statues ,  bas-reliefs  et  camées  de  la  galerie  de  Florence  et  du  palais 
PUii,  dessiné^  par  M.  Wicar,  gravés  sous  la  direction  de  MM..  Lacombe  et 

H   2 


^ 


*o  JOURl^AL  DES  SAVANS, 

Mnjjuelier;  avec  les  explications  de  M.  Mongez.  Paris,  1789— 1815,  gmnd 
in-folio  en  48  livraisons,  imprknc  sur  papier  vélin  superfin.  Les  personnes  qui 
souscriront  avant  le  21  décembre,  paieront  les  livraisons  au  prix  de  14  fr. ,  au 
lieu  de  24  fr.  ;  on  ne  pourra  retirer  moins  de  deux  livraisons  par  mois.  Si  Ton 
préfère  retirer  l'ouvrage  complet  en  une  seule  fois,  on  ne  le  paiera  que  600  fr. 
Annales  du  Musée,  salon  de  1819;  par  P.  Landon:  troisième  livraison.  Elle 
$c  compose  de  1 1  planches  gravées  au  trait ,  et  d'explications  et  observations 
critiques.  L'ouvrage  formera  2  vol.  //i-i'.*'^  pour  lesquels  on  souscrit  au  bureau 
des'Annales  du  Musée,  quai  de  Conti,  n.®  15.  Prix,  36  fr. 

Table  générale  des  matures,  par  ordre  alphabétique,  des  122  volumes  qui 
composent  Ja  collection  complète  du  Magasin  encyclopédique;  rédigée  par 
J.  B.  Sajou ,  imprimeur;  tome  1 V  et  dernier.  Paris,  chez  Sajou  >  rue  de  la  Harpe , 
n.*»  II.  Frix  des  4  vol.,  60  fr. 

MM.  Treuitel  et  Wiirtz,  rue  de  Bourbon,  n.«  17,  viennent  de  mettre  en 
'  '   vente  YAlmanach  des  Darnes  pour  1820,  volume  In-ié ,  imprimé  par  Didot  Tainé 
sur  papier  vélin  et  orné  d'un  frontispice  à  vignette,  avec  nuit  gravures  en  taille* 
douce,  exécutées,  d'après  des  tableaux  des  grands  maîtres,  par  M.  Bein,  artiste 
distingué.  Prix,  broché,  5  fr.;  et  relié,  depuis  7  fr.  jusqu'à  36  fr.,  suivant  la 
richesse  delà  reliure*  Dix-neufannées  de  succès  ont  fait  distinguer  cet  almanach 
entre  tous  ceux  qui  ont  la  même  destination  et  un  titre  a  peu  près  fiemblable. 
.Celui  de  1820  contient  des  pièces  devers  de  mesdames  Babdis,  Desbordes, 
d'Houdetot.,  Maillard    de    Chambure,    de    Salm,    Simons-Candeilles  ^   de 
MM.  Baour-Lormian ,  le  Prevot  d'Iray ,  Béranger ,  la  Chabeaussière,  Wailly  ,&c. 
Esquisse  de  nosologie  véténnaire,ipsLr  3.  B.HuzsLfd  fîls,  médecin  vétérinaire^ 
.  seconde  édition.  Paris,  M.»»*  Huzard  et  Déterville,  rizo^inS.",  242  pages. 
De  r Enseignement  médical,  dans  ses  rapports  avec  la  chimie,  suivi  d  un  nou- 
veau Plan  d'organisation  des  sociétés  çt  écoles  de  médecine;  par  M.  de  Mercy. 
Paris ,  Éberhart ,  1819,  in-8.%  1 30  pages. 

Notices  historiques,  critiques  et  bibliographiques  sur  plusieurs  livres  de  Juris- 
prudence  française ,  remarquables  par  leur  antiauité  ou  parleur  originalité  s  ^^i 
M.  Dupin,  avocat.  Paris,  impr.  de  Lotlin,  litrairie  de  Warée  oncle,  1820, 
in-S,' ,  6  feuilles. 

Introduction  à  l*étude  philosophique  du  droit ,  précédée  d'un  discours  sur  les 
causes  de  la  stagnation  de  l'étude  du  droit  en  France;  par  M.  A.  J.  Herbette, 
docteur  en  droit.  Paris, impr.  de  Lottin,  librairie  de  Warée  oncle,  &c.,  i/i-f/^ 
Ixxij  et  240  pages. 

La  traduction  française  de  Y  Imitation  de  Jésus*  Christ ,  par  M^  Gence ,  est  sur 
le  point  de  paroître.  Ce  n'est  point  une  des  versions  précédentes ,  corrigée  et 
retouchée;  c'est  une  traduction  nouvelle ,  conforme  au  texte'revu  par  M.  Gence, 
et  qui  doit  aussi  être  publié  sous  fort  peu  de  temps. 

Institutiones  disciplinas  ecclesiasticœ  ,  prœsertim  Gallicanct ,  ad  princivia  sivt 
theologiœsivejuris  publia  comparatœ:  auctore  Petro  Justino  DelorT,J.  U.  D..&C.  ; 
tom.  1.  Paris,  1819,  gr.  i/i-j/y de l'i mpr.de  Fiim.  Didot, chez  Beaucé-Russand, 
rue  de  TAbbaye-Saint-Germain ,  n.*»  3. 

PAYS-BAS.  Prospectus  des  annales  générales  des  sciences  physiques  y  par 
MM.  Bory-Saint- Vincent,  Drapiez  et  Van-Mons.  Bruxelles,  impr.  de  Wcis» 
senbruch.  in-8,*  Ces  annales  paroissent  chaque  mois,  par  cahier  de  8  feuilles 
ayec  4  planches.  Lepri^^  derabonnement  est  de  5Q  fr.  pourTann^  entière  (douze 


JANVIER    iSia  6i 

cahiers  formant  4  vol  )  jde  27  fr,  pour  stx  mois;  de  [4  fr,  pour  un  irimestre.  On 
souscrit  à  Bruxelles,  chez  Weis«enbruch;  à  Paris,  chez  Mequignon-Marvis.^ 

ITALIE. 

Ora^ione  rtcitata  nelUsolenni  escquie  ctUbruti  rrelta  chiesa patriarcale  di  Veneita 
aWAb,  Gîaccmo  AIor^UL  V^rnise ,  1 8 1 9 ,  in-8J 

Memonedrl  stgnori  F,  JVrsri  j  L.  Srrristori,  F.  TaninhSalvatici,  E,  C.  Ridolfi ^ 
drlla  mceîstîà  d'tntrodurrc  nelie  scuoU  primarie  Toscane  il  metado  di  Bell  e 
Lancaster*  Firenze^  m-b\" 

Orlando  furïoso  di  Lodov.  Ariosio.  Edition  publiée  par  M.  Onavio  Moralî, 
ei  conforme  à  celle  que  l*Ariosie  a  revue  lui-même  en  »  532»  MiUn,  Pirotfa, 
1/1-4.*^  XXX  vj  et  54i^paées,  avec  un  portraitderArioste,  gravé  par  AL  Garavaglia* 

Sroria  d'/ralia  antica  e  modernaj  da  L*  Bossi,  Genoa,  Geiglcr,  itiip,  lom» 
J,  iJ,  IJl,  f/î-^/  (etiVi-/2  )vLes  tomes  suivans  sont  sous  presse, 

Biographia  Cremonese ,  ossia  Diccronario  srorico  délie  famiglie  c  perK)i>e  pc/ 
gualsïvoglia  titoJo  memorabili  e  chiare  spettanti  alla  ciiià  di  Creniona;  da 
Vincenzo  Laureiti.  Miîano  ,   Borsani,   1819, /«--f.* 

Lignera  dell'abate  Michèle  Angeh  Lan^i  sul  cufico stpokrale  monumento poriata 
d'Egiito  in  Roma*  Rome,  1819,  in-S* 

Litologla  umana ,  iTc*;  Lithologie  humaine,  ou  Recherches  chimiques  et  mé- 
dicales sur  les  substances  pierreuses  qui  se  forment  dans  diverses  parties  du  corp« 
humain,  spécialement  dans  la  vessie;  ouvrage  posthume  de  L.  V^.  Brugnatellr, 
professeur  de  l'université  de  Pavie,  public  par  son  fils.  Pavie,  1819,  in-folio, 
avec  j  planches. 

Si nopsi délia  Enneneutica  sacra f  odeWarîediben  interpretare  la  Sacra  Scritiuraj 
dal  professore  Gii£ernardo  de  Rossi , &c.  Parme,  1819,  i/i-A'  A 

ALLEMAGNE. 

Arndij  Ch.  G.  Ueberden  Urspruagitnd  die  verse hledenen  Verwnndschafren  der 
Europhischen  Sprachen ,  ifc>  /  Sur  whimne  elles  affinités  des  languis  européennes , 
par  Ch.  G.  d'Arndtî  publié  par  J.  L.  Kltibé^.  Francfort,  Broeoner,  in-fi*  :  8  fr. 

[  Ouvarcff]  Ueber  dass  vor-Homerische  Zeiraltêr,  Eîn  Anhang  zu  den  Briefeti 
ueber  Homer  und  Hesiod;  von  Gotlfr.  Hermann  und  Fried-  Creuzer  Saint- 
Pétersbourg,  1819,  in-â*" 

L/go  vcn  Rheinberg,  ein  Trauerspiel,  &c.;  Hugues  de  Rheinberg,  tragédie, 
par  M,  (Ehlenschïoger,  Gottîngue,  Duerlich,  j8ig,  in-S," 

C  JL.  von  Woltmanns  sàmintluke  Wtrke ,  iXc,  ;  Œuvres  complètes  de 
Woltmann,  Leipstck,  au  Musée  allemand,  in-S*^  Chaque  livraison  (60 à  64 
feuilles)  coûte  20  fr.  Les  deux  premiers  tomes  contiennent  une  Vie  de  Taufeur, 
composée  par  [ui-même  et  achevée  par  sa  femme; une  Histoire  du  gt^nre  humain; 
uïTe  Histoire  dti  Egyptiens  ;  une  Histoire  des  Israélites  ;  une  Histoire  de  France, 
depuis  la  domination  its  Romains  jusqu'au  31  mai  1793.  La  seconde  livrai- 
son doit  renfermer  i'Hisfoire  d'Angleterre. 

A'Iûirhltp  Norbergi  selecta  Opuscula  academica j  edidît  Johan.  Norrmann. 
Londini  Gothorum;  pars  I.**  1^17;  pars  11.*,  i8j8,  /w-^.^ 

Rehe  nach  dem  honen  N  or  den  y  iTc.  ^  Voyage  au  haut  du  Nord  par  la  Suède, 
la  JVorwégeet  la  Laponie,  dans  les  années  1810-1814 ,  par  M.  Vargas  Bedemar. 
Francfort,  Hermann ,  1819,  lom.  L*';  in-SJ  i  z  rxd.  6  gr.  Ce  Voyage  histo* 


6i  JOURNAL  DES  SAVANS, 

jrique  et  scientifique  est  destiné  à  faire  suite  à  ceux  de  MM.  de  Buch  et  Haus- 
mann. 

Tableau  du  Brésil,  par  le  professeur  Christ.  Aug.  Fischer.  Pesth ,  chez 
Hartleben,  1819,  2  vol.  in-S.",  avec  10  gravures:  z  rxd.  12  gr, 

ANGLETERRE. 

La  société  des  Highlanders  d*Ecosse  a  charge  une  commission,  prise  dans 
•on  sein,  de  surveiller  la  rédaction  d*un  Dictionnaire  gaclic-anglais  et  anglais- 
gaelic;  et  ellea  fait  connoîtreses  vues  à  cet  égard  dzns  deux  prospectus  qu'elle 
a  fait  distribuer.  Le  plan  qu'elle  a  adopté  ne  renferme  pas  les  difierens  dialectes 
Jiés  augaelic,  comme  l'irlandais,  le  gallois,  ie  dialecte  de  i'ile  de  Man,  et 
les  différens  dialectes  celtiques  qui  peuvent  s'être  conservés  sur  le  continent. 
•Une  SI  vaste  entreprise  s'accorderoit  difficilement  avec  l'esprit  d'exactitude 

Su'elle  souhaite  de  mettre  dans  ses  travaux ,  et  le  degré  de  perfection  auquel 
Ite  voudroit  porter  celui-ci.  L'objet  qu'elle  te  propose  en  ce  moment,  est  de  trier 
les  matériaux  pour  un  dictionnaire  particulier,  soit  des  anciennes  compositions 
littéraires  les  plus  authentiques,  soit  des  dialectes  populaires  des  habitans 
mctuels  de  race  celtique  en  Ecosse.  On  suivra  l'orthographe  moderne  la  plus 
accréditée ,  mais  en  conservant  celle  des  variantes  qui  auront  quelque 
importance.  La  signification  sera  donnée  en  anglais  et  en  latin,  et  l'usage  de 
chaque  mot  sera  expliqué  par  des  exemples.  L'ouvrage  sera  terminé  par  deux 
index,  l'un  anclais-gaelic,  et  l'autre  latin-gaelic.  On  suppose  q«'if  pourra  coûter 
cinq  guinées.  Le  montant  des  isouscriptioos,  et  les  notes  que  des  savans  voudroient 
adresser  à  la  société  sur  ce  sujet  intéressant ,  seront  reçus  par  M.  Gordon, 
lecréuire  de  la  société,  Frederick-street,  n.*  50,  à  Edimbourg. 

On  peut  dés  à  présent  juger  du  plan  de  l'ouvrage  par  un  spécimen  d'une 
feuille  m-4.'^  qui  a  été  publié  par  ordre  de  la  société.  C'est  un  ministre  versé 
dans  la  langue  et  les  antiquités  de  sa  patriej  le  révérend  J.  Macleod,  qui  est 
.«barge  de  la  rédaction  de  l'ouvrage. 


Notice  des  principaux  ouvragel  publiés  en  Angleterre  dans  le  cours  de 
Tannée  1 8 19 ,  et  pour  lesquels  on  peut  s'adresser  chez  MM.  Treuttel  et  Wiiriz^ 
à  Paris,  à  Londres  et  à  Strasbourg. 

The  annual  Résister,  or  a  View  of  the  history,  politics  and  literature,  for 
theycar  1818,  /«-*.•;  16  sh. 

jiistory  of  the  Island  of  Newfeundland ,  containîng  a  Description  of  the 
Island»  the  banks  and  fisheries»  and  trade  of  Newfoundiand  and  coast  of 
Labrador;  by  Rev.  Amadeus  Anspach,  r/i-^/avec  deux  cartes;  16  sh. 

First  impressions  on  a  Tour  upon  the  Continent,  in  the  summer  of  1818, 
through  pans  of  France,  Italy,  Switzerland,  the  bordcrs  of  Germany,  and  a 
partof  French  Flanders;  by  Marianne  Baillie,  in-8,*  15  sh. 

Proceedings  in  Perga  and  the  lonian  islands ,  with  a  séries  of  correspondence 
and  other  justificatory  documents,  by  lient,  col.  de  Bosset,  in-S/'  :  7  sh. 
.    A   chronologieal  History  of  north  eastern  Voyages  of  discovery ,  and  of  the 
sarfy  eastâm  navigations  of  the  Russians  ;  by  capt.  Burney,  in^S.*  :  12  sh. 

Ayear's  Résidence  in  the  Unitfd  States  of  America,  by  W.  Cobbett  ;  3.**  partt 
in-S.'i  6  sh. 


JANVIER   1820.  6i 

'AfemoirsofJohn  Duke  ofAfdrlborough ,  wîth  his  original  correspondence; 
by  Rev.  W.  Coxe,  3  vol.  in-^.''  ;  9  1.  st.  9  sh. 

Classical  and  topdgraphical  Tour  îhrough  Creece  durîng  theyears  1801,  iSo^ 
and  1806,  by  Ed.  DodweII^2  vol.  in-^,',  fig.  et  cartes,  ici.  lo  sh.  Views  in 
Gfccce,  from  drawings,  1  .** part  in-folio ,  texte  anglais  et  français,  avec  5  planches 
coior. ai.  12  sh.  L'ouvrage  aura  douze  parties. 

Tht  History ,  civil  and  commercial ,  ofthe  British  West  Indies,  with  a  conti- 
nuation to  the  présent  tinne,  by  Bryan  Edwards,  5  vol.  in^8.^ ,ti  1  vol.  de 
pi.;  3  1.  15  sh.         ^  . 

Journal  ofa  Route  across  India,  through  Egypt ,  to  England,  in  the  latter  end 
ofthe  year  1817  and  beginniog of  1818,  by  lieut.  coL  Fitzclarence,  i/i-^,*  avec 
planches  col.  et  cartes,  gr.  in^éf," /  2  1.  18  sh. 

Views  of  Society  andmanners  in  the  north  of  Jreland,  in  •  séries  of  lecteurs  , 
written  in  the  year  1818,  by  J.  Gamble^  //ï-^."  12  sh.  .    . 

Thtltinerary  ofCretce,  containing  100  routes  in  Attica,  Boeotia»  Phoçis, 
Locris ,  ami  Thessaly  ;  by  sir  W.  Gell,  in-S."  ;  1 4  «h. 

.  Alemoir  and  Notice  explanatory  ofa  chart  of  Madagascar  and  the  north* 
easîem  archivelago  of  Afauritius ,  drawn  up  according  to  the  la  test  obser- 
vations ,  by  Ucoffroy ,  m-^.*  ;  1 8  sh. 

Façts  and  Observations  respecting  Canada  and  the  United  States  of  America, 
aSordînga  view  ofthe  înducements  to  émigration  ;  by  C.  F.  Grèce,  in-S,';  7  sn» 

Accâunt  qf  the  kingdom  of  Népal,  and  ofthe  territories  annexée  tù  this 
dominion  by  the  H  oust  of  Gorkha  ;  by  I>.'  Francis  Hamilton  ,  in-4/  aveâ 
gravures;  2  sh. 

Journal  ofa  Soldier  ofthe  74.*  régiment  from  1808  10  181 5,  iir-/2y  5  sh* 

A  Histofy  ofEngland,  from  the  (îrst  invasion  by  the  R-omans  to  the  acceision 
of  Henry  Vlll;  by  Rev.  John  Lingard,  3  vol.  iV^.»/  5  1.  5  sh. 

Travels  invarious  countries  of  the  East  y  more  particularly  Persia ,  rn  i8rO| 
181 1  and  1812,  with  Extracts  from  rare  and  valuable  oriental  manuscripts^ 
by  sir  W.  Ouseley  ;  vol.  I ,  in^^*  avec  atlas  ;  3  I.  1 3  sh. 

A  geographical  and  statistical  Description  of  Scotland ,  with  tables;  by  D.' 
James  Playfair,2  vol.  in-S.' ;  1  4.  4"  «f^* 

Lifi  of  lord  William  Russell,  with  some  account  of  the  times  in  which  hç 
lived  ;  by  lord  John  Russel  :  in-^»';  t  1.  1 1  sh. 

A  Voyage  cf  discovery ,  made  under  the  orders  of  the  Admiralty,  fof  th€ 
parpose  ofexploring  Baffin's  Bay;  by  captai  n  John  Ross:  seconde  édition^ 
2  vol.  in-8,'',  avec  cartes,  i  i.  1  sh. — Êxplanation  of  captain  Sabine^  Remarks, 
iii-A%2  sh.  6d. 

Remarhs  on  captain  Rossas  Account  ofa  Voyage  to  Baffin*s  Bay;  by  captatrt 
Edward  Sabine ,  m-A* ,  2  sh. 

A  Narrative  ofthe  expédition  to  Algiers ,  in  the  year  18 16,  under  thé 
conimand  of  admirai  lord  Exmouth,  by  Ab.  Sâlame,  in-S." ,  15  sh. 

The  provincial  Antiquités  and  picturesqué  Scenery  of  Scotland ,  with  descriptive 
illustrations;  by  Walter  Scott,  n.®  i  ygr.in-^,'.,  1 6  sh.;  et  avant  la  lettre,  i  l.  lOsh. 

The  History  of  Seyd  Said,  sultan  of  Muscat  /  togeiher  with  an  Accôuni'pf 
the  countries  and  people  of  the  shores  of*  ihe  Pcrsian  Gulf,  particularly  of  tHc 
Wahabces;  by  Mansur  Shaik,  m-^//  !3"sh. 


\ 


I 


•v 


6i  JOURNAL  DES  SAVANS. 

Afemoirs  of  hermost  excellent  majesty  Queen  Charlotte  s  by  John  Watkîns, 
2  part.  m-SJ'  i  16  $h. 

A  statistkal ,  hïstoncal  and  political  Description  of  the  colony  of  Nefur 
South  Wales,2iTià  its  dépendent  settlements  on  Van  Diemen*s  Land^  by  C. 
W.  Weniworth  ;  in-S."  y  12   sh. 

Letters  on  theEvenrs  which  havepassedin  France  s ince  the  restauration  in  iSif; 
by  Helen  Maria  Williams,  in-S.'  ;  7  sh, 

Emmeline,  a  Fragment,  with  some  other  pièces,  by  Mary  Bninton;pet. 
In-S.';  10  sh. 
Afa^eppa^  by  lord  Byron;  in^S* ,  y  sh.  Don  Juan /in-,^,* ;  i  I.  1 1  sh. 
Taies  ofthe  Hall,  by  Rev.  George  Crabbe:  2  vol  in-S."  ;  i  I.  4  sh. 
The  Antiquities  ofSicily;  by  John  Goldicutt,  parts  i  and  z^  in-folio  s  2 1.  lash. 
Fredolfo,  a  tragedy  ;  by  Rev.  C.  R.  Maturin  ,  in-S,' ,  4  ^h. 
Repertorium  Bi^liographicum,  or  some  Account  ofthe  most  celebrated  British 
fibrarresygr.  in-S/  fig*»  3  '• 

Scnpture*s  Costume,  in  a  séries  of  coloured  engravîngs,  representing  the 
principal  personages  mentioned  in  the  Sacred  Writings,  by  R.  W.  Satchweli  ; 
gr.iW.%  5  i.  5  sh. 

Daiiscfmy  Landlori;  third  séries,  contaîning  the  Bride ofLaromermoor  and 
a  Legend  of  Montrose:  4  vol.  in-tz,  1  1.  12  sh. 

Bibliotheea  Britannica,  or  a  gênerai  Index  to  the  literature  of  Great  Britain 
and  Ireland»  ancient  and  modem  ;  by  D.'  Robert  Watt,  part  1  ;  i/i-^.*,  i  1. 1  sh. 
Illustration  of  the  Architecture  and  Sculpture  of  the  Cathedral  Church  of 
Lincoln  i  by  Charles  Wild,  in-folio,  fig.,  ;  1.  ;  sh. 


Nota.  On  peut  s*adresser  i  la  librairie  de  Aï  M ,  Treutte!  ^r  Wurti ,  à  Paris, 
me  de  Bourbon,  n.*ty ;  à  Strasbourg,  rue  des  Serruriers;  et  à  Londres,  n,"  jo , 
Soho^Square,  pour  se  procurer  les  divers  ouvrages  annoncés  dans  le  Journal  des 
Savans.  H  faut  affranchir  les  lettres  et  le  prix  présumé  des  ouvrages. 


TABLE. 

Leonis  Diaconi  Caloënsis  Historia.  {Article  de  M,  Raoul-Rochette.).  Pag.  3  ♦ 
Dt  Mohammedt  Ebn^Batuta  Tingitano,  ejusqtte  itineribus  ,  Comment 

tatio  academica,  Ù'c»  (Article  de  M,  Silvestre  de  Sacy.  ) 15, 

^quejade,  monumento  antico  di  bronjp  del  Museo  nationale  Un^ 

gharese,  da  Gaetano  Cattaneo.  {Article  de  Aï.  Raoul-Rochette.) . .  25  . 

Voyage  classique  et  topographique  en  Grèce,  exécuté  pendant  Us  années 

tSot ,  180$  et  i8o6,varEd.  DodwelL  {Article  de  Aïs  Letronne.)..  34» 

JPeux  Lettres  à  mylord  comte  d'Aberdeen  sur  l'authenticité  des  inscrip* 

tions  de  Fourmont ,  par  AI.  Raoul-Rochette.  { Second  article  de 

AI.  Letronn^.  ) # 47» 

Dt  l'auscultation  médiate,  ou  Tr/iité  du  diagnostic  des  maladies  des 

poumons  etdu  cœur,  par  R.  T.  H.  Làënnef.  [Article  de  M.  Tcssier.) .  52, 

nwidkf  tittérains - •  •  •  •  J  î  • 

FIN  DE  LA  TABLE* 


Le  prix  de  Tabonnemcnt  aa  Journal  des  Savans  est  de  36  francs  pMP  an^ 
et  de  40  fr.  par  ia  poste ^  hors  de  Parb.  On  s'abonne  chez  MM.  Treuttel  et 
Wurt^,  à  Paris,  rue  de  Bourbon,  n/  //;  à  Strasbourg ,  rue  des  Serruriers,  txh 
Londres,  n»*  jo  Seho-Square»  Il  faut  afiîranchir  les  lettres  et  fargent. 

Tout  ce  qui  peut  concerner  les  annonces  à  insérer  dans  ce  journal, 
lettres ,  avis,  mémoires ,  livres  nouveaux,  &c.  doit  être  adressé, 
FRANC  DE  PORT,  au  bureau  du  Journal  des  Savans,  i  Paris,  rue 
deMénil-montant,  n.^  ai. 


^jl3  ^  c^^ààJi^     SeLECTA     EX    HiSTORlA     HaLEBI 

€  coAice  ûrabko  Bihliotheca  regiœ  Parisiettsis  ediàit ,  latine 
vertit  et  adrwtûtiombus  iUustravit  G.  W,  Freytag,  D/  Pk, 
Lutetiae  Pariâiorum ,  è  typographîa  regia,  //i-^;* 

.PRÈS  quatre  ans  passés  h  Paris  et  consacrés  sans  aucune  distraction  k 
Tétudedes  langues  arabe,  persane  et  turque  ,  M.  Freytag,  appt'lé  par  fe 
gouvernement  prussien  à  remplir  une  chaire  de  lanLmes  orientâtes  dans 
la  nouvelle  université  de  Bonn,  a  voulu  justifier  et  les  encouragement 
qu  il  avoit  rtçus  et  le  choix  dont  il  venoil  d  erre  robjet ,  par  la  publicarion 
d'un  ouvrage  propre i  faire connoitre  les  progrès  qui!  avoir  faits  dans  fa 


«  JOURNAL  DES  SAVANS, 

langue  arabe,  et  le  profit  qu'il  avoit  tiré  de  la  riche  colfectîon  de  manus- 
crits orientaux  de  la  Bibfiothèque  du  Roi.  Pour  remplir  ce  but ,  il  a  choisi 
THistoire   d'Alep,  de  Kénial-eddin    (Omar    fils  d'Ahmed)»    ouvrage 
singuh'èrcment  recommandable,  sur-tout  par  les  nombreux  détails  qu'if 
nous  a  coîiservés    relativement  aux  croisades.  M.  Freyiag,  il  est  vrai, 
n'a  point  choisi  dans  THistoire  d*Alep  l'époque  des  croisades,  quoiqu'elle 
eût  ufiert  beaucoup  plus  d'intérêt  ;  il  a  préféré  prendre  la  portion  de  cette 
histoire  qui  coDjmence  h  la  conquête  d*Afep  par  les  Musulmans  et  se 
termine  au  règne  de  SeiT-eddaula ,  à  Tan   J36  de  Thégire  :  c'est  donc 
environ  un  espace  de  trois  siècles  que  contient  le  fragment  qu'il  a  fait 
imprimer ,  ei  qui  pourtant  n'occupe  que  cinquante-six   pages  de  texte 
aralie  dans  ce  volume.   En  se  déterminant  k  donner  de   préférence  ce 
morceau,  M,  Freytag  n  a  point  consulté  sa  commodité  et  ce  qui  eût  pu 
rendre  son  travail   plus  facile.  Comme  il  se  propose  de  publier  par  la 
suite  le  reste  de  1  ouvrage,  il  étoit  naturel  qui!  nlntervertît  point  Tordre 
des  événemens.  Les  lecteurs  cependant  doivent  être   prévenus  quils  se 
feroient  une  fausse  idée  du  mérite  de  fouvragede  Kémal-eddin^  s'ils  en 
jugeoieni  par  ce  fragment.  La  ville  d'Alep,  pendant  les  trois  premiers 
siècles  de  l'hégire,  na  pas  joué  un  rôle  assez  important  pour  que  son 
histoire  à  cette  époque,  si  l'on  en  excepte  les  premières  années  de  fa 
soumission  de  la  Syrie  aux  Arabes,  offre  des  circonstances  dignes  de  fixer 
Fat ten lion.  La  part  qu'elle  a  à  l'histoire  générale  de  l'empire  des  khalifes, 
ne  suffïsoit  pas  pour  autoriser  Kemal-t^ddin  à  entrer  dans  le  détail  des 
principaux  événemens  de  ces  trois  sJècles  ;  II  se  contente  donc  de  les 
rappeler  sommairement^  et  fait  une  meniion  spéciale  des  faits  qui    se 
sont  passés,  à  Alep  x>\x  dans  son  territoire  :  il  iiidique  aussi  la  suite  des 
gouverneurs  de  cette  ville  sous  les  khalifes  Abba&sides,  et  nomme  fré- 
quemment les  kadhis  qui  y  ont  exerce  les  fonctions  judiciaires.  M*  Frey- 
tag, au  surplus,  a  remédié  à  la  sécheresse  du  récit  de  Kèmal-eddin  et  à 
sa  concision  par  des  notes  remplies  d'érudition,  et  pour  lesquelles  if  a 
mis  à  contribution  un  grand  nombre  d'^ouvrages  manuscrits.  Mais  nous 
devons  fifre  connoîtr<?  en  détail  lecontemi  et  la  disposition  de  ce  volume. 
Dan-»  une  préface  de  cinquante- six  pages,  M,  Freytag,   après  avoir 
rendu  Cv^rpie  des  circonstances  qui  ont  donné  lieu  5  son  séjour  à  Parb, 
et  exprimé  sa  reconnois^ance  envers  les  personnes  qui  ont  encouragé, 
ftvMrjvt'  c  »  dirigé  ses  études  dans  cette  capitale,  fait  connoître  les  motifs 
qui  lorf  porté  a  s  occuper  d'une  manière  toute  particulière  de  Touvrage 
de  Kéinal  eddiii.  Puis  il  traite  en  autant  de  sections,  i.""  du  titre  de  cet 
ouvrage ,  i.°  de  son  contenu ,  }•*  de  la  manière  dont  il  est  écritt  4-*'  des 
sources  auxquelles  Tau  leur  a  puisé,  ^J"  de  1  auteur  lui-même  1  ô.""  de  la 


FÉVRIER   1820,  6^ 

description  matérieHe  du  manuscrit ,  7.**  de  la  foi  due  à  cet  écrivain. 

A  l'occasion  du  titre  de  louvrage,  M.  Freytag  corrige  quelques 
erreurs  de  Tauteur  de  la  Bibliothèque  orientale  :  il  prouve  que  le  titre 
exact  du  livre  est  cjiaj^jb'  ^ja  oJjl  ëU) ,  c'est-à-dire ,  /a  Crème  du  lait 
tirée  de  l'Histoire  d  Alep,  et  nous  apprend  que  Fauteur  l'a  intitulé  ainsîy 
parce  qu'il  l'a  extrait  d'un  plus  grand  ouvrage  de  sa  composition, 
rédigé  par  ordre  alphabétique,  et  qui.étoit  une  sorte  de  dictionnaire 
historique  des  lieux  et  des  hommes  célèbres  appartenant  à  la  ville  d'Alep. 
II  est  bon  d'ajouter,  pour  les  personnes  qui  ne  savent  point  l'arabe ,  qut  le 
nom  mêmedelavilled*Alep,en  celte  langue,  veut  dire //2/>,  et  que  c'est  là 
ce  qui  a  donné  lieu  à  l'espèce  de  calembourg  qu'offre  le  titre  de  ce  livre» 

L'histoire  contenue  dans  ce  volume  commence  à  l'an  1 6  de  l'hégire  et 
finit  à  fan  64  >  :  niais  l'auteur  a  consacré  les  premiers  feuillets  aux 
traditions  qui  ont  cours  parmi  les  habitans  d'AIep  sur  l'origine  de  leur 
ville ,  à  l'exposé  des  noms  qu'elle  a  portés  à  diverses  époques,  enfin  à  l'his- 
toire des  souverains  à  qui  elle  a  appartenu  depuis  les  plus  anciens  temps 
^squ'à  sa  conquête  par  les  Musulmans.  M.  Freytag  a  cru  convenable  de 
donner  dans  sa  préface  un  aperçu  de  tout  l'ouvrage,  et  il  a  indiqué  la 
succession  de  tous  les  princes  qui  ont  possédé  la  souveraineté  d'AIep ,  et 
des  gouverneurs  qui  y  ont  exercé  l'autorité  pendant  toute  la  période  de 
temps  qu'embrasse  cette  histoire. 

C'est  principalement  dans  l'ouvrage  même  de  Kéniaf-eddîn  que 
M.  Freytagapuîsé  les  détails  nombreux  qu'il  donne  sur  cet  écrivain  et  sur 
ses  aïeux.  II  nous  apprend  que  les  ancêtres  de  Kémal-eddin ,  à  commencer 
par  son  quadrisaïeul ,  avoient  rempli  les  fonctions  de  kadhr,  et  quelque- 
fois celles  d'imam  et  de  khatib  ou  orateur  sacré  à  Alep,  pendant  envi- 
ron  cent  soixante  ans.  Son  père  étoit  kadhi  d'AIep  en  j 88  ,  époque  de  la 
naissance  de  Kémal-eddin  :  peur  lui,  le  titre  de  sahib  qu'il  porte  souvent, 
et  les  affaires  politiques  auxquelles  il  fut  employé,  autorisent  à  penser 
qu'il  eut  le  rang  de  vizir  ou  ministre  d'état.  Il  fut  plus  d'une  fois  envoyé 
en  ambassade  ^divers  princes ,  et  en  dernier  lieu  vers  le  sultan  d'Egypte , 
en  l'année  657  ,  pour  lui  demander  des  secours  contre  lesTartares,  dont 
les  armées  menaçoient  la  Syrie  d'une  invasion  générale.  Lorsque  les 
Tartares  furent  devenus  maîtres  d'AIep  et  de  Damas,  ainsi  que  du  reste  de 
la  Syrie,  Holagou  donna,  à  ce  qu'il  paroît,  à  Kémal-eddin  la  place  de 
iadhi  suprême  de  toute  cette  province.  M^is  celui-ci  ,  revenu  dans  sa 
patrie ,  ne  put  voir  sans  une  extrême  affliction  l'état  de  dépopulation 
et  de  ruine  auquel  elle  étoit  réduite  ,  et  il  composa  une  longue  élégie  sur 
ce  sujet  :  il  retourna  ensuite  au  Caire,  et  y  mourut  en  l'année  660. 

Le  manuscrit  de  THistoire  d'AIep  que  possède  la  Bibliothèque  du  Rof , 


70  JOURNAL  DES  SAVANS, 

parott  avoir  été  copîé  sur  un  manuscrit  original  de  Tauteur,  et  pîusîeurs 
notes  marginales  annoncent  qu'il  a  été  colhiionné  avec  cet  original. 

Après  avoir  discuté  tout  ce  qui  concerne  l'histoire  d*AIep  et  son  auteur, 
M.  Freytag  rend  compte  des  soins  qu  il  a  donnés  à  I édition  du  texte,  de 
sa  traduction  latine  et  des  notes  quil  y  a  jointes;  puis  il  offre  de  courtes 
indications  des  manuscrits  dans  lesquels  if  a  puisé  les  détails  historiques  » 
géographiques  et  autres,  qui  font  la  matière  de  ses  noies, 

A  la  préface  succède  ifnmédia tentent  le  texte  arabe ,  qui  occupe 
cinquante-six  pages.  Il  est  imprimé  très-correctement,  et  je  n*y  ai  observé 
que  deux  ou  trois  fautes  typographiques  (i) ,  en  outre  d*un  très -petit 
nombre  qui  sont  corrigées  dans  Verrata. 

La  traduction  latine  vient  ensuite,  et  forme  quarante-trois  pages.  Elfe 
e$t|  en  général,  très-fidèle;  et  nous  n*avons  remarqué  qu'un  très-petit 
nombre  de  passages  où  le  traducteur  ne  nous  ait  pas  paru  avoir  saisi  le 
sens  de  fauteur.  Mais  nous  devons  avouer  que  cette  traduction  nous 
semble  souvent  obscure,  qu'elle  est  péniblement  écrite,  que  parfoîs 
même  les  phrases  ne  sont  pas  complètes  et  laissent  quelque  chose  à 
désirer.  Une  partie  de  ces  défauts  tient  a  ce  que  le  traducteur  a  ordinaire- 
ment fondu  ensemble  dans  sa  traduction  plusieurs  phrases  du  texte 
arabe,  pour  éviter  sans  doute  la  monotonie  qui  eût  été  le  résultat  d'une 
traduction  plus  littérale:  je  nen  citerai  qu*un  exemple»  On  lit,  p.  a8  : 
Abu'Àhgkiirrus  t  copiis  versus  vallem  Buikfian  eductls ,  quum  consûthsti^ 
KartnathJtœ  €&pta,duce  Altnothannvico  rjusserva,  obviûtn  venlunt,  et,  impetu 
fact^,  omîtes  ejus  sachs ,  ipso  quodam  eunucho  alebri  Badro  Kadamita  occis  o, 
cseduntt  ut  Ahu-Alagharrus  cam  ml /le  vtris  m  v/cum  quemdam  Hatebi  fugiens 
peni  eva^eret  f  indc ,  quofilius  eu  m  peditum  et  amicorum  ûgmhie  exierae^ 
urbem  intrnnte.  Dans  cette  phrase,  on  ne  sait  trop  si  servo  est  au  datif, 
comme  régime  de  r/>v/<7/7ï  ventant,  ou  à  Tablatif,  comme  se  rapportant 
\  duce  Almotkawmco  ;  peni  est  une  faute,  il  falloit  dire  vîx;  intrante  n*a 
point  de  sujet,  et  on  ne  sait  à  qui  ce  mut  se  rapporte  ;  qtw  exierat  est 
obscur,  et  devrort  signifier  ou  ît s'étoit  rendu  en  sortitnt  dmla  ville.  N'eût- 
il  pas  mieux  valu  suivre  de  plus  près  le  texte,  et  traduire  :  Eg^essus  est 
igitur  Abu'Alagharrus  ad  vdllcm  Buthnan,  quumque  ibi  constîiissit ,  ipsi 
supervenit  Karmatkitœ  exercitus,  duce  hujus  servo  Almoîkawwiko  :  qui, 
pralio  commisso,  devictis  copiis  Abu^Aldgharri ,  omnes  ipsi  us  socios  occidit, 
nec  non  illustrem  quemdam  eunuchum ,  Badrum  Kadamita  m  dictum.  Abu* 
Atagharrus  t  mille  viris  ipsum  comitiintiLus.evasit ,  ft  in  quemdam  vicum  ex 


{%)  Page  1 5 ,  iig.  9 ,  au  lieu  de  Ajl^t ,  liiez  AUut! ;  page  29,  lig.  j ,  au  lien 


FÉVRIER   1820. 

Haleti  territorio  icse  contu/ît  Cui  âtïnde  quum  JiVms  tjus ,  ntâgnâ  turbâ 
peditum  et  amicorum  sttpatus ,  HaUboobviam  vcntjstt,  in  itrùem  intravit. 

II  ne  sera  pas  inutile  que  je  corrige  ici  quelques  erreurs  que  je  croi^ 
avoir  reconnues  dans  h  traduction. 

L'aufeur  raconte  que  Khakd,  gouverneur  de  Kinnesrîn,  au  retour  d*une. 
expédition  faite  sur  le  territoire  des  Grecs  en  la  17/  année  de  Thégire, 
partagea  le  riche  butin  qu'il  avoit  fait,  entre  les  Musulmans  qui  avoient 
eu  part  à  son  expédition ,  sans  en  excepter  la  portion  qui  devoit  lui 
appartenir  comme  général.  Sa  générosité  connue  attira  ensuite  auprès  de 
lui  des  hommes  qui  venoîent  de  diverses  contrées  solliciter  des  bienfaits: 
parmi  ceux  auxquels  il  en  accorda,  éioît  un  Arabe  illustre,  chef  de:  la  tribu 
de  Kenda,  et  nommé  Asckuih  ben-Kais.  Khaled  fui  donna  une  grati- 
fication de  dix  mille  pièces  d'argent.  Le  khalife  Omar,  à  qui,  dit  jioire 
auteur ,  rien  n'échappoit  de  ce  qui  se  passoii  dans  les  provinces  soumises 
à  son  autorité,  apprit  par  des  lettres  de  l*Irak  le  voyage  d*Aschath,  ei 
par  des  lettres  de  Syrie  la  libéralité  de  Khaled.  li  écrivît  en  conséquence  * 
à  Abou-Obaïda,  général  des  armées  en  Syrie,  de  faire  comparoître 
devant  lui  Khaled,  de  le  dépouiller  des  marques  de  sa  dignité,  et  dç 
Finterroger  pour  savoir  de  lui  si  le  don  qu'il  avoit  fait  à  Aschath 
provenoit  de  son  propre  bien,  ou  du  butin  qu'il  avoit  fait  sur  les  Grecs; 
«car,  ajoutoit'il,  s'il  dit  que  ce  don  provient  du  butin  qui!  a  fait,  il 
»  se  reconnoît  lui-même  coupable  de  mauvaise  foi;  dans  le  cas  contraire, 
»  if  est  convaincu  de  prodigalité  :  dans  lime  comme  dans  lautre  suppo- 
a>  sition,  vous  le  destituerez,  et  vous  joindrez  son  gouvernement  à  celui 
a>  que  vous  avez  déjà.  >>  Toute  la  force  de  cet  argument  consiste  dans  le 
lait  énoncé  précédemment;  savoir,  que  Khaled,  en  partageant  le  butin 
entre  les  Musulmans  qui  avoient  combattu  sous  ses  drapeaux,  ne  s*étoit 
rien  réservé,  et  avoit  compris  dans  la  masse  à  distribuer  la  portion  même 
à  laquelle  il  avoit  droit.  En  effet,  s'il  affirmoît  que  les  dix  mille  pièces 
d'argent  données  à  Aschath  provenoient  du  butin ,  il  s'avouoit  tacite- 
ment coupable  d'avoir  soustrait  une  portion  des  dépouilles  de  l'ennemi. 
Or  on  ne  trouve  point  fénonciaifon  du  fait  dont  il  s'agit  dans  la  tra- 
duction de  M.  Freyiag  :  ChalcJus .  .  .  €um  Jhjado^  anno  77,,  .  .  expc- 
ditîonem  contra  Ùrœioj  suscepit,  et  siilyuî ,  prœdâ  anus  tus  reduffs,  nam 
magnâ  uterque  prœdâ  potitus  est ,  quum  în  yu!gus,  qunntis  m  ïUa  expedU 
twne  ûpîbus  potiîi  isscnt,  emanasset ,  prœdam  suant  dis  tri  huit,  &c.  H  falloit 
traduire  :  Anno  ij  in  ttrrûS  Gracôrum  in^fssus  ut  KhaUdus cum  Ihjado  •  •  • 
H  mûi^iiis  Qp*hu^  pMill  ^un\  Rinrsus  est  itaqur  Khaledus ^  incotumis  ei 
prœdâ  ouus tus  ;  miUtdusquc  /at^/tus  ejf  id  quod  in  hic  n:stivd  expedhlone 
prœdati   étant,  simulque  cum   his  ùpibus  distribua  Ulud  quod  sibi   ips! 


7%  JOURNAL  DES  SAVANS, 

acqunUrnt,  L'erreur  vient,  i."  de  ce  que  M.  Freytag  a  prononcé  ^ 
balûga ,  au  lieu  de  ^^  /fa//aga  ;  2."  de  ce  qui[  n\i  pas  fait  atttntronque 
le  verbe  t^Ul,  étant  au  pluriel/ a  pt7ur  sujet  ^^Ul  Varméi,  et  non  les, 
gcncrauK  Khafed  et  Ijadh  ,  auquel  cas  il  devroii  être  au  duel;  3.'*  de  ce 
qu'if  a  cru  que  le  pronom  dans  l^  se  rapportoit  à  aajLJI  Vcxpidiùon 
de  fété^  tandis  qu*il  se  rapporte  logiquement  k  tjjUt  Ut  qui  est  ici 
Téquivalent  de  Jl^l  ou  /Uê  ,  et  qu'il  veut  dire  parmi  ce  butin,  au 
nombre  de  ces  dépùuil/es.  Je  ne  doute  point  que  M*  Freytag  ne  reconnoisse 
lui-même  la  justesse  de  ces  observations* 

Je  remarque,  p,  6  de  la  traduction,  un  autre  passage  assez  important 
pour  Thisioire,  dont  le  sens  est  altéré  dans  la  version  latine  de  M.  Frey- 
lag,  non  par  un  contre-sens  fortnel,  mais  parle  défaut  de  liaison  dans  les 
idées,  liaison  qui  néantnoins  est  très-sensible  dans  loriginal.  Je  me 
contenterai  de  présenter  ce  passage  traduit  comme  ildoiirètre;  le  lec- 
teur, en  comparant  jna  traduction  avec  celle  de  M-  Freytag^  sentira  le 
défaut  que  je  reproche  à  celle-tî.  Voici  ce  que  dit  Kémal-eddin. 

€«Moawia  détacha  Kinnesrin  du  gouvernement  dTmesse,  et  Téleva 
I»  au  rang  de  chef-lieu  d'un  gouvernenient.  D'autres  attrib^ient  cette 
i>  déposition  au  Ithalife  Yézid  fils  de  Moawia  :  depuis  cette  époque  ,  on 
n  ne  parla  plus  que  du  gouvernement  de  Kiiinesrin.  Quant  à  la  vîHe 
I»  d*Alep  ,ç|(eétoit  immédiatement  sous  lautoritédes  khalifes  Omtniades, 
»  parce  qu*ils  y  faisoient  leur  résidence,  et  que  les  gouverneurs  de  cette 
M  ville,  du  temps  de  ces  khalifes,  n'étoient  guère  que  les  chefs  de  h 
»  garde  impériale^  et  navoient  entre  les  mains,  n\  radministraiion  su- 
*»  périeure  des  affaires,  ni  le  cotnmandement  des  expéditions  militaires.» 
L*auteur  veut  dire  qu'antérieurement  à  Moawia,  les  khalifes  detneurant 
l  Médine,  Alep  étoit  le  chef-lieu  du  gouveroenienl  de  la  Syrie,  quon 
nommoit  le  gouvernement  d'Afep;  mais  que  sous  les  Omtnîades,  le  gou- 
Terjieur  d'Alep  étant  sans  aucune  autorité  réelle,  le  gouvernetnent  de  la 
Syrie  étoit  désigné  sous  le  nom  de  gouvernement  de  Kînnesrin. 

Pour  le  dire  en  passant,  on  trouve  dans  Touvrage  de  Kémal-eddîn 
plusieurs  observations  de  ce  genre,  qui  annoncent  un  historien  exact  et 
réfléchi.  Cest  ainii  qu'à  Foccasion  d'une  entrevue  du  khalife  Mottaki 
avec  Ikhschid  ou  Akhschid,  gouverneur  d'Egypte  (p.  jB  de  la  tra* 
ductiofi  ) ,  il  nous  apprend  que  les  khalifes  n  appeloîent  jamais  les 
personnes  auxquelles  ils  adressoient  la  parole,  par  leur  surnom  »j.^ 
(cVst-à-dire,  le  surnotn  pris  du  nom  du  fils  aîné,  comme  Abou-Bccr, 
AbouYdkoub  ),  Nous  pouvons  aussi  conclure  d*une  autre  aventure  qu'iï 
raconte  (  p.  z6  de  la  traduction  ) ,  quei  pouraïuioncer  au  prince  k  mort 


FÉVRIER   l8zo.  71 

!^fuelqu*im ,  on  se  servoit  de  cette  formule  ^J<^J^JfJ^]  #j>l  m\  Jas.\  qui 
Uteu  rlcomptnse  mngmjiqutment  le  prince  des  Jideles.  C*est  ainsi  qu*à 
Maroc,  lorsqu^on  parleàrempereur,  au  lieu  de  dire  qu'une  personne  est 
malade  ou  est  décédéç ,  on  dît  dans  le  premier  cas ,  N,  ne  se  plaint  pas  dt 
monseigneur  ;  et  dans  le  second  ,  N*  a  emporté  le  mal  de  monseigneur. 

Je  reviens  à  la  traduction  de  M.  Freytag,  sur  laquelle  je  ne  ferai  plus 
qu'une  seule  observation. 

Uauleur  raconte  (p.  18  de  Id  traduction  )  qu*en  Tannée  290,  vers  fa 
fin  du  jeûne  de  ramadhan,  les  Karmaihes  assiégeant  Alep,  les  habitans 
firent,  malgré  les  chefs  de  la  garnison,  une  sortie  vigoureuse,  qui  eut 
un  succès  complet.  Abou'Iagharr,  quicommandoîr  dans  fa  place ,  voyant 
les  habitans  aux  prises  avec  les  assiégeans,  fit  sortir  la  garnison,  et 
contribua  ainsi  à  la  victoire.  Après  ce  succès,  le  jour  de  la  fin  du  jeûne, 
les  habitans  d* Alep  sortirent  de  la  ville  pour  faire  la  prière  et  accomplir 
les  rites  de  la  fête  dans  la  proseuque  ou  J!.a>*,|jeu  découvert,  et  qui 
est  communément  hors  de  la  vîlfe.  <c  Pendant  ce  temps- là,  ajoute 
-m  rhîstorien,  Abou'Iagharr  observa  d'un  lieu  élevé  les  Karmathes  (  dans 
»  la  crainte  d'une  surprise  de  leur  part  ) ,  mais  aucun  d  eux  ne  s'avança 
1*  contre  lui,  »  Le  texte  porte  :  rj-^  ^  LJkj^\jJJ\  J^  ^Vl  ^1  <j|^lj 
-uît  0^1  aâ^,  m.  Freytag,  qui  n'a  pas  saisi  le  sens  du  mot  ^Jja]  ex  alto 

prospicere ,  a  traduit  :  Ipse  autem  tantopen  super  Karmathitas  emineùat^ 
ut  nemo  contra  eum  ptôfieiscî  auderet. 

Ce  sont  là  à  peu  près  les  seules  critiques  de  quelque  importance  dont 
la  traduction  de  JVL  Freytag  nous  ait  paru  susceptible^ 

Les  notes, qui  occupent  cent  dix-sept  pages  en  petit  caractère  (depuis 
la  p*44  jusqu'à  fa  p.  160  ) ,  peuvent  être  considérées  comme  la  partie 
la  plus  iii^portante  de  l'ouvrage,  et  celle  qui  fait  le  mieux  connoître  le 
talent  ou  rérudition  de  lediieur.  Extraits  relatifs  à  fhistoire et  k  la  géo-* 
graphie  ,  notices  biographiques ,  observations  philologiques,  remarques 
sur  le  mètre  des  vers  cités  et  la  prosodie,  citations  de  toute  espèce^ 
pièces  de  poésie  de  différens  auteurs:  tels  sont  les  objets  qui  remplissent 
ces  notes,  dont  il  ne  nous  est  pas  possible  de  parler  en  détaiL  Le  mérite 
de  ces  notes  sera  sur- tout  apprécié  par  ceux  qui  n'ont  pas  accès  aux 
grandes  collections  de  manuscrits,  et  nous  ne  saurions  trop  leur  en 
recommander  la  lecture. 

C'est  précisément  à  raison  de  leur  importance  que  nous  croyons 
devoir  proposer  ici  quelques  corrections  en  petit  nombre  dont  elles  nous 
ont  paru  avoir  besoin. 

Nous  avons  déjà  eu  occasion  de  parler  dans  ce  journal  de  rîmportance 


?i  JOURNAL  DES  SAVANS, 

âe  la  prosodie,  et  du  secours  quVife  peut  offrir  à  la  critique.  M-.  Frey- 
l-ag  a  donc  donné  un  exemple  utile  ,  en  indiquant  avec  soin  la  mesure 
de  fous  les  vers  cirés,  soit  dans  le  texte,  soit  dans  les  notes  de  ce  volume* 
Aiais  il  s'est  glissé  dans  les  obsen^ations  de  Téditeur  quelques  erreurs, 
et  dans  les  vers  imprimés  quelques  fautes,  qui  j  ourroienl  sembler  meître 
en  défaut  les  règles  de  la  prosodie,  et  que,  par  cette  raison,  it  est  nécessaire 
de  corriger.  Ainsi  c'est  à  tort  que,  dans  la  note  199,  M.  Freyr*ng  a 
supposé  que  le  pied  ^JLuu-^  étoit  changé  en  ^Jy^  *  Cette  sub&u- 
turian  h*a  pas  lieu  ;  il  faut  seulement  prononcer  II ,  au  lieu  de  ti ,  ei 
on  aura  le  pied  j-Uf^  dans  les  mots  j  ci  L»  * 

Dnns  la  nore  2  1  1  ,  p.  1  5  1 ,  au  dixième  Vf  rs  de  h  j^ece  r*ip{>nrtée  de 
Moténaljbii  il  faut  lire  os  au  lieu  de  i>ij,  qui  est  incompani>le  avec  la 
mesure;  ei  cest  ainsi  qiif  porie  un  manuscrit  de  Moténabbi  que  j';^i 
sous  les  yeux. 

Dans  un  autre  poème  du  même  auteur,  rapporté  dans  la  note  2^16, 
if  faut,  page  îJ^i  ,  ligna  1 1 ,  lire  avec  le*  manuscrits  i^jjS^X^j  au  lieu 
de  0^1*. 

Page  1  H  »  dans  un  poème  de  Bohtari,  il  est  impossible  de  scander 
le  second  hémistiche  du  troisième  vers,  si  on  ne  lit  J^iaII  ^I^  ^ii< 
lieu  de  ^JUlf  •  ♦ 

Une  correction  plus  tmporrante  est  celle  qu'exigent  les  vers  relatifs 
au  mariage  du  khalife  Motadhed  avcc  la  fille  de  Khomarôuya  ou  Kho- 
marowiya,  rapportés  noie  66, p.  106. 

Elfe  a  pour  obîet  le  troisième  des  vers  que  M.  Freytag  rapporte 
d'après  Alasoudi.  Voici  comment  on  le  lit  dans  rîmprinié  : 

Mjfi^^À^  *)Li  U>j^j  V)  *-^  l^  jJbU  ts^À^  i^^filf 

M,  Freytag  traduit  ainsi  :  Tlti  adtst  mulûtudo ,  quœ  in  ta  pulchriturllntm , 
fil  ijus  animcy  pulcherrimas  hgenii  doits,  in  e)us  mttnibus  hbn^litattm 
fognûfçUfCeitt  traduction  prouve,  1  .**  que  M.  Freytag  a  prononcé  *l>j-^  ; 
a.*  qu'il  a  pris  fjlU  pour  synonyme  de  »^ ,  et  Ta  projîoncé  ^iU  ; 
3**  enfin  qu'ils  prononcé  l^  ^^'  Or  la  mesure  de  ces  vers,  qui  est 
composée  du  pied  ^^liu*  répété  six  fuis,  est  contraire  à  toutes  ces 
suppositions;  elle  exige  qu'on  prononce  tjil<  ^j^*  et  elle  exclut 
fout-à'fait  les  mois  L^  j^U ,  au  lieu  desquels  il  faui  certainement  lire 
l^^j^G.  Ce  vers  dors  a  pour  sujet  la  princesse^ et  signifie  :  Pûssidii 


(i)  L'imprime  porte  X^Asi^niais  c*C5i  évîdrmrncnt  une  fiuic  typographi<itte- 


FÉVRIER    1820,  7î 

M  ptenitudirte  ùcutorum  suorum  venus tatem ,  in  mente  sua  ingenii  prier ran^ 
tiam  ,  in  mûnibus  suis  Hberaliiûtem.  Je  regarde  1$^  comme  fe 
féminin  de  0^  plenus ^  et  (Vinploi  du  féminin  est  jusitfié  ici  par  1c 
sens  du  mot  ^Ui  qui  tient  la  pl.ice  du  mot  .^r^ai/ ,  lequel  est  féminin. 

Dans  la  note  106,  p*  66»  M,  Freytogesten.ore  tomi>édans  quelques 
erreurs  en  fait  de  prosodie,  en  supposant,  1.°  que  ^V^  pouvoit 
rimer  avec  âtjLi;  2/  que  le  pronom  affixe  t  fonnoit  toujours  une 
syllabe  longue.  Dans  le  vrai,  il  ny  a  point  de  rime  entre  le  premier  mot . 
qui  doit  être  prononcé  ^iypjetiLJbî  et,  quant  à  Taffixe  i,  îl  fortne 
une  sjflahe  douteuse,  que  fes  poètes  font  longue  ou  brève  à  volonté. 

Outre  ces  remarques,  relatives  à  la  prosodie,  nous  en  ferons  quelques 
autres  qui  ont  pour  objet  la  traduction  de  certains  textes  doilt  te  sens  ne 
nous  sembîe  pas  avoir  été  bien  rendu. 

Dans  la  note  1  8  j ,  qui  coniîem  des  détails  historiques  ?rès*précîeuXp 
on  trouve,  en  arabe  et  en  laiîn,  une  lettre  écrite  par  le  chef  des  Kar- 
mathes  à  fim  de  ses  fieutenniis,  O11  lit  dans  cette  lettre  :  jJUi  ^t  UjIj^ 
Ujlt>£.|  ^^  mI  f*^^  O^  ^y^o^  iJ\j>^  L#  ;j^l,  ce  qui  signifie:  Visum  est 
tiobis  mi  itère  ad  extra  tus  rostros  qui  itlic  suri,  virum  cujiis  ope  Deus 
yindictam  sumtutus  est  de  hosiibus  nostris;  et  non,  comme  a  traduit 
M.  Freytag  ,  Visum  est  nobis  miaere  ad  copias  quœ  in  hnc  reglone  sunt^per 
quas  Deus  ab  intmicis  nostris ,  ,  .  pœnam  expetie. 

Cette  même  lettre  se  termine  arnsî  dans  la  traduction  ^  Quim  citiùs  dé 
rtgfone  tua,  et  de  rebvs  quce  ihi  gcruntur,  nuncium  no  bis  ^itt^  i  ne  no  bis  time 
aUquiJ  ab  ejus  re,  taus  tibi ,  0  DeuXp  sit!  in  eorum  beneJictiane  est  salus ; 
liltimum ,  quod prœtendunt ,  est  laus  D<o,  domino  mundorum  ;  ce  qui  ne 
présente  pas  un  sens  fort  clair»  Mais  aVhord,  au  lieu  de  ne  nobis  time 
ûHqxiid  ab  ejusri/\\  feUoit  traduire  «0//  ctUre  nobis  quîdquam  de  rtbus 
ad  eam  (regiontm  )  p^rtinentibus ,  M>  Frtytag  a  prononcé  c>^  timeas 
lorsqu'il  falloit  prononcer  kJ^  celés;  en  second  lieu,  il  n'a  pas  compris 
fe  sens  de  fa  formule  m  o^  [^  ^^y y%.\j  m^  L^  ^-^j  A"'  ^j'^^ 
(j^iUf  cjj  f^^ii^  Deo  &c  faute  rf'avmr  reconnu  que  c^est  ici  une 
citation  de  l'A!coran  (  surate  to,  v*  10  et  it),  où  I  auteur  de  ce  livre, 
parlant  des  heureux  habitans  du  paradis,  di::  ce  Leur  prière,  dans  ces 
»  lieux  de  délices,  sera  de  dire  :  LJouarrges  vous  soient  rendues,  ô  Dieu! 
»Ils  se  salueront  lés  uns  les  autres  en  se  souhaitant  la  paix,  et  ils 
«termineront  leurs  prières  en  disant  :  Actions  de  grâces  à  Dieu,  le 
»  maître  des  mondes  !  » 

Parmi  un  petit  nombre  ^observations  critique*:  que  je  pourrois  faire» 


7<î  ""^  JOURNAL  DES  SAVANS, 

fen  choisirai  encore  deux,  parce  qu^elIes  n*exigent  aucun  dévelop- 
pement. 

M,  Freytag,  dans  fa  note  i  J7,  p-  103  ,  rapporte  un  passage  d'un 
géognphe  arabe, au  su|etd'un  lieu  nommé  Thamyyal alokab  <_>UjJt  iLuï*; 
mais  il  me  paroît  n'en  avoir  pas  saisi  le  sens.  L'écrivain  arabe  dit  que  ce 
lieu  a  pris  le  nom  ^Okab ,  parce  que  Khaled,  lorsqu'il  vint  de  Tlrak, 
conduisant  des  troupes  en  Syrie,  monta  sur  cette  coHine^  et  y  pfanta 
un  drapeau  quil  avoil  reçu  de  Mahomet  et  qui  porioit  le  nom  ^Okab , 
c'est-à-dire,  aigle;  «  d'autres»  ajoule-t-il ,  prétendent  que  le  nojn  àiOkab 
»  est  commun  à  tous  les  drapeaux.  »>  On  n*aperçoit  pas  dans  la  traducdon 
de  M.  Freytag,  que  le  drapeau  donné  par  Mahomet  à  Khaled  étoit 
nommé  Okak 

Ailleurs  (  nott  ijo,  p*  ijo  )  ^  il  est  question  d'un  lieu  nommé  Alla'- 
djoun  o^î.  Le  géographe  araW  dit  que  dans  le  milieu  de  cette  ville 
est  une  colline,  sur  laquelle  il  y  a  une  chapelle  qui  porte  le  nom  €  Abra- 
ham :  au  pied  de  cette  colline  est  une  fontaine.  On  dit  que,  lorsqu'A- 
braham  vint  en  ce  lieu,  les  habitans  s'étant  plaints  à  lui  qu'ils  manquoient 
d'eau ,  il  frappa  le  rocher  de  son  bâton  et  en  fit  sortir  cette  source. 
L'auteur  arabe  ajoute  :  #L-^f  cifju  ^^  A-JUjL^j  j^b-*-^  ^0^  tj-a*3U 
e'est-à-dire,  «  par  îà  ils  se  trouvèrent  hors  de  peine  :  leurs  bourgs  et  leurs 
»  villages  sont  abreuvés  de  cette  eau.»»  M.  Freytag  a  traduit,  Ob  àanc 
iûusam  pauperes  hcofûrum  in  melionm  s  fatum  redacti  sunt,  a  pagî  forum 
hâc  aqua  fruuntur ,  parce  qu'il  a  confondu  f\jJ^  avec  /j^J^ . 

lie  poème  de  Moténabbi,  qu'on  lît  p,  i4i  ,  et  celui  de  Bohtarî,  qui  se 
trouve  p.  I  5  J  »  pourroient  fournir  matière  à  quelques  légères  critiques; 
mais  elles  exigeroient  trop  de  détails,  et  sont  de  trop  pjeu  d'importance* 
Notre  intention,  au  surplus,  en  signalant  quelques  méprises  que  nous 
avons  observées  dans  fouvrage  de  M.  Freytag,  n'est  en  aucune  manière 
de  porter  la  plus  légère  atteinte  au  mérite  de  son  travail.  Les  homme:»  les 
plus  habiles  ne  sauroient  se  garantir  d  erreurs  dans  un  travail  de  longue 
haleine,  et  les  plus  célèbres  orientalistes,  tels  que  Pococke,  Schuheas, 
Reiske,  n'ont  pu  éviter  de  payer  ce  iribui  k  rhumanité.  De  pareilles 
taches  ne  sont  rien  dans  un  ouvrage  où  Ton  reconnoît  par- tout  un 
savant  profondément  instruit  dans  la  langue  de  son  original ,  iïiflitigable 
dans  les  recherches  d'érudition,  et  capable  de  faire  un  bon  usage  des 
trésors  qu'il  a  déjà  amassés ,  et  de  ceux  dont  la  >uite  de  ses  études  le 
mettra  encore  en  possession.  Aussi,  dusséje  être  accusé  dune^urte  <Je 
présomption»  j'oserai  dh^  que  je  m'honore  très-partfculiérenunt  d'avoir 
compié  pendant  quaue  ans  au  nombre  de  mt%  auditeur»  le  savant  qui 


FEVRIER  1820.  7y 

z  pu  débuter  dans  la  carrière  de  la  littérature  et  de  rérudhîon  orientale 
par  un  travail  aussi  recommandable  sous  tous  les  points  de  vue. 

SILVESTRE  DE  SACY, 


MÊMOIBE  sur  les  ouvrages  de  sculpture  éjui  ûppartenoient  au 
Parthénon  et  à  ^ueh^ues  autres  édifices  de  Vacropole  à  Athènes; 
par  M.  Visconti,  A  Londres ,  1 8  1 6  ;  à  Paris,  chez  Dufart  ^ 
quai  Voltaire,  18 18. 

UENtèvEMENT  fait  à  la  Grèce,  à  Athènes  sur-tout,  et  au  Parthé- 
non, d'un  fort  grand  nombre  d'ouvrages  de  sculpture,  et  leur  importa* 
tion  à  Londres,  sont  un  événement  du  plus  haut  iotéréti  autant  pour 
Tétude  que  pour  Fhistoîre  des  arts*  Ce  qui  rend  cette  collection  plui 
particulièrement  précieuse,  cest  [e  mérite  réel  des  ouvrages,  et  le  mé* 
rite  pour  ainsi  dire  unique  qu'ils  ont  d'avoir  une  date  incontestable,  et 
d'avoir  pour  date  la  plus  grande  époque  des  arts* 

Une  multitude  de  considérations  avoir  depuis  bien  long-temps  fixé  l'at- 
tention des  amis  de  Fart  et  de  rantiquité  sur  ces  restes  précieux  du  génie 
de  l'ancienne  Grèce,  et  tous  dépbroient  la  fatalité  qui  condarrînoit  ces, 
ouvrages  à  disparoftre  de  jour  en  jour,  et  à  périr  loin  du  centre  actuel 
des  arts,  par  Tincurie  des  habitans  et  par  le  zèle  même  des  étrangers, 

II  n'y  avoit  pas  en  effet  de  voyageur  qui  ae  se  fit  un  devoir  d'im- 
porter, comme  une  relique  précieuse,  quelque  fragment  des  sculptures 
du  Parthénon;  de  sorte  que  I*estîme  et  1  admiration  des  curieux  étoient 
devenues  une  cause  de  destruction  à  ajouter  à  toutes  celles  qui,  d'année 
en  année»  menaçoîent  ces  monumens  dune  ruîjie  irréparable,  que  déjà 
Chandier  avoit  prédite  comme  très- prochai  ne*  Ils  ne  pouvoient  en  être 
préservés  que  par  une  puissance  extraordinaire  et  hors  de  mesure  avec 
les  moyens  bornés  des  simples  voyageurs. 

Mylord  Efgin  s'est  dévoué  à  cette  entreprise ,  et  il  a  fait  enfin 
connoître  il  l'Europe  savante  la  beauté  singulière  des  sculptures  du 
Parthénon;  beauté  dont  les  voyageurs  eux-mêmes,  qui  ne  (es  avoient 
observées  que  fugitivement  et  de  loin ,  ne  nous  avoient  jamais  donné  la 
moindre  idée. 

Cependant,  quand  tous  ces  morceaux,  plus  ou  moins  mutilés,  arri- 
vèrent à  Londres  et  y  furent  provisoirement  exposés,  dans  un  état  de 
déiordre,  b  la  vérité,  peu  propre  à  leur  concilier  fadmiralion  du  grand 
nombre ,  leur  valeur  ne  fut  appréciée  que  par  quelques  artistes  et  par  le 


7S  JOURNAL    DES    SAVANS, 

petit  nombre  de  ceux  à  qui  de  sérieuses  études  et  des  pamllèles  mufti- 
plies  avoit^m  a|>pri.%  â  connoître  *en  quoi  consiste  le  mérfie  intrinsèque 
des  œuvres  de  i  imitation*  Lord  Elgin  rencontra  beaucoup  de  froideur 
et  d*tndïflerence  pour  des  objets  qui  (uî  avoient  coûté  tant  de  dépenses» 
de  soins  et  de  travaux.  II  vouloit  les  céder  à  son  gouvernement  et  être 
indemnité  au  moins  de>  frais  qu1I  avoil  faits;  mais  il  trouvoit  par-tout 
des  hoiiunes  qui  ne  conctvoient  pas  qu'on  pût  payer  si  cher  des  frng- 
mtn^  de  statues ,  des  marbres  rong'^s  par  le  temps,  des  figures  mutfléeSt 
auxquelles  il  éluit  même  difficile  de  redonner  un  nom. 

Un  concours  heureux  de  circonstances  fit  alors  arriver  en  Angleterre 
deux  hommes,  dont  le  goût  et  le  sanir  ne  pouvoient  qu'exercer  la  plus 
grande  influence  sur  Topinion  que  le  public  ei  le  gouvernement  devaient 
se  former  de  la  collection  de  lord  Elgin.  L*un  étuit  le  célèbre  sculpteur 
Canova;  laurre,  le  non  moins  ctleure  antiquaire  Vi!>coriti.  Ces  deux 
hommes  avoitjit,  sur  la  plu|tart  des  juges,  I avantage  de  connoîïre  à 
fond  et  d*aToir  étudié,  chticun  dans  leur  genre,  les  points  de  compa- 
raison qui  pouvi^ient  fixer  le  mérite  absolu  ou  relatif  des  ouvrages  dont 
ia  valeur  éioit  mise  en  que^^tion. 

Le  jugement  de  Canova  fut  exprimé  en  peu  de  lignes  dans  une  lettre 
écrite  k  myinrd  comte  d'EIgin,  et  qui  fut  alcrs  rendue  publique.  L'ar- 
liste  y  professe  une  haute  admiration  pour  ces  restes  d*anîiquiié|  où  il 
trouve  une  réunion  pnrfkite  de  la  vérité  et  de  la  beauté  des  formes;  i( 
regarde  comme  un  des  événemens  heureux  de  sa  vté  d'avoir  été  conduit 
^  Londres,  n  eût-ce  été  que  pour  contempler  ces  chefs-d'œuvre;  et  il 
fait  5  tant  en  son  nom  qu'au  nom  de  tous  les  artistes  et  amateurs,  de 
sincères  remercîmens  h  mylord  comte  d'EIgin  ,  pour  avoir  transporté 
au  sein  de  fEurojje  civilisée  ces  merveilleuses  sculptures.  Qucste  memo^ 
rabili  t  stupcnde  scufture. 

M,  Vîscontî  a  cru* devoir  placer  cette  lettre,  comme  le  meilleur  de 
tous  les  discours  prctîminaires,  en  léte  de  son  ouvrage  (i  > 

Le  savant  an/iquaire  entre  ensuite  en  matière  par  quelques  obser- 
vations générales,  qu'on  regrette  de  trouver  trop  peu  éfend\Ks»  sur 
ce  quoffrent  de  particulier  pour  Tetude  et  Thistoire  de  Tari  ataique,. 
des  monumens  pre>que  seuls  de  leur  genre  entre  tous  ceux  qui  nous 
sont  p,jrvenus,  c'est  i-dtre,  portant  avec  eux  non  seulement  le  carac- 
tère d'ouvrages  originaux ,  maïs  la  preuve  matérielle  de  leur  origrna- 
lîlé;  il  ne  balance  pas  à  croire  que  les  sculptures  du  Pirthénon,  exé- 
cutées sous  la  diicctjon  gcnéiale  de  Phidias,  ojH  dû  en  parue,  soit 


(i)  Cette  lettre  te  trouve  dans Tcdition  de  Londrei, 


FÉVRIER  j8io, 

leur  composition,  soit  leur  exécution,  zu  ciseau  de  ce  grand  statuaire y*^ 
qui,  bien  que  plus  célèbre  dans  l'antiquité   par  ses  producîions   de- 
toreutique  et  dt  sculpture  en  of  et  ivoire,  ne  laissa  pas  de  travailler- 
aussi  (e  marbre,  comme  Je  prouvent  plusieurs  passages  des  écrivains.:] 
Selon  M.  Visconti,  ces    sculptures   suffisent   pour  démontrer,  contre' 
1  opinion  de    Winckelmann,    que  ce    qui  constitue  la    perfection  deij 
l'art,  navoit  pas  attendu  l'époque  de  Praxitèle  ;  que  si  la  sculpture  dut 
quelque  nouvel  agrément  au   ciseau  de  ce  dernier,  le  génie  du  siècle 
de  Périciès  avoit  touché  les  bornes  de  Tarr. 

Après  ces  courtes  observations,  M.  Visconti  passe  h  Fexamen  deil 
restes  de  sculptures  qui  ornoient  les  tympans  des  deux  ilontons  du 
Parthénon ,  et  il  e>^aie  de  leur  rendre  la  place  qu'elles  y  occupoient,  et  de 
parcourir  leurs  particularités  dan>  leurs  rapports,  soit  avec  Tbistoireda' 
J  art,  soit  avec  1  érudition  et  la  philologie. 

La  première  remarque  du  savant  critique  sur  ces  sculptures  est  relative»* 
à  la  pratique  reconniie  depuis  peu  poir  avoir  cié  habituelle  chez  les 
anciens;  savoir,  de  placer  dans  les  tympanb  de  leurs  friintons  des  iigiires-; 
de  plein  relief,  au  lieu  de  les  faire  de  Las-relief,  selon  l'us;ige  moderne,. 
De  pareils  ouvrages  dés-Iors  dévoient  être  sculptés  dans  Tutelier,  et- 
non  en  pince;  ce  qui  explique  déjà  comment  ils  ont  pu  recevoir  luie  [ 
perfection  d  exécution  que  leur  emplacement  ne  seinl4oit  puinr  exigernl 

Une  autre  particularité  remarquable  dans  ces  ouvrages  (dit  M,  Vis^i 
conii),  et  cefle-ci  est  commune  aux  lias-reliefs  des  métopes  et  mèmo'J 
à  ctux  de  la  frise  extérieuie  de  la  cclitJ ,  c  est  qu'un  grand  noïnf>re  d'ac-^  1 
cessoires,  armes , boucles^  agrafes,  ustensiles,  ornemens  de  coifliire, âtc.»J 
éloieni  de  bronze,  et  sans  doute  dorés,  quoique  le*  figures  soient  des 
marbre  blanc.  Beaucoup  de  trous  et  de  sillon^  pratiqués  daii>  les  en-< 
droits  qui  dévoient  répondre  à  la  place  de  ces  accessoires ,  en  conservent 
des  traces  et  même  quelques  restes,  M.  Visconti  rappelle  à  ce  sujet,  en'l 
1  appuyant  de  son  honoralife  suffrage,  la  partie  d^^  notre  travail  du  Ju'-I 
piter  Olyuîpien  qui  traite  de  la  scufjnure  putychrome,  et  oii  nous  avions 
établi,  jjar  une  mul'itude  de  faits  et  d  autorités,  fhahitude  quVurem  lei^J 
anciens,  et  les  Grecs  sur-tout,  dnns  les  plus  Idéaux  temps  et  dans  les' 
plus  beaux  ouvrages  des  art>,  d'«.mer  leur  scutpture  par  un  mélange 
bien  ordonné  de  matières  et  de  co-  leurs  diverses. 

On  ncius  pardonnera  de  reproduire  encore  ici  Papprohaiian  que  rilListre 
antiquriirea  birn  voulu  donner  à  diu*<  autres  de  nos  opinions  con^ign^es 
dans  un  mémoire  lu  h  Tacademie,  çn  i  ^»  i  2  .  sur  lentrée  principale  du  Par* 
thénon,etsur  e  véritable  sujet  du  frunt<»n.  qu*on  avoit  pris  usqaaiors 
pour  èire  Cc  ui  de  la  naissance  de  Minerve,  M.  Visconti  h  confirmé  cette 


8o 


JOURNAL  DES  SAVANS, 


loulile  opinion,  Vttruve  semLIe  contredire  celle  de  Fentrée  du  temple 
làii  coté  de  loriem,  en  prescrivant,  dans  son  chapitre  de  la  construction 
ies  temples,  que  h  statue  du  dieu  regarde  le  couchant ,  et  que  fado- 
iteur  regîirde  au  contraire  le  levant:  mais  le  savant  antiquaire  fiit  ré- 
fiulter  de  beaucoup  dauioriiés  la  preuve  que  le  précepte  de  Vitruve  étoit 
I applicable  aux  rites  des  Mégariens  et  des  nations  doriques,  auxquelles 
[les  Romains  senibloient  appartenir;  que  par  conséquent  les  Aihénrens 
rdevoient  être  d^autant  pfus  jaloux  de  suivre  Fusage  contraire,  qu'if  tenoit 
leur  ancienne  origine,  et  (es  distinguoit  des  autres  nations  de  la 
îrèce ,  principalement  des  peuples  d'origine  dorique ,  tels  que  les  Mé- 
^gnrîens  et  les  Lacédémoniens ,  contre  lesquels  Aihènes  étoit  le  plus 
souvent  en  guerre- 

Quant  à  la  seconde  opinion,  savoir,  que  le  sujet  du  fronton  occi- 
dental reprcsentoit,  non  la  naissance  de  Minerve,  mais  sa  dispute  avec 
Neptune,  les  fragmens  de  ce  fronton,  comparés  avec  le  dessin  de 
sa  composition  [donné  dans  son  enrier  par  M.  de  Nointel ,  ont 
convaincu  M,  Visconti  qu'il  ne  pouvoit  plus  y  avoir  un  doute  sur  la 
restitution  que  nous  en  avions  faite.  Une  nouvelle  preuve  est  résultée 
du  fragment  très-reconnoissable  de  Minerve  elle-même,  fragment  dont 
la  proportion  n*a  pu  appartenir  qu*à  une  figure  de  onze  à  douze  pieds, 
par  conséquent  placée  dans  le  milieu  ou  la  partie  la  plus  haute  du  fron- 
ton. Ce  fragment  de  torse  porte  une  égide  échancrée ,  qui  se  retrouve 
de  la  même  sorte  sur  la  figure  sans  tête  placée  au  milieu  du  fronton 
occidental  dans  le  dessin  de  Nointel,  et  que  tous  les  voyageurs,  en  y 
comprenant  Nointel,  prévenus  de  1  opinion  que  de  ce  coté  devoit  être 
!a  naissance  de  Minerve  ,  avoierrt  prise  pour  une  Victoire  :  leur  té- 
moignage nous  avoit  nous-mêmes  induits  en  erreur.  On  a  trouvé  aussi, 
siur  la  base  du  même  fronton ,  la  moitié  du  visage  de  la  déesse  :  ce  mor- 
ceau ne  peut  également  avoir  fait  partie  d aucune  autre  figure;  sa  di- 
mension le  prouve.  Que  c'ait  été  une  tête  de  Minerve,  on  est  forcé 
de  le  reconnoître  aux  yeux  creusés  pour  recevoir  des  globes  d'une  ma- 
tière plus  précieuse,  ainsi  que  Phidias  Favoit  encore  pratiqué  dajis  le 
colosse  d'or  et  d'ivoire  du  Parthénon*  Ce  marbre  porte  aussi  fa  trace 
d'un  sillon  faisant  le  contour  de  son  front,  et  qcrt  indique  jusquoii 
descendoit  le  casque  de  métal  de  la  déesse. 

Les  restes  de  cette  figure  ont  donc  démontré  îl  M.  Viscontî  que , 
Minerve  partageant  le  centre  du  fronton  occidental ,  avec  la  figure  qu'on 
avoit  prise  pour  celle  de  Jupiter,  ce  prétendu  Jupiter ,  dont  le  torse 
î'est  conservé  en  partie,  devoit  être  Neptune,  et  que  la  figure  qui,  dans 
k  fromon,  selon  le  dessin  de  Noiatel,  occupoit  le  char  à  deux  chevaux 


FÉVRIER    ï820,  8i 

pfacé  à  h  suite  de  Minerve,  ne  pouvoîi  pas  être  celle  de  la  déesse,* 
caniiiie  revoient  cru  tous  le^  voyageurs,  trompés  sur  Tenlrée  principale 
du  temple,  et  par  suîie  sur  le  sujet  du  fronton  occideneal ,  mais  bien 
ïa  Victoire, 

Cène  figure,  très-l)ien  désignée  dans  le  dessin  de  Nointel,  est  Tobjet 
du  troisième  paragraphe  de  fa  dissertation  de  M.  Viscnnti  sur  le  fronton 
occideniaL  M.  Visconti  a  cru  la  recotmoitre  dans  un4ragniênt  de  statue 
p*)riant  aujourd'hui  le  n.*  62  ,  parmi  les  marbres  de  la  collection  du 
British  àluseum  :  mais,  lorsqu'il  visita  ces  antiquités  dans  le  local 
provisoire  ou  elles  étoienl  assee  confusément  rangées,  il  lui  fut  san> 
doute  difKctle  de  confronter  avec  exactitude  et  sous  tous  les  rapports 
ce  reste  de  statue  avec  le  dessin  de  Nointel,  et  il  adopta  Topitiion  que 
ce  devoit  é\xt  Ja  figure  de  la  Victoire,  jadrs  placée  dans  le  char.  Comme 
fa  figure  dont  il  s'agit  ne  porte  aucune  indication  d'ailes,  il  l*appela 
Vicioin  apuras^  sans  ailes.  Toutefois  M.  Vi^conti  fait  à  l'égard  de  cette 
statue  une  observation cjui  aurait  pu  le  détromper  :  il  dit  (  et  avec  raison) 
que  ses  proportions  ne  sont  guère  moindres  que  celles  de  Neptune  et  de 
Minerve;  ce  qui,  vu  la  diminution  de  l'espace  du  fronton,  n'a  pu  avoir 
lieu  que  parce  que  la  figure  étoii  assise,  tandis  que  les  deux  preinières 
étaient  debout.  Tourefois  un  simple  coup-dœil  sur  le  dessin  de  Nointel 
démontre  que  la  Victoire  placée  dans  le  char  occupa  une  place  beaucoup 
trop  éloignée  du  centre,  et  par  conséquent  un  espace  trop  peu  élevé 
pour  la  grandeur  de  fafigureenquestton.il  est  d'ailleurs  une  circonstance 
qui  peut  expliquer  pourquoi,  parmi  tous  les  restes  de  figures  du  fronton 
occidental ,  il  ne  sVni  est  pas  trouvé  qu'on  jouisse  appliquer  à  la  Victoire. 
On  •^ait  qu'indépendamment  Af^s  autres  causes  de  destruction  qui  ont  fait 
disparoître  en  si  grand  nombre  les  statues  de  fun  et  de  l'autre  fronton  du 
tempfe,  les  Vénitiens,  maîtres  d'Athènes  sous  la  conduite  de  Morosini, 
tentèrent  d'enlever,  pour  les  transporter  dans  leur  ville,  et  le  char  de  la 
Victoire, et  les  deux  chevaux  qui  y  étoient  attelés  ,  et  que,  dans  cette 
opération  mal  conduite,  le  tout  se  fracassa. 

Du  char  de  la  Victoire  M.  Visconti  passe  à  la  figure  qui  occupoît 
Tangfe  droit  du  fronton;  plusieurs  statues  remplissotent  Jadis  cet  inter- 
valle. Les  unes  ont  disparu  eniièrement;  deux  autres,  queSpan  et  Wlieler 
avoient  prises  pourAdrienet  Sa  bine,  et  qu'on  croit  êtreVulcainet  Vénus, 
sont  encore  en  place,  et  sont  restées  seuls  et  derniers  témoins  de  la 
décoration  de  ces  frontons.  M,  Visconti  a  ad«>pté  le  nom  que  nous 
avions  donné  dans  notre  restitution  h  la  figure  couchée  qui  termine  le 
côté  droit  du  fronton,  d'après  la  description  d*un  des  frontons  du  temple 
d'OIympie,   dont  les  deux   angles  inférieurs  étoient  occupés  par  les 


< 


Sa  JOURNAL  DES  SAVANS, 

figuras  des  fleuves  Cladét  et  Alphée.  Cette  analogie  est  la  seule  raîsotl 
qui   puisse  faire  donner  le  nom  A'IlySsus  à  la  figure  dont  if  s'agit:  car   j 
aucun  attribut  ne  la  caractérise.  Mais  il  nous  semble  que,  si  on  la  termiiioit 
selon  rindication  des  parties,  et  sur-tout  de  sa  composition,  il  faudroit 
la  faire  appuyer  de  la  main  droite  sur  un  aviron,  mutîf  fort  naturel,  et 
qui  concourt  à  produire  faction  de  ce  mouvement  subit  que  M,  Vis-*«j 
contî  a  si  l/ieh  observé;  mouvement  qui  fliit  paroître  la  figure  animée.  Il» 
senii>le  en  etTet,  dit-il,  quelle  se  lève  avec  impétuosité,  saisie  de  joie  ks 
la  nouvelle  de  la  victoire  de  Minerve.  Effectivement,  entre  toutes  les 
beau:és  quon  ne   peut  se  lasser  d'adinirer  dans  cette  figure,  celle  de 
Tattitude  est  peut-être  la  plus  admirable;  et  parmi  toute:»  les  statues  de 
cette  compo^iuon,  aucune  ne  paraît  avoir  été  mieux  liée  au  sujet  qut 
en  occupoit  le  centrer,  et  avoir  pris  autant  de  part  \  l'action  piincipaîe* 
M,  Visconti  pense  aunsi  que  les  personnage:*  qui  occupoicnt   tout  le 
lympan  du  fronioji  occidental,  y  étoient  rangés,  les  uns  du  càtsl-  de 
Minerve,  les  autres  du  coté  de  Neptune,  selon  que,   dans  les  idées 
mythologiques.  Us  étoient  du  parti  de  fune  ou  de  fautre  des  divinités 
combattantes.  Il  y  a  effectivement  quelques  indications  de  ce  système,  et 
la  principale  se  trouve  dans  la  figure  deThétis,  rccon.if>îisable  au  dauphin 
qui  est  sous  son  pied,  et  qui  uent  la   prerniere  après  Neptune  dans  le 
dtrssînde  NoiateL  Malheureu^ejnent  il  ne  reste  plus  de  ce  côté  du  fronton 
que  deux  fragmens  reconn  jiasables  :  celui  de  la  Thétis  dont  on  a  déjà 
parlé»  et  celui  de  Latone,  qu'un  reste  des  deux  enfans  quelle  l^nuit» 
fait  aisément  rcconnoîirr.  Ce  fronton  occidental,  dont  la  composition 
étoît  entière  au  remp^  de  M,  de  Nointel,  est  celui  dont  il  s  est  conservé 
Je  moins  de  figurer,  et  dont  la  collection  de  inylord  Efgin  offre  le  moins 
de  morce.'iux. 

En  passant  à  la  description  et  à  Texplication  des  restes  du  fronton 
orienial  ,  M  Visconti  observe  qu'à  l'époque  où  le  jnarqoi^  de  Nointel 
fit  faire  Its  dessins  du  Parthénon,  la  parue  du  milieu  de  ce  fronton 
nexiiioit  plus.  Nous  croyons  avoir  donné  la  raison  de  cette  destruction, 
dans  le  mémoire  cité  plus  haut.  Une  autre  sorte  de  hisard  a  voulu  que 
ce  froiiion,  alors  le  plus  dégrade,  ait  conservé  im  beaucoup  plus  grand 
nombre  de  stames  que  I  autre  ;  ce  qui  ast  Ju ,  sans  doute ,  à  certaines 
consfructiojis  modernes  qui  font  rendu  beaucoup  moins  accessible. 
On  y  a  trouvé  dans  un  assex  bon  élat  sept  grandes  statues  et  des 
fragmens  de  cb-vaux  irès^prvcieiix. 

M.  Visconti  en  co^nmeivce  lenumération  par  fangle  qui  est  à  la 
gaucbe  du  spectateur» cl  où  se  trouve  fa  composition  sîtigulière  de  ce 
i]ii'il  appelle  Hy^irim  «  ou  le  soleil  levant.  C'est  une  aorte  de  groupe 


FÉVRIER   1820.  -  8j 

formé  de  la  tête,  des  épauler  et  des  bras  élevés  d*un  homme  qui  semble 
sortir  de  leau,  et  qui  teiioi  les  rênes  de  deu^  chevaux,  dont  les  têtes  ^e 
dressent  de  même  au'des>us  d  une  plinthe  où  sont  figurés  des  flots.  Le 
groupe  du  côté  opposé  de%'ort  représenter  le  soleil  couchafiti  et  les 
téies  de  chevaux  qui  sVn  sont  conservées  regardent  en  bas,  pour 
exprimer  riinmersioni  comme  les  premières  expriment  Tidte  d'as- 
cension. 

La  figure  suivante  dans  le  fronton  »  et  qui  suit  aussi  dans  fa  des- 
cription de  M,  Visconii»  est  celle  qu'on  appelle  vulgairetnent  Théîéi: 
le  savant  antiquaire  n*3dmet  point  cette  dénomination.  Quelques  ana- 
logies fondées  sur  la  ressetiiblance  dé  la  tête  de  cette  statue  avec  celle 
de  fa  pierre  gravée  par  Cntas ,  le  caractère  dii  nu  »  et  pariiculière- 
ment  fa  peau  de  lion»  le  déterminent  à  penser  que  c'est  Hercule  jeune. 
If  sent  qu*on  peut  lui  obfecter  qu'Hercule  fils  d'Afcmène  n  etoit  pas 
encore  né  à  Tépoque  où  le  statuaire  a  dû  rapporter  la  naissance  niytho- 
(o^que  de  Minerve  :  mais  Fobjection  e>t  sans  valeur,  quand  oji  sait  que 
la  religion  des  Grecs  reconnoissoit  un  autre  Hercufe  né  sur  Jlda  de 
(a  Crète  >  et  de  beaucoup  plus  ancien  que  le  Thé!>ain, 

Le  groupe  qui  suit,  et  qui  représente  deux  femmes  drapées  assises 
sur  deux  sièges  ornés  de  motihtres,  paroft  avoir  été  très-heureusemeni 
expliqué  ;  on  ne  sauroit  guère  douter  que  ce  ne  soient  les  deux  grandes 
déesses  Cérès  et  Proserpine  posant  son  bras  gauche  sur  I  épaule  de  sa 
mère. 

Ce  qui  reste  d'une  figure  debout,  représentée  courante  et  avec  des 
draperies  volantes ,  a  suffi  à  M*  Visconti  pour  y  reconnoitre  Iris,  la 
messagère  des  dieux ,  qui  va  publier  la  naissance  de  Minerve,  • 

Ici  s'arrête  ia  série  des  figures  du  côté  droit  du  fronton  oriental,  dont 
le  milieu»  ainsi  qu'on  l'a  déjà  dit ,  avoît  été  très-anciennement  détruit. 
L'auteur  reprend  î  exi^Iicairon  des  autres  figures,  en  partant  de  même  de 
fautre  extrémité  inférieure,  qui  éioit  occupée  par  le  soleil  couchanr. 
M.  Visconti  Tappelle  le  char  àe  la  rtuk  ^  cotnme  if  a  appelé  Tauire  groupe 
déjà  décrit ,  Hypérlon  sortant  avec  son  char  des  eaux  de  la  mer.  Il  y  a  dans 
cette  désignation  de  quoi  induire  en  erreur  le  lecteur  qui  n  a  point  vu 
les  objets  :  car,  dans  Tune  et  Fautre  composition,  le  char  n existe  quVn 
idée,  ou,  pour  mieux  dire,  cojnme  conséquejice  nécessaire  de  ce  qui 
apparoit,  et  qui  force  de  supposer  le  reste. 

De  la  composition  du  soleil  couchant  il  ne  subsiste  qu*une  tête  de  cheval, 
qui  est  un  des  chefs-d œuvre  de  la  collection.  Cette-tête, comme  Toliserve 
M»  Visconti,  a  oit  contribué  encore  <^  induire  en  erreur  les  premiers 
foyageurs  sur  la  principale  entrée  du  Pardiénon  ;J  car  elle  leur  fit  croire 

L    X 


84  JOURNAL  DES  SAVANS, 

que,  ce  cheval  représentant  celui  que  Neptune  avoit  fait  sortir  de  terre^ 
ie  sujet  de  fa  dispute  entre  ce  dieu  et  Minerve  étoit  figuré  sur  le  frontoa 
oriental  ;  et  ce  leur  fut  une  raison  de  plus  de  prendre  cette  façade  du 
lemple  pour  la  façade  postérieure. 

On  ne  sauroit,  ce  ine  seinblet  mieux  expliquer  que  ne  Ta  fait 
M.  Viiconn*,  le  groupe  qui  vient  immédiatement  après;  il  se  compose 
de  deux  figures  drapées  ,  dont  Tune  est  négligemment  couchée  et 
appuyée  sur  les  genoux  de  Tautre  ;  ces  deux  figures  sont  prises  dans  un 
seul  bloc*  M.  Visconri  ,pour  motiver  sa  conj  cmre,  a  besoin  d'en  rap- 
procher une  troisième,  qui,  dans  le  dessin  de  Nointel/se  voit  effec- 
tivement lout  prés  d'elles*  Il  pense  que  ces  trois  déesses  ^ont  les  Parques f 
qui,  selon  la  myshi>lugie  grecque,  présidoient  à  la  naissance  ain>r  qu'à 
la  mort,  et  qui,  compagnes  d  llithie,  déesse  des  accouche  m  tns,  chan- 
tuîent  les  destinées  des  nouveau  nés. 

Telle  est  rexjihcation  péntralcinent  appuyée  d'autorités,  puses,  soit 
dans  Ifb  sources  de  la  mythiJugie»  soit  dans  d autres  restes  d'antiquité, 
que  Ni-  Visconti  a  rrés-judicitusemeot  donnée  des  quatorze  morceaux 
de  scufpture  rn  ronde-bosse  enlevés  aux  deux  ttontons  du  Parihcnon^ 
obvr.ngf s  qu'il  croit  devoir  atiribuer,  soit  au  génie,  soit  à  la  maiji  mêine 
de  l^hidias,  et  qu'il  se  fçtîcite  d'avoir  vus  arrach<:s  k  une  prochaine  et 
inévitable  destiucrron.  I.e  savant  antiquaire  n*a  qu'un  regrtt  en  exprimant 
ce  ^entiiijent;  c'est  que  la  noble  idée  qu  a  eue  myjord  £lgin  ,  ne  soit 
pas  venue  un  siècle  et  demi  plutôt  àquelque  riche  et  puissant  amateur. 

Lace//ii  du  Parthénon  éioit  ornée  extérieurement,  dans  sa  partie 
supérieure»  d*uae  ithe  continue  ,  immédiatement  au-dessous  du  pkfond 
de  la  gâterie  du  peri^fvfvs.  Ces  ouvrages  ainsi  abrités,  sculptés  de  bas» 
relief ,  et  par  conséquent  achértns  aux  murs  du  iem|>le,  n'avoient  pu 
éne  aussi  facileujent  degradt-s  que  ceux  des  frontons;  la  plus  grande 
partie  en  rtoii  constrvtt  au  temp^  de  Stuart^qui  en  destina  IVn.vemble, 
La  manière  dont  tes  dalles  ou  Ton  a  sculpté  les  bas-reliefs,  sont  assein^ 
blées,  a  pcrmîs  de  les  enlever  sans  aucune  dégradation  ;  et  le  recueil  de 
ces  n  orceaix  forme  l*objei  le  plus  considérable  de  la  collection  des 
mar!  res  d'Elgin. 

M.  Viaiumi  n'a  pas  borné  rexi»licaiï*  n  des  sujets  de  cette  frise  aux 
morceaux  de  fa  ccHtction;  il  a  misa  contrit  utien  et  les  dessins  de 
Nointel  er  ceujt  de  Stuart,  jour  donner  une  idée  à  peu  prés  complète  de 
ce  grand  ouvrage»  qui  tUt  quatre  <ent  cinquante  pieds  de  développement, 
et  au  muins  fuis  cents  bgures.  Sa  descripiicn  se  divise  en  quatre  parties 
corre^poadanies  aux  quatre  coté&  du  temple ,  ou  i  içi  quatre  expQ- 
^itjgji^ 


FÉVRIER   î8iO. 

II  seroit  difficile»  sans  faire  de  cet  article  un  ouvrage  fort  long,  quoique 
fo^t  abrégé,  de  suivre  le  ï.avant  antitiuaire  dans  tous  les  dcraili»  expîicaiifs 
qu'il  donne  des  nombreux  sujets  dont  se  compose  la  longue  série  de. 
cette  frise*  On  grand  avantage  quil  a  eu  sur  les  précédens  interprètes, 
cesi  d'avoir  sous  les  yeux  les  morceaux  originaux  de  la  plus  grande 
partie  de  ce  qui  s'en  est  conservé;  caria  collection  de  lord  Elgin  en 
comprend  une  longueur  d'au  moins  deux  cents  pieds-  Nous  ne  pouvons 
que  renvoyer  h  f  ouvrage  même,  pour  y  suivre  les  interprétations  tour* 
à-tour  ingéiiit^uses  et  savantes  d'une  multiivide  dohjeis  et  de  person* 
nages  en  rapport  avec  les  mœurs ,  Ie>  habilleaieiis,  [es  armures,  le^  céré- 
monies religieuses,  les  mystères  et  la  mythologie  des  Aihtniens. 

M.  ViscontJ  a  d«  à  la  vue  immédiate  des  monuniens  de  pouvoir  rec- 
lifier  quefquei  méprises  dans  lesquelles  Smart  étoit  tombé,  enprenanti 
par  exemple,  Cérès  pour  Jupiter,  et  le  flambeau  de  la  déesse  pour  fa 
foudre  du  maître  des  dieux.  On  lui  a  encore  l'obligation  de  plus  d'un 
rapprochement  curieux  entre  diverses  figures  de  ces  bas-reliefs  et 
quelques  statues  antiques  qui  nous  sont  parvlnues,  et  q»i,  dans  leurs 
attitudes  et  leur  composition  générale,  font  reconno?tre  fes  origfnauîç 
dont  elU s  furent  les  tradtijons  ou  les  copies.  De  ce  nombre  paroissent 
être  le  Mars  en  repos  de  la  vi//a  ludovist  à  Rome,  la  figure  d* Apollo- 
nius, dont  if  ne  reste  que  le  tor<e,  celle  qu*on  reconiioit  aujourd'hui  pour 
Jason,  les  figures  colossales  de  Monte-Cavallo,  un  des  Centaures  da 
Cai^itole  sculpté  par  Arisiéas  et  Papias. 

La  collection  des  sculptures  du  Parihénon  est  formée  de  trois  classes 
d'objets;  i ."  Je*»  statues  des  frontons  qui,  dans  leur  étal  actuel  de  muti- 
lation, n'offrent  que  trop  de  mauere  à  fespru  de  conjecture  ;  2/  les  bas- 
reliefs  de  la  frise,  sujet  riche  et  abondant  pourleruditron  ;  la  troisièniio 
classe  comprend  les  hauts  fpliefs  des  métopes,  dont  if  reste  à  parler,  et 
auxquels  M.  Visconti  n'a  consacré  qu  un  petit  nombre  de  pages.  EfFec- 
tivemeni ,  ce  qu'il  y  a  de  plus  remarquable  dans  ces  ouvrage  t^ç'^^r  l'art 
avec  lequel  on  a  su  diversifier  le  Tné«ne  sujet  nécessairement  composé 
de  deux  >eules  figures,  savoir,  d'un  combattant  et  d'un  Cei\taure,  et  Iç 
répéter  tant  de  fois  dans  des  espaces  uniformes.  M.  Visconti  observe 
que  ces  représentations  de  Centaures  furent  singulièrement  du  goût  des 
Athéjïiens.  et  des  anciens  en  général,  qui  les  ont  exprimées  sur  une  uml- 
tiiude  de  motiumens:  mais  fl  fait  remarquer  aussi  qu'il  ne  faut  pas 
confondre  les  groupe»;  de^  méiopes  d* Athènes  jivec  l^enucoup  d*autrc$ 
compo  ïtions  semblables ,  où  des  Lapfthes  sont  gux  prist-s  avec  des  Cen- 
taures. Ce  ne  sont  point  ici  les  La  pi  thés  de  la  talyte  thessafknne,  mais 
hmn  les  Athéniens  dqnt  Tht^sée  étuit  le  chef.  Ces  héros  y  sont  sculpiés 


t€  JOURNAL  DES  SAVANS, 

avec  les  mêmes  chiamydes,  îes  mêmes  boucfiers  et  fes  mêmes  bottines 
ftmbata }  que  portent  sur  les  bas-ref!fefsde  la  frise  les  figures  des  cava» 
liers  alhéniens. 

A  I  explication  des  sguf(>tures  du  Parihénon  M,  Vîsconti  a  joint  celte 
de  plusieurs  autres  morceaux  dont  mylord  Elgin  a  enrichi  sa  collt^ciion* 

De  ce  nomfjre  est  un  cadran  solaire  portant  le  nom  de  Phœihas 
Pitidicn;  c'est  le  même  que  Spon  avoir  vu  à  Athènes ,  placé  dans  la  cour 
de  rêglîse  de  la  Vierge  dite  Panagia  Gorgopiko.  M.  Visconti  a  eu  recours 
\l  m.  Delambre,  qui  déjà  s'étoit  occupé  de  la  gnomonîque  des  anciens; 
et  ime  dissertation  de  ce  célèbre  astronome  remplit  presque  en  entier 
r»rticle  consacré  à  cet  important  morceau* 

L'article  qui  suit  a  pour  litre,  Afonumenî  ttrés  âe  qutJqufS  autres  éJificei 
Jr Vacropole,  Les  ouvrages  que  M,  Visconti  y  passe  en  revue,  sont, 

t.**  La  caryatide  du  temple  de  Pandrose:  de  Tinscription  qui  s'y  est 
conservée,  fK>rtant  la  dafe  de  Tarchontat  de  Diocli^s,  il  conclut  que  \% 
monument  flit  élevé  la  22.'  année  de  la  guerre  du  Péloponnèse;  ensuite 
dti  mot  x^e**^  employé  pour  désigner  les  statues  des  vierges  faisant 
fonctions  de  caryatides,  il  tire  la  conséquence  que  ce  genre  de  support 
où  Ton  emjiloya  de  semblables  figures,  n'avoii  pas  néces<.airement  pour 
sujet  des  femmes  captives,  et  que  même* les  caryaiide<i  de  Sparte 
n*étoient  également  que  les  vierges  lacédéinoniennes,  qui  célébroient  à 
Carya  de  Laconre  les  fêtes  dr  Diane :qu*enfin, comme  Tavoi»  déjh  pensé 
Lessîng,  la  tradition  de  Vitruve  sur  les  caryatides  pourroit  Lien  n'être 
qu'un  conte  ; 

2/  Quelques  bas-rtliefs  appartenant  à  fa  frise  du  temple  d'Agfaure, 
représentant  des  combats  entre  des  héros  grecs  et  des  l>arlares  sujets 
dont  rexécution  ne  répond  pas  entièrement  à  la  beauté  de  leur  com* 
position  ; 

j.**  Un  bas- relief  provenant  du  théâtre  de  Bacchus,  dont  le  style,  qui 
lient  de  la  manière  éginélique,  annonce  une  époque  antérieure  ^  fa  cons- 
truction en  pierre  du  théâtre,  qui  paroît  n'avoir  dû  être  ainsi  bâiî  qu'au 
temps  d'Alexandre; 

4*  La  statue  colossale  sans  fête  et  sans  bras  qui  décoroit  le  sommet 
du  mojiument  cborapique  de  Thrasyffus,  Cette  figure  avoir  toujours 
passé  pour  être  ct  Me  d'une  femme ,  et  Stuarl  fui  en  avoit  donné  Tappa- 
rence  dans  la  restitution  cju'il  en  fit  en  dessin,  La  dépouille  d'un  lion  , 
<juî  fiiit  partie  de  son  habîllemeni,  lut  avoit  fait  donner  particulièrement 
fenom  de  Divine  :  mais,  dès  que  la  siaïue  ftit  transpcriée  ^  Londres,  les 
artistes  et  fes  connoîsseurs  s*aper<;iirent  bientôt,  à  plus  d*un  caractère, 
que  la^tatMi  quoique  dans  le  costume  féminin,  leprésenioitun  hoiumc.^ 


FÉVRIER   1820. 

k  tt  M,  Visconti  a  prouvé  que  ce  devoir  êire  Bacchus  ,  à  qui  le  costume  de 
femme  fut  souvent  donné,  ain^i  que  h  peau  de  lion,  et  dont  limage 
devoit  être  convenablement    placée  sur  le   monument  d*une   victoire 
r  remportée  dans  les  fêtes  dionysiaques, 

Louvrage  de  M.  Vii>conti  se  termine  par  un  catafngue  raisonné  de» 
inscriptionji  grecques  de  la  collection  de  tiiylord  ElgiJi. 

QUATREMÉRE  DE  QUINCY. 


Lettres  écrites  de  Londres  À   Rome  ,    et  adressées  à 
AL  Ciinovd  sur  les  Marbres  d'Elgin ,  ou  les  Sculptures  dui 
temple  de  Minerve  û  Athènes  ;  pur   M*    Qu  a 'ire  m  ère    de] 
Q.uincy.  I^me,  i8ï8,  in-S,^  de  160  pages  :  se  trouve  àj 
Fans  chex  MM.  De  Bure* 

Dans  le  savant  ouvrage  dont  on  vient  de  lire  raoaîy<;e5  M.  Vis 
conti  a  considéré,  principalement  sous  le  rapport  de  Tarchéologie  1 
les  admirai  les  sculptures  rapportée*»  par  lord  Ilgin,  ei  réunies  mainte- j 
nani  danî»  le  Musée  britannique  :  à  l'aide  de  la  sagacité^  de  rérudiriofll 
historique  tt  phifclogique  qui  le  di^ïinguoie^t  si  éminemment,  de  cet 
art  des  rapprochemens  qu'il  avoir  puisé  dans  la  comparaison  des  mo-j 
numcns  de  l'ajuiquité  connus  jusqu'à  lui,  cet  jllu>tre  antiquaire  s*esM 
efforcé  et  est  presque  toujours  parvenu  à  retrouver  l^lace  que  chacunj 
•des  fragmens  de  b  coHettion  d'Eigin  occiipoit  dans  l'ensemble  des! 
scufpiuresdu  P;irihénon,  et  à  indiquer  Je  nom  et  Içs  attributions  des j 
6gures  auxquelles  chacun  de  ces  fragmens  appartient. 

Il  restoii  à  considérer  cette  cofitrction  unique  sous  un  point  de  vue 
que  M.  Visconti   navoit  fait   qu'indiquer  légèrement,  c'est-à-dire, 
fexaminer  dans  ses  rapports  avec  Ihistoire  de  1  art;  et  ce  point  de  vuej 
est  sans  contredit  le  piu:,  intéressant  de  tous. 

Pour  sVn  convaincre,  il  suffit  de  songer  que  presque  tous  les  monuhi 
mens  de  la  sculpture  antique  manquent  dune  date  certaine  :  car,  c»-J 
cepté  le  Laocoon,  dont  Pline  a  parlé,  il  n'existe  ntaintenant  aucun  des 
.monujrrns  de  sculpture  dont  les  auteurs  classiques  ont  fait  mention; 
seufement  des  conîtciures  ingénieuses  »  plus  au  moins  sûres,  nous  ont 
fait  reconnaître  les  copies  d*un  peiii  nombre  de  chefs-d'œuvre  des  an- 
ciens statuaires;  mais  Tespérance  d'en  revoir  les  originaux  semble  à 
jamais  perdue.  Aussi,  pour  avoir  unt  idée  des  différens  styles  propres  aux 
diverses  époques  de  Tart,  on  a  été  réduit  jusqu'ici  à  comparer  le»  textes 


^8  JOURNAL  DES  SAVANS, 

anciens  avec  les  monumeiis  qdoh  croyoïi  pouvoir  Degar<ier  comme 
copies  d'ouvrages  d*une  date  conjiue  :  c'est  assez  dire  que  le  caractèro 
de  plusieurs  époques  iinportanies  de  lart  iVéïoit  déterminé  juàquici 
que  d'une  manière  lout-h-fiiit  incertaine»  et  en  effet,  on  verra  tout-àt 
Theure qu'on  ne  s'étoii  pas  formé  une  idée  juste  du  style  proj^re  à  lepoque 
de  Phidias. 

Jl^s  marbres  d'Eîgin,  détachés  des  sculptures  du  Parthénon,  sont 
à  peu  près  les  seuls  monunitrns  dont  la  date  ne  laisse  aucun  doute  ; 
ifs  appartiennent  certainement  au  siécfe  de  Périclès.  II  est  vrai  quoa 
a  quelquefois  supposé  que  ces  sculptures  furent  restaurées  sous  le  règne 
d*Adrîen;  mais  M.  Visconti  a  rèpaussé  victorieusement  cette  opinion 
par  le  témoignage  de  Pkuarque,  conteinpt  rain  de  cet  empereur  (i)- 

Ces  admirables  sculptures ,  jusqw*aîars  rel'guées  à  rextrémité  de  f  Eu- 
top^,  et  d^^atileijrs»  placées  à  une ékvaiiun  qui  ne  permettait  pas  aux  voya- 
geurs d'en  étudier  tous  les  détîiils,  avoient  été  perdues  pourlart:  maintenant 
que,  réunies  dans  un  musée,  elles  peuvent  éire  vues  et  contemplées  à 
loisir^  ^lles  éclaireront  les  anistes  et  les  antiquaires  sur  une  niuitîtude  de 
questions  en  vain  agitées  par  les  plus  célèbres  antiquaires  ;  Quel  étoit  le 
style  propre  à  I  école  de  Phidias  î  Ne  se  disiinguort  il  que  par  le  gran- 
diose des  formes!  Ces  formes  avoient  elles  plus  de  sévérité  qxie  de  naturel» 
ou  hkn  rimiiation  avoit-ellc  atteint  déjà  ce  charme  de  vérité  qu'on  re- 
marque dans  Je  Laocoon,  le  Torse»  TApollon,  le  Gladiateur  Borghèseî 
Seroit-îf  enfin  pos>ilj|e  que  I  école  de  Phidias  eût  franchi  tout  d*un  saut  Fin- 
tervalle  qui  sé})ar#du  siyle  de  ces  chtfsd  œuvre ,  le  .style  naïf,  sec^  roide, 
des  écoles  qui  paraissent  lavoir  irnmédiateinent  précédée!  Voilà  les 
questions  sur  lesquelles  laspect  de  ces  marbres  permet  de  pronot  cer,  et 
que  fauteur  des  leiires  à  M.  Canova  nous  paroFt avoir  décidées  ^ans  retour. 

L'auteur  explique  lui-méjne  à  quelle  occasion  ces  lettres  ont  été 
écrites*  M.  Canova  »  après  avoir  examiné  les  scul|)tures  d'Elgin  dans 
un  voyage  quil  fit  exprès  i  Londres,  transmît  à  M.  Quairemere  de 
Quincy  Topinion  qu'il  en  avoit  conçue  .elle  étoil  si  peu  conformée  celle 
-quon  s'éiuit  faîte  jusqu'alors  du  style  de  Phidias  et  de  son  école,  que 
M*  Quatrcmère  de  Quincy ,  ne  pouvant  douternî  de  la  sincérité  ni  du 
goût  de  son  illustre  ami,  éprouva  le  plus  vif  désir  de  juger  par  luî-mémt 
de  ces  sculptures  qui  lui  étoient  recommandées  par  un  si  imposant 
suffrage.  C'est  en  préseece  de  ces  précieux  monumens,  qu'il  écrivit  h 
M.  Canova  le  précis  de  tout  ce  que  lui  suggéroit  la  vue  des  ol)jets,  dans 
les  rapports  sous  lesquels  ce  grand  statuaire  avoit  désiré  conncîire  son 


(i)  VifConti|  Sculptures  du  Parthinùn,  p.  jl/,  id,  de  Paru* 


FÉVRIER  1820. 

lientîmeni  ei  ses  opinions.  M,  Canova,  convaincu  que  la  lecture  de  ces 
îettfes  devoir  être  d'un  haut  intérêt  pour  ks  amis  des  arts ,  vient  de  les 
•publiera  Rome,  du  consentement  de  Tauteur.  Elles  sont  au  nombre  de  J 
sept,  et  traitent  successivement  des  sculptures  de  la  frise  extérieure ,  de 
fa  cc//a,  des  métopes  et  des  frontons.  Cet  écrit,  qui  se  ressent  peu  de 
la  précipitation  avec  laquelle  il  a  été  rédigé,  contient,  en  cent  soixante 
pages  in-S.\  rnie  foule  de  notions  positives  et  neuves,  et  louche  à  un 
grand  nombre  de  questions  intéressantes  pour  rhisloire  de  l'art. 

Nous  commencerons  par  la  frise  de  la  cet/a  du  Parthénon,  dont 
M.  Quatremère  de  Quincy  parle  dans  sa  première  lettre.  Cette  frîi»e 
offre  un  dévelopj^ement  de  quatre  cent  cinquante  pieds,  et  elle  a  dû 
contenir  au  moins  trois  cents  figures,  tant  hommes  que  chevaux,  de 
trois  ou  quatre  pieds  de  proj>ortion. 

L'auteur  établit  d'abord  quel  est  le  point  de  vue  sous  lequel  il  faut 
considérer  les  sculptures  de  cette  frise.  Ce  seroit,  en  effet,  une  grande 
méprise  que  de  prétendre  en  juger  les  morceaux  séparés  de  leur  en- 
semble, et  les  apprécier ^ous  le  rapport  de  l'exécution  en  bas-relief,  1 
comme  on  apprécieroit  un  sujet  isolé,  étudié,  composé  dans  des  vues 
différentes.  «  Rien  ne  ressemble  moins,  dît-il,  à  un  sujet  et  à  un  travail 
»  d'étude,  qu'une  frise  de  quatre  cent-cînquaiue  pieds  courans  de  bâsre- 
»'liefs  en  n^arbre,  et  qui  ne  fut  jamais  destinée  à  être  placée  sous  les 
iy  yeux  des  spectateurs,  pour  être  examinée  de  tous  les  côtés,  ni  exposée 
»  aux  recherches  de  la  critique.  ?>  En  outre,  M.  Quatremère  de  Quincy 
regarde  comme  certain  que  ces  sculptures  n*ont  point  été  exécutées  SkUr  un 
modèle  en  cîre  ou  en  argîfe  de  même  dimension  que  les  marbres  :  il  ne 
doute  point  qu'elles  n'aient  été  faites  en  marbre  au  bout  de  toutil ;  c  est  ce 
qu'indique  le  système  suivi  dans  les  épaisseurs  des  deux  plans  de  figures,, 
à  cheval  sur- tour.  Par  une  méthode  inverse  de  celle  qu'ont  suivie  les 
modernes,  les  figures  du  premier  plan,  ou  les  parties  de  ces  figures 
qui  se  détachent  sur  les  figures  du  second  plan,  sont  celles  qui  ont 
le  moins  de  saillie  :  la  plus  grande  épaisseur  est  réservée  au  second 
plan  ,  qui ,  sans  cette  disposition ,  auroît  été  trop  peu  visible*  «  D'ailleurs , 
»  si  des  modèles  terminés  avoient  précédé  Texécuiion  de  l'ouvrage  en 
y*  marbre,  cet  ouvrage  auroit  une  régularité  d'exécution  mécanique  qu'il 
n  n'a  point  ;  ce  feeroii  sur-tout  dans  le  nivellement  exact  du  fond  que 
»  cette  régularité  se  monireroit  :  on  trouve,  au  contraire,  d'assez  sensibles 
3^  încorreclions  dans  le  niveau,  à  quelques  parties  des  champs  de  cette 
>»  frise  î  plus  d'une  figure  entre  renfoncée  dans  le  fond ,  à  un  degré  rendu 
M  fort  visible  aujourd'hui  par  la  position  acttielle  de  l'ouvrage.  «  Ce  sont 
i2t  autant  de  preuves  que  toutes  ces  figures  furent  improvisées  en  marbrci 


po  JOURNAL  DES  SAVANS, 

travaillées  à  part  dans  l'atelier^  posées  ensuite >  retouchées  et  termînée5 
en  place. 

riutarque  nous  apprend  que  toutes  ces  sculptures  furent  exécutées 
avec  une  célérité  étonnante;  et  il  est  vraisemblable  que  tous  les  genres 
de  travaux  avoient  été  distribués  en  compagnie,  <«  Ainsi  le  travail  de 
^1  la  frise  aura  été,  sous  un  chef  particulier,  divisé  en*re  plusieurs  sculp- 
n  teurs.  Cette  division  du  travail  .se  fait  apercevoir  par  Tceil  tant  soit  peu 
n  exercé.  On  y  voit  distinctement  des  maïiiçres  dift'érentes  d'exécution» 
»  et  des  variétés  de  caractère  qui  confirment  encore  qu'un  modèle  uni- 
»  forme  ne  fut  pas  soumis  au  travail  pratique  des  difFérens  ciseaux  ;  car 
»  les  différences  ne  tiennent  pas  seulement  au  plus  ou  moins  de  hardiesse 
»  de  Toutil  ou  d'habileté  de  la  main  ;  il  y  en  a  qui  appartiennent  au  goût 
»  et  au  savoir.  Ici,  on  trouve  de  la  mollesse  et  du  lâionnement;  là, 
»  de  la  lourdeur  et  de  la  négligejice  :  il  y  a  aussi,  selon  la  différence  des 
9i  mains,  plus  ou  moins  de  correction  ou  de  fini|  plus  ou  moins  d'eflet 
;»  et  de  vivacité,  » 

Ces  réflexions  montrent  que  Touvrage  doit  être  jugé  selon  fesprit 
dans  lequel  il  a  été  fait ,  et  d*après  le  genre  de  critique  qui  lui  convient. 
En  somme,  il  n  a  de  point  de  comparaison  dans  Fantique,  que  celui  de  la 
colonne  Trajanne;  «maib  il  lui  est  infiniment  supérieur  par  la  noblesse  du 
y»  Style,  lelégance  des  formes,  la  variété  des  compositions >  la  grâce  de^ 
»  costumes,  le  mérite  du  dessin,  la  hardiesse  du  ciseau,  et  généralement 
a»  par  le  sentiment  de  lexécuiion,  comme  par  Tinveniion  et  le  goût.  « 

La  troisième  lettre  est  consacrée  k  (a  def^cription  des  métopes  :  ces 
métopes  sont  au  nombre  de  quatre-vingt-douze  de  quatre  pieds  en  carré; 
sur  chaque  métope  étoit  sculpte  un  groupe  de  deux  figures  qui,  selon 
J;i  variété  de  leur  pose,  oflVent  depuis  quatre  jusqu'à  cinq  pieds  et  plus 
de  dimension,  ce  qui  forme  un  total  de  cent  quatre-vingt-quatre  figures 
.d'une  saillie  qui  approche  de  Ja  ronde-bo^se*  Les  variétés  de  travail  et 
même  de  talent  que  M*  Quatrernère  de  Quîncy  a  remarquées  dans  l'exé- 
cution de  la  frise  de  la  cel/ût  existent  ausèi  dans  ctlle  des  métopes; 
elles  sont  même  plus  nombreuses,  à  en  juger  par  les  quinze  que  ren- 
ferme le  Musée  britannique,  et  tout  prouve  qu  ils  furent  exécutes  dans  le 
s^ystéJne  de  division  de  travail  suivi  pour  la  fi  ise  de  la  ce/ta  :  ils  auront  été 
confiés  à  un  chef  de  travaux  d'un  nvérite  inférieur,  et  exécutés  par  une 
classe  de  sculpteurs  .'ippelée  en  itaîicn  sçjrpi'Uînu  Aussi  ,  quciqu  en 
général  le  style  en  soit  grand  et  simple,  Je  desun  quelquefois  naïf  et 
HTai,  et  le  plus  souvent  hardi,  on  peut  dire  quViucune  des  sculptures  du 
parihénon  ne  perd  plus  h  n'être  point  vue  eii  place. 

Ce  qui  surprend  d'abord  dans  ces  sculptures,  cVsi  la  grande  saillie 


FÉVRIER   tSzO.  ^— ^      91 

qu'on  fear  a  donnée.  Les  modernes  ne  se  sont  jamais  permis  de  sculpter 
sur  fes  fonds  des  métopes  que  des  bas-iviiefs  dont  la  saillie  n'excède  pas 
celle  des  montans  du  triglyphe  :  ici,  ce  sont  des  groupes  tellement  sail- 
'121s,  quavec  peu  de  travail  on  en  fèroit  d^  groupes  isoKs  du  fond.  Il 
semfjle,  an  premier  coup-d'œil,  que  cette  excessive  saillie  devoitêlre  dun 
eflet  désagréable:  loutefbisi  si  Ton  place  en  imagination  ces  groupes  a  leur 
point  de  distance;  si  Ion  fait  attention,  selon  la  remarque  de  M,  Quatre- 
mère  de  Quincy ,  que  le  fond  des  métopes  avoit  été  tenu,  ainsi  que  le  fond 
du  fronton ,  en  renfoncement  sur  le  nu  du  i)arement  de  farchitrave  ,  on 
peut  concevoir  que  cqs  figures  ne  débordèrent  pas  autant  qu  on  seroit 
porté  k  le  croire,  D  autres  considérations  indiquées  par  l*auteur  donnent 
à  penser  que  le  sentiment  seul  de  f  harmonie  générale  prescrivit  &  la 
décomion  le  genre  saillant  de  ces  métopes*  «Ces  groupes,  dit-il »de- 
»  voient  paroîrre,  h,  la  distance  d'où  on  les  voyoit,  comjne  des  espèces 
n  de  camées  saiflans ,  auxquels  cette  saillie  même  donnoit  une  valeur  qui 
*•  dispensoit  d  en  scruter  tous  les  détails.  « 

Un  autre  trait  remarquable  dans  les  métopes,  c'est  la  variété  de  fa 
composition  de  tous  ces  groupes  dont  le  su^t  est  le  même  ;  car  Us: 
représentent  toujours,  h.  quelques  exceptions  près ,  un  Centaure  luttant 
contre  un  Athénien:  selon  les  usages  modernes,  il  auroit  suffi  de  (aire 
alternativement  entre  elles  cinq  ou  six  compositions ,  pour  éviter  fincon- 
vénieni  d*unc  redite  monotone  dans  une  même  rangée* 

AL  Quatremère  de  Quincy  pense  que  le  plus  grand  nombre  de  ces 
groupes  ont  été  plus  ou  moins  termines  en  place;  mars  il  lui  paroît 
certain  que  tous  furent  ébauchée ^  travaillés  et  même  assez  avancés  dans 
fatelrer  de  Tartiire.  Ce  qui  inidique sur-tout»  ce*t  la  manière  dotu  les 
quartiers  de  marbre  sur  lesquels  ils  sont  sculptés  furent  enclavés  dans  la 
construction  générale*  ce  M.  Cockereîl,  dit  fauteur,  m*a  fait  voir 
»  comment  chacun  des  quartiers  de  marbre,  servajit  de  fond  aux  groupes 
»>  des  métopes,  entroit  dans  les  rainures  des  couh'sses  propres  k  le 
»  recevoir  :  or  tous  ces  soins  ne  furent  vraisetnblablement  pris  que  pour 
n  avoir  la  faciliré  de  placer  chaque  pièce,  après  qu'elle  fut  exécutée  ;  et 
n  c'est  à  ce  procédé  qu*on  a  du  aussi  de  déplacer  sans  peine  les  morceaux 
»  qu'on  a  enlevés.  « 

Toutes  ces  observations  conduisent  M*  Quatremère  de  Quincy  à; 
traiter  la  question  sur  laquelle  M,  Canova  avoit  désiré  obtenir  de  lui 
une  réponse:  Que/U  part  Plùdîas  peut-il  avoir  €ut  ptrsmncthmtnt  a  ces 
travaux  !  Dîins  un  cahier  de  ce  journal,  nous  avons  présenté  et  réfuté 
l'opinion  de  M.  Wijkins,  qui  prétendoit  que  ni  Phidias  ni  ses  élèves  ne 
furent  pour  rien  dans  Texécution  de  ces  sculptures  ;  nous  avons  montré 

n  2 


92  JOURNAL  DES  SA  VANS, 

combien étoît  probable Topinion  rfe  M.  Visconti,  qui  pensoit,  au  contraire, 
que  les  architectes  Icttiius  et  Callicrate  furent  chargés  de  la  construction 
de  I édifice,  tandis  que  Phidias  eut  la  haute  main  sur  tous  les  travaux  de 
sculpture*  M.  Quatremère  de  Quincy  adopte  également  et  développe 
davantage  cette  opinion:  il  montre,  Japrès  les  paroles  de  Plutarquei 
que  les  travaux  furent  organisés  de  manière  qu'un  grand  nombre  d  artistes 
de  tout  genre  purent  travailler  sous  des  chefs  subordonnés  eux-mêmes  à 
d'autres  chefs  plus  habiles ^  dont  Phidias  aura  été  le  directeur  général.  H 
ne  prétend  pas  néanmoins  que  l'idée  de  direction  et  de  surveillance  exclue 
tout-àfait  celle  de  projets  donnés,  de  modèles  proposés,  et  même 
d'ouvrages  retouchés  et  perfecrionnés ;  il  prend  pour  exemple  Raphaël, 
qui  dut  jouer  en  quelque  sorte ,  sous  Léon  X,  le  même  rôle  que  Phidias 
sousPéricIès.  II  est  constant,  en  effet»  que  ce  grand  peintre,  chef  d'une 
école  célèbre,  et  disposant  d'un  atelier  nombreux,  ne  doit  passer  que 
pour  avoir  été  famé  de  la  plupart  des  grands  ouvrages  élaborés  dans 
son  atelier.  Les  Polydore,  les  Perrin  del  Vago,  les  Joies  Romain, 
présidoient  chacun  à  une  série  d'ouvrages  .composés  par  lui,  et  durent 
avoir  ^ous  leurs  ordres  beaucoup  de  mains  habiles  pour  les  exécuter;  et 
cependant  les  loges  et  les  fresques  du  Vatican  étoient  peu  de  chose  en 
comparaison  des  cinq  cent  vingt-quatre  figures  qui,  selon  M.  Quatremère 
de  Quincy  ,  ont  dû  former  la  sculpture  de  la  ftise  ,  des  métopes  et  des 
frontons  du  Panhénon,  Il  croit  donc,  et  cette  opinion  présente  tous  les 
caractères  de  la  vraisemblance,  que  Phidias,  entouré  d'une  nombreuse 
école,  avojt  réparti  entre  des  artistes  plus  ou  moins  distingués,  non  seule- 
ment  l'exécution ,  mais  la  composition  dune  certaine  série  de  travaux, 
dont  il  dut  peut-être  se  réserver  de  donner  les  sujets  ou  de  régler  le 
mode  et  le  caractère. 

Dans  la  quatrième  lettre,  fauteur  aborde  l'obiet  le  plus  important 
de  la  collection  des  marbres  d*Elgin,  savoir,  les  sculptures  des  fron- 
tons du  Parthénon,  seuls  ouvrages  de  ce  monument  auxquels  il  lui 
semble  possible  et  même  vraisemblable  que  Phidias  ait  mis  la  main. 
Cette  lettre  traite  particulièrement  de  la  disposition  générale  et  des 
attributions  de  quelques-unes  des  figures  qui  les  composent:  il  modifie 
ropînîon  de  M*  Viscontîsur  plusieurs  points,  qu'il  a  de  nouveau  indiqués 
dans  son  analyse  de  l'ouvrage  de  ce  savant  antiquaire» 

On  sait  que  les  sculptures  qui  ornoieni  les  frontons  du  Parthénon 
n^étoîent  point  des  bas- reliefs;  il  faut  se  représenter  chacun  de  ces 
frontons  garnis  de  vingt- deux  figures  de  ronde-bosse,  sculptées  sur 
des  plinthes  séparées,  et  offrant  une  variété  d*attitudes,  de  mouvemens, 
de  poses^  prescrite  par  Tinégale  hauteur  des  parties  du  fronton.  La 


j 


FÉVRIER   1820. 

partie  la  plus  resserrée  du  tympan  recevoir,  ou  des  figures  couchées ,  oti 
dautres  objets  qui  pouvoient  s'adapter  à  Tespace  rétréci  des  deux 
angles  inférieurs.  On  conçoit  que,  dans  une  composition  de  vingt- 
deux  figures  de  ronde- bosse,  disposées  sur  un  seul  plan  d'à  peu  près 
cent  pieds  de  long,  il  est  difficile,  impossible  même,  de  conserver 
Tunité  d'action  et  de  sujet  qu'on  pourroit  mettre  dans  un  bas-refief 
proprement  dit.  Aussi  le  sujet  représenté  sur  le  fronton  occidental , 
le  seul  dont  on  connoîsse  Tensemble  par  les  dessins  de  Noinrel ,  n'est 
exprimé  d'une  manière  sensible  que  dans  le  milieu  >  ou  Minerve  et  Nep- 
tune, personnages  principaux,  sont  représentés  coml)attant;  ou  ,  d*un 
côté,  la  Victoire  dans  un  char,  et,  de  lautre,  des  divinités  marines,  se  lient 
à  ces  deux  figures  :  tout  le  reste  ne  paroît  prendre  aucune  part  àTaction, 

M.  Quajremére  de  Quincy  termine  cette  lettre  en  examinant  la 
part  que  Phidias  a  pu  prendre  à  la  sculpture  des  frontons.  En  consi- 
dérant ces  ligures,  aussi  correctes  dans  leur  ensemble,  aussi  achevées 
dans  leur  exécution ,  aussi  étudiées  dans  toutes  leurs  parties,  on  ne  peut 
douter  quelles  niaient  été  exécutées  k  loisir  dans  Tatelier  :  il  est  clair 
également  que  Taniste  porloît  à  ces  figures  le  même  soin  qu  aux  statue» 
faites  pour  demeurer  isolées*  Aussi  Tauteur  donne  tout-à-fàit  son 
assentiment  à  1  hypothèse  ingénieuse  de  M.  Cockerell,  qui  regarde  les 
figures  de  la  famille  de  Nîobé  comme  ayant  fait  originairement  partie 
d'un  fronton  (i).  Les  sculptures  des  frontons  du  Parthéoon  prouvent, 
par  leur  perfection  extraordinaire,  que  Scopas  a  bien  pu  ne  pas  dédnignor 
de  sculpter  des  statues  pour  le  fi-onton  d'un  temple;  et,  d'autre  part, 
il  devient  tout- à  fait  vraisemblable  que  Phidias  a  fait  plusieurs  des 
modèles  des  figures  qui  ornèrent  les  frontons,  et  qu'il  en  a  suivi  lexé- 
cutîon  en  marbre,  soit  par  lui-même,  soit  par  des  élèves  dont  il  aura 
dirigé  le  ciseau. 

Ceci  nous  conduit  au  sujet  de  la  cinquième  lettre,  qui  traite  du  mé- 
rite intrinsèque  de  ces  figures  et  de  leur  valeur  relative,  comparée  avec 
les  plus  beaux  de  ceux  que  Fantiquité  nous  a  transmis.  Nous  ne 
pouvons  qu'indiquer  ici  les  réflexions  pleines  de  justesse  et  de  sagacité 
que  fauteur  fait  sur  l'inconvénient  de  vouloir  fixer  d*une  manière  posi- 
tive le  style  propre  à  une  époque  donnée,  sur  les  difl'érences  que  les 
divers  degrés  de  mérite  dans  des  artistes  du  même  temps  donnent  aux 
ouvrages  produits  à  une  même  époque,  en  un  mot  sur  les  mécomptes 
auxquels  on  peut  être  exposé  par  suite  de  cette  disposition  à  tout  con- 

(1)  Sur  la  gravure  au  trait  où  M.  Cockereli  a  disposé  dans  cette  hypothéie  Jes 
figures  du  groupe  de  Niobé,  on  Ht  :  AU*  amico  Bartoldï  che  ha  suggatto  la 
prima  idca  di  questa  sog^etto^  l*  autêrc  D,  D* 


^4  JOURNAL  DES  SAVANS, 

noîire,  k  tout  classer.  Nous  nous  hâterons  d'arriver  au  sujet  princîpal  dtf 
cette  lettre. 

On  est  généralement  persuadé,  depuis  Wincke[m;inn,  que  la  belle 
eicccution  dans  la  sculpture  ne  dî»te  que  de  Praxitèle;  que  tout  ce  qui 
fient  H  rimitartb'n  de  la  chair  dans  le  nu ,  à  la  mollesse  et  à  la  variété 
des  jjlis  dans  les  draperies»  appartient  k  une  époque  postérieure  îi  Phidias, 
Laspect  dc^s  statues  du  fronion  fait  voir  quon  a  été  beaucoup  trop  loin 
dans  Initerprétation  de  quelques  textes  anciens.  Tout  en  accordant  que 
les  successeurs  de  Piiidla-s  aient  possédé  certaines  quahtés  à  un  degré 
pfus  éminent,  il  ne  s  ensuit  pas,  comme  on  ravoît  cru,  que  Técole  de 
Phidias  en  ait  été  dépourvue.  Pour  établir  un  parallèle  ettire  cette  école 
et  les  écoles  postérieures,  il  faudroit  qu'on  eût  un  certain  nombre  de- 
statues  reconnues  pour  oiiginafes  des  écoles  suivantes.  On  ne  peut 
donc,  quant  à  présent,  considérer  leur  mérite  relatif  qu en  les  rappro* 
chant  des  ouvrages  existans,  les  plus  remarquables  sous  le  rapport  de 
fcxécution.  A  cet  égard,  M,  Quatremère  de  Quincy  regarde  les  sculp- 
tures des  frontons  comme  hors  de  tout  parallèle. 

Il  y  reconnoît  au  plus  haut  degré  les  deux  genres  de  vérités  qui 
constituent  la  perfection  dans  FimiraHon  du  corps  humain:  «  fune,  qui 
!•  procède  du  prîitcipe  fondamental  du  dessin,  qui  est  la  science  de 
*>  Tostéoiogie  ;  fautre,  qui  résulte  de  lexpres^ron  des  détails  qui  re- 
>i  couvrent  la  charpente  du  corps.»  II  ajoute  plus  bas;  «  En  général^ 
«  il  m*a  semblé  que  nous  ne  voyions,  dans  aucune  autre  sculpture  an- 
»  tipCj  les  os  prononcés  avec  autant  de  savoir  et  d  énergie.  De  h ,  pour 
-  le  spectateur,  un  effet  hardi,  une  vivacité  de  formes  qui  communique 
»  à  tout  lapparence  du  mouvement.  «  Il  prend  pour  exemple  la  tête 
du  cheval,  placée  dans  un  des  coins  du  fronton.  «Telle  est,  dit-if,  la 
a»  puissance  du  principe  ostéologique  empreint  sur  cette  léte,  que  la 
w  vérité  qui  en  est  1  effet  va  presque  jusqu'à  faire  peur.  A  cette  grande 
»  vérité  de  la  forme  essentielle  qui' vous  saisit  d'abord,  succède  Tadmira- 
»>  tîon  des  détails,  des  vérités  de  la  chair,  des  variétés  de  la  peau ,  imitées 
y*  fusque  dans  les  plus  légères  inflexions  des  plis  et  des  veines.  Je  n'ai 
>j  vu'aucuji  ouvrage  aussi  vfvant.  Ce  n'est  réellement  plus  de  la  sculp- 
«  ture;  la  bouche  hennit,  le  marbre  est  animé: on  croît  le  voir  remuer,» 

Le  sentiment  de  fostéofogie  brille  également  dans  toutes  les  parties 
de  la  statue  du  Thésée,  de  l'Hercule  jeune,  de  Tllyssus;  mais,  à  ce 
savoir  fondamental,  à  cette  fermeté  qui  résulte  de  [expression  des  o^f 
se  joint  le  caractère  de  mollesse  produit  par  l'expression ,  soit  des  muscles 
et  de  la  chair,  soit  des  détails  de  la  peau:  c'est  le  complément  de  la 
vérité  imitative;  ç*e$t  ce  que  M.  Quatremère  de  Quincy  déclare  n*avoir 


FÉVRIER- 1820.  9j 

yti  h  un  si  haut  degré  dans  aucun  des  ouvrages  antiques  parvenus 
Jusqu'à  nous,  ce  Dans  les  figures  nues  des  frontons,  Fart,  dît-il,  existe, 
»  mais  il  ne  se  montre  pas.  Un  sentiment  de  chair  dans  la  muscula- 
a»  ture  y  décèle  et  y  cache  tout-à-la-fois  l'étude  myologique;  il  y  a  la 
«>  vie  dans  l'ensemble ,  et  la  vie  est  dans  chaque  partie  :  les  formes'y 
»  sont  correctes,  mais  amples  et  charnues;  les  contours  y  sont  fermes 
»  et  oiidoyans.  A  des  parties  larges  et  grandioses  se  joignent  des  détails 
*>  fins  et  légers.  L'union  de  l'expression  ostéologique ,  qui  est  le  prin- 
»cipe  du  mouvement,  avec  l'expression  musculaire,  qui  complète  la 
»  vérité,  imprime  au  tout  ensemble  un  caractère  combiné  de  force  et 
»  de  soupless%,  de  fermeté  et  de  mollesse  qui  ifàit  respirer,  vivre  et 
»  remuer  les  figures.  On  croit  que  l'IIyssus  va  se  lever ,  on  croit  qu'il 
»  se  lève,  on  s'étonne  qu'il  soit  encore  là.  Je  n'ai  connoissance  d'au- 
»  cune  autre  sculpture  antique  dont  on  puisse  dire  de  pareilles  choses,  i» 

Quant  aux  figures  drapées ,  M.  Quatremère  de  Quincy  trouve  égale- 
ment que,  sous  le  rapport  du  fini,  du  précieux  de  lexécutîon,  on  ne 
peut  rien  mettre  non-seulement  au-dessus,  mais  même  en  parallèle.  Il 
est  certain  que  si,  avant  la  possession  de  ces  divins  ouvrages,  il  eût 
fallu  dire  ce  qu'étoit  le  style  des  draperies  dans  l'école  de  Phidias,  on 
auroit  été  loin  de  supposer  qu'on  y  connoissoit  à  <:e  point  l'art  de  dis- 
poser les  plis  avec  un  goût  aussi  parfait,  aussi  étudié;  d'accuser  le  nu 
par  des  plis  légers. et  ondoyans;  de  faire  jouer  les  étoffes  selon  les  ca- 
J^ctères  et  les  attitudes  des  personnages.  Cette  perfection  est  sur-tout 
remarquable  dans  les  figures  qu'on  a  appelées  /es  Parques,  chefd'œuvre 
inimitable  de  composition,  de  grâce,  de  délicatesse  et  de  légèreté. 
L'auteur  les  nlet  beaucoup  au-dessus  de  Ja.belle  nymphe  endormie,  vu^ 
gairement  nommée  Cléopatre;  et  l'on  sait  que  c'est,  de  toutes  les  figures 
antiques  connues  jusqu'à  nous ,  celle  où  l'art  de  disposer  et  de  rendre 
les  plis  fins  dune  étoflfe  légère,  de  cacher  tout*à-la-fois  et  d'accuser  le 
nu  ,  a  été  porté  au  plus  haut  point  de  perfection, 
fc^:.  M.  Quatremère  de  Quincy  termine  cette  lettre  par  une  comparaison  de 
ces  figures  avec  ce  que  nous  connoissons  de  plus  beau  dans  le  mêir^ 
,  genre:  en  voici  le  résultat.  <c  La  tête  du  cheval  citée  l'emporte  de  beau- 
>î  coup  sur  les  autres  tètes  de  chevaux  antiques, pour  la  science  anatomt- 
»  que,  la  grandeurdusiyle,laforcede  l'expression,  la  hardiesse  du  travail. 

»  La  figure  de  l'IIyssus,  comparable,  pour  le  genre  de  nature  et  pour 
»  la  pose ,  au  Gladiateur  mourant ,  lui  est  fort  supérieure  par  le  large  dés 
»  formes,  la  grandeur  du  dessin,  l'expression  de  la  chair,  le  mouvement 
y*  et  la  vie. 

»  Lefrngment  du  torse  de  Neptune,  comparable ,  pour  la  pose  et  les 


p6  JOURNAL  DES  SAVANS, 

ï>  proporûons ,  aux  figures  de  Mônte-Cavallo,  réunît,  dans  un  milieu  pm» 
»t  suivant  I  la  sévérité  des  formes  ei  la  justesse  d'un  dessin  hardi  avecl^r 
*>  moelleux  de  la  chair  et  les  variétés  du  naturel. 

»  Enfin  la  statue  de  Thésée  ou  d'Hercule  jeune,  mise  en  parallèle 
•>avec  le  Torse,  morceau  classique  entre  tous,  a  paru  à  tous  les  con- 
»  noîsseurs  qui  l'ont  vu,  procéder  d'un  art  non  moins  sûr,  mais  plus 
»  grandiose  encore.  » 

Après  un  tel  jugement,  qui  se  trouve  d'ailleurs  conforme  avec  Topi- 
nion  de  M*  Canova,  il  est  sans  doute  permis  de  croire  et  d'avancer  que 
les  frontons  du  Parthéaon  nous  ont  conservé  des  monumens  irrécusables 
du  style,  du  caractère,  du  savoir  et  du  goût  de  Phidias  §t  de  son  école: 
il  n'est  pas  nécessaire  pour  cela,  ni  qu'il  ait  fait  tous  les  modèles  d^si 
statues,  ni  qu*ij  les  ait  terminées  lui-même;  on  sait  comment»  en  sculp- 
ture >  fartiste  peut  se  repï-oduire  dans  ses  élèves,  et  sait  se  rendre 
propre  le  travail  de  ceux  qu  il  met  en  œuvre.  L'auteur  s'attache  sur-tout 
î  montrer  que,  quoique  Phidias  fût  plus  connu  par  les  ouvrages  de  to^ 
reutique,  il  travailloit  aussi  fe marbre;  ce  que  prouve  surtout  le  passage 
d*Aristote,  cité  par  M.  Visconti,  où  Tépiihèie  Ajât^ppiç  ^  donnée  par  exceî* 
Icnce  à  Phidias,  me  paroît  ne  pouvoir  se  rapporter  qu'aux  grands  ouvrages 
du  Parthénon.  M.  Quatremère  de  Quincy ,  s'appuyant  d'un  passage  de 
Pline,  pense  que  c'est  sur-tout  avec  le  concours  de  son  élève  Alcajnène^  j 
qu'il  a  pu  donner  ses  soins  à  celte  grande  entreprise. 

Puisque  les  ouvrages  de  Phidias  et  de  son  école  présentent  une  per*! 
fectionsi  grande  sous  le  rapport   de  la  vérité  de  fimiration,  qu'est-côl 
que  les  anciens  ont  donc  voulu  dire  t  quand  ils  ont  attribué  fa  supériorité f 
en  ce  genre  aux  écoles  d'une  époque  postérieure  h  Phidias!  Pour  résoudre'' 
cette  question  en  présence  des  monumens,  M,  Quatremère  de  Quincy 
distingue  ingénieusement   la  vérité   idéale  et  la  vérité  naturelle,  entre 
lesquelles  il  y  a  une  multitude  de  points  intermédiaires.  La  première  fut 
propre  k  ce  grand  artiste  ;  la  seconde,  qui  n*est  pas  plus  vraie  que  l'autre , 
mais  qui  Test  d'une  manière  plus  frappante  pour  les  yeux  peu  exercés ,  put 
appartenir  davantage  aux  successeurs  de  Phidias,  C  est  par  cette  distinction 
qu'il  explique  Fopinion  des  anciens  ;  et  quand  on  suit  avec  soin  les  preuves 
de  son  sentiment,  on  peut  difficilement  se  défendre  de  le  partager. 

Pans  la  septiètne  lettre,  qui  est  fort  courte,  M.  Quatremère  de  Quincy 
s*excuse  de  ce  que  l'attention  qu'il  a  donnée  aux  sculptures  du  Parthé- 
non  ,  fa  empêché  d'entretenir  M-  Canova  de  quelques  autres  monumens 
curieux  que  contient  le  Musée  britannique,  et,  entre  autres,  de  la  frise 
du  temple  de  Phigalie,  Bien  que  fauteur  {>Iace  les  sculptures  de  cette 
frise  %  une  grande  distance  de  ctlles  du  Parihénon,  il  les  regarde  comme 


FÉVRIER   1820. 

infinîment  însiruciives  pour  la  criiîque  du  goûi  et  rhiitoire  de  Part.  Selon 
l*^i.  elles  ont  été  composées  par  un  lioinnie  tien  plus  habile  que  ceujc 
qui  les  om  exécutées  ;  ce  qui  éroît  une  chose  as^ez  commune  dam 
l'aotfqufté* 

Nous  de>irons  que  dans  cette  analyse*  bien  imparfaite,  quoique 
longue^  nos  lecteurs  aîfni  (>u  prendre  une  idée  assez  juste  de  tout  ce 
qu*offre  d'important  cei  écrit  remarquable,  tout-à-faic  digne»  selon 
nous,  de  l'auteur  du  Jupiter  Olympitrn,  Sans  douLe  c'est  îi  celai  qui  sut 
nous  dévoiler  tous  les  mystères  de  la  statuaire  chryséltphaniine  et  repro- 
duire en  quelque  sorte  à  .nos  yeux  les  grands  ouvrages  de  Phidias  k 
jamais  perdus  pour  nous,^^  qu'il  apjjarttnoii  de  décrire  et  de  juger  cei 
admirables  scuJf>tures  qui  témoignent  si  éloquenimtiU  du  génie  de  ce 
grand  artiste  et  de  1  nnpulsion  qu  il  avoit  su  donner  aux  arts. 

LETRONNE. 


ÊMêàhikmj^  &c,  ;  Euschn  Pamphili ,  dtsariensis  episcopi ,  Chro^ 
nicoti  biparVîtam ,'  nunc  primimt  ex  armenhco  texîu  in  hiîinum 
conversum ,  adtîohniûtùbus  auctum  ,gmdsfnigmentis  exomatum , 
opéra  P.  Joannis-Baptisiae  Aucher,  Artcyranl  monachi  armeni 
et  doctoris  mechiuirista,  Venetifs,  typîs  cœnobîi  PP,  Arme- 
norum  in  insula  Sancti-Lazarî .  MDcccxvjiip  2  \o\,  in-^/ 

C'est  maintenant  à  la  littérature  armcnienne  qu'il  est  réservé  de 
réparer  une  panie  des  inertes  que  la  littérature  classique  a  éprouvées  par 
les  ravages  du  temps  et  de  la  barbarie.  Quoique  racquîsition  seule 
rfune  veriîîon  complète  de  la  Chronique  d'Eu  se  be  soit  déjà  une  décou- 
verte fort  importante,  nous  pensons  qu'on  doit  encore  en  espérer 
d'autres  non  moins  intéressaniei.  Les  Arméniens  ont  traduit  Homère;*'' 
et  une  grande  partie  des  œuvres  de  Philon  qui  ji  existent  plus  en 
grec,  se  retrouve  dans  leur  bngue,  ainsi  qu'un  Traité  de  Nonnus  sur 
la  mythologie»  divers  traités  d'Arislote,  de  Porphyre,  et  beaucoup  d'ou- 
vrages des  pères  de  l'église  grecque.  Quand  des  voyageurs  instruits 
pourront  pénétrer  dans  les  nombreux  monastères  de  la  grande  Arménie, 
il  est  à  croire  que  plusieurs  des  ouvrages  cités  dans  les  écrits  arméniens 
sortiront  des  ténèbres  où  ils  sont  plongés  depuis  si  long-temps  A 
diverses  époques,  les  savans  de  l'Arménie  se  livrèrent  à  la  traduction 
des  livres  grecs;  mais  c'est  principaletnent  dans  les  v/  et  vi.*  siècles 


i 


p«  "  JOURNAL  DES  SAVANS, 

tjuTls  s'en  occujȏrent  avec  le  plus  d  ardeur  t  fa  nombreuse  ^cole  for- 
mée par  les  patriarches  Sahag  et  Mesrob,  qui  moururenï  en  44- «  f^'^ 
presque  entièrement  dévouée  à  ce  genre  de  travail  ;  et  parmi  les  pfus 
laborieux  interprètes,  on  compte  le  philosophe  David  Anhaghrh,  Go- 
rioun,  Léonce,   Eznig,  Mambré  Verdzanogh  et  réloqueni  Mone  de 
Kboren,  qui  tiennent  tous  un  rang  distingué  dans  Thistoife  rrîtêraire  de 
îeur  patrie*  Si,  comme  l'assure  l'historien  I  bornas  Ardzrouni,  Moïse  de 
Khoren   prolongea  sa   carrière  jusqu'à  Tftge  décent  vingt  ans,  il  eur 
tout  h  hhir  dVnrichîr  fa  bttérature  arménienne  par  la  traduction  d'un 
gnmd  nombre  d'ouvrages  utite!;.  Au  reste,  il  nous  domïe  lui  niémt  la 
pteuve  qu*il  s*occu[>a  sans  relâche  de  ce  genre  de  travail;  car  il  dit, 
chîip,  6^  ,  liv.  lir,  de  son  Histoire  d'Arménie  ;  «Je sur»  vieux,  infirme, 
»  et  sans  cesse  occupé  à  traduire*  »  Nous  n'avons  presque  aucun  doute 
que  la  ver>ion  afnténienne  d*l  usébe,  dont  on  vient  de  pullier  le  texte 
à  Venise,  n'appartiejnie  à  celle  époque;  et  nous  serions  même  tentés ^ 
À  cause  de  Téloquence  soutenue  de  son  style,  de  Fattribuer  à  iV'ioï>e 
de  Khoren  [uî-méme ,  conjecture  qui  seroit  confirmée  par  Tidentîté  par* 
faite  qui  se  remarque  daiis  les  ex|>resïiotîS  employées  par  l'auteur  de 
cette  version  et  celles  qui  se  trouvent  dan»  les  divers  ptfssages  d'Eusèbo 
que  Alojse  de  Khoren  a  cités  dans  son  tiîstoire.  Je  rapporterai,  à  ce  sufet, 
iuî  exemple  plus  coticluant.  Eusébe,  dans  Jes  fragmens  grecs  que  nous 
possédons,  cite  un  passage  d*Abydéne  relatif  à  Nabuchodonosor  et  dans 
lequel  ce  dernier  auteur  invoque  le  témoignage  de  Méga^thènes.  On  lit 
dans  le  ^fec  i  MtymSwnç  Â  pm^i  y^^C^tMifti^^f  H^Khimi  iixifûêTi^v  7*^- 
fi-m,  x.  T,  X.  «  Alégasthènes  dit  que  Nabuchodonosor  ilii  plus  puissant 
»  qu'Hercule. 51  Dans  rarménien  il  y  a  :  |)*XrVtf#yo/»Vr  t^ui- p^ {^u»p^' 
kJIffrtfpnuirftnâip  ng»  AâJ-jfituriffrfu  i-|f  ^tt/xt  My^Ê^itêââtf^M  ikç,  PO' 
ientissîmus  ait,  Nabucoârosiorus  ^  qui  Hercule  tohusthr  tnit.   Les   mots 
l4i>A«9i»ifc  ^  ^H^  sont  rendus  en  arménien  par  â/kh-tM^^fif  MÊift-^  p^t* 
tinnssimiiS  aie,  en  faisant  rapporter  atlk  Abydène.  II  est  ilair  que  Tan- 
tien  traducteur  a  pris  Miya.^vnt  pour  un  adjectif  qui  ser\'oit  d'épiihéie 
,  i  N«iC«aw«/)ô<»^r  :  maïs,  dans  ce  cas-ft,  il  faudroit  supposer,  comme  le 
rî^enie  Téditeur  de  Venise,  que  dans  le  manuscrit  qu*il  avoît  5ous  les 
^yeux,  on  lîsoît  Mfyaiâifnf*  Cette  conjecture  est  inadmissible  j  il  oy  a 
aucun  doute  qu'il  ne  s'agisse  dans  Eusèbe  d'un  écrivain  nommé  Mégm^ 
WnrJ .  qui  nous  est  tien  connu,  par  le  témoignage  de  Srraijon  [1)  tî 
fe  S.  Clément  d'Alexandrie  fi),  pour  avoir  conqiosé  une  histoire  de 
rinde,  Cest  tnéme  de  cet  ouvrage  quest  tiré  le  passage  allégué  par 


{ 1)  Lit,  ii^  f.  '(S,/^j  76s  XV ,  p:69f^)fy9.  —  (2)  Stromit*  lii\  a 


FÉVRIER    l8zO, 


99 


Abydène,  et  îl  est  fort  singulier  qu'il  soit  aussi  cîié  par  Strabon:  ce 
géographe  die  de  mèine,  en  parlant  des  grandes  conquêtes  de  Nabu- 
chodonosor,  qu'il  avoit  été  bien  supérieur  à  Hercule:  N«voi»^ojîpei'  A 
Tir  nD%t  XatXJkhtç  •tI«AitjjUwoit»^ût  HpfltJt^é«</JtMôï',  x.  t.  A, ,  et  il  ne  s'exprima 
ainsi  que  sur  [*autorilé  de  Méga^thènes  ;  ffvvtxjfx^^aurtlAf  Â  mnç  i^  hAty^âivaç 
^ X^yf  T»Tw  (i).  Le  passage  JEusèbe,  olîjet  de  cette  discussion,  se 
retrouve  dans  l'Histoire  d'Arménie  de  Moïse  de  Khoren  (lib.  if ,  cap.  j)^ 
et  Ion  y  remarque  fa  même  fauie,  qui  n a  pas  été  relevée  par  les  frèrei 
Whiston ,  qui  traduisent  pottns  dit  Nabuchcdon^sorus,  La  seufe  différenco 
qull  y  ait  entre  Jeur  texie  et  le  nouvel  Eusèbe,  c'est  qu'on  ny  irouvo 
pas  le  mot  «vj#|-  ûJl  M*  Aucher  ira  pas  fait  assez  d'attention  h  cette  res- 
^eoîbbnce  frappante  et  à  rfautrej»  encore  qu^il  pouvoit  reconiioître,  et, 
trompé  sans  doute  par  le  désir  de  faire  de  la  traduction  rfEusèbe  un 
des  pfus  anciens  monumens  de  la  littérature  arménienne,  il  a  cherché 
à  l'attribuer  aux  patriarches  Sahng  et  Mesrob;  car  ce  n'est  qu'à  eux  seuls 
que   |>euvent  convenir  fes  expres>fons  7'  ••nwyf^Jt^   ^<iV|y^/2cAf/y 

ëfhpwrtf  qui  se  trouvent  dans  le  titre  arménien,  et  qui  signifient»  iraduU 
dt  i* original  gnc  en  arménien  par  nos  rainis  iraJtiCtturs ,  mais  dont  il 
n*a  pas  osé  faire  passer  les  équivalens  daps  le  litre  latin* 

Je  n'entreprendrai  point  de  ftire  une  comparaison  détaillée  entre  la 
Version  arménienne  d'Eusèbe  et  les  fragmens  que  nous  possédons  de 
rorrginal  grec  ;  Je  ne  chercherai  pas  non  plusà  rt  tablir  la  véritable  leçon» 
dans  plusieurs  des  lieux  ou  Ton  rc!(narc{ue  des  différences  :  la  version  latine 
jointe  krédition  que  nous  annonçons,  et  la  traduction  déjà  publiée  à 
Milan  •  sont  suffisantes  pour  que  des  |)ersonnes  plus  versées  que  nous 
dans  ce  genre  de  travail  puissent  Fentreprendre.  J'aurois  certainement 
peu  de  chose  dVssentiel  à  ajouter  aux  observations  fines  et  judicieuses  du 
savant  helléniste  qui  a  déjà  rendu  compte  dans  ce  journal  d'une  autre 
traduction  d'Eusèbe  ;  le  texte  arménien  les  justifie  toutes  (2), 


(i)  Strab,  riL  XV,p,  6H  et  6Sy. 

(2)  Il  n'est  qti'une  seule  fois  où  les  observations  de  M.  Raaul-Rochette 
soient  er»  cléfatit,  mais,  â  ce  que  nous  pensons^  parce  que  rancîcn  traductL-ur 
arménien  s*est  trompé.  Bérose  r;îconte  qa'on  satrape,  chargé  de  gouverner 
rE^7pie,  la  Syrie  et  [a  Phcnicie,  s*étant  révolté  conire  iNabopobs^ar,  ce 
prince  envoya  pour  le  soumettre  son  fils  Nabiichodonoior,  parce  qu'il  n*étoît 
plus  lui-même  en  état  de  supporter  les  fatrgtijij  de  la  guerre,  %  lùità/uukuç  tuiiiç 
1*71  Ttàjujfti^îf,  jVl.  Raoul-Rochetle  pense  qu'iiest  inutile  de  chercher  un  sen* 
plus  r;»TSonnablc,  et  nous  sommes  gc  fon  avisj  il  cinoit  donc  qne  le  traducteur 
deMikn  n*a  pas  été  fidèle  au  teite  arménien  en  tradaîsant  ^  quum  ipu  per  sé 

N   2 


100  JOURNAL  DES  SAVANS, 

Avanï  de  fiiire  connoître  assez  rapidement  tout  ce  que  la  Chroricpie 
tf  Eusèbe  contient  d^imponant,  je  dois  examiner  en  particulitr  la  traduG- 
lion  qui  laccompagne.  Quoique  le  livre  porte  la  date  de  l'an  1818,  ce 
n  est  que  dans  le  couratit  de  Tannée  1819  qu'il  a  paru ,  el  Ton  sait  que» 
l'année  dernière,  le  D/  Zohralj,  Arménien,  avoir  |JuLliê,  cofointt nient 
avec  M,  Mai,  de  Milan ,  une  version  latine  du  même  ouvrage*  Je  n'entre- 
prendrai pas  de  décider  ^i  Ton  doit  accorder  uïitt  pkine  coaîîance  au  rtcit 
de   M.  AucIilt,  qui  prétend  que  le  manuscrit  original  apporté,  à  la  hn 
du  dernier  siècle,  de  Jérusalem  à  Constantinople,  se  irou\e  maintenani 
dans  fa  bibliothèque  du  collège  arménien  de  cette  ville,  ou  s'il  faut 
plutôt  s  en  rapporrer  à  ce  que  dii  le  U.'  Zohrah  ,  qui  as^^ure  que  la  copie 
qui  a  servi  à  sa  traduction,  ei  partant  h  celle  de  V^enise,  a  été  faite , 
en  1784,  à  Constantinople,  p»r  un  Arménien  nommé  George,  fils  de 
Jean,    mort  maintenant,  ei  quon  ignore  depuis  ce  qu'est  devenu  le 
manuscrit  original.  Quoi  qu'il  en  soit ,  les  deux  éditeurs  s'accordent  k 
nous  apprendre  que  ce  majiuscrit  étoii  d'une  grande   antiquité ,  et  en 
parchemiji.  Lempreinie  d'un  cachet  ajipliqué  sur  i\m  des  feuilieis  imé- 

rieurs,etquipor.ecesniotsS(»«M'l''MKM|iiï.'i,ljn'^Uaïl(i. 

prouve  qu*il  a  appartenu  k  un  patriarche  appelé  (Jregoire  (  i).  Le  premier 
apôtre  de  rArniénie  eut  plusieurs  successeurs  ;  mais  ils  sont  tous  posté- 
rieurs au  XK*  siècle.  Il  ne  peut  y  avoir  d*incertiiude  qu'entre  Grégoire  II , 
patriarche  en  1 06  5 ,  Grégoire  III ,  qui  le  fut  en  i  i  1  3,  et  Grégoire  IV,  en 
i  17  j.  M,  Aucher  pense  que  le  manuscrit  appartint  à  Grégoire  III  :  le 
D/  Zohrah  croit  que  ce  fat  h  Grégoire  IV;  ce  qui  nous  paroît  plus 
vraisemblable.  Quoi  qu*il  en  soit,  l'aniiqulté  de  la  copie  ne  peut  être 
lévoquée  en  doute. 

Quoiqu'un  exemplaire  manuscrit  de  la  Chronique  d*Eusèbc  fût  k 
Venise  depuis  le  commencement  de  Tan  17941  ^t  quoique  M.  Aucher 
rapporte  dans  sa  préface  une  perinission  dlmprirner  datée  du  6  mai 
1795  ,  il  ne  paroît  pasque-Jes  religieux  artnéniens  de  cette  ville  eussent 
Fintention  sérieuse  de  publier  cet  ouvrage  ,  quand  M.  Mai,  de  Milan  , 


Jam  ad  paenas  txpeitrdas  non  vattr^t;  cjkp  e>NiQns  cjue  le  nouveau  iraducteur 
rend,  lom.  1>  p.  65  ,  par  tt  quantum  ipst  non  apius  trat  ad  {  hcst^mj  punien- 
dum.  Il  csi  certain  cependant  qu'on  ne  peut  pas  traduire  auirement,  et  il  est 
ti^anittfstc  que  i'interprèic  arménien  ikîx  trompé  sur  le  sens  du  verbe  xaont- 
5i7jf:  cir  ^iê0Huté^^,  qu'il  a  employé  comme  son  équivalent  en  arménien,  ne 
iigfiftie  que  çhàtur ,  punir,  et  n^ne  pins  ordinairement  encore  pprimandtr. 

(l)  Oo  voit  de  plus,  dans  Té^io^  de  Milan,  les  mots  **/»  ffi^f^/*  U  seigneur 
Gfégpift,  tn  minuscule»,  placés  à  coté  de  la  tétcda  Sauveur,  qui  eit  dans  le 
champ  du  cachet. 


FÉVRIER    1820.  f©t 

fixa  le  premier  sur  lui  rattentîon  du  inonde  savant ^  par  ce  qu'iT  en  dit 
dans  la  préface  de  I  édition  qu'il  donna  en  1816  dun  traité  inédit  de 
Philon.  î^ous  doutons  beaucoup  que  nous  eu>sîons  de  long-temps  possédé 
une  édition  du  texte  nrtnénien,  si  le  D/  Zohrab  nesVtoît  empressé  de 
publier  sa  traduction  I^itine  avec  M.  Mai.  Les  injures  un  ptu  trop  viru- 
Itntes  répandues  dans  les  notes  et  dans  la  préface  de  Tcdiiion  de  Venise, 
sont  pour  nous  la  preuve  certaine  des  dissensions  qui  s'élevèrent  dans  le 
sein  de  la  congrégation  au  sujet  de  cet  ouvrage.  Ces  choses  ont  trop  peu 
d*Tniérèt  pour  nous,  pour  que  nous  nous  y  arrêtions  plus  long-temps: 
tout  ce  que  nous  pouvons  assurer*  c'est  que  le  reproche  que  Tédîteur  de 
Venise  adresse  à  celui  de  Milan  ,  d'avoir  fait  sa  traduction  sur  une  copte 
interpolée  d  après  TEusèbe  dt  Scaliger,  est  entièrement  dénué  de  fonde- 
ment. L'examen  attentif  que  noui  avons  fait  des  deux  vérifions,  nous  a 
pleinement  convaincu  quelles  ont  été  faites  sur  un  texte  tout-à-fait  pareil. 
Nous  dirons  plus  :  comme  M,  Aucher  a  eu  le  soin  très-louabfe  de  repro- 
duire dans  son  édition  le  texte  arménien  tel  que  son  manuscrit  fe  pré- 
sente, en  mettant  des  italiques  par- tout  où  il  a  cru  quon  devoît  le 
corriger,  il  nous  a  mi>  en  état  i)ar-I2i  de  pouvoir  affirmer  que  la  seule 
traduction  dans  laquelle  Eus^he  soit  aliéré  d'après  le  grec  de  Scaliger, 
est  la  sienne,  ainsi  qu'on  le  verra  par  les  exemples  que  nous  dierons* 
Quoiqu'il  assure  encore  qu'il  n'a  connu  que  très*tard  fédition  de  Milan, 
il  eyt  certain  que  plusieurs  endroits  de  sa  traduction  rappellent  fe  premier 
travail,  et  que  par  tout  où  le  D/  Zohrab  n'a  pas  rendu  exactement  fe 
sens  de  loriginal,  on  remarque  pareille  erreur  dans  lédiiion  de  V^enise. 

Le  manuscrit  original  ne  portoitpas  de  litre  ;  M,  Aucher  en  a  composé 
un,  qui  nous  paroît  contenir  \int  faute  assez  grave.  Les  mots  ^tâMifug^ 
*MêtâÊÎ^êêét^ââhif^  LpifJiMiihititMtj^  ne  Signifient  pas  chronhon  biparùtum^ 
comme  on  le  voit  dans  le  titre  laiin  :  il  faudroit  les  traduire  littéralement 
pzr  CAranicû  btpartitam;  ce  qui  seroit  un  baibarisme  dans  toutes  les  ' 
langues.  H  est  impossible  de  citer ,  en  arménien ,  un  exemple  de  l'emploi 
comme  singulier  du  mot  pluriel  «ri«/ j/*w^i m/ (r««''/«<'V^,  puisque  son  singu- 
lier régulier  existe  et  est  usité.  L'erreur  seroit  moins  grossière,  s'il  y  a  voit 
^êUBfishiuêliÊMéîitMhff^  LftlitfuhiliëMâj^  \  mais  il  vaudroît  mieux  mettre 
0'êMi»fMâât§iâit^ué9fftftâ.(3^  kpîitluêvuLsMéf.  Cette  faute*  qui  dépare  le  titre 
de  cet  ouvrage ,  n'est  pas  à  beaucoup  près  la  seule  du  jnéme  genre  qu  on 
doive  attribuer  à  l'éditeur;  parmi  ks  nombreux  changemens  qu'il  a  cru 
pouvoir  faire  k  foriginal ,  on  retnarque  celui  ci.  Dans  fa  préface  d'f  usèhe, 
on  lit  ces  mots  f/om,  I,  p,  ^)%  il^n-  {\"^'^if  ^  h^A  ^[^t^^"^i_ 

^^t^nj  :  ;iu  lieu  de  "^muuluin^  qui  ne  présente  aucune  ditïiculié ,  1  édi- 


icz JOURNAL  DES  SAVANS, 

teur,  pour  éclairdr  la  phrase»  veut  y  substituer  ^muiÊhttgfnj^  qui  ne 
change  rien  au  seiii,  et  qui,  quand  même  il  n  auroit  pas  I  niconvenient  de 
ramener  une  consonnance  désagréable  ,  ce  que  les  écrivain*  élégam 
évitent  avec  soin,  seroît  contraire  aux  règles  de  la  graminarre.  En 
arménien,  quand  un  adjectif  précède  son  substantif,  et  que  cet  adfectit 
est  un  participe  présent  ou  passé,  un  gérondif,  6tc» ,  la  concordance  n'est 
pas  nécesi>ajre,  il  est  mieux  de  fa  négliger*  Celte  règle  n*est  pas  oubliée 
dans  la  nouvelle  Grammaire  arménienne  du  P.  Gabriel  Aredik'hîan, 
imprimée  à  Venise  en  i8i  j  ,un  volume  #>/-^/ ;  elle  sV  trouve  appuyée 
de  nombreux  exemples,  p.  i^p  et  fyo.  L'erreur  que  nous  relevons  est 
fTautant  plus  inconcevable,  que  l'auteur  de  cette  grammaire  a  bien  soin 
fie  remarquer  en  note  que  les  personnes  peu  au  fait  de  [^arménien  littéral 
prennent  souvent  pour  des  fautes  des  locutions  semblables  à  celle  qui  est 
fobfetde  cette  remarque  ♦  et  quon  rencontre  très-fréquemment  dans  les 
anciens  auteurs.  Il  paroîtra  peut-être  surprenant  qu'un  éditeur  arménien 
commette  de  telles  erreurs;  elles  éfonneroîent  moins ,  si  l'ouvrage  avoit 
été  publié  par  un  Européeti  ;  elles  sont  cependant  l)ien  plus  communes 
qu'on  ne  le  croiroit  au  premier  abord;  il  est  parmi  les  Arméniens  peu 
de  personnes  qui  connoissent  toutes  (es  délicatesses  de  la  langue  littérale, 
et  la  plupart  des  livres  qu'ils  ont  pul>liéS|  fourmillent  de  pareilles  fautes. 
C'est  une  règle  générale  en  arménien,  que  la  particule  que  Ion  met 
devant  un  mot  au  génitif  pour  en  fiiire  un  datif,  est  ^fr,  quand  lemotcom* 
menceparune  consonne,  et  y,  quartd  il  commence  par  une  voyelle.  Cetta 
règfe  ne  souffre  d  exception  que  quand  la  voyelle  initiale  est^;  alors 
cette  lettre  elle-même  tient  lieu  de  la  particule.  Au  mépris  de  cet 
usage,  trop  commun  et  trop  connu  pour  que  nous  en  citions  des 
exemples,  M*  Aucher  veut  lire,  tom.  l  /?.  2,  'fr  (Jwj-^m/^  aux  Grecs ^ 
iu  lieu  de  {jf^^hau^  qui  est  dans  le  manuscrit,  et  qui  vaut  mieux.  Si  une 
pius  longue  discussion  sur  des  objets  de  cette  nature  n*étoit  pas  par 
trop  fastidieuse  pour  nos  lecteur?,  il  nous  seroii  facile  d'ajouter  ici  un 
grand  nombre  d  observations  du  même  genre;  qu'il  nous  suffise  de 
dire  que  presque  tous  les  changemens,  additions  ou  suppressions  que 
l'éditeur  de  Venise  a  cru  devoir  fliire  à  son  texte,  sont  inutiles  ou  témé* 
laires.  M.  Aucher  a-i-il  eu  raison  après  cela,  dans  les  endroits  où  il  se 
trouvoit  des  lacunes,  de  substituer  son  style  à  celui  de  Moïse  de  Khoren 
peut-être!  D'après  la  traduction  de  S,  Jérôme  et  les  fragmens  grecs  que 
le  Syi^celfe  nous  a  conservés  ,  il  a  rétabli  en  arménien  la  préface 
qii'Eusèbe  avoit  placée  en  tête  de  son  Canon  chronologique,  et  qui 
manque  dans  le  manuscrit  :  il  y  a  loin  de  son  style,  je  ne  dirai  pas  à  ccluî 
de  Moïse  de   Khoren  1  mais  à  la  diction  du  plus  médiocre  des  anuenj 


L 


FÉVRIER    1820. 


te; 


nuteurs  arméniens  ;  et  }e  puis  assurer,  autant  cependant  qu  uii  étranger 
peut  juger  de  ces  choses  ,  que  Tédiieur  n'a  pas  été  plus  heureux  daiis  ses 
imitations  que  dans  ses  corrections. 

Entre  autres  exeiiiples  des  endroits  où  M.  Aucher  s'est  p{ut6t  guidé  sur 
fEusébe  de  Scaliger  que  sur  le  texte  arménien  qu'il  avoit  sous  les  yeux, 
|e  citerai  ce  passage  qu'Eusèbe  emprunte  à  Manéthon ,  au  sujet  des  mono- 
mens  que  Sésostris  fit  élever  pour  conserver  le  souvenir  de  ses  victoin  s  : 
Ar^Hi  ubt^ut  monumtnia ,  ijuarumcumque  geniium  poli  tus  est ,  ertA  itjfortium 
qui'tem  viromm  formas  viril i  specie,  ignavomm  verà  mutiebriùus  mtmbrif 
in  cippis  însçulpsit  ;  ce  qui  est  bien  conforme  au  grec,  mais  non  à  l'armé- 
nien, qui  présente  de  plus  le  mol  ^Mêif^^pêMhtu  ^  que  le  traducteur  de 
Milan  n'a  pas  négligé  d'exprimer  :  idtm  tt  sua  in  singulas grntu  dûm'ma^ 
ihnis  monumenra  unique  consiituit  ;  apud  genu$  quidtm  stremtês  virUia, 
apud  nro  ïmbtUts  jtminra  puHtnda  ignominiœ  (ausâ  columnis  insculptns. 
Les  mots  ignominiœ  causa  ne  rendent  pas  exactement  ^Mip^ugfnûyu , 
qui  signifie ,  mal,  châtiment,  puni tioni  mais  enfin  le  traducteur  ne  la 
pas  négligé* 

Dans  le  chapitre  qui  traite  àe%  rois  Ptolémées ,  il  e^  une  interpolation 
d*une  bien  plus  grande  importance.  Eusébe ,  ou  plutôt  Porphyre ,  après 
avoir  dît  que  Cléopatre  partagea  le  pouvoir  pendant  huit  ans,  dabor4 
avec  son  frère  aîné  ,  puis  avec  le  plus  jeune,  ajoute  quelle  re>!a  ^w^ti 
seule  en  possession  du  trône  jusqu  à  la  quinzième  année  de  son  règne{ 
puis  il  dit  que  la  seizième  année  fut  aussi  appt  lée  la  première  (  1  )  :  voioi 
à  quelle  occasion.  Lysimaque,  roi  de  Chakis ,  en  Syrie  ,  mourut  alors,  et 
Antoine  donna  ses  états  à  Cléopaire,  qui  depuis  désigna  d'une  double 
façon  les  années  de  son  règne,  de  sorte  que  la  vingt-deuxième,  dans 
laquelle  elle  mourut,  Un  aussi  la  septième,  comme  le  porte  fe  texte  armé* 

ilien  ,  (|fffi/JE-i#  Atutrr  hftiipitprf^fiU  le.  ^téu/Brtpgrptf^ft  X^afrfrufisêaÊÊpâÊM 

wfÊMÊÊ^if  L-  '^hpnprfft^t^  qui  a  été  fidèlement  rendu  par  ie  traducteur  de 
Alilau  ,  uti  CUopatrœ  annus suundus supra  yigcsimnm  idtmtssittt  sepfimui. 
Au  lieu  d^'ÇiiitwiÊffjhf^  sepritmc,  f  éditeur  de  Venise  introduit  dans  lar*- 
jnénien  J^i-I^imp^ffu  y  viri^t- septième  ,con\T^  toute  vraisemblance;  car  s'il 
est  vrai  que  la  seizième  année  de  Cléopatre  ait  été  aussi  appelée  première, 


(1)   Vsque  ad  annmn  decimum'^nnnîim  ^  qtti  dechttus-sextus  slmufque  prhnus 

*fippfVatllS  fuit ,  â^y^t.  ^^'u^mtuitééAtAftftptf.   uiSQ  9  np  i^imuiuM^^pnprf.  m^nL.m'ïdr^ 

jfiw*.,  II.  *tf/tj*r2«ff/ï^  ,  qu'il  valoit  mie'ix  imprimer  ainsi  :  ê/ff%^  jf^'H^urmnéé/u&^ 

i*tpr^  J«*ïE    I   f\p   ^lâÊftàiiimAtihpnptiSi  ê»funi.m\éi^m»^  %  iL  mn-m^'unprf^]  Çèl  îl  eSt  CVÎdrnt 

qu'il  fant  couptr  la  phrase  en  deux  ,  coi^mie  le  D/  Zohrab  l'a  fait  dar^s  sa  tia- 
ductton, . .  .  Ad  quf/jtum-dectmtirn  usquf  annum.  Stnius  avtrm  deâmus  nufiot* 
watus  nt  uiam  primus. 


•  ot  JOURNAL  DES  SAVANS, 

i(  est  impossible  que  la  vingt  deuxième  ait  jamais  été  nommée  vingt-' 
Aeprième,  C  est  Je  grec  de  Scaliefer  qui  a  causé  cette  singulière  mé|îri'e: 
on  y  lit  iç  yivi^mi  it  J%Ci%^f  k^  »Wr  autHç  tp  n  tMftof*  Il  éioit  bien  facile 
de  substituer  h  ces  denwrs  mots  70  j^  KJ^ftav  :  un  copi.sie  igi^orant  ou 
fnatteiitîf  aura  pris  une  ybrcviation  de  ij  pour  Je  nujnéral  «'.  Utie 
pareille  restitution  ne  valoir  pas  même  la  peine  d'être  remarquée  ;  il 
jiufïit  du  biinple  bon  sens  pour  la  faire  :  Terreur  seule  du  moderne  ira* 
ducteuf  armèriien  a  pu  Jui  donuf  r  quelque  importance.  En  reproduisant 
le  passage  grec  d*£usébe,  Jes  éditeurs  de  Milan  ont  rétabli  le  texte 
dans  son  intégrité»  sans  même  juger  à  propos  de  faire  mention  de 
cette  correction.  Je  remarquerai  aus.si  que  M,  Champollion-Figeac  ,  tout 
récemment ^  a  fait  aussi  Ja  même  restitution  dans  ses  Anna/es  des  Lu* 
gidrj  (1),  Parmi  Jes  médailles  qui,  du  cabinet  de  Pellerin,  sont  passée» 
4aiu  le  cabinet  du  Roi,  iJ  s'en  trouve  une  qui  nous  présente  un  exemple 
de  cette  double  manière  d'exprimer  les  années  deCléopatre:  au  revers  est 
la  légende  €TOTC.  katot.  kai.  c.  eCAc  (««Tifetf)  (1),  c  est-Mire, 
fafi  2i  ft  6  de  la  nouvelle  dtenc ,  qui  correspundoit  à  I*année  macé- 
donienne comprise  entre  Je  3 1  octobre  ji  avant  J.  C.,et  Je  z  1  octobre 
Ji  f  et  non,  comme  le  croit  M.  ChampoJIion»  à  lahiiée  égyptienne 
sothiaque  comprise  entre  le  j  1  août  j  i  avant  J.  C,  »  et  Je  j  »  aoftt  jo* 
Deux  fois  »  dans  l'édition  de  Alilan ,  le  mot  t^lta^ut^ph-  est  rendu 
inexactemeni  par  versifcator,  terme  qui  n'a  sans  doute  été  cJioisi  par  le 
traducteur  que  parce  que  les  *  personnages  (  Arctinus  de  Milet  et 
Eurnélus  de  CorintJie)  auxquels  iJ  se  rapporte,  étoient  effectivement  des 
poètes  :  mais,  comme  ils  avoient  écrit  en  vers  Jliistorre  de  Jeur  patrie, 
il  seroit  très-possible  qu*Eusèbe  Jes  eût  plutôt  appelés  historiens  que 
poètes*  Le  scholiastede  Pindare,  en  faisant  mention  du  second,  i  appelle 
jfOfii  kiStarien,  min-niç  rsve^ç  (j)  :  S,  Clément  d*AIexandrie  fait  plus  > 
il  le  nomme  historiographe  (4).  Comme,  pour  les  deux  passages  armé- 
Jiiens,  oii  on  lit  afttu^ëâêsf^fth- ^  (e  texte  grec  d'Eusèbe  n existe  plus,  iJ  ne 
peut  pas  nous  donner  la  pleine  confirmaucm  de  ce  que  nous  avançons  : 
toujours  est-il  certain  que  ifh*H*^f^P^  '^^  P^tJt  se  rendre  par  versificator ^ 
et  que  M,  AucJier  a  eu  tort  de  sVn  servir  à  riniitation  du  traducteur  de 
Mifan,  Ce  mot,  synonyme  de  t^êâfêu*iuêU  et  de  t^tâ^tséfffrif , nt:  signifie 
pas  autre  chose  quhisforien:  je  pourrot»,  pour  le  prouver,  citer  plusieurs 
passages  de  la  Rhétorique  ou  de  f  Histoire  de  Moïse  de  Khoren;  mais  je 
^^^^— *^^  ■  -^^i^^  ^^^^^      ■■     ■    ^"^^^ 

( I )   Tcm.  IJ ^  V-39T  ^JS^'  "^  {^  Eckhel ,  Dcctr*  num^  vetêr^  tom,  IV,  p,  a^/ 
M  ton  net  »£>fjnr.  dtt  méd-  S'c.  iom.  i/J  ,p.^j.  —  (i)  In  Oljmp,  Xiit ,  to  n.  il  ^ 


FÉVRIER   1820.  loj 

?f^tî^5omer  à  un  seul,  que  j'eniprunieraî  à  Eusèbe.  Après  avoir 
►•dit  dans  sa  préface  ( tom,  I,  p.  2),  quil  fera  menlion  des  belles  actions 
Fiant  des  Grecs  que  des  barbares,  cet  auteur  ajoute  quil  parlera  des 
f généraux,  des  sages,  des  héros,  des  poètes»  dts  hlstorkns  et  des  phi- 

Vi^u^  aJpu(iM^ftpMê ^  oiftfiintfïïêêifafiêuju.  L'éditeur  de  Venise  rend 
IrufMà^ftp  par  hisioricQS ,  mais  parce  que  le  traducteur  de  Milan  a 
Été  ici  plus  fidèle  que  dans  !es  deux  autres  occasions. 

A  la  page  273  (tom.  Il,  année  298 j),  on  lit  que  le  sénat  romain 

iccorda  annuellement  à  Néron   une   somme    de  dijc   millions  d'une 

Kinonnoie  quelconque ,  pour  ses  dépenses:   Ncronî  scnatus  expcnsarurn 

momine  myriadum  et  mille  pccunlarum  annuatim  tribuî  ratum  habuit,  ce 

lî  n'auroit  rien  de  bien  étonnant;  mais  on  lit  dans  rarménien  des  mots 

J-^ui  justifient  la  remarque, ^fr  ^umJuê^  gs^iêttmptwiJifuâtfJw ^  qui  signifient, 

^.pâur  les  mQUiQïïs  qui  lui  éioient  nécessaires.  Ici,  c'est  la   traduction  de 

^S.  Jérôme  qui  a  trompé  M.  Aucher  :  Neroni  in  expensas  centies  centen/t 

ywillia  decreU  senaïus  annua  subminïstrarunt  (i),   II  est  évident  quil 

inanque  un  mot  dans  le  latin,  pour  que  le  sens  soit  raisonnable.  Pourquoi 

.M.  Aucher  n*a-t-il  pas  traduit  les  termes  arméniens  qui  remplissent  cette 

iacuneî  II  se  contente  de  dire  en  note  (tom,  II,  p.  JJ4),  ^h  ^wTu'iP 

ruituâminwMJifuft^ft ^  vel  ob ovfS,  vel,  juxta  Hieron.  in  expensas ,  de  manière 

-à  faire  croire  que  le  mot  arménien  Êê^ââtÊtwinttLjfutti  pourrait  avoir  le 

double  sens  de  mouton  et  de  dépense t  ce  qui  nesi  pas. 

Sous  Fan  ai  1  2  i  ftom,  II ,  p,  281  ) ,  il  est  question  d'un  grand  tremble- 
ment de  terre,  qui  renversa  les  villes  d'Elee,  de  Myrrhine,  de  Pitane 
•et  de  Cumes,  que  le  traducteur  place  (comme  le  texte  arménien,  qui 
:est  altécé  )  dans  un  pays  de  Àiénésie  ^^fh^i^h'^  ^  qui  nous  est 
inconnu.  Il  iâiià  ce  sujet  une  note  qui  ne  nous  apprend  rien  et  dans  la- 
quelle il  propose  une  conjecture  bien  mal  fondée  (2),  qu'il  emprunte  en- 
l-core  à  fédiiion  de  Milan  (3  ) ,  tandis  qulI  étoit  si  facile  rfe  nous  apprendre 
qu'il  s^agissoit  de  la  Mysie  |pfrtJ/fr*^,dont  il  falloit  rétablir  le  nom  dans 
Je  texte  arménien ,  et  dans  laquelle  se  trouvent  effectivement  les  quatre 
villes  mentionnées  parEusèbep  Nous  remarquerons,  au  reste,  que  toutes 
les  notes  qui  ^ont  jointes  au  Canon  chronologique,  ainsi  que  les  aimo- 


rm* 


(1)  Ed^  Scalig.  p^  i6j*  —  (2)  Pro  Asja  habha  apud  Hieron,  in  cod*  Artf^* 
Menesia  iegut/r ^  fartasse  Manbam  Asiœ  provindam  indicans :  altàs  in  Gr,fui( 
ûlia  vQx  cûnjuncta  ut  jmy,  quamv'ts  dait  apUd  Synceilum.  — (3)  Codex  arm. 
Menesiae  provinc  ae»  Nimirum  anU  interpra  non  sans  distinxisse  videtur  voccs 

O 


f.iDiJ  JOURNAL  DES  SAVANS, 

•tarions   qui  sont  dispersées  dans  fouvrage,  sont  pour  la  plupart  cTuneJ 

prolixité   rebuianle,  quelles   ne  nous    apprennent  rien    de  ce   qu'on 

I.Voudroit  savoir,  et  qu'on  est  fiché  d'y  voir  presque  par-lout  Tignorance 

lia  plus  absolue  de  tout  ce  qui  tiem  à  la  connoissance  de   ranliquité 

classique  et  de. la  bonne  littérature.   Cette  édition  ne  présente  pas  sur 

celle  de  Milan  d'autre  avantage  que  de  nous  offrir  le  texte  arméniea. 

dXusébe ^ imprimé  avec  ieléganceet  la  netteté  qui  distinguent  tous  les 

produits  de  la  typographie  arniénienne  de  Venise:  pour  la  fidélité  i  la. 

traduction  est  de  beaucoup  au-dessous  de  la  première,  qui  a  en  outre 

Liavamage  de  serrer  de  plus  près  le  sens  de  Toriginal,  de  socte  queUe 

sera  vraiment  plus  utile  aux  savans  qui  voudront  comparer  l'arménien 

•avec  les  fiagmens  grecs  et  latins  que  nous  possédons. 

Comme  la  Chronique  d'Eusèbe  adéj?i  été  analysée  dans  un  preîT>ier 
[article  et  pour  un  objet  différent,  comme  efle  doit  encore  être  le  sujet 
[•d'un  second  anicte>  je  ne  me  permettrai  que  quelques  observaUons  sur 
l€e  qu  elle  me  paroît  contenir  de  plus  important* 

Les  divers  morceaux  qu  Eusèbe  a  tirés  de  Jiérose,  d'Abydéne,   de 

laiion  et  d*autres  écrivains,  ou  plutôt  qu  il  a  empruntés  à  la  Clirono* 

)  d'Alexandre  Polyhistor,  sont  tous  curieux  >  mais  difliciles  à  employer, 

eotniue  tous  les  renseignemens  que  les  anciens  nous  ont  transmis  sur 

*s royaumes  d'Assyrie,  de  Babylone  et  de  Médie  :  c*est  cette  partie  de 

[|i*ouvrage  qui   présente  le  plui  de   détails  neufc   et  Intéressaiis*  Je  ne 

Ijreux  point  parler  de  la  mention  de  ces  rois  que  Bérose  suppose  avoir 

gouverné  Baby/one  pendant  des   myriades  de  siècles  ;  on  sent  que  de 

pareilles  choses  ne  se  discutent  pas  :  mais  ce  qu'il   dit  ensuite  mérite 

»ius  d'attention.   Il    prétend  que  ,  long-temps  avant    Sémiramîs ,  les 

[Âlèdes  firent  la  conqiii^te  de  Babylone,  qu'ils  occupèrent  pendant  deux 

[cent   vjtigt-quatre  ans  sous   huit  rois  :  ils  furent   remplacés  par  onze 

If  rinces  dont  cet  historien  ne  nous  fait  pas  connoître  Torigine,  et  dont 

nombre  d'années  ne  se  retrouvé  malheureusement  pas  d;ms  le  nianus* 

[crir  arménien.  A  peux-ci  succédèrent  quarante-neuf  rois  chaîdéens  qui 

légnèrent  quatre  cent  cinquante- huit   aiu»  et  furent  remplacés  par  neuf 

sis  arabes  qui  occupèrent  le  trône  pendant  deux  tent  quarante-cinq  an$.; 

ne  fut  qu  après  que  régna  Séiniramis.  La  durée  de  ces  dynasties  ne 

iépasse  pas  I<rs  limites  assignées  par  (es  Septante  ,  et  elle  se  renferme  à 

>eu  près   dans   les  mêmes  bornes  que    fa  chronologie  chinoise.  Ces 

Nouveaux  documens  historiques  pourroient    donner    fieu  à   plusieurs 

>nsjdèraiions  importantes. 

Les  détails  qui  suivent  ne  sont  guère  moîn>  curieux  \  Tes  bornes  de  cet 
"aflicle  ne  nous  permettent  de  les  indiquer  que  très- rapidemeaL  Pltisiitti^ 


FÉVRIER  i8ro.  «07 

passages  des  auteurs  cités  par  Eusèbe  seront  fort  utiles  pour  expliquer 
divers  endroits  obscurs  des  livres  des  Roîs  et  des  Prophètes  :  ils  jetteront 
aussi  du  jour  sur  le  fameux  Canon  chronologique  qui  accompagne 
ordinairement  fAhnageste  dePloîémée,  monument  précieux» mats  dont 
il  me  semble  que  personne  fusqu'à  présent  n'a  su  ftire  un  usage  conve- 
nable, parce  qu  on  n'a  pas  fait  assez  d*atleniion  à  la  nature  de  sa  corn* 
position,  ni  d'après  quels  matériaux  et  pour  quel  objet  il  a  été  rédigée 
Les  récils  consignés  dans  le  nouvel  Eusèbe  mettent  hors  de  doute  qvie 
tous  les  rois  mentionnés  dans  ce  canon  jusqu'à  Nabopolassar,  père  de 
Nabuchodonosor ,  n'étoient  qufe  des  officiers  ou  du  moins  que  des 
feudataires  des  rois  a5syrTens  de  Niniveîcequî  s*accorde  fort  bien  fevec 
ce  qu  on  voit  dans  TEcriture  e  tavec  les  inductions  que  l'on  peut  tirer  de 
divers  passages  d'Hérodote. 

Parmi  les  rois  qui,  selon  ce  canon,  auroient  régné  à  Babyfone,  il  en 
est  tin  qui,  dans  la  plupart  des  éditions,  est  nommé  Bi/iù^  BiXiCi*,  mai» 
dont  le  nom  varie  beaucoup  plus  dans  les  autres,  ainsi  que  dans  Ie« 
manuscrits.  Ptoiémée  fliit  commencer  son  règne  avec  1a  4^**  annél 
égyptienne  de  Nabonassar,  cVst-à-dire,  au  i  j  février  702  avant  J.  C.f 
son  gouvernement  fut  de  trois  ans,  Alexandre  Polyhîsior  fait  mention-, 
d'après Bérose ,  dun  prince  babylonien,  que  le  texte  arménien  appelle 
£^îi  X^^^hpnu , qui  régna  également  trois  ans,  puisque  le  même  auteur 
rapporte  qu'en  la  troisième  année  de  son  règne  (Sénécharîb,  roid^Assyrie/ 
s'empara  de  Babylone,  Temmena  captif  avec  ses  partisans,  et  mit  en  sa 
place  son  propre  fils.  Le  rapport  de  nom  et  la  durée  de  règne  montrent 
qu'il  s'agit  du  même  personnage  dans  Ptolénîée  et  dans  Eusèbe  ;  cette 
concordance  établie  nouiî  donne  dautres  lumières*  Cet  Èlib  emmené 
captif  par  le  roi  d'Assyrie  étoit  sans  doute  un  Babylonien  qui  avok 
tenté  d'affranchir  sa  patrie  de  la  dépendance  d^Ninive  :  voici  ce  qui  fe 
prouve.  L'auteur  dt/à  cité  dit  qu'après  que  le  frère  de  Sénécharib  eut 
régné  il  Babylone^  ^r/Vtv  s  empara  du  pouvoir,  qu'il  ne  garda  pas  plus 
de  trente  jours,  et  fut  tué  par  un  certain  Merodach  Baladan^  qui  ne 
r/gna  que  six  mois  et  fût  tué  par  Elib  dont  nous  avons  parlé  :  on  voit 
qu'il  s\igit  d'im  temps  de  (rouble.  Après  la  mort  du  frère  de  Sénécharib; 
les  Babyloniens  voulurent  se  rendre  indépendans  des  Assyriens  :  oi\ 
conçoit  bien  alors  le  motif  de  Texpédition  de  Sénécharib  ,  qui  avort 
peut-être  son  frèrt  h.  venger.  Ce  temps  de  trouble  est  fort  bien  repré» 
sente  par  les  deux  années  d'interrègne  que  le  Canon  de  Ptoiémée  place 
avant  le  règne  de  Bilib*  Ce  frère  de.Sénécliarib,  dont  Eusèbe  ne  noui 
fait  pasconnoîtrelenom,  sera  donc  un  prince  dont  le  nom  ne  nous  a  pas  été 
tiansmis  dune  manière  bien  uniforme  par  les  manuscrits  du  Canon  1 

o  a 


^ 


to8  JOURNAL  DES  SAVANS, 

mais  qu*on  est  convenu  d*appeler  Arcéan,  Apxlctrc^  II  occupa  le  trône 
avant  cet  interrègne  >  pendant  I  espace  de  cinq  ans,  à  partir  de  fa  trente- 
neuvième  année  égyptienne  de  Nabonassar ,  qui  commença  le  1 7  février 
709  avant  J.  C,  ;  ce  que  est  une  raison  de  croire  que  Sénécharib  se  rendit 
pour  la  première  fois  maître  de  Babylone  en  l'an  710  :  cette  conjecture 
%a  bientôt  se  changer  en  certitude,  C*est   en  la  quatorzième  année 
d'Ezéchias  roi  de  Juda»  que  Sénécharib  entreprit  sa  grande  expédition 
contre  la  Syrie  et  rÉgypie,  dont  le  livre  des  Rois,  les  Prophètes  et 
Hérodote,    nous  ont  conservé   le  souvenir.  Tous   les  chronologistes 
5  accordent  à  placer  la  quatorzième  armée  d*£zéchias  en  fan  7  1  1  avant 
J*  C;  cette  détermination,  à  laquelle  on  pourroit  donner  un  degré  de 
plus  de  précision  5  est  suffisante  pour  ce  qui  nous  occupe.  Après  fa  défaite 
inirâculeuse  et  la   fuite  du  roi  d*Assyrie,  on  sait  quÉzéchias  tomba 
dangereusement  malade;  ce  qui ,  selon  le  témoignage  irrécusable  du  livre 
des  Rois  (  I  ) ,  d'Isaïe  (2)  et  des  Paralipomènes  f  j) ,  arriva  dans  la  même 
année.  Après  sa  guérison,  un  roi  de  Babylone  lui  envoya  une  ambassade 
de félicitation  :  ce  prince, que  les  livres  hz\ntS2^^[i'^\[mn  Merodach  Baiddûrt ^ 
ne  peut  être  que  le  Afardocempad ,  qui ,  selon  le  Canon ,  régnoit  alors  à 
Babylone,  et  dont  la  dernière  année,  comptée  à  la  manière  d'Egypte, 
commença  le  1 7  février  7  r  o  avarït  J.  C»  C'est  dans  cette  année  même 
que  nous  avons  placé  la  première  conquête  de  Babylone  par  Sénécharib. 
Ainsi,  quand  Mérodach  Baladnn  envoya  une  ambassade  en  Judée,  il  est 
à  croire  qu*il  étoît  déjà  aux  prises  avec  le  roi  d*Assyrie  ou  que  la  guerre 
étoit  imminente;  et  après  les  actes  d'hostilité  que  Sénécharib  avoit  exercés 
dans  la  terre  dlsraël,  une  simple  félichation  n'étoît  pas  Tunique  objet  de 
Tambassade  babylonienne;  elle  avait  encore  sans  doute  un  autre  butf 
celui  d'engager  Ézéchias  dans  une  guerre  contre   les  Assyriens. 

Les  détails  qu*£usèb^  donne  ensuite  sur  Texpédition  que  SénéchariS 
entreprît  contre  les  Grecs  établis  dans  laCilicie»  après  avoir  conquis 
Babyione  pour  la  seconde  fois,  sont  aussi  neufs  qu'inléressans.  Ils 
confirment  les  traditions  que  les  anciens  nous  ont  transmises  sur  l'origine 
grecque  de  Mopsueste,  de  Mopsucrène,  de  MaUoset  de  la  plupart  des 
villes  de  Cilicie,  et  ils  font  voir  que  les  fabfes  qui  se  trouvent  dans  la 
Chronique  de  Malala,  sur  les  villes  argiennes  et  athéniennes  qui  avoient 
;iuirefois  existé  dans  les  lieux  où  Séleucus  Nicator  fit  bâiir  Antioche  et 
d autres  cités  macédoniennes,  ne  sont  pas  tout-à-fatt  dénuées  de  fonde- 
ment; il  iâlloit  même  que  les  colonies  grecques  de  ces  régions  fussent 


cap,  xxzii. 


FÉVRIER  1820.        \  109 

dflrenues  bien  puissantes ,  pour  attirer  les  armes  du  roi  (TAssyrte.  Je  penM 
que  les  Grecs  de  Cypre  ne  furent  pas  étrangers  à  cette  guerre:  on  sait  qw 
peu  après  la  guerre  de  Troie ,  cette  ile  fut  couverte  de  colonies  grecques  1^ 
et  il  est  bien  vraisemblable  que  l'opulente  Salamine.  devint  la  métropole 
de  plusieurs  villes  sur  le  continent  opposé  ;  il  est  certain  au  moins  qua 
des  princes  de  la  race  d'Ajax  fondèrent  à  OIba»dans  la  Cificie»  une 
souveraineté,  qui  resta  très-long-temps ^u  pouvoir  de  leurs  descendins. 
Cest  dans  Tannée  attique  qui  commença  le  1 3  mars  1 1  pa  avant  J.  C.  ai 
qui  se  termina  le  7  avril  1 1 9 1  »  que  la  race  <f  Afax  s'éublit  dans  File  de 
Cypre,  et  que  Teucer  jeta  les  fondemens  de  Sahmine,'  qui  devint  h 
capitale  d'un  état  considérable!  gouverné  pendant  neuf  siècles  psii  des 
princes  de  la  même  race. 

.  Avant  de  quitter  ce  qui  est  relatif  à  l'histoire  d'Assyrie,  je  remarquerai  que 
le  nom  d'Aradiani  \^«ir^itArfr,que  l'interprète  d'Eusèbe  donne  deux 
fois  à  FEuphrate,  tom.  I,  p.  18  et  //,  paroit'avoir  beaucoup  embarrassé 
ses  éditeurs»  ce  qui  seroit  moins  étonnant  s'ils  n'étoient  pas  Arméniens, 
puisque  c'est  le  nom  bien  connu  d'une  grande  rivière  qui  traverse  le  paya 
de  Daron  et  qui  n'est  pas  autre  chose  que  le  bras  le  plus  considérable  de 
fEuphrate,  qui  est  appelé  maintenant  par  les  Turcs  Mourad-tckai.  Im 
nom  d'Aradiûni  se  rencontre  fréquemment  dans  les  auteurs  armé* 
niens  :  j'ai  déjà  parlé  de  cette  rivière  dans  mes*  Afémoires  historiques  ei 
géographiques  sur J* Arménie  (i)*  Je  dirai  plus  maintenant  ;  je  pense 'que 
le  nom  SArad'^ani  est  la  véritable  dénomination  arménienne  de  FÉa* 
pbrate.  Celle-ci,  que  leâ  Arméniens  ont  adoptée  sous  la  formé 
\xÊjfÊputêm  Evp  hrad,  ne  me  paroit  être ,  diversement  modifiée ,  que  le 
nom  syxïtïï  ou  arabe  du  fleuve.  Nous  sommes  accoutumés  à  ne  donner 
le  nom  d'Euphrate  qu'à  la  rivière  qui  prend  sa  source  dans  les  environs 
d'Arzroum;  mais  celle  qui  est  connue  actuellement  sous  le  nom  de 
Alourad-tchài  y  qui  est  beaucoup  plus  forte  et  dont  le  cours  est  hittt 
plus  long,  est  la  seule  que  les  Arméniens  considèrent  comme  le  véritable 
Euphrate.  C'est  dans  Fintérieur  de  FArm^nie  qu'elle  prend  sa  source  , 
non  loin  de  Forigine  du  Tigre  :  son  nom  particulier  étoit  Arad^ani  ;  oa 
le  retrouve  dans  Pline  sous  la  forme  Arsanias  (2).  La  rivière  qui  vient 
d'Arzroum ,  portoit  aussi  un  nom  particulier ,  qui  est  celui  de  Pyxi'» 
rates  (3).  Je  pense  que  ce  n'est  qu'après  leur  réunion,  que  la  dénomi<* 
nation  d'Euphrate  peut  leur  convenir. 

Ce  quV>n  trouve  sur  l'Egypte ,  dans  la  Chronique  arménienne  d'Eusèbe ,' 
n'est  pas  à  beaucoup  près  aussi  intéressant  ;  il  n'y  a,  à  proprement  parler,  rien 

^  .  '  I  I  mil 

(i)  Tom,  I;  p.  jo,  j  I  et  52.  —  (2)  Plin.  Mb.  V,  cap.  24.  —  {^libid^ 


lio  JOURNAL  DES  SAVANS, 

de  neuf,  le  !oue  est  dans  le  Syncelle  :  on  y  remarque  toutefois  quefqwe; 
différences  et  quefques  variantes  qui  vaudroîent  la  peine  Jètre  discutées  ; 
par  exemple,  au  lieu  de  1  absurde  leçon  du  Syncelle,  que  peu  de  crîtrquei 
ont  révoquée  en  douie  et  qui  attribue  une  durée  de  soixante-quinze  jours 
à  la  septième  dynasire  des  rois  memphites,  composée  de  cinq  rois,  on 
Toit  dans  l\arinénîen  que  ces  princes  régnèrent  soi\ïante*quinze  ans.  Dans 
ies  fragmens  de  Manéthon,  qu'Çusèbe  emprunte  à  Josèphe  ,  fa  version 
arménienne  nous  donne  (es  moyens  de  corriger  une  autre  erreur.  II  y 
est  dit  qiieïe  premier  roi  des  pasteurs  qui  se  rendit  maître  de  l'Egypte  t 
y  fonda  une  ville  célèbre  dans  Tancienne  théologie  égyptienne  sous  le 
nomd'Àuûrîs  i  et  qui  fut  pîour  ainsi  dire  sa  place  d*armes.  Selon  le  greCf 
cette  ville  étoit  dans  le  nome  Saïte,  ir  rû/xçkT  t^J"  SAiT»f ,  et  à  l'orient  de  ta 
branche  bubastîque  du  Nîi»  fUi^uvnf  f^v  'mpûç  <tva7ûhy^v  tS  Bafacçr-n*  TT^tt/xS: 
ce  qui  est  impossible,  puisque  la  vilfe  et  le  nome  de  Saïs  étoient  dans  la 
partie  occideoïale  du  Delta,  tandis  que  Bubaste  étoit  à  l'opposé  en  allant 
vers  la  Syrie.  En  meuant  apfhfo^  ^^y tfff.£tt£fftrÊmt  ^iMéwjtiê^  (r), 
vtlU  dunome  Métkrnithe ,  la  version  arménienne  nous  indique  la  vraie 
fcçon  ;  il  faut  lire  \\Lp.putj1t(S.t  Scthràithe ,  faute  légère  qui  vient  de 
fe  confusion  très-ordînaîre  des  lettres  |]^et  |)  dans  fécriture  majuscufe. 
Un  peu  avant >  en  parlant  de  (a  même  ville,  le  nom  du  nome  est  exacte- 
ment écrit,    #r|f^  9ê-    ^ft  \]tff^ptrffâm(r    appitaf^  4^*"1**^^  ^J^^bH^ * 

ils  fondèrent  une  vllU  dans  le  nome  Séthrdiu:  ici  le  texte  grec  est  conforma 
avec  la  vérité,  ©i  n^  crrâT  Si3j»ôî*nf  vo/^aT  twA/v  xktmw* 

Nous  avons  aussi  remarqué,  au  sufet  des  diverses  dynasties  de  rois 
égyptiens  connues  sous  îe  nom  de  DhspoUfn  t  que  par-rout  où  l'on  voit 
dans  le  texte  du  Svncelle  tnù'srthmv ,  on  trouve  dans  l'arménien 
'^^f{n«*f<99^fâ»Èu^f*f  ,  /es  Dhpoliiàms ,  ce  qui  prouveroit  que  dans 
Foriginal  grec,  que  fe  traducteur  avoit  sous  les  yeux>  on  lisoit  ùnmTst-niv : 
ce  qui  pourrôit  bien  être  fa  vraie  feçon;  car  parmi  les  diverses  médailles 
des  nomes  d'Egypte  que  nous  possédons,  et  qui  pnt  toutes  été  frappée! 
ious  les  règnes  de  Trajan,  d'Hadrien  ou  d'Antonin  ,  celles  qui  appar- 
tiennent au  nome  Diospolite  ^  portent  les  légendes  NOMOC  AlonoMTHc 
ou  AlonOAClTHc  seulement  (2),  Scidiger  remarque  aussi   que  •  dans 


(î)  Le  nintF«(^>  est  rendu  dans  Tarménten  par  leniot»/»!*',  qui  signifie /fAr.  On 
remarque  dans  ctife  traduction  plusieurs  antres  t*rdroïCs  où  Tancien  interprète 
a  ciprîmé  m»i-â«propos  par  dei  équivalens  amténiens^  des  mots  qu'il  devoit 
conserver. 

(it  Nous  tiron?:  ce  rapprochement  des  Rtcherchej  historhjues  et  gio graphiques 
vrr  lis  mêJaUîti  d*  ^u  nreftctt/res  de  l'É^ypti ,  ou^t^^c  encore  ^t^édit'de 

AU  Tôchapj  de  1  uc  dts  îmcriptions   et  bellcs^lcttœs.  Nous  eipéroni 


FÉVRIER   1820. 

toiïs  ks  mnnuscritsde  S,  Jérôme  on  vtoViMQÏlDiopoUtanorum  1 1)  1  qalf  z 
eu  ton  de  prendre  pour  une  faute. 

Je  bornerai  ici  mes  observations  sur  b  Chronique  d*Eusèbe  en  elle* 
niêine  :  non  pas  que  ce  qu  elle  contient  sur  l'histoire  grecque  ne  pût 
fournir  matièce  à  un  grand  uon*bre  de  remarques,  mais  elles  seront 
mieux  placées  dans  un  grand  ouvrage  que  je  prépare  sur  la  chronologie 
de  V histoire  ancienne. 

Après  lexamen  de  la  Chronique  d'Eusèbe ,  il  est  certain  qu*if  faut 
beaucoup  rabattre  des  avantages  exagérés  qu*on  espèroh  en  retirer  ; 
mw  cependant,  en  elle*mème,  cette  découverte  es^i  encore  d'une  assez 
grande  importance,  puisqueKe  donne  un  degré  de  plus  de  ceriiiude  à 
beaucoup  de  renseignemens  que  nous  possédions  sur  I^histoîre  ancienne, 
que  nous  connoissons  précisément  de  quelle  manière  s'enchaînoient  les 
idées  d'Eusèbe ,  et  enfin  qu'elfe  rend  incontestable  lanthen licite  des 
fragjuens  grecs  pubHés  par  Scaliger.  Tout  bien  considéré,  cette  décou- 
verte ajouté  à  la  masse  de  nos  connoissances  un  assex  grand  nombre  de 
faits  et  de  renseignemens  nouTeauXi  non-seulement  sur  les  rois 
d'Assyrie,  mais  encore  sur  les  successeurs  d* Alexandre^  içs  Séleucides 
en  particulier,  et  un  long  fragment  de  Diodore  de  Sicile  sur  les  rois 
d'Albe.  Mais,  fe  le  répète,  n*eussions-nou5  pas  tous  ces  détaifs  et  d'autre^ 
encore  dispersés  dans  le  cours  de  i'ouvrage  et  dans  le  Canon  chrono* 
logique,  il  n*en  seroit  pas  inoins  fort  important  pour  nous  de  retrouvef 
dans  son  intégrité  le  plus  ancien  auteur  sur  la  chronologie,  dont  <Sn 
nous  ait  transmis  des  fragmens  originaux,  La  perte  des  grands  ouvrages 
d*ApoUodofe,  d'Hratosihènes,  de  Castor,  d'Alexandre  Polyhistor,  el 
celfemême  de  Jules  Africain,  qui  avoît  altéré  tous  ces  auteurs  en  les 
soumettant  à  des  systèmes  qu'ils  ne  pouvoient  pas  connaître,  nous 
rendent  Eusèbe  très-précieux.  Par  Fétablissement  du  chrisiianisme,  sort 
Canon  chronologique  est  devenu  à  peu  près  le  seul  régulateur  des 
ouvrages  plus  récens  ;  tous  les  aiuialisies  grecs  et  latins  se  sont  borné» 
à  le  copier,  Tabréger  ou  le  traduire;  il  en  fut  de  même  parmi  les  chrétiens 
de  I*Orient,  et  je  ne  serois  pas  étonné  qu  on  en  retrouvât  un  jour  une 
traduction  en  syriaque  ou  en  géorgien*  La  Chronique  arménienne  de 
Samuel  d*Ani  ncst  presque,  pour  les  temps  anciens,  qu'une  traduction 
abrégée  du  Canon  d'Eusèbe.  Les  modernes  qui  ont  voutu  donner  une  base 


que  ce  savant  5  occupera  bientôt  de  publier  cet  ouvrage  in  té  ressajit,  qui 
|>a,5  moins  uiile  à  la  scitnce  numismatique,  qu*à  la,  géographie  ancie 
FEgypte. 

(1)  Clircn.p,  68^  et  in  Animadv. p*  zj. 


ne  fera 
nn»  de 


m  JOURNAL  DES  SAVANSi 

plus  solide  à  la  science  chronofogîqtie,  n'ont  fait  souvent  qUé  Tnarcher 
5ur  les  traces  d*Eusèbe ,  et  plusieurs  systèmes  accrédités,  sans  en  être ,  à 
c«  qu'il  nous  $emble,  plus  fondés,  ne  sont  encore  que  ceux  de  cer 
écrivain. 

SAINT-MARTIN. 


LAbT  de  vérifier  les  dates  des  faits  HrSTORIQUES.W^' 

ûvant  y  ère  dtréiienne^par  le  moyen  d'une  table  chronologique .  .  . 
ûvec  une  dissertation  sur  tannée  ancienne,  l abrégé  de  rhisîoire 
sainte,  &c. .  .  ,  ,par  un  religieux  Bénédictin  (Do m  Clément); 
imprimé  pour  la  première  fois ,  sur  les  manuscrits  des  Bénédic- 
tins, par  M.  de  Saint-AHais.  A  Paris,  imprimerie  de 
Moreau,  librairie  d'Arthus  Bertrand,  1819;  tom,  I,  II 
m,  in-S^ ,  xivj,  4ti9f  470  ^t  486  pages.  Prix,  6  fr,  par 
volume,  —  (Les  tomes  IV  et  V  sont  sous  presse-) 

Nous  n'avons  pas  transcrit  tout  le  titre  de  cet  ouvrage;  ce  titre  est 
uae  labfe  presque  complète  des  diverses  parties  de  tous  les  articles  qui 
doivent  composer  les  cinq  volumes  de  ce  recueil.  Le  discours  prélimi- 
naire des  éditeurs  contient  une  notice  sur  dom  Clément,  I extrait  d'une 
dissertation  de  M.  Ideler  sur  les  mesures  de  surface  er  de  longueur  des 
anciens,  et  une  explication  des  diflerentes  ères*  Dom  Clément,  né  en 
I7i4i  a  coopéré  à  trois  des  grands  ouvrages  qui  sont  dus  aux  Bénédic- 
tins, au  I^cueil  des  historiens  de  France,  à  THistoire  littéraire  de* la 
France  et  à  TArt  de  vérifier  les  dates  :  il  se  irouvoii  possesseur ,  en  1 790 , 
de  toutes  les  notes  relatives  à  ce  dernier  travail;  elfes  ont  passé  après  sa 
mort,  en  179},  entre  les  mains  de  son  neveu,  M,  Duboy-Laverne, 
dont  les  héritiers  les  ont  cédéeji  aux  éditeurs  qui  les  publient  aujour- 
d'iîui.  Celles  de  ces  notes  qui  concernoienl  la  chronologie  des  siècles  de 
Tère  vulgaire ,  ont  été  employées  dans  la  quatrième  édition  de  cet  ou* 
vrage,  édition  qui  vient  de  paroitre  en  18  volumes  in-S*  Les  autres 
manuscrits  étoient  d'une  plus  grande  importance,  en  ce  qu'ils  fbrmoîent 
uw  recueil  encore  inconnu  au  public;  c'est  celui  dont  nous  allons  rendre 
compte. 

Nous  ne  nous  arrêterons  point  au  mémoire  de  M,  Idcler  sur  les 
mesures  anciennes  de  longueur  et  de  surface.  Malgré  les  rapports  qui 
existent  entre  les  diverses  branches  de  la  science  archéologique ,  n^}^\ 


I 


FÉVRIER   1820.  113 

avouerons  que  cette  métrologie  nous  paroît  un  peu  étrangère  à  la 
science  des  dates ^  ou  n'y  tenir  du  moins  que  fort  accidentellement: 
les  éditeurs  n'indiquent  même  aucun  point  de  contact  entre  ces  deux 
genres  de  recherches.  D  auire^  travaux  de  M.  Ideler  appartenoient  da* 
vantrtge  à  Tart  de  .vérifier  Jes  dates  avant  Jésus-Christ:  tels  sont  ses 
mémoires  sur  rHéméroIoge  de  Ptolémée,  sur  les  observations  astro* 
nomiques  des  anciens,  et  sur  leurs  ères;  mémoires  traduits  par  M.  Hal- 
fr»a  dans  la  Chronologie  de  Ptolémée,  servant  de  troisième  volume  à 
sa  trnduction  de  TAhuageste, 

UexpIica»ion  des  ères,  troisième  partie  du  discours  préliminaire,  est 
fort  succincte;  elle  commence  par  le  passage  où  Censo/înj  en  fournis* 
I  sant  fa  date  de  son  propre  livre  de  Dàrna^ali  (an  2j8  de  fère  chré- 
I tienne),  détermine  par-là  toutes  les  dates  antérieures  qu'il  énonce.  De 
Jà  les  éditeurs  passent  immédiatement  à  la  période  julienne,  dont  ils 
Ijrecom mandent  Tusage;  îfs  opposent  à  Topinion  de  Boivin  Tautorité  de 
^Fétau  et  de  Desvignofes  :  mais»  depuis  Boivin,  quelques  auteurs,  et 
particulièrement  MM,  Fortia  d*Urban  et  Volney,  ont  pensé  aussi  que 
|Ia  période  julienne  devoit  être  remplacée  par  le  compte  des  années  ju- 
[liennes  avant  Jésus-Christ;  et   les  Bénédictins  eux-mêmes  n'ont  pas 
jugé  à  propos  de  fa  faire  entrer  dans  les  tables  de  leur  Art  de  vérifier 
les  dates  de  Fère  chrétienne.  Au  fond  ,  Scaliger  Ta  itnagrnée  à  une 
.époque  où  l'usage  de  mesurer  tes  temps  de  Fhistoire  ancienne  par  an- 
nées avant  Jésus-Christ  ne  s'éioit  point  encore  établi»  Depuis  que  cet 
usage  est  devenu  presque  universel,  il  a  rendu   moins  indispensablô 
celui  de  ta  période  scaligérienne.  Toutefois  nous  pensons  avec  les  édi- 
teurs qu'il  est  fort  à  propos  de  fa  conserver  dans  les  tabfes  chronolo- 
giques, d'abord  parce  quelle  s'est  introduite  dans  un  très-grand  nojnbre 
de  livres  de  chronologie  et  d^histoire,  ensuite  parce  quelle  a  l'avantage 
d'offrir  une  série  unique  et  directe  ,  enfin  parce  qu'étant  le  produit  des 
trois  cycles  de  tp,  de  28  et  de  i  j  ans,  elle  sert  à  trouver  immédia- 
tement, par  de  simples  divisions,  le  rang  que  chaque  année  occupe 
dans  chacun  de  ces  trois  cycles. 

Ce  qui  exige  Pemploî  ou  de  cette  période  julienne,  ou  de  la  numé- 
radon  par  années  avant  Jésus- Christ,  c'est  Fîncertitude  ou  plutôt  l'ab- 
sence d'un  point  fixe  servant  de  commencement  aux  annales  du  monde. 
Les  éditeurs  transcrivent  ici,  de  l'Histoire  universelle  des  Anglais,  le 
tableau  de  cent  huit  opinions  sur  le  nombre  des  années  comprises  eqtre 
la  création  et  l'ère  chrétienne  j  Desvignoles  avoit  compté  plus  de  deux 
cents  de  ces  hypothèses»  Les  deux  calculs  extrêmes  donnent  au  monde, 
avant  J.  C, ,  fun  près  de  70Q0  ans  [6984]  î  Tautre»  seulement  36 1 6t 


lU 


JOURNAL  DES  SAVANS, 


Doin  Clément  s'est  déterminé  pour  496j»  nombre  qui  n'avott  point 
éié  indiqué  encore  ;  les  éditeurs  avertissent  qu'on  trouvera  les  motift 
de  cette  opinion  nouvelle  dans  l'Abrégé  chronologique  de  THistoire 
Sainte;  nous  croyons  devoir  les  indiquer  dès  ce  moment,  car  ils  ont 
influé  sur  le  système  entier  de  l'ouvrage.  Dom  Ctément  pense  que^ 
pour  le  calail  des  temps  antédiluviens,  iJ  faut  suivre,  non  la  version 
des  Septante,  non  le  texte  samaritain,  mais  le  lexle  nébreu ,  qui  donne 
1656  ans,  et  que,  pour  le  second  âge  du  monde,  entre  le  déluge  et 
la  vocation  d'Abraham,  on  doit  préférer  au  texte  hébreu,  comme  à  la 
version  des  Septante,  le  texte  samaritain,  qui  porte  à  1040  ans  ce 
deuxième  intervalle.  Le  total  des  deux  âges  est  ainsi  de  2696  ans\  et 
la  suite  de  Thistoire  sacrée,  jusqu'à  Jésus-Chrîsf ,  se  trouve  fixée  à  2269 
par  des  observations  particulières  sur  la  chronologie  des  juges,  des  rois 
et  des  captivités.  A  l'égard  des  deux  premiers  âges,  dom  Clément  re- 
produit les  argumens  qui  ont  été  souvent  employés  contre  les  nombres 
trop  considérables  énoncés  dans  la  version  grecque  ;  il  trouve  trop 
foibles  ceux  du  texte  samariiaîn  jusqu'au  déluge  ^  et  ceux  de  l'hébreu 
depuis  celle  catastrophe  ju^qu^à  la  vocation  d'Abraham.  Nous  n  examî* 
nerons  pas  jusqu'à  quel  point  Ion  peut  ainsi,  par  de  simples  raisons 
d^  convenance,  séparer,  dans  un  même  texte,  les  huit  premiers  cha- 
pitres d'un  livre  des  huit  suivans,  pour  déclarer  ce  texte  altéré,  quant 
aux  dat^'S,  dans  les  uns;  pur  et  intact  dans  les  autres*  Cetïe  variation 
est  I  :'  :  ;  peut-être  seroit^il  permis  de  désirer  d'en  avoir  quelques 
jndjL  j^endans  des  considérations  qui  invitent  à  préférer  cenaîns 

r.sultais. 

Le  reste  du  discours  préliminaire  contient,  en  moins  de  dix  pages, 
des  notices  sur  les  olympiades,  sur  les  années  de  Rome,  sur  1  ère  de 
Nabonassar»  celle  des  Séleucides,  de  Jules-César,  d'Espagne  et  d'Ac- 
dum.  Les  éditeurs  nous  renvoient  à  TArt  de  vérifier  les  dates  avant 
Jésus-Chtist,  pour  tout  ce  qui  concerne  les  cycles  et  certaines  ères 
anciennes,  notamment,  disent-ils,  pour  Tère  de  Phihppc  (Aridée), 
qui  date  de  la  mort  d'Alexandre.  Celte  mort,  fixée  à  fan  *J2î  avant 
i  rre  vt^lgaire  par  Darthétemy  et  par  MM.  Ideirr  et  Champoflîon-Figeac, 
est  rapportée  k  fan  J24  par  la  plupart  des  chronologfstes,  dont  fopi- 
iMon  tk  été  suivie  \^t  dom  Clément.  En  toute  hypothèse,  j24  sert  de 
f>oint  de  départ  il  une  ère  philippique  indiquée  j^r  Cetisorih,  lôrsqu*il 
di|t  en  Tannée  2)8  de  n<yire  ère,  qii*il  achève  son  livre  en*  fan  562 
ée  ^etle  c>e  Philippe  Aridée,  On  est  également  convenu'  de  faire  paï^tîf 
de  fnn  5  va  Vei>e  des  S<^1eucides:  c*ell*f  ci  est  fubjct  de  Tu n  des  articles 
«hi  discourt  p^linimaire  qui  nous  occupe,  II  y  est  diit  comme  ailleurs^ 


FÉVRIER   1810.  iij 

qu'eHe  s^ouvrît  à  loccasion  des  succè§  de  Séleucus  Nicator,  et  c'est  ce 
que  répète  aussi  doiu  Clément  à  la  page  302  du  tome  second.  Ce- 
pendant Fréret  a  contesté  cette  origine  :  il  n'est  pas  possible,  disoit-U  , 
que  la  royauté  de  Séleucus,  qui  n'est  monté  sur  le  trône  qu'en  505  , 
et  qui  n'a  été  reconnu  roi  de  Syrie  qu'en  300,  ait  donné  lieu  à  une 
ère  qui  part  de  3 1  2.  Si  nous  demandons  à  Fréret  quel  autre  événe- 
ment en  avoit  pu^être  l'occasion,  il  nous  répond  qu'il  n'en  sait  rien, 
«t  qu'il  faut  ^e  borner  à  dire  que  les  historiens,  les  chronographes,  les 
astronomes,  font  usage  d'une  ère  qui  a  ce  point  de  départ. 

Il  nous  sembîe  que,  sans  entrer  dans  un  trop  grand  nombre  de  discus- 
sions et  de  détails,  les  éditeurs  auroient  pu  donner  plus  d'étendue  2i  l'ex- 
plication des  ères,  la  rendre  plus  précise  et  plus  instructive,  y  joindre  des 
notions  préliminaires  sur  les  cycles  égyptiens,  chnldéens  et  grecs,  peut- 
être  aussi  un  examen  général  ou  du  moins  lindication  des  différentes 
sources  de  la  chronologie  ancienne.  Les  Bénédictins,  dans  la  disserta- 
tion qui  précède  leur  Art  de  vérifier  les  dates  deif)uis  l'ère  vulgaire,  ont 
réuni  presque  tous  les  élémens  de  la  chronologie  deS  dix-huit  derniers 
siècles;  ils  n'ont  écarté  que  les  notions  qui  n'auroient  été  applicables 
qu'aux  temps  antérieurs,  dont  ils  ne  dévoient  pas  s'occuper  encore;  ell^ 
étoient  naturellement  réservées  à  ^ouvrage  très-important  dont  on  vient 
d'entreprendre  la  publication.  A  la  vérité,  quelques-unes  de  ces  notion; 
se  trouvent  éparses  dans  certaines  parties  de  ce  recueil  ;  mais  il  y  auroit  eu 
de  l'avantage  à  les  réunir  méthodiquement  dans  une  instruction  générale. 

Le  discours  préliminaire  est  suivi  d*une  table  qui  remplit  cent  qua- 
rante-cinq pages,  et  qui  n'est  d'abord  divisée  qu'en  sept  colonnes; 
période  julienne,  années  du  monde,  années  avant  J.  C,  cycle  de  dix- 
neuf  ans,  indiction,  cycle  solaire»  lettres  dominicales:  mais  le  nombre 
de  ces  colonnes  s*élève  jusqu'à  quinze  par  l'adjonction  successive  des 
olympiades >  des  ans  de  Rome,  de  Père  de  Nabonassar,  de  celle  des  Sé^ 
leucides,  de  Tère  césaréenne,  de  celles  de  Jules-César,  d'Espagne  et 
d'Actium.  Quelques  personnes  pensent  qu'on  auroit  pu  retrancher  l'indic- 
tion,  le  cycle  solaire  ou  de  vingt-huit  ans,  et  les  lettres  dominicales,  at- 
tendu que  ces  périodes,  instituées  après  l'ère  vulgaire,  ne  sont  employées 
que  dans  les  annales  du  moyen  âge  :  mais  nous  croyons  que ,  puisqu'on 
plaçoit  dans' cette  table,  et  même  dans  la  première  colonne,  la  période 
de  Scaliger,  il  étoit  utile  en  effet  d'y  joindre  le$  trois  cycles  qui  en  spnt 
les  élémens;  savoir,  celui  de  dix-neuf  ans^  celui  de  vingt- huit,  et  Vh% 
diction  quindécennale.  Quant  aux,  lettres  doininicales ,  elles  ne  peuvent 
servir  ^e  dans  les  occasions  bien  rares  où  il  y  auroit  lieu  de  rechercher 
les  quantièmes  hebdomadaires  de  certains  évéMmens« 

p'  a 


r 


JOURNAL  DES  SAVANS, 

Dorn  Cfément  ayant  supposé  une  durée  de  quatre  mîHe  neuf  cent 
soixaji te* trois  ans  avant  Tère  chrétienne,  la  période  julienne,  qui  ne 
rcmontoit  qu'à  quatre  mille  sept  cent  treize,  ne  lui  a  pas  suffi;  il  a 
été  obligé  de  recourir  à  une  période  antérieure  dont  il  n*emj)loie  que 
les  deux  cent  cinquante  derniers  termes,  depuis  773 1  jusqu'à  7980,  Il 
commence  donc  par  Tan  7751  d*une  période  julienne  anticipée,  lequel 
se  trouve  être  le  premier  du  monde,  le  troisîèjne  du  cycle  solaire,  fe 
dix-septième  du  cycle  de  dix-neuf  ans,  le  sixième  d'une  indictîon,  avec 
la  lettre  dominicale  D.  Ainsi  établie,  la  table  se  continue  d'elle-même 
par  la  succession  directe  ou  rétroactive  des  nombres  et  par  le  renou- 
vellement dts  cycles.  Après  Tan  du  monde  250,  dernier  de  la  période 
nnticipée,  la  période  julienne  usuelle  commence  avec  Tan  du  monde  2  j  1, 
471  j  avant  J.  C.  A  partir  de  i'an  ^109  de  cette  même  période,  des 
astériî^ques  distinguent  les  années  sabbathiques  et  les  années  de  jubilé. 
On  a  quelquefois  agité  la  question  de  savoir  si  Tannée  jubilaire  éloit 
chaque  cinquantième  ou  chaque  quarante-neuvième,  La  table  est  rédigée 
selon  cette  seconde  opinion,  qui  est,  en  effet,  celle  de  Scaliger  et  de 
Pétau,  et  la  plus  accréditée,  quoiqu'elle  ait  été  coml>attue  par  Ricciolf. 
Cependant  dom  Clément,  dans  TAbrégé  de  THisioire  sainte  {page  jpz 
du  tome  I ) ,  dit  que  Tannée  de  jubilé  revenoii  tous  les  cinquante  ans, 
et  n'entre  d'ailleurs  dans  aucun  examen  de  ce  point  de  chronologie. 

A  la  table  dont  nous  venons  de  parler  succède  la  chronologie  de» 
éclipses  de  lune  et  de  soleil  durant  les  dix  mille  dernières  années  avant 
notre  ère.  Ce  travail  de  Pîngré,  pubh'é  dans  le  tome  XLII  des  Mémoires 
de  facadémie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  est  universellement 
connu»  On  y  joint  ici  une  suite  chronologique  des  éclipses  les  plus 
fameuses,  c'est-à-dire,  de  celles  dont  les  historiens  ont  parlé*  Cette 
notice,  extraite  des  ouvrages  de  Calvisius,  de  Pétnu ,  de  Desvignoles, 
avoit  été  déjà  insérée  dans  les  Tablettes  chronologiques  de  Lenglet  du 
Fresnoy  :  les  éditeurs  n'y  ont  ajouté  quun  fort  petit  nombre  de  re- 
marques; ils  ne  donnent,  par  exemple, aucun  éclaircissement  nouveau 
iur  I  éclipse  prédite  par  Thaïes  et  qui  arriva  pendant  le  combat  des 
Lydiens  et  des  Mèdes,  Lenglet  du  Fresnoy  se  borne  à  dire  que  c*est 
Tune  de  celles  qui  eurent  lieu  en  607,60},  601,  ^97»  58)  et  581 
avant  J,  G,  ;  maïs  elle  a  été  Tobjet  de  quelques  observations  de  M.  de 
Volney,  qui  la  croit  plus  ancienne  et  qui  la  rapporte  à  Tannée  62  j. 
Ceci  rient  à  plusieurs  questions  assez  graves  de  chronologie  qui  pou- 
voient  être,  sinon  résolues,  du  moins  indiquées  dans  TArt  de  vérifier 
fes  dates. 

Le  tome  L'*  continue  par  ttie  dissertation  jur  la  forme  de  Tannée 


FEVRIER    1820. 


Î17 


(ancienne;  cest  une  analyse  du  sixième  livre  de  la  Chronologie  de  THis- 
toîre  sainte  par  Desvignoles.  Le  résultat  seroît  que  Tannée  étoit  de 
trois  cent  soixante- cinq  fours  avant  le  déluge  ;  qu'on  n*a  pas  cessé  de  fa 
croire  telfe  après  cette  catastrophe;  que  Tannée  civile  des  Egyptiens 
n'avoir  pas  plus  d'étendue  »  quoique  leurs  astronomes  calculassent  sur 
une  année  tropique  de  trois  cent  soixante-cinq  jours  un  quart;  que  les 
cinq  fours  épagoinènes  au-delà  de  douze  mois  de  trente  fours  chacun  ne 
furent  civilement  établis  qu*au  commencement  du  cycle  soihiaque^  qui 
s'ouvrit  l'an  1  522  ou  i  J^J  avant  notre  ère-  Au  moins,  k  partir  de  cette 
époque  fil  devient  un  peu  moins  difficile  de  rechercher  et  de  comparer 
les  calendriers  des  divers  peuples  de  Taniiquité,  et  nous  nous  attendions 
à  ea  trouver  ici  quelques  tableaux.  C*est  un  préliminaire  qui  n  a  point 
été  négligé  dans  TArt  de  vérifier  les  dates  depuis  Tère  chrétienne,  et 
dont  on  a  encore  plus  besoin  pour  les  siècles  antérieurs  :  ce  n'est  pas 
qu'on  puisse  espérer,  à  cet  égard,  des  résultats  toujours  précis  et 
constans  ;  mais  il  îtnporte  de  recueillir  ceux  qui  méritent  quelque 
confiance  ou  du  moins  quelque  examen. 

Nous  avons  déjîk  parlé  des  réflexions  de  do  m  Cfément  sur  les  deux 
premiers  âges  du  monde;  elles  forment  une  sorte  d'introduction  à  son 
Abrégé  chronologique  de  l'illïiuiic  mainte.  Cet  abrégé,  qui  ne  se  termine 
qu*k  h  page  152  du  tome  second,  est  divisé  par  sept  époques,  qui  sont 
la  création ,  le  déluge,  la  vocation  d'Abraham,  Tarrîvép  de  Jacob  en 
Egypte  en  Tannée  avant  J.  C,  2076,  la  sortie  d'Egypte  en  j64î, 
Tavénement  de  Saul  en  1080,  ef  la  destruction  du  Temple  en  586,  Ces 
dates,  celles  de  tous  les  autres  événemens,  de  tous  les  commencemens 
et  fins  de  judicatures,  de  règnes,  de  pontificats,  sont  en  généra/  puisées, 
pour  le  premier  âge,  dans  le  texte  hébreu;  pour  le  second,  dans  le 
texte  samaritain;  depuis  la  sortie  d*Egypte  jusqu'à  la  captivité  de  Baby- 
lone,  dans  Touvfage  de  Desvignoles;  pour  les  derniers  siècles,  dans 
le  P.  Pétau  *  Uaufeur  n'aborde  aucune  question  chronologique;  ses 
remarques  et  celles  de  ses  éditeurs  sont  étrangères  à  Tordre  successif 
des  faits  :  mais  ce  somjna! re  des  annales  sacrées  est  rédigé  avec  soin  ;  il  a 
sur  les  autres  abrégés  de  la  même  histoire  Tavantage  de  dater  tous  les 
événemens  mémorables  et  d'offrir  un  système  plus  complet.  Peut-être 
les  éditeurs  en    auroient-ils  rendu  Tusage  plus  commode,  s'ils  avoieni 

^ajouté  aux  dates  de  dom  Clément  celles  d'Ussérius,  qui  ont  été  em- 
ployées dans  un  très-grand  nombre  de  livres  et  auxquelles  on  est  accou- 
tumé. Les  annales  sacrées  ont  ici  pour  appendices,  des  listes  chro- 
nologiques des  grands  prêtres,  des  rois  d'Élymaïde ,  de  Characène ,  de 
Comagène,  deChakidène,  et  des  gouverneurs  de  Syrie 


H»  JOURNAL  DES  SAVAN$. 

Dans  un  second  arficle,  nous  ferons  connoîlre  les  parties  de  cet  oo^  ' 
vragequi  concernent  Thistoire  profane. 

DAUNOU. 


Pbojet  DE  BOISEMENT. DES  BaSSES-Alpes  ,  présenté  û  son 
Exe.  le  Ministre  Secrétaire  d'étot  de  (intérieur ,  par  M.  P.  H* 
Dugîed,  ex'préfei  de  ce  dépurtemeut ,  chevalier  de  tordre  royal 
de  la  Légion  d'honneur;  i   vol.  i//*^/  de  pô  pages,  Paris/] 
de  imprimerie  royale,  i8ip. 

€«Aune  époque  prohablement  ancienne,  les  terres  improductives  du 
w  département  des  Basses-Alpes  étoient  couvertes  de  forêts;  alors  la 
»  température  de  la  haute  Provence,  ses  eaux,  ses  vallées ,  dévoient  être 
n  autres  qu'elles  ne  sont  aujourd'hui.  La  destruction  de  ces  forêts  a  sans 
j»  doute  été  long-temps  Taffàire  des  siècles  :  tant  quelle  a  été  opérée  par 
M  eux,  elle  a  été  lente,  et  l'effet  n'en  a  été  senti  qu'imperceptiblement,  sî 
i»  je  puis  m*exprimer  ainsi;  c*est  quand  les  homjnes  y  ont  eu  mis  la  main , 
n  que  le  mal  a  fait  de  rapides  progrè»  j  aub^i  apprend -on ,  si  Ion  entend 
••  les  vieillards  du  pays,  que,  depuis  trente  années  sur- tout,  on  a  vu  dis- 
I»  paroîtrepïus  de  champs,  plus  de  prairies,  que  peut-être  iJ  rien  avoit 
w  été  emporté  par  les  torrens  dans  le  cours  des  dtux  siècles  antérieurs, 
»  Il  est  temps  de  remédier  à  cet  état  de  choses ,  if  est  temps  de  recréer 
M  le  passé;  le  Gouvernement  y  est  intéressé,  aussi  bien  que  le  départe* 
ivment.»  C*est  ainsi  que  s'exprime  l'auteur,  avant  de  traiter  les 
questions  qui!  va  examiner,  et  d exposer  son  projet.  Ces  questions 
se  réduisent  à  trois  ;  savoir  :  en  quoi  consistent  les  désastres  qu*i(  fkui 
réparer,  quelles  en  sont  les  causes ,  comment  elles  ont  agi  avec  une 
effroyable  progression. 

Dans  les  pays  de  montagnes,  ce  sont  les  vallées  qui  font  la  priiîci- 
paie  richesse  ;  celles  du  département  des  Basses- Alpes  sont  maintenant  à 
moitié  privées  de  terre  productive,  si  Ion  en  excepte  la  vallée  deBar- 
celonnette,  qui  en  conserve  encore.  Les  montagnes  y  sont  presque 
foutes  déboisées  et  même  ne  sont  point  couvertes  de  pâturages;  on  ny 
voit  que  des  rochers,  entre  les  fissures  desquels  se  trouvent  quelques 
buis  et  genêts,  qu'on  arrache  tous  les  jours  pour  faire  des  fumiers  :  ces 
arbustes  seront  bientôt  épuisés  ;  de  manière  que,  Tagriculture  n  ayant  plus 
de  moyens,  la  population  sera  forcée  de  quitter  un  sol  incapable  de 
la  nourrir. 


FÉVRIER   1820.  tt9 

Dcur  fautes  énormes  ont  été  faites,  de  nos  jours,  par  des  adminis- 
trations ignorantes;  sous  le  prétexte  d'augmenter  h  masse  des  terres 
susceptihfes  de  donner  des  récoltes,  on  a  encouragé  les  défricheniens  et 
lesdesséchemens,  sans  en  excepter  les  localités  où  de  telles  opérations 
sont  pfus  nuisibles  que  profitables.  Nous  ne  parlerons  pas  ici  de  des- 
séchemens,  mais  seulement  de  défrichemens,  qui  sont  les  causes  de  la 
déplorable  situation  des  montagnes.  Le  premier  mal  est  la  deMructioa 
des  bois  :  les  arbres  qui  éioienl  sur  ces  lieux  élevés  ,  aîtiroient  et 
retenoient  les  nuages»  qui  sy  dissipoient  en  rosées;  Teau  qu'ils  conte- 
noient,  ainsi  échappée,  pénétroit  dans  la  terre  pour  former  les  sources^ 
qui  s'entre tenoient  perpétuellement  :  maintenant  il  se  passe  plusieurs 
mois,  des  années  quelquefois  ,  sans  qu'il  tombe  de  la  pluie  sur  les  Alpes; 
s'il  en  tombe,  c'est  par  orages,  toujours  plus  chargés  deau  sur  les  mon- 
tagnes que  dans  les  plaines,  d'où  naissent  des  torrens  dévastateurs,  La 
terre  ensuite  ♦  remuée  par  les  cultures,  na  pu  résister  aux  efforts  de  cette 
puissance,  qui  fa  entraînée  plus  facilement  que  n'auroient  fait  des  pluies 
ordinaires;  on  le  conçoit  sans  pefne,  la  plupart  de  ces  montagnes  étant 
hiclinées  à  l'horizon  de  soixante-cinq ,  soixante-dix  ou  soixante-quinze 
degrés* 

M.  Dugred  annonce  qu'il  faudra  un  demi-siècle  pour  réparer  le 
mal;  peut-être  même»  et  probablement,  en  employant  les  moyens  qu'il 
indique,  ce  terme  ne  suffira  pas  ;  mais  il  croit  que  ce  motif  ne  doit  pas 
empêcher  ladoption  et  I  exécution  de  son  projet.  En  effet»  ceux  qui 
administrent  bien  les  empires  ,  ne  refusent  pas  de  travailler  pour  les  jouis^ 
sances  de  la  postérité. 

«  Que  Ion  ne  s'imagine  pas,  dit-iK  que  le  département  des  Basses- 
la»  Alpes  recueillera  seul  les  fruits  de  Topt  ration  ;  les  trois  département 
►  fur/nés  de  rancienne  Provence  y  participeront  presque  également: 
'  ceci  pourroit  surprendre  au  premier  coup-dœil;  mais,  si  Ion  considère 
a»  rinfluen.ce  que  le  vaste  platôau  des  Alpes,  avec  ses  hauts  sommets, 
»  ses  profondes  vallées ,  ses  neiges  et  ses  glaces  éternelles,  doit  exercer 
w  sur  Taimosphère,  à  une  distance  qu'il  nest  pas  donné  aux  hommes 
»  de  calcufer,  on  sera  persuadé  quiîne  partie  de  la  France  subit  cette 
influence.  C'est  sajis  doute  au  déboisement  des  derniers  gradins  de  ce 
1 3»  plateau  »  du  côté  de  la  Provence,  que  cette  contrée  si  renommée,  si 
'a>  riche,  doit  d'avoir  vu  ses  oUviers  ,  ses  fruits  à  noyau,  et  sur-tout  ses 
»  amandiers ,  geler  depuis  vingt  cinq  à  trente  ans.  Peut-être  aussi,  ces 
»  vents  inconnus,  ces  tardives  gelées  i  qui  ont  désolé  les  vignobles  de 
»  la  Franche- Con» lé /de  la  Bourgogne  et  d'autres  provinces,  depuis  le 
»  même  temps,  doivent-ils  être  attriljués  à  la  même  cause»» 


110  -       JOURNAL  DES  SAVANS» 

Cauteur  ne  se  dissimule  pas  que  la  réparation  qu'il  conseille  ne  soît 
très-coûteuse;  mais  if  se  rassure  en  disaqt  que  ce  que  le  Gouvernement 
dépenseroitdtm  côté,  Tagricultiire  le  gagneroil  d'un  autre  au  centuple. 
Sans  doute  Tagricufiure  gagneroit,  c'est-à-dire,  la  masse  des  productions^ 
augmenieroitde  tout  ce  quon  reiireroitde  ces  terrains,  arides  auparavani. 
Le  Couvernement ,  sous  le  rapport  financier,  accroîtroît  son  revenu  par 
les  contributions  de  cesn&vaits;  il  nous  semble  qu'il  plnceroîi  ainsi  des 
fonds  à  un  bon  intérêt,  qu'il  favoriseroit  la  population  en  créant  plus 
de  subsistances*  Et  pourquoi  ne  prendroit-if  pas  au  reboisement  des 
montagnes  le  même  intérêt  qu'il  a  pris  à  fa  fixation  des  dunes  de  la 
GascogneL  On  sait  que,  par  Teftet  des  vents,  ces  dunes  se  déplacent 
insensiblement,  de  manière  à  envahir  peu  à  peu  une  assez  grande  étendue 
de  pays*  Un  plan  pour  en  arrêter  les  progrès  a  été  proposé  par 
M.  Bremoniier,  qui  en  a  commencé  avec  succès  l'exécution;  ce  plan 
consiste  à  semer  des  graines  d*arbres,  de  pins  maritimes  sur- tout,  afin 
que  leurs  racines  retiennent  les  sables  mouvans:  Hmmensîté  du  travail 
na  pas  effrayé;  chaque  année  des  fonds  sont  employés  à  cet  objet. 

Pour  prévenir  la  dépopulation  delà  partie  haute  du  département  des 
Basses- Alpes,  et  lui  rendre  son  ancienne  prospérité,  fauteur  indique 
trois  mesures,  qui  doivent  concourir  ensemble  ;  savoir;  i  ,*  d^empêcher 
tout  nouveau  défrichement  sur  le  penchant  des  montagnes,  et  de  redonner 
aux  terres  déji  réunies  leur  adhérence  primitive;  !•*  de  boiser  le  sommet 
et  les  flancs  des  montagnes;  j.**  d  encaisser  les  torrens,  en  les  contenant 
par  des  digues.  Il  traite  de  ces  trois  mesures  dans  autant  de  chapitres; 
i(  cite  une  expérience  qui  fait  voir  que  !  on  pourroit  compter  sur  leffet  de 
la  première.  Le  boisement  des  sommets  des  montagnes  et  de  leurs 
flancs,  qui  quelquefois  sont  abrupts,  c'est-à-dire,  escarpés,  est  sans 
doute  difficile,  parce  qirils  sont  dépourvus  de  terre  végétale ,  ainsi  que 
Ja  plupart  des  landes ,  où  Ion  parvient  avec  le  temps  à  en  former, 
comme  on  fe  voit  dans  certaijis  cantons  du  Brabant  et  de  ta  Brefagne.  Il 
y  a  des  espèces  d  arbres  et  d  arbrissaux  qui  croissent  dans  les  fentes 
•mêmes  des  rochers  à  nu,  «  La  longueur  du  temps  ne  doit  poîni  faire 
*»  repousser  celte  idée ,  un  demi^siécle  peut  élever  une  forêt;  il  n'a  fallu 
#j  qu'une  graine  apportée  par  le  vent,  quelquefois  par  un  oiseau,  pour 
»•  opérer  celte  heureuse  métamorphose.  Qu  est-il  arrivé!  La  semence  a 
»•  germé,  et  la  jeune  pîante  s  est  engraissée  de  ses  propres  débris.  De 
»  même  une  forêt,  après  avoir  vécu  par  ses  feuilles  quand  elle  eu 
»étoit  parée,  sVn  nourrit  encore  lorsqu'elles  sont  tombées  à  ses  pieds,» 
M.  Dugied  conseille  d'abord  de  semer  les  terrains  qui  peuvent  pro- 
duire davantage:  des  ho^^  on  passera  aux  médiocres,  et  de  ceux-ci  aux 


FEVRIER    kBio.  ^^       121 

hfiauvaîs.  Caîculaiu  ensuite  ce  qu'il  y  en  a  rfîmproductifi  dans  le  départe- 
ment, if  ntn  supposçque  cent  cinquante  mille  hectares,  dont  il  voudroii 
qu'on  ensemençât  en  bois  deux  à  trois  mille  par  chaque  année*  Les 
principaux  obstacles  qu'éprouvera  lopération,  selon  Fauteur,  naîtront 
de  (a  division  des  propriétés,  du  peu  de  contributions  que  paient 
actuellement  les  friches,  et  du  foible  profit  qu*on  croira  retirer  de  leur 
wiise  en  valeur  :  il  s'attache  à  détruire  ou  à  atténuer  ces  obstacles,  en 
disant  d*abord  qu'il  ncn  est  pas  des  terres  incultes  comme  de  celles  qui 
sont  cultivées;  les  premières  sont  moins  divisées; il  n'est  pas  rare  de  voir 
une  montagne  entière  appartenir  à  un  seuf  particulier*  L'augmentauon 
de  f impôt,  dans  son  système,  n'excédera  pas  cinquante  centimes  par 
hectare ;fe  bois  qur  croîtra,  n*eût-tf  aucun  prix  comme  bots ,  en  aura 
toujours  comme  parcours  ,  ce  qui  dédommagera  bien  amplement;  enfin 
le  bois  est  cher  dans  le  département,  et  Ion  trouvera  moyen  de  tirer  parti 
de  celui  qui  aura  été  semé  ;  rindusirie,  à  laquelle  on  peut  s  en  rapporter , 
saura  l'exiraire  brut  ou  iravaitlé  ;  d'ailleurs  on  ne  propose  pas  d  en  couvrir 
les  parties  trop  élevées  ou  dont  les  accès  sont  trop  difficiles.  M,  Dugied 
voudroît  que,  pour  faciliter  ce  genre  d*amélioration,  le  gouvernement 
donnât  des  primes;  qu'il  fournît  les  graines  des  arbres  qui  conviennent 
au  sol  et  à  la  température;  qu'if  exemptât  de  contributions,  pendant  un 
certain  nombre  d'années,  les  terrains  ensemencés, et  qujis  fussent  confiés 
tl  recommandés  à  la  garde  des  ageas  forestiers* 

L'encaissement  des  torrens  ne  paroît  devoir  commencer,  d'après 
M.  Dugied  j  que  quinze  à  vingt  ans  après  l'existence  des  nouvelles 
forêts,  époque  où  les  montagnes  auront  recouvré  toute  l'attraction  dei 
nuages  dont  elles  jouissoient  avant  le  déboisement.  Celte  suspension 
n^enipêche  pas  qu'on  ne  s'occupe  des  digues  qui  paroîtroient  nécessaires: 
Tauieur  entre  dans  quelques  détails  sur  fa  manière  de  les  construire,  sur 
la  rapidité  avec  laquelle  se  tforment  les  attérissemens.  Pour  citer  un 
exemple  des  avantages  qu'on  obtiendroit  de  certaines  ^/^fj,  il  indique 
ceux  quon  retireroit,  si  l'on  pouvoit  contenir  la  Durance  entre  Sîsteron 
et  Mirabeau;  ce  travail  rendroit  à  l'agriculture  dix  miflions  de  toises 
carrées ,  avec  une  dépense  de  quatre  à  cinq  millions. 

La  partie  fa  plus  déficate  à  traiter  du  projet,  est  celle  qui  concerne 
les  moyens  pécuniaires  d'exécution;  M.  Dugied  sent  bien  qu'if  fau- 
droît  des  sommes  considérables;  mais  il  croit  qu'on  y  subviendroît,  si 
les  communes  environnantes  y  contrîbuoîent  ensemble  pour  une  moîtié, 
et  le  Gouvernement  pour  lautre,  k  titre  d'avances.  Il  voudroît  que 
tout  le  travail  de  pfusieurs  vaflées ,  ou  au  moins  de  toute  une  vallée  ^  fiit , 
fait  en  une  campagne ,  afin  que  les  ouvrages  inférieurs,  s'appuyant  sur  les 


^A^ai  JOURN^AL  DES  SAVANS, 

[^upcrieurs ,  ne  risquassent  point  d'être  tournés.  Afin  de  donner  un  aperçu 
de  la  dépense,  il  prend  une  vallée  de  cinq  fieucs,  et  suppose  qu'un 
I dixième,  ou  trois  mille   mètres,  des  digues  à  faire,  sera  construit  en 
pierres;  six  dixièmes*  ou  dix-huit  mille  mètres,  en  gat  ions  et  fascines; 
trots  dixièmes,  ouneuf  mïUe  mètrfs,en  plantations:  la  portion  h  payer 
[f>ar  le  Gouvernement,  dans  l'hyputhêse  qu'il   fournira    la  moitié,  sera 
[fie  deux  cent  soix-inte-un  mille  francs*  Si  Ion  travaiKoit  cinq  vallées  à  la- 
[fois ,  la  dépense  seroît  quiiuujile.  11  a  dû  établir  un  terme  moyen  pour 
^s  évaluations  ï  car  it  y  a  ïelle  vallée  qui  exigeroic  beaucoup  et  telle 
lire  moins  de  travaux  à  faire.  Malgré  Tapparence  d'exactitude  dans  les 
ht  nous  nous  garderions  bien  de  les  garantir;  dans  des  entreprises 
if  vastes,  il  y  a  tant   d'obstacles   imprévus,  tant  d'événemens  qui 
frangent  les  combinaisons,  qu'on  ne  peut  rien  statuer  de  positif. 
L'utilité  de  Topération  proposée  n'est  pas  douteuse    on  connoît  Ie$ 
bons  effets  des  digues  le  long  d'une  partie  de  tios  grandes  rivières;  celle 
qui  défrnd  contre  Jfs  inondations  de  la  Loire  rn  pays  très-éttndu,  est  un 
bel  exemple,  qui  peut  être  imiié,  soit  en  grand,  soit  en  petit 

M.  Dugied  n*eùt  rempli  quîmparfaitement  sa  tâche,  s*ii  n*avoit  fait 
entendre  comment  le  département  des  Basses- Alpes  pourroit  remfjourser 
les  avances  du  Gouvernement .  qui  seroit  venu  à  son  aide;  c'est  à  quoi  il 
s'attache  dans  le  dernier  chapitre.  I(  croit  trouver  ce  remboursement  dans 
l'augmeniaiion  de  contributions  dont  seroient  susceptibles  les  terrains 
améliorés,  et  daJis  le  partage  ou  La  vente  de  la  moitié  des  attérisseniens. 

Des  tableaux  placés  i  la  fin  de  fouvrage  présentent  les  avat>ces  à 
faire  par  le  Goiwernement  pour  favoriser  les  travaux  ,  et  le  nombre 
4*annces  qu  exigeroit  Tamortissement  de  ces  avances. 

Ce  projet  nous  paroît  très-intéressant:  il  seroit  à  désirer  pour  le  bien 
de  la  Provence,  qu  il  pût  être  exécuté  ;  on  doit  savoir  gré  à  fauteur  d'en 
avoir  conçu  l'idée* 

TESSIER. 


NOUVELLES  LITTÉRAIRES. 
INSTITUT  ROYAL  DE  FRANCE, 

UACADÉMIt  des  inicriptîon^  et  belles^ciires  a  clu  M.  (fHauterîvf  à  fa 

place  d'académicien  libre,  vacarnc  par  (e  décès  de  M.  Fauns  de  Saint-Vincen** 

Uacadémîe  des  sciences  a  perdu  Vwn  de  ses  '     v.  M*  Pal!sôt*dc  Beau* 

vbh,  aux  futic railles  duquel  M.  de  Jijssiciî  a prc  !e  22  janvier  ,Ir  discowTS 

suivant  ;  «  Lorsqu'un  homme  Citiauble^  qui  a  rcnd^i  d«5  sçrvicei  dans  quelc^ues 


i-;. 


FÉVRIER    1820.  — -         t2> 

»  parties  des  connoissances  humaines,  succombe  au  milieu  de  «es  utiles  occu- 
«patrons,  son  éloge  doit  consister  dans  Texposé  fidèle  des  travaux  auxquels  II 
»#^s'est  fîvré  pendant  le  cours  d*une  vie  active,  et  ce  simple  exposé  suffit  pour  faire 

*  mieux  senrir  sa  perte.  M*  Paiisot,  baron  de  Beauvots,  don!  ia  mon  excite  au- 
>' jourd'huj  nos  regrets,  s*csl  distingue  depuis  long-temps  par  des  recherches 
«suivies  et%iuhipliées  sur  les  vt?gétaux  de  diverses  familles  et  sur  quelques 
>»  classes  d'animaux.  Pourvu,  avant  la  révolution,  d*une  charge  de  recevei'ir 
«général  des  domaines,  iï  îrouvoit  le  temps  de  satisfaire  son  goût  particulier  en 
»»  faisant  des  obsen-^aiions  sur  l'organisation  des  plantes  dont  la  frucnfication  est 
»»peu  connue,  observations  qu'il  consigna  dans  plusieurs  mémoires  estimés.  Pat 
»  lutte  de  cette  passion  pour  la  science,  lorsque  sa  place  fut  supprimée  avec 
«  toutes  celles  du  même  ordre,  laissant  à  d*autres  le  soin  de  surveiller  ses  intérêts 
«  financiers,  il  profita  d'une  occasion  pour  passer  en  Afrique,  dans  le  royaume 
»d'Oware,  voisin  du  Bénin,  qui  jusqu'alors  n'a voiijé té  visité  par  aucun  naru* 
>*  ralisie.  Jl  ne  fut  point  arrêté  dans  ce  lieu  par  les  dangers  inéviiables  d'un  climat 
^  chaud  et  humide,  funeste  â  beaucoup  de  ses  compagnons  de  voyage  ;  et  il  put  y 
«rassemblera  ia  hiice  une  grande  quantité  de  planies  et  d'insectes,  qu'il  eut  le 
>ï  bonheur  de  faire  parvenir  en  Europe,  Mais  bientôt,  accablé  de  fatigues  et 
>'  respirant  un  mauvais  air  sur  un  rivage  fangeux,  il  tomba  malade  à  son  tour, 
»et  ne  dut  son  salut  qu'à  une  prompte  fuite,  en  s'embarquant  sur  un  vaisseau 
«destiné  pour  Saint-Domingue.  Reçu  avec  distinction  dans  cette  colonie,  et 
«admis  même  dans  son  conseil,  il  profita  de  quelque  temps  de  calme  pour 
ïj  parcourir  le  territoire  voisin  et  faire  de  nouvelles  colkctîons.  Les  troubles 
ï>  survenus  dans  Tîte  forcèrent  les  liibitans  de  solliciter  les  secours  des  Etats- 
Si  Unis,  et  AI.  deBeauvois  fut  choisi  pour  cette  mission  honorable,  qui  n'eut 
»pas  tout  le  succès  qu'on  espcroit.  Il  ne  revint  à  Saini-Domingueque  pour  être 
3>  témoin  du  complément  d'une  révolution  qui  le  força  à  repartir  sur-le-champ ^ 
jîSans  pouvoir  même  emporter  ses  collections,  qui  furent  perdues  pour  lui. 
»  Revenu  à  Philadelphie,  privé  de  toiu  secours,  ne  pouvant  en  recevoir  de 
»  France  >  où  ses  biens  étoieni  à-peu-prés  séquestrés  a  cause  de  son  absence^  il 
ï»  ne  put  subsister  dans  ce  lieu  quVn  mettant  a  profit  quelques  talens  acquis  pour 
i>sa  simple  satisfaction.  Cependant,  avec  ses  folbles  moyens,  et  un  peu  secondé 
«par  l'ambassadeur  de  France,  il  put  faire  quelques  excursions  qui  lui  pro- 
^j  curèrent  de  nouvelles  récoltes  en  plantes  et  animaux;  et  il  les  rapporta  en 
>3  Europe.  A  peine  rentré  dans  sa  patrie,  quoique  détourné  par  des  démarches 
a*  indispensables  pour  rentrer  en  possession  de  ses  biens,  il  entreprit  cependant 
«  de  donner  la  Flore  d'Oware,  et  de  faire  connoître  les  insectes  du  même  pays. 
«Ces  deux  ouvrages,  publiés  en  grand  format,  avec  des  planches  coloriées, 
3> sont  déjà  très-avancés.  Il  s*occupoil,  en  même  temps,  d'autres  recherches 
ïï  sur  différentes  familles  de  plantes,  sur  lesqTieïîes  il  a  publié  des  ouvrages  pat^ 
«  liculïers  ,  estimés  des  naturalistes.  Beaucoup  d'autres  matériaux  étoient  encore 

*  rassemblés  pour  de  nouvelles  publications;  car  tout  son  temps  étoit  consacré 
li  aux  recherches  d'histoire  naturelle.  Ses  premiers  essais  avoient  été  accueillis 
w  par  l'ancienne  académie,  et  les  plus  récens  ont  été  appréciés  par  l'institut,  qui 
«Tavoit  admis  au  nombre  de  ses  membres.  Ayant  été  l'ami  de  M.  de  Beativois, 
»son  correspondant,  !c  dépositaire  de  se$  collections  en  son  abs^ence  ,  le  témoin 
»  de  ses  travaux  avant  son  voyage  et  depuis  son  retour,  j'ai  dû  réunir  ici  les 
«princïpaujt  titres  qui  doivent  rappeler  >ur  lui  des  souvenirs  honorables.  Toils 

Q   i 


1^4  JOURNAL  DES  SAVANS, 

«ceux  qui  Tont  connu  diront  combien  son  commerce  fut  sûr  et  agréable- 
>'  Penonne  ne  fut  plus  ferme  dans  ses  affections*  Sa  mémoire  sera  loujour» 
«chère  à  les  confrères,  à  s^s  amis,  ainsi  qu*â  Tépouse  sensible  qui  lui  furviti 
>*  Cl  dont*iI  sVtudioit  constamment  a  faire  le  bonheur,  « 

LIVRES  NOUVEAUX. 

FRANCE. 

Suf^plément  au  Clossairt  de  la  langue  romane,  contenant  réfymoîogte  et  la 
signification  des  mots  dans  l'ancienne  langue  d»  s  Fran^jais;  par  J,  B.  de 
Koqucfort  (avec  une  dissertation  sur  le  g^nie  de  la  langue  française  par  M.  Auguis, 
et  un  mémoire  sur  l'origine  des  Fran^^Mis),  Paris,  imjvr,  de  Dupont,  chez 
Chaîsériau  et  Hécart ,  1^20,  in-8/,  2J  feuilles  1/4.  Prix,  7  fr, ,  et  papier  vélin , 
14  fr.  rzCe  supplément  sert  de  tome  111  au  Glossaire  de  M.  de  Roquefort, 
publié  en  i8otf* 

Le  Théâtre  des  Grecs  par  le  P.  Brurnoy ,  seconde  (troisième J  édition,  revae^ 
corrigée  et  augmentée  cie  fragmens  de  poètes  grecs  tragic|ues  et  comiques  ,  par 
M.  Raoul-Rocheite;  i  y  vol.  in-S."  Paris,  veuve  Cussac.  Ceïte  édition,  ornée 
de  gravures,  parohra  en  18  livraisons,  3  de  gravures,  et  15  de  texte.  Prix, 
J  fr.  par  livraison,  10  fr,  carré  vélin;  1  j  fr»  grand  raisin  veitn.  On  souscrit 
en  payant  d'avance  une  livraison. 

Théâtre  des  Latins,  textes,  et  traductions  françaises  de  Plaute,  par  M,  J.  B. 
Levée;  de  Térence,  par  Lemonnier;  de  Sénéqtie,  par  Coupé;  avec  des  disser- 
tations et  observations  critiques,  par  MM.  Amaury  Duval  et  Alex»  Duvalp 
membres  de  rinstit-it,  14  vol.  w-8,* i  savoir:  Plaute,  8  vol.;  Térence,  3  vol,; 
Sénéque,  2  vol  ;  frai^niens  d'Ennius,  de  Pacuvius ,  &c.,  i  vol.  On  souscrit  cher 
Chassénau ,  au  dépôt  bibliographique,  rue  de  Choiseul,  n.*  3;  et  chez 
MM.  Treutrel  er  Wurtz.  Prix,  6  fr,  yo  cent,  par  volume;  et  pour  les  non-sous^ 
cripteurs,  7  (r.  70  cent. 

Clù\f'ts t  tragédie  en  cinq  actes»  par  M.  Népomucéne  Lemercîer,  de  rfnstîtut; 
précédée  de  considérerions  histpriques.  Paris,  Baudouin  frères,  1820,  in-S** , 
xlvij  et  99  pages.  Prix  ,  2  fr.  yo  cent* 

Anmbiil,  tragédieen  trois  actes,  parM.  Firmin  Didot;  suivie  de  notes.  Paris, 
Firm.  Didot,  1820,  vij  et  94  P^g^^*»  (  Voy*^  Journal  des  Savans  août  1817, 
page  476-484  }• 

Les  Comt'diens ,  comédie  en  cinq  actes  et  en  vers,  précédée  d'un  prologue 
(o  prose ,  par  M.  Casimir  de  Lavigne;  rrpréseniée  sur  le  second  théâtre  français. 
Je  6  janvier  1820,  Paris,  imprimerie  de  Fain;  chez  Barba;  i/r-^/^  5  feuilles, 
a  fr.  50  cent.;  et  en  papier  vélin,  y  fr, 

Œuvres  de  lord Byrûn  ,\t^A\x\its  de  l'anglais.  Paris,  imprimerie  de  Ladvocab 
6  vol.  ittii,  30  fr.  =^  Le  texte  anglais  de  ces  mêmes  (Euvrcs  a  été  aussi  publié 
à  Paris,  chez  Galignani,  rue  Vivienne;  6  vol   m-/2, 

(70)  Lettres  inédifes  de  Boisuet.  Versailles,  Le  Bel;  et  à  Paris,  chez  Iç 
Normant,  PiU»*t ,  Brunot-Labbe,  <5cc*  in-B.^  4  feuilles  :  i  fr.  %o  cent. 

Été  mens  méthodiques  de  géographie,  disposés  d'après  un  ordre  nouveau;  par 
J.Ch.  Baiileul,  ancien  député.  Paris,  Ant.  Baiileul,  i8^u:),  m-j2^  14  ^^tiilles  j/4 
rt  une  carte* 

Vojf^ige  phtoresfue  de  Cûnstûmincple  et  des  rives  du  Bosphore,  d'après  Ici 


FÉVRIER   1820. 


I2J 


dessins  de  M-  Melling»  architecte  de  l*eo)pereiir  Sélim  111,  et  dessinateur  de 
la  siiitane  Hadidgé,  sa  sœur;  publié  par  MM.  Trtruiiel  et  Wiirtz;  treizième 
et  dernière  livraison^  in-folio  de  9  feuilles,  plus  >  planches  ;  imprimerie  de 
P.  Didot  aine;  à  Paris,  cht-z  les  cditcurf.  Prix,  pour  les  souscripteurs,  100  fr; 
pour  les  ^on•^ousc^tpleu^s,  120  fr.;  figures  avant  la  lettre,  150  fr.  Cette 
derniértf  livrcjîson  contient  le  titre  »  avec  le  chiflie  de  Stliia  III,  imprime  en  or, 
—  Préface  des  éditeurs;  —  Description  du  plan  de  Constannnopie;  —  Des- 
cription de  la  carte  topographique  du  Bosphore;  —  Dcîkcrïpnon  du  plan 
indicatif  des  vues  qui  composent  Touvrage,  avec  ia  table  gén. H. île  des  planches, 
Lc5  cinq  planches  sont  :  1 ,  Titre  gravé  pour  Ja  colleciion  des  planches;  11,  le 
Porrriiii  de  Sétim  111  ;  II i,  PUn  de  Constaniinople  et  de  ses  faubourgs;  IV, 
Carte  lopographique  du  Bosphore;  V,  Plan  indicatif  des  vues  qiû  composent  le 
Voyage  de  Cunstantinople  et  des  rives  du  Bosphore.  Avec  cette  livraison,  se 
distribue  une  feuille  /Vr-4,*  contenant  une  li^te  provisoire  de  MM»  Jessouscrip* 
leurs,  au  nombre  d'environ  deux  cent  quatre-vingts.  La  souscription  reste  ouverte 
jusqu'au  29  février  :8ao.  Les  souscripïeors  en  retard  sont  inviicà  â  retirer  leurs 
livraisons  avant  cette  époque,  passé  laqu&lle  îl  en  st^ra  dispo5é«  et  ils  n*auront 
plus  la  faculté  de  se  compléter.  Dans  le  courant  de  mars  1820,  sera  publiée  la 
liste  définitive  des  souscripteurs,  sort  nouveaux, st)ii  anciens,  qui  auront  retiré 
tt>utes  les  livraisons.  11  existe  quelques  exemplaires  de  la  collection  des  eaux 
fortes  des  quarante-huit  vues  pittoresques  de  M.  Mt^lling*  Un  seul  exemplaire 
du  texte  de  Touvrage  a  été  tiré  sur  vélin  d'Angslxïurg.  1=  L'ouvrage  entier 
forme  deux  voL  gr.  in-foi.  atlantique,  Tun  de  texte,  l'autre  de  planches.  Prix 
de  souscription,  i 300  fr.;  et  fig.  avant  la  lettre,  1950  fr, 

Voyagt  dans  l*intérteur  de  V Afrique,  aux  sources  du  Sénégal  et  de  la  Gambie, 
fait  en  18 1 8  par  G.  Moîlien  ;  avec  cartes  et  vues  dessinées  et  gravées  par 
AmbrojseTardieu.  Paris,  imprimerie  de  M.*"*^  Courcier;  chez  Amhroise  Tar- 
dieu,  Mongie,  Bossange,  &c.  î  2  voK  in-S,*  ^  12  fr.  Le  second  volume  est  ter* 
miné  par  un  mémoire  de  4(1,  tyriés  sur  les  découvertes  lecenus  dans  fin' 
teneur  de  l*Afriqae.  ^ 

Ai  émoi  f€  pour  servir  à  um  nouvelle  histoire  de  Louis  XI t ,  le  père  du  peuple 
(par  M.  R.).  Paris,  Firmin  Didot,  Mongie  et  Delaunay,  1819,  i/i-/,% 
442  pages. 

Situation  de  la  France,  par  J,  Ch,  Barlleul,  ancien  député.  Les  trois  pre* 
miers  cahiers,  formant  2H8  pages  m-^/^  chez  Ant,  BaiiïeuL  Prix  de  ces  trois 
cahiers  et  des  deux  qui  doivent  suivre,  6  fr.;  cl  par  la  poste,  7  fr*  jo  cent, 

Notices  historiques ,  statistiques  et  littcraires  sur  la  vdle  de  Strasbourg,  par' 
J.  Fréd*  Hermann,  Strasbourg,  Levrault,  1819,  2  voL  i/î-i?/ 

De  la  Corse j  et  des  mofurs  de  ses  habituas  j  par  M.  Ag^^stinû  Paris,  Dufart, 
1819,  in-S.* 

Exposé  des  faits  qui  oni  précédé  et  suivi  la  cession  de  Parga ,  ouvrage  écrit 
en  grec  par  un  Parganioie,  et  traduit  en  français  par  un  de  ses  compatriotes; 
publié  par  Al,  Amaury  Duva) ,  membre  de  rlnstiiut.  Pari.*,  imprimerie  de 
Pupont,  au  dépôt  bibliographique,  rue  de  de  Choiseul,  n.**  3  ,  et  chez  Brissot- 
Thivars,  cher  Corréard,  1820,  in-S." ,  7J  pages:  2  fr.  jo  cent. 

Des  ProscriptiotfS ;  par  M,  Bignon,  Livres  II  et  îll,  pag.  r 29-390,  ter- 
mînani  le  premier  volume.  Pari^: ,  imprimerie  de  Dupont,  tibraiiit;  de  Brissgl- 
Thivars^  i8ao,  in  S,' 


ti6 


JOUHNAL  DES  SAVANS, 


Procli  philosophi  Ptatonkf  Optra  ,*  è  codd.  mss,  Biblioih.  régime  Parisif  nui 
fiunc  pHmiim  eoidit^  lectianis  vanetate,  vcrstone  latinâ,  commentaTils  illiis* 
tra\ h  Victor  Couiîin  ,  protcssor  philosophiae  in  academia  Farisiensi,  Tomuf 
primL*5,  contincns  tria  opuscula  ,  de  libertate,  providentia  et  mala.  Pariiiis, 
Eherharf,  idiOt  in-S.*,  2j  Feuilles  3/4. 

Éléimns  d*êcononik  politique ,  suivis  de  quelques  \Mt%  sur  rapplicaiion  des 
pnntîpes  de  cette  science  aux  règles  adminisiraiives  (par  M.  d'Uatitcrive); 
Paris,  Fantiti,  in^S,* 

a  apport  du  jury  centrul  sur  tes  p  réduits  dt  l'industrie  française  ;  rédige  par 
M.  L.  Cosiaz.  Paris,  imprimerie  royale,  1819,  in-S/,  xxiv  et  492  pages. 

Anna /es  du  Ai  usée  et  d*'  ri^cole  moderne  des  teaux-arts  ^  salon  de  1819;  par 
C.  P. Landcrn.  Cinquième  livraison,  pages  81-96,  avec  les  planches  n^**  49"^^» 
in-S*'  Quni   de   Contî,  n,**  5, —  La  sijtiénie  livraison  vient  de  parohre. 

An  maire  de  l'école  françat  se  dt  peinture  j  00  fetcres  sur  le  salon  de  1 8  r  9,  par 
M»  Kerairy,  avec  cinq  eiiampes  en  taiile-douce,  d'après  les  tableaux  de 
AIM*  Girod et.  Hersent,  Picot,  Horace  Vernet,  Wateleî ,  et  sur  les  dessin* 
Ibumis  parles  mêmes  auteurs,  gravés  par  MM.  S.  Massard  et  A.  Leclerc.  Paris, 
impr,  de  Baudouin,  chez  Maradan,  1819, /w-/2^  la  feuilles  1/6:5  ^^* 

Alénwire  sur  la  nature  des  maladies  endémiques  à  Carthagènc  et  dans  le  midi  de 
l'Espagne^  et  particulièrement  sur  lafihre  jaune;  par  M.  Mimault.  Paris»  J.  J. 
Blaire,  quai  des  Augustins,  n,**  6j  ,  in-S'*",  1  fr»  50  cent,,  et  1  tr.  75  cent*  par 
la  poste* 

Théorie  du  mestnérisme.  A  Parb ,impr.  de  M."**  Agasse,  chez  Chaumerot,  an 
Palais- royal,  galerie  de  bois,  et  rue  Saint-Dominique,  n.*»  4$  »  in-^/,  148  pages* 
Prix  ,  ^  fr-,  et  par  la  poste,  3  fr*  50  cent. 

Notices  hisîorif/ues j  critiques  et  bibliographiques  sur  plusieurs  livres  de  juris-* 
prudence  française ,  remarquables  par  leur  antiquité  ou  leur  ongîoalité,  pour 
faire  suite  à  la  Bibliothèque  choisie  dcf  livres  de  d^^it;  par  M.  Du  pin  »  avocat* 
Paris,  Warée  oncle,  1820,  inS,*^  88  pages.        ^ 

Programme  du  cours  de  droit  public ,  positif  et  etdmlmstratif,  à  la  faculté  de 
droit  de  Paris , pour  Vannée  iSi^^i 820  i  par  M.  le  baron  de  Gérando,  conseiller 
dVtai,  membre  de  Tlnstitut,  professeur  à  la  taculté  de  droit  de  Paris,  (3cc, 
Paris,  Baudouin  frères,  in^S." ,  66  pages,  avec  un  tableau  synoptique  des 
matières  du  droit  public  ei  administratif  français,  rédigé  par  M*  Épailly. 

Délimitation  de  Jésus*Cfirist /  traduction  nouvelle  (par  M.  Gcnce),  faite 
d'après  une  édition  latine  revue  sur  lestextes  les  plus  authentiques,  et  principale-. 
ment  sur  le  plus  ancien  manuscrit  de  l'Imitation,  en  quatre  livres,  inédit,  et 
conservé  à  la  Bibliothèque  du  Koi;  édition  stéréotype  d  Herhan  ;  chez  Treuitrl 
et  WïKt7_,  à  Paris,  Strasbourg  et  Londres,  1820,  m-/2,  2,  xiv  et  4'^  P^Sc»»  f 
compris  la  table  des  matières  :  2  fr. ,  et  papier  vélin,  4  *r* 

L*luûtation  de  Jésus-Christ  i  traduction  de  M,  Genoude,  augmentée  d'une 
préface  et  de  réWeAions  par  M.  l'abbé  de  la  Mennais^  Paris,  imprimerie  de 
Didoi  aine,  1820,  in-ji,    9  feoîlles.  • 

Thmwit  à  Kempis  de  Imitatione  Chrfsti  libri  IV,  nova  ediiio,  emendans-, 
fima,  5cc.  Avenione,  Seguin,   1820,  in*jâ,  J  feuilles   1/2:  J  fr,  —  in-j2,  av^c 
t*ne  tradnctron  frtn^ai^c,  8  feuilles  î  2  fr, 

AJémoires  delà  société  royale  d'Arras  pour  lUticouragemtttt  dt9  uîcncti ,  du 


FÉVRIER  1820.  127 

lettres  et  des  arts.  Torat  II;  première  et  seconde  livraisons.  Arras,  im^prfmerie 
de  Bosquet,  librairie  de  Topino,  in-S.',  70  page».  On  souscrit,  à  raison  dte 
iz  francs  pour  douze  livraisons^  chezEymery  ei  le  Normant,  à  Paris.  • 

Archives  de  la  littérature  et  des  arts;  par  MM.  Quatremére  de  Quincy, 
Vandtrbourg,  Raoul- Rochctte,  de  Feletz,  Ch.  Nodier,  O'Mahony ,  Ancelot, 
Destains,  Cohen,  &c.  Paris ,  janvier  1820,  première  livraison,  in^S," ,  48  pages. 
On  souscrit,  rue  du  Hasard^Richelieu ,  n.*^  15,  à  raison  de  10  fr.  pour  9  livrai* 
sons;  de  19  fr.  pour  18  ;  de  37  pour  36.  II  doit  paroitre  9  livraisons  ou  numéros 
par  trimestre  :  chaque  numéro  séparé  (  48  pages  )  coûtera  i  fr.  50  cent,  aux  non* 
JOUScripcetirs*  La  seconde  et  la  troisième  livraison  viennent  d'être  publiées. 

PAYS-BAS. 

E.  J.  C,  Reuvensj  Oratio  deLaudîbus  archœologiœ.  Logduni- Batavorum", 
Luchtmans,/n-^/ 

Aîengel-en  TooneUpo'é^ ;  Poésies  mêlées  etvièces  de  théâtre  de  S.  Ips.  Wiselius. 
Amsterdam,  Garteman  et  Vanderhey,  3  vol.  i/i-A* 

ITALIE. 

Délia  gente  Arria  e  di  un  nuovo  denaro  di  Marco  Arrîo  seconcfo,  disserta* 
ziooe  di  Bartolomeo  Borghesi ,  pubblicata  dal  dottore  Giov.  Labus.  MiJanOj 
Pîrotta,  rw-A",  xvj  et  1 16  pages. 

M.  Marsând,  professeur  a  Padoue,  annonce  une  édition  nouvelle  des  poésies 
de  Pétrarque.  Le  texte  sera  revu  sur  des  manuscrits  et  sur  les  meilleures  éditions. 
On  y  joindra  des  sommaires^  des  notes  historiques  et  critiques ,  des  mémoires 
sur  la  vie  de  Pétrarque,  une  notice  de  toutes  les  éditions  et  traductions  de  tes 
poésies,  les  portraits  de  Pétrarque  et  de  Lapre>  des  vues  et  autres  gravures ,  un 
Jacsimile  de  la  note  écrite  de  la  main  de  Pétrarque  sur  le  manuscrit  de  Virgile 
de  la  bibliothèque  ambrosienne;  2  vol.  in-^.",  qui  ne  seront  tirés  qu'à  450 
exemplaires,  tous  sur  papier  vélin.  Prix,  i  50  livres  d'Italie.  L'ouvrage  paroitr4 
au  mois  d  avril  prochain.  =  On  peut  s'adresser,  pour  se  le  procurer ^  à 
MM.  De  Bure  ùères,  à  Paris. 

ANGLETERRE. 

Traduction  anglaise,  des  Commentaires  df  Proclin  sur  le  Timêe  de  Platorh 
<c  Proposais  for  printing  by  subscription,  in  two  volumes  royal  quarto,  the 
a>  Cpmmentaries  of  Proçlus  on  the  Tiraaeus  of  Plato ,  translatée!  from  the 
a>greek  by  Thomas  Taylor.  In  the  translation  of  this  admirable  work ,  whicH 
a>  is  most  deservedly  intitled  A  Treasu^  of  ail  ancient  philosoph/,  upwards 
y*  of  cleven  hundred  ntcessary  emendations  of  the  text  will  be  given  by  the 
a>  translator.  250  copies  only  will  be  printed.  Price  to  subscribers»  five 
»  guîneas;  10  non-su bscriptprs  the  price  will  be  raised.  Subscribers'  names  will 
«bereceivedby  the  translator,  n.*  9,  Manor  Place,  W^Iworthj  and  at  Mr.  Val- 
»py'$,  Tooke's  Court,  Chancery  Lane,  London.» 

ALLEMAGNE. 

Commentatio  ad  historiam  religionum  veterum  illustrandam  vertinens ,  de 
Doctrina  Cr.ostica,  Scripsit  £rn,  Ant.  Lcwald,  D.  phil.  HeidelLcrgae,  18x8, 
in- S.' 


12»        »  — "- JOURNA.L  DES  SWANS. 

HùViJi  physiœ  j  coiitctae  ex  symbolis  vîrorum  doctorum  Linl»iî,  Rndolpliî 
et  alïorum;  cé\  ciifavit  Nccs  ah  Esenbeck.  Bocîiaî,  Marcus,  1819,  in-8**, 
cum  tabulb  aeneis  28* 

Suppft'tnente  zu  liem  chemtsclten  Wortembuchi,  dfc,  $  Supplément  au  Dtc^ 
tionnaire  chimique  de  MM*  H.  Klaproth  et  Fr.  Wolfj  lome  1  V^  (  T  -Z),  av^c 
une  lablc  des  matières  pour  les  neuf  voUimes.  Berlin,  Voss,  1819 ,  mr^»"^  fig. 

CliiuJu  Gûleni  Je  opùmo  dôcendt  génère  UMlus  grt^d  et  latine;  cura  Câroli 
Cot[L  Ktihnji.  Lipsiae;  Fleischer,  1819,  în-S."  CVsi  un  spécimen  d*une  nou- 
velle édition  des  médecins  grecs,  entreprise  par  M*  Kiihn,  et  qiir  contiendra 
les  textes  avec  les  variantes,  tes  versions  latines  corrigées,  et  des  noies  choisies. 

Blblwtheca  medkwœ  publkoe ,  in  qua  scripta  ad  medicinam  forensera  et 
politicâm  facientiaV  ab  iltarum  scieniiarum  initiis  ad  nostra  usque  tempor* 
digesta  sunt  a  F.  L.  Wildberg.  BeroUni,  Flitiner,  1819,  X  vol.  in-^." :  z  rxd* 

Af.  H.  E,  Meieri  Hhtlriœ  Jurîs  attici  de  bonis  damnatorum  lïbrl  duo* 
Bcrolini^  Mayer,  1B19,  i/i-&"^  260  pages:  6  fr. 


Nota  .  On  peut  s'adresser  à  la  librairie  de  MAI,  Treuttel  et  Wilrtz ,  à  Paris  , 
n/e  dit  Bourbon^  n.* tj ;  à  Strasbourg,  rue  des  Serruriers;  et  à  Londres,  nf  jo^ 
Soho-Stjuare ,  pour  se  procurer  les  divers  ouvrages  annoncés  dans  le  Journal  des 
Savans.  Il  faut  affranchir  les  lettres  et  le  prix  présumé  des  ouvrages* 


TABLE. 


Sekcta  ex  Historia  ffalebi  è  codîce  arabica  Bibliothecœ  regiœ  Pari- 
siensis  edidit,  ifc»  G.  W.  Freytag,  {Article  de  Aî,  Siivestre  de 
Sacy. ) Pag.     67. 

Afétnoire  sur  les  ouvrages  de  sculpture  nui  appartenoiênt  au  Parthénoru 

{  Article  de  Al,  Qtintreniére  de  QwH^cy.  ),...... 77» 

Lettres  écrites  de  Londres  À  Borne ,  et  adressées  à  M,  Canova,  sur 
les  Af arbres  d*tlgin ,  par  M*  Quatremère  de  Qulncy*  [Article  de 
Af,  Letronne.  ) 87^ 

Eusfbii  Pamphiit  Cœsariensis  episcopi  Chronicon  bipartitum,  nunc 
primitm  ex  armeniaco  textu  in  laiinum  conversum,  adnotationibus 
au  et  u  m ,  grœcis  fragment  is  exornatum  ,  overâ  P,  Joannis'Baptistm 
Aucher,  (Artide  de  M*  Saint-Martin.  ) , 97. 

L'An  de  vérifier  les  dates  des  faits  historiques  avant  l'ère  cltrf* 
tienne, ^par  le  moyen  d'une  table  chronologique ,  i^c*;  par  dom 
Clément,  [Article  de  M.  Daunou*  ) , .  .  . .  lia. 

Pro^tt  de  boisement  dti  Basses- Alpes ,  présenté  à  sort  Exe,  le  winistn 

de  l'intérieur ,  pjr M,  P,  //.  Dugied,  {Article de  Ai.  Tessier).  llR# 

filouvtlUs  lideraires t i ^^t 

FIN    DE   LA  TAJILE. 


A   PARIS, 

DE  L'IMPRIMERIE  ROYALE. 


Le  prix  de  rabonnement  au  Journal  des  Savans  est  de  36  francs  par  an, 
et  de  40  fr.  par  la  poste,  hors  de  Piiris.  On  s'abonne  chez  MM.  Treuttel  et 
Wurt^,  à  Paru,  rue  de  Bourbon,  n/  t^f  à  Strasbourg,  rue  des  Serruriers,  txh 
Londres,  n.'  jo  Soho-Square.  JI  faut  affiranchir  les  lettres  et  l'argent. 

Tout  ce  ijuipeuts-CMifriieP  lés^  émotttesa  insérer  âéns  ce  Journal, 
lettres ,  avis,  mémoifês  r  li*f^s  nùuvéotx,  &c.  doH  être  adressé, 
FRANC  DE  PORT,  00  lm9êâû  ^  Joutmtdes  Sàf^atUfà  Faris,  rue 
de  Ménil-montrat,  hJ^  iu 

■■■■■■  ■         l-l  Ml.         ■    ■  .,1%     Il  ■■       ■ >    i'*X 


JOURNAL 

DES    SAVANS. 


MARS     1820. 


Codex  Nasar^eus  ,  Liber  Adaaii  appellatus  ,  syriacê 

transcriptiis  ,  loco  vocalium  ,  uhi  vicem  lilterarum  gutturalium 
gerunt,  fus  substHuiis,  laîinèque  redJitus,  a  Mat  th.  Norberg, 
SSé  Theoi,  dùcî.  Ihjg.  orienL  et  grmœ  hng*  professore,  &c^ 
Londini  Goihorum  ;  tom.  I,  1815,  330  pag.  in-^*; 
toiTi,  II,  181  6,  320  pag.;  tom.  III,  1816,  320  pag. 

Lixidion  Codicis  NiUéirai^cui  Dber  Adami  nomen  ,ediJii  Mat  th. 
Norberg,  &c,  Land.  Goth<  18  16,  274  pag.  //j-^/ 

Onomûstkon  Codicis  Nasûtai ,  cui  Liber  Adami  fwmen ,  edidit 
Matth.  Norberg, ^f.  Lond.  Goth,  1817,  1 64  pag.  in-^/ 

TROISIÈME   EXTRAIT- 

1   OUR  faire  connoiire  systématiquement  et  dans  tout  son  ensemble  la 

R  2 


1 


i 


JOURNAL  DES  SAVANS, 

îoctrîne  des  Chrériens  de  S.  Jean,  li  ne  suffiroit  pas  d'avoir  une  con- 
Soissmce  certaine  et  complète  de  leur  langue,  et  d'avoir  étudié  atten- 
lîvemeai  et  ies  relations  des  voyageurs,  et  le  Livre  d'Adam;  ii  fau- 
droit  encore  avoir  lu  et  comparé  avec  ce  livre  tout  ce  que  nous  pos* 
sédoiis  d'ouvrages  appartenant  à  leur  secte  ;  enfin  il  seroii  bon  d  avoir 
comparé  les  résultats  de  cène  étude  avec  ce  que  Thistoire  nous  a  con- 
servé relativement  aux  différentes  sectes  des  Gnostîques  et  aux  Mani- 
chéens, et  avec  les  irnvaux  des  savans  qui  ont  iait  une  étude  critique 
de  ce>  documens  historiques  et  se  sont  efforcés  de  jeter  du  jour  sur 
rorigine  de  ces  sectes,  sur  leurs  dogmes,  leurs  pratiques  et  les  rap- 
ports qu'elfes  ont  entre  elles.  Ne  connoissant  encore  que  très-impar- 
faitement le  langage  dans  lequel  sont  écrils  les  livres  des  Sabéens ,  et 
ne  remplissant  pas,  comme  il  le  faudroit,  les  autres  condi lions  requises 
pour  un  travail  aussi  grand  et  hérissé  rfune  multitude  innombrable  de 
difficultés,  if  nous  seroit  impossible  d'embrasser  ce  sujet  dans  son  entier* 
[  M.  Norberg,  de  qui  l'on  auroît  pu  attendre  quelque  chose  de  semblable, 
I s'est  contenté  de  tracer  une  légère  esquisse  de  ce  travail,  dans  la 
[préface  du  Codex  Nitsamus.  Pour  nous,  Jious  irons  un  peu  plus  loin 
{que  ce  savant ^  et  nous  présenterons  ici  [analyse  de  Tune  des  pièces 
[principales  de  la  première  partie  du  Livre  d'Adam.  En  resserrant  en 
quelques  pages  ce  qui  en  occupe  plus  de  cinquante  dans  le  texte 
publié  par  M.  Norberg,  nous  éviterons  presque  toutes  les  difficultés 
qui  arréteroient  un  traducteur  >  et  nous  serons  à  peu  près  assurés  de 
ne  pas  substituer  nos  idées  à  celles  de  Fauteur,  A  cette  analyse  nous 
joindrons  plusieurs  traits  détachés  que  nous  avons  observés  en  lisant 
rapidement  la  traduction  de  M*  Norberg,  et  la  comparant  parfois  avec 
son  texte  et  avec  celui  des  manuscrits.  Nous  ne  nous  interdirons  point 
h  liberté  de  fiire  en  passant  ,  sur  la  traduction  de  M,  Norberg, 
quelques  rf  marcTues  qui  confirmeront  lopinion  que  nous  avoiîs  énoncée 
dans  noLiie  article  précédent.  Le  lecteur  excusera  Itf  tissu  d'absurdités 
que  nous  allons  dérouler  dtvani  lui.  Il  faut  du  courage  pour  supporter 
la  lecture  de  ces  rêveries;  mais  c'est  un  courage  sans  lï^quel  on  doit 
renoiictr  ii  étudier  rhîstoîre  des  égaremens  de  l'esprit  humain. 

La  pièce  que  je  vais  analyser  est  ia  cinquième  de  la  première  partie 
du  Livre  d'Adam  ;  elle  se  trouve  dans  le  tome  1  "  du  Codex  Nûsarœus , 
eiy  occupe,  tant  pour  le  texte  que  pour  la  traduction,  cent  six  pages, 
depuis  la  page  ip  jusqu'à  la  page  257,  Elle  commence  par  la  for- 
mule :  «Au  nom  de  la  Vie,  grande,  merveilleuse,  excellente,  qui 
»est  au-dessus  de  toutes  choses.  Que  la  santé,  la  pureté  et  la  rémis- 
>  sion  des  péchés   soient  accordés  à  moi  Adain-Zouhroun^  fils  de 


MARS    1820.  -^ 

*»Scharat,  &c.  »  Dans  h  traduction  de  cette  formule,  je  m'écarte  de 
M,  Norberg  ,  qui  a  rendu  ainsi  les  premiers  mots  :  In  nomine  Vitgt 
summœ,  mvïssimœ ^  exallinûssimœ ,  &€*  (  tom,  I ,  p.  1  }  1  ).  Je  ^ais  que 
le  P.  Ignace  de  Jé>iis  et  Kœmpfer  oni  donné  à  M*  Norberg  Texertii  le 

de  traduire  le  mot  JL^â^  par  mvissimi/s  ;  mais  ce  mot»  ni  en  hébreu, 
ni  en  syriaque»  ni  en  chatdécni  n*a  cette  signification;  t(  veut  dire  cons- 
tamment ûliermSy  exiraneus ,  et,  par  une  conséquence  de  cette  première 
idée,  û  viro  alicnus»  Paf  une  autre  conséquence  très  naturelle,  les  dé- 
rivé^ de  cette  même  racine  prennent  en  éthiopien  le  %tn%  de  mimndus , 
admirabills i  et  c'est  aussi,  fe  pense,  en  cette  signification  que  doit 
être  pris  le  mot  sabéen*  Je  m  aperçois ,  après  avoir  fait  cette  observation , 
que  M*  Lorsbach  a  également  rejeté  le  sens  adopté  par  M*  Norberg, 

et   a   traduit   les    mots    JU^#^GU  JL^*3q^  JU^u^  ^%  ip-rryniit^ 

|^yf>w  I  «  par  ceux-ci  ;  In  nomine  Vitœ  ignordtœ,  ûbscQndïtœ  à  sœculis 
{StauMins  Biytrœgi,  ^ur  Phlhs.  und  Gfsck.  toin.  III,  p.  44»  "Ot.  et 
p,  4s  )*  M,  Norberg,  qui  a  constamment  rendu  ce  mot  par  novissi'* 
mus  dans  fa  version,  et  qui,  dans  son  Lexique,  fa  traduit  par  ûficnus, 
exUrnus,  mvissimus  {p.    138),  et  a  rendu  ainsi  le  passage  suivant, 

\^^s^  ^  01JLM  7;.aiâ0f  (^;^aj  otlo^^?  JLi^oi  1;^^^(0 

Vif  novissimus ,  cujus  Sirma  novissimus  eorum  çua  novissima  sunt  mundi, 
change  d*avis  dans  son  Onùmastkm  (  p.  49  )  t  ^t  traduit  ainsi  ce  même 
texte  :  Vir  admhabilis ,  eu) us  eilam  serma  admirabî/hr  ih  quœ  mundi 
ûdmirûbiîia  sunL  II  rapporte  au  même  endroit   cette  formule  par  la* 

t    JLmm»    ^f    1^     rVrflii'^ 

JLlUAs^  Iho^^mJ  «•;  JL^é;^!  ^  JL^*<3aJ>  et  il  la  traduit  comme  il 
Ta  toujours  fait  dans  sa  version  :  In  nomine  Vitff  samnm,   novissima 

iriûfumnim  lucis,  excelleniissimœ  ;  mais  îî  ajoute  :  Vu  Ut  verà  hic  JL^OJ 
novissimus  î'^fim  qmd  admirabilis*  Quiï  utr/ique  mt'w  huic  vocahaio  œihio^ 
pki  Ci^mpetii,  Aîtigi^aqu^  uffiusqm  affinités.  Michaélis,  qui,  dans  son 
édition  du  Dictionnaire  historique  de  Castell,  a  adopté  le  sens  de 
novissimus  f  a  cru  ju^nfier  cette  signification  par  cette  observation,  que 
dans  Its  livres  de^  5abéens  on  trouve  souvent  ce  mot  en  opposition 

avec  JUte^^iO  p'-rmier;  mais,  bien  loin  que,  dans  les  passages  qu'il  a  evt% 
en  vue,  il  y  ait  aucune  opposition  entre  ces  deux  mots,  ifs  y  sont  au 

(1)  Je  %m  ici  f orthographe  de  M*  Norberg. 


i}4  JOURNAL  DES  SAVANS, 

contraire  réunii  comme  deux  attributs  ou  épithètes  de  la  Vie*  Ces  pas- 
sages sont  ceux  que  M.  Norberg,  dans  son  mémoire  De  nligîone  tt 
lingua  Saba:orum,  a  traduits  ainsi  ;  In  mmine  Vitœ  summœ,  prhnœi  nô^ 
vissima  crcaturarum  iucis ,  excellentloris  altitudim  omnium  optrum ,  et 

dont  le  texte  est  ^  JU»'3aJ  JUooijo  JU^f  JU^m*  «*9  t^— ^nr> 

L^f^o)  yCL^^^oD  JLe^^  ^f  JL';^>^  (fOdNNi  Lf  |-^%     Ce 

texte  seul  prouveroil  que  \^^\^^a  ne  saurort  %\^mfitT  novissimus.  Je  dois 
encore  ajouter  que  c*esi  sans  aucune  autorité  que  M.  Norberg  traduit 

jL^fiEiiK  ,  mot  qui  devroit  être  écrit  |j?^J^  ,  par  cnatura  :  ce  mot  signi- 
fie mundi  ou  sœcula  ;  mais  je  suis  très-convaincu  que,  dans  (e  langage 
sabéeuy  il  répond  trés-souvent  aux  y£i?wj^  des  Gnostîques,  Le  mot  grec 
«jMf  est  précisément  la  même  chose  que  l'hébreu  aSy  et  le  syriaque 

I^^CSa».  ^  et  fltîii'K  répond  à  Thébreu  a*oSy  et  au  syriaque  JL^S^à^,' 
C'est  de  là  aussi  que  vient  celte  expression  si  commune  dans  l'Aicoranj 
en  parlant  de  Dieu,  <^liJt<_>j,  que  Ton  rend  ordinairement  par  k 
mûitre  ifes  mondes,  Mosheim  a  défini  ainsi  les  ^ons  :  Naturœ ,  murnl'- 
tatis  pûrtîdpes ,  et  supra  tcmporis  vkissitudines  et  injurias  positif  [De 
tek  Christ,  ante  Constant,  M,  Comment,  p,  29);  et  il  a  fait  voir  com- 
ment le  mût  ttmf  est  devenu  la  dénomination  de  ces  substances  ima- 
ginaires,  créées  par  la  philosophie  orientale  [îbid,  p.  jo),  D*après  ces 
observations  •  la  formule  que  Je  viens  de  citer  me  paroît  devoir  être 
traduite  ainsi  :  In  nomine  (à  la  lettre,  in  nùminîbus)  Vitœ  mugnœ,  prima , 
mirabilis  prœ  omnibus  ^^Eonibus  lucis,  txceUmtis  ^  quœ  est  super  omnia 

opéra  (c'est-à-dire >  omnes  res).  i^^o) ,  ou  plutôt  { ^^ç^  ,  est  le  même 
que  Miaiy  ou  Mis^y  en  chaldéen  ;  nouveau  rapport  entre  la  langue 
chaldaïque  et  celle  des  Sabéens,  que  je  crois  devoir  faire  remarquer» 

On  trouvera  peut-être  que  je  me  suis  beaucoup  trop  appesanti  sur 
un  seul  mot;  ie  lai  fait  à  dessein^  pour  que  ce  seul  exemple  fasse  con- 
noître  combien  il  est  difficile  d'arriver  à  un  résultat  satisfaisant  quand 
on  essaie  de  traduire  les  livres  des  Sabéens,  et  jne  dispense  de  multiplier 
les  preuves  de  cette  vérité.  Je  reviens  à  l'analyse  que  j'ai  promise>  et 
dans  laquelle  j'éviterai  toutes  les  observations  de  détaiL 

Il  existe  deux  principes  éternels  de  toutes  choses  »  et  apparemment 
indépendans  fun  de  l'autre,  et  desquels  chacun  ne  doit  quà  lui-même 
son  existence  ;  le  premier  est  nommé  flra  vl^A  et  le  second  Jyar  ^K 
Dans  ce  démit  r  nom ,  l'on  ne  sauroit  méconnoître  le  mot  grec  iip,  qui  a 


MARS    1820.  ÎJ5 

pisïl'en  synjtque  sous  fa  forme  f  t  (  ^J<^^*  t^t  en  chaldéea,  oii  il  s  écrit  -tn» 
Avcr ,  et  011  il  signifie  également  air  et  espace  [  1  ).  C'est  nicontestableinent 
le  wXiifmfjut  des  Gnostiques.  Il  suit  de  [à,  presque  aussi  certainement  ^  que 
le  premier  principe  ou  /7m  répond  au  Bv6iç  de  la  philosophie  orientale 
et  des  sectes  gno^tiques  { Mosheim,  De  reù.  Christ,  ante  ConsL  M.  Com- 
ment, p.  29  ),  M*  Norberg  a  substitué  ^fra  %é^'^  ftrho ,  qu'il  traduit  par 
olucris,  s  ci  lice  t  piœnix,  sans  aucune  auiorîïé,   comme  je  Fai  dit.  Je 
conjectUTe  que  c*est  le  mot  chaldéen  k"^'^  fosse ,  dont  le  sens  a  quelque, 
rapport  avec  le  grec  ^Mç^ei  qui  n*est,  suivant  Kimchi,  cité  par  Buxtorf» 
qu'une  corruption  de  Thébreu  n'i^fin.  La  première  production  du  FîraA 
a  été  ïe  Mand  jbJlâO)  le  Seigneur  de  gloire ,  nommé  aussi  le  roi  de  la 
lumière,  et  Youra^  (e  Seigneur  de  la  splendeur  et  de  la  fumière.  J'ai  déjà 
dit  que  mana  peut  être  le  mot  arabe  sj\juè  sens ,  sigfiijication ,  substance 
spirituelle,  ci  qui  ne  tombe  pas  sous  les  sens.  Peut  être  ausbi  est-ce  tout 
simplement  le  mot  chafdéen  jnq  ou  n:o  vase  ;  car  ce  mot  est  d'un  grandi 
usage  parmi  les  kabbalistes ,  qui  nomment  ainsi  les  Sefirott  comme  onlj 
peut  le  voir  dans  le  traité  de  kabbale  du  rabbin  Abraham  Cohen  lrira,i 
intitulé  ûnnSKn*!*  et  publié  dans  le  recueil  connu   sous   le  nom  de 
Kûbbald  denudûta  (  tom,  II ,  part»  }.*,  voL  4?  P»  1  89  et  suîv,  )•  Le  Mana 
a  produit  d'autres  Mana ,  tous  antérieurs  aux  productions  du  Pira,  Le  Fira 
produisit  ensuite  des  millions  de  Fira  et  des  myriades  de  Schékinta.  En 
hébreu  schekinak  n3'jr  j  et  en  chaldéen  t^rr^ls^  sckekinta,  signifie  la  ma- 
jesté divine,  rendue  présente   et  habitant  avec  les    homihes  ;  ce  mot  a 
passé  dans  TAlcoran.  Chez  les  Kabbalistes ,  la  schékinta  joue  un  grand  rôle 
{ Kabk  denud,  tom,  I ,  part.  I ,  p.  7  i  1  et  suiv.  ).  Chacun  de  ces  Fira  de 
seconde  classe  a  pareillement  produit  des  millions  de  Tira  (2)  et  des 
myriades  innombrables  dtScbtkinta.  Tous  ces  êtres  se  tiennent  debout  et 
louent  le  Mana,  le  Seigneur  de  gloire,  qui  fait  sa  demeure  dans  ÏAyar^ 
Je  Seigneur  de  (a  vie,  qui  est  dans  le  Jourdain,  dans  les  eaux  blanches 
produites  par  le  /Mana*  De  ce  grand  Jourdain  ont  été  produits  des  Jour- 
dains  infinis  et  innombrables.  Du  Jourdain,  maître  des  eaux  vivantes,  a 
été  produite  la  Vie ,  et  ces  eaux  se  sont  répandues  dans  la  terre  de  VAyar 
qu'habitoit  la  Vie;  ensuite  la  Vie,  se  formant  à  la  ressemblance  du  A  fana 


{1}  Ce  mot  a  aussi  5a  place  dans  le  système  des  Kabbalistes;  mais  je  n'ose 
tirer  de  là  aucune  conséquence,  n'ayant  jamais  essayé  de  pénétrer  dans  les 
profondeurs  de  cette  science,  Fira  pourroit  aussi  être  comparé  au  iKfi  ou 
rriKcn  ^es  Kabbalistes. 

(2)  J'ai  parlé  de  ce  mot  ,  que  M.  Norfacrg  écrit  |>  f  ]  ,  et  qu'il  rend  par 
porta,  dans  ranlcie  précédent. 


r 


JOURNAL  DES  SAVANS, 

I auquel  elle  devoît  son  existence,  fit  une  prière,  et,  par  Teffet  de  cette 

prière,  elle  produisit  un  Outra, qui  est  le  soutien  de  la  Vie  et  qu'on  nomme 

,  la  sfcondf  Vie*  Le  mot  IfLo^  t  que  M.  Norherg  écrit  I iioi  ,  et  qu'il  tra* 

duit  p2T  pro'Stûnies ,  parce  quil  k  dérive  de  la  racine  -^ns  semble  plutôt 

venir  de  la  racine  injy ,  et  signifier  ^/?ii/fff//W ,  divitiœ;  ce  qui  correspond  assex 

bien  k  ce  qui  est  dit  de  ce  génie,  qu'il  est  le  soutien  de  la  vie  ^f  J>arir>1^ 

jtt—  •  Une  quantité  innoniLralile  d'autres  Outra  fut  amsi  produite;  car, 
le  premier  Jourdain  s'étant  jépandu  sur  fa  terre  de  la  lumière,  la  seconde 
Vie  s'y  ^tû'j^Jt^  P^'*  ^'^*^  ^PP^'^^  fexfsience  des  Outra,  des  Sçhikinta^ 
et  un  autre  Jourdain  dans  lequel  les  Outra  fixèrent  leur  demeure*  Trois 
de  ces  Outra ,  jaloux  du  pouvoir  et  des  créations  de  la  première  Vict 
demandent  à  la  seconde  Vie  de  leur  communiquer  une  portion  de  la  lu- 
mière >  de  la  splendeur  et  de  la  puissance  qu  elle  possède,  afin  qu'ils  pro- 
duisent de  nouvelles  Scàékmia,  et  qu'ils  donnent  Texisience  h  un  monde 
qui  leur  appartiendra  en  propre  ainsi  qu'à  la  seconde  Vie,  et  où  ils  feront 
leur  demeure,  avec  les  Outra,  en  sorte  que  le  nom  de  la  première  Vie 
sera  mis  en  oubli.  La  seconde  Vie  approuva  ce  projet  ;  mais  il  déplut  à  la 
première  Vie,  qui  en  conséquence  adressa  ses  prières  au  grand  Mana 
qui  habite  dans  le  grand  Fira,  Le  Mana,  voulant  exaucer  ses  prières, 
appela  un  grand  génie,  connu,  entre  beaucoup  d'autres  noms ,  sous 
ceux  de  HtMl'iiva,  c'est-à-dire,  Abel  l'éclatant»  et  de  Manda-di-hai , 
c'est-à-dire,  la  connoissance  ou  \z  gnose  de  la  vie.  Elfe  lui  exposa  les 
projets  ambitieux  des  Outra,  lui  demandant  s'il  approuvoit  la  conduite 
ie  ces  êtres,  de  ces  génies  de  la  lumière,  qui,  abandonnant  la  lumière, 
se  précîpitoieni  dans  les  ténèbres ,  dans  la  grande  mer  de  SomJ  (  on  sait 
que  c'est  le  nom  que  les  Hébreux  donnent  à  la  mer  Rouge) ,  dans  cette 
mer  où  ne  se  trouvent  point  Tes  eaux  vives,  et  d'où  est  bannie  toute 
clarté.  Le  Mana  engage  fe  Manda-dï-hai  à  se  rendre  dans  ce  monde 
inférieur,  avant  que  les  Outra  y  aient  exécuté  des  œuvres  désagréables 
au  Mana,  à  la  lumière,  et  au  Mandadi-hm  :  celui-ci  accepte  cette 
mission.  Le  Mana  lui  communique  féclat  et  la  lumière,  le  revêt  d  un 
habit  magnifique,  lui  souhaite  toute  sorte  de  bénédictions,  lui  donne  des 
provisions  pour  sa  route  i  et  le  congédie  après  l'avoir  établi  le  père 
des  Outra, 

Le  Manda-di'kai  se  rend  d*abDrd  au  domicile  de  la  première  Vie; 
elle  lui  fait  observer  rentreprise  des  Oi/ir^7 ,  et  fexhorte  à  s'acquitierde 
îa  mission  qu'il  a  reçue.  Du  séjour  de  la  Vie ,  il  s'approche  de  fabime 
ténébreux  qu'habitoient  les  rebelles.  Cette  vue  lui  fait  horreur;  if 
retourne  vers  ia  première  Vie ,  qu'il  appelle  son  père ,  et  l'interroge  sur 


MARS 

rorigîne  des  ténèbres,  des  génies  rebelles ,  ee  du  m^U  La  Vie  fui  exposi 
rorigine  des  choses  dans  un  ordre  difficile  à  ctrî^cilier  avec  ce  qu*on  a  W 
iu  commencement  de  ce  traité  ;  mais,  au  l^eu  de  lui  expliquer  la  prodi 
tfon  des  ténèbres,  elle  le  renvoie  au  lieu  qu1ial>itent  les  grands,  c'esl-à^ 
dire,  les  ^ons  ou  subsmnces  les  pins  élevées.  Le  Afan^a-di-kai  se 
auprès  dVux,  et  il  en  reçoit  des  instructions  trés-obscures,  qu'on  lui  recoiT 
màjide  de  communiquer  aux  êtres  amis  de  !a  justice,  aux  hommes  fidèk 
et  partisans  de  la  vérité,  cVst-à-dire,  sans  doute,  aux  Mandaïres. 

Après  beaucoup  de  discours  sur  Torigine  des  ténèbres ,  sur  leur  sépa* 
ratibn  d'avec  la  lumière,  leur  nature  et  leur  durée»  ditcours  dont  i\  eS 
bien  difficile  de  tirer  aucun  résultat  positif»  si  ce  n  est  que  les  êtres  sont 
bons  ou  mauvais  j^ar  leur  nature,  et  que  les  ténèbres  et  la  lusnrère  sont 
des  principes  distincts  et  entièrement  séparés  \\m  de  l'autre,  qui  ne 
sauroient  changer  de  natilre  et  se  confondre»  le  Alanda-d^-hiii  se 
rend  enfin  «  dans  lé  séjour  des  ténèbres,  dans  la  demeure  des 
«méchans,  dans  le  lieu  où  résident  tons  les  corrupteurs,  dans  {espace 
1»  habité  par  les  dragons  >  ver»  le  gril  du  feu  dévorant,  vers  le 
1»  gril  du  brasier  dont  les  flammes  s'élèvent  jusqu'au  firmament,  i 
II  y  trouve  h^  Bot/ntf  ces  rebelles  habitans  des  ténèbres.  Sa  venut  jette 
k  trouble  parmi  les  Bourû^  dont  le  chef,  nommé  Our,  c'est  k  dire,  vraî- 
semhlablement  yftu ,  le  roi  des  ténèbres ,  et  louta ,  peut-être  parce  que  sa 
forme  gigantesque  permet  de  Fassimiler  à  une  maniagnc,  enflamîné  par 
les  discours  de  sa  mère  »  génie  de  la  planète  Vénus ,  nommée  aussi  tE^yrît, 
r  Esprit  saint,  t\  Namrôus ,  s'apprête  à  comlattre  le  Afiin^fû-di^fifii  nvec 
le  secours  des  autres  génies  rebelles,  nommés  aussi  Touri,  c'est-à-dire» 
montagnes*  Mais,  au  seul  aspect  de  fenvoyé  de  la  Vie,  les  cohortes 
infernales  prennent  la  fuite  et  se  dispersent.  Our  se  hâte  d*engIoutîr  la 
terre;  néanmoins,  bîentùt  vaincu  et  lié  par  le  Afanda-di-hait  il  rend  tout 
ce  quH  avoir  dévoré.  Fait  prisonnier,  il  est  renfermé  dans  une  tour  envi- 
ronnée de  ?^ept  murailles,  munie  de  vingt-quatre  portes,  et  gardée  avec 
grand  soin.  Otir,  humilié,  reconnojt  alors  la  supériorité  de  Tenvoyé  cé- 
leste, et  sollicite  son  pardon  en  déplorant  son  sort. 

Ensuite  le  Manda-dï-hài  é^m^^nà^  ^x,  obtiejit  que  Gabriel  soit  envoyé 
pour  créer  un  nouveau  monde,  à  Ja  place  de  celui  que  vouloient  avoir 
pour  leur  domaine  les  génies  rebelles.  Il  est  alors  révélé  au  JPfandii-di- 
haï  que  la  doctrine  des  sept  planètes ,  celle  des  douze  signes  du  zodiaque, 
et  enfin  celle  des  cinq  étoiles  (des  hyades,  suivant  M,  Norberg),  se 
îMccéderont  dans  le  monde  ;  après  quoi  une  nouvelle  doctrine»  une 
doctrine  de  vie,  prendra  la  place  de  toutes  les  autres  ;  un  fils  chéri 
viendra,  qui  desséchera  rabimei   formera  le  monde,   Téclaîrera  ,   et 


n 


»j8  JOURNAL  DES  SAVANS, 

donnera  fa  vie  aux  corps  en  les  animant  d'un  souffle  ;  trois  Outra  consefr- 
veront  ce  souffle,  deux  autres  produiront  dans  le  monde  un  Jourdain; 
et,  le  monde  étant  aini>i  peuplé j  éclairé  et  enrichi  de  tout  ce  qu'il 
y  a  de  boa,  Our  demeurera  enfermé  sous  la  garde  de  ses  propres  enfans» 
Ces  prédictions,  communiquées  à  Our  par  le  .ManJû-dt-hai ,{t  font 
entrer  en  fureur:  il  s'agite  dans  sa  prison  et  ébranle  les  fondemeiisde 
la  terre.  Le  Manda- di  hai  enchaîne  ses  pensées  dans  son  cœur,  et  se* 
paroles  dans  sa  bouche;  il  le  frappe  d'un  coup  de  massue,  fui  ouvre  le 
crâne»  lui  arrache  des  géinibseinens  semblahles  à  ceux  d'un  homme, 
et  lui  fait  verser  des  pleurs  cojnme  ceux  que  verse  un  enftint.  II  lui  laisse 
ï  manger  et  à  boire;  puis,  ayant  po^é  à  IVntrte  du  monde  une  porte, 
dressé  un  trône  pour  les  bons,  préposé  deux  Outra  à  fa  garde  du  Jour- 
dain, placé  sur  le  trône  Rnb-yvû,ei  mis  le  sceptre  dans  sa  main»  il 
retourne  au  séjour  des  grands,  au  séjour  de  la  première  Vie,  qui  le 
récompense  par  une  augmentation  de  gloire  et  d*honneur. 

Ici  commence  un  nouveau  récit;  c'est  la  tréation  du  monde  que  nous 
habitons.  La  première  Vie,  en  accueillant  (e  Manda-di-hai,  de  retour 
vers  elle,  lui  avoit  ditî«  Lève-toi  ^  Afdfidû'di-hûr,  Outra  plein  Jâc* 
»  tiviïéi  dérive  une  écoulement  de  Feau  de  la  vif,  et  conduis-le  vers  ce 
»  monde- Ri  :  appelle  les  trois  Outra  qui  veillent  à  la  garde  du  trésor  de 
»  la  vie  ;  ils  prendront  ce  ti*ésor  (  ou  peut-être  cet  écoulemeni  dérivé 
jtt  des  eaux  de  (a  vie  ) ,  ils  le  conduiront  dans  ce  monde-là,  ils  le  cou- 
»  vriront  d'un  dehors  méprisable  ;  ils  fe  revêtiront  d  une  enveloppe 
»  charnelle,  d'un  vêtement  de  néajit;  ils  le  rendront  afiié  à  toute  sorte 
a>  de  défauts  et  d^impeifections,  et  par  eux  sera  produit  un  mouvement 
n  et  une  agitation  çà  et  là.  »  Au  lîiilieu  de  ces  expressions  obscures  et 
énigmaïiques  ,  il  s*agit,  comme  il  est  aisé  de  le  pressentir,  de  ruoion de- 
là substance  spirituelle  et  divine,  vivante  par  son  essence  et  animée,  à 
h  substance  matérielle,  passive  et  inerte  de  sa  nature.  Voyons  comment 
va  s*opérer  cette  nouvelle créaiion. 

Les  Ouïra  ayant  demaiidé  à  la  seconde  Vie  la  permisîrton.  de  créer  on 
mojide,  elle  leur  fit  part  de  son  éclat,  de  sa  lumière,  et  de  ce  quelle 
avoit  reçu  de  la  première  Vie.  Muni»  de  ces  dons,  ils  descendirent  au 
séjour  des  ténèbres,  et  produisirent  un  Oufra  appelé  Fétahil ,  et  d'autres 
êtres  nommés  la  enfans  de  ta  paix.  Ftialùl,  à  finstigation  de  Tun  de 
ses  6fs,  nommé  Bikak  ^ha,  et  de  Gabriel,  conçoit  le  projet  de  créer  un 
monde,  et  dy  produire  des  Outra,  à  l'iinitation  des  erifans  de  la  paix;  if 
descend  donc  dans  les  abîmes,  dans  les  eaux  profondes  où  ii  n  y  avoit 
point  de  monde  créé  ,  pour  mettre  k  exécution  ce  projet.  Arrivé  dans  cet 
abîme,  ton  éclat  se  ternit  :  il  s'étomie  et  s'indigne  de  ce  changemenC, 


MARS  1820.  15^ 

qui  inspire  au  contraire  au  génie  rebelle  nommé  l'Efprii,  mère  d'Our, 
ce  che^  des  rebelles  qui  èioient  plongés  et  détenus  dans  Tabiine,  de 
nouveHes  fureurs,  et  Tespoir  de  reconquérir,  à  l'aide  d'une  nouvelle 
géiîératjon  d'êtres  de  sa  nature,  le  domaine  dont  le  Mandû-dl-fiai  avoit 
dépouillé  les  mauvais  A^énies.  L'Esprit  soMicire  son  fils  de  consentir  à  une 
union  incestueuse  qui  doit  lui  procurer  la  liberté.  Pendant  que  Féfahif, 
plongeant  sa  main  dans  l'abîme,  essaie  décondenser  la  matière  dont  '\\ 
est  formé  pour  en  faire  un  monde ,  et  réussit  à  peine  à  y  produire  un  léger 
commencement  de  condensation,  le  rebelle  Our  s'unk  trois  fuis  avec 
TE^prit.  Trois  fois  TEsprit  engendre;  il  met  au  jour  d'abord  les  sept 
planètes,  puis  les  douze  signes  du  zodiaque,  puis  enfin  les  cinq  hyades; 
mais,  aucune  de  ces  générations  ne  répondantà  ses  vœux,  TEsprit  tombe 
dans  le  découragement,  Fétahif,  de  son  côté,  désespérant  du  succès 
de  son  entreprise  ,  alloit  y  renoncer ,  lorsque,  mieuîc  avisé  ,  il  va  trouver 
fa  Vie.  et  lui  adresse  sa  demande  ,  pour  qucHç  le  revête  d*un  vêtement 
du  feu  vivant.  La  Vie  lui  accorde  sa  detnande:  revêtu  de  feu,  il  redescend 
dansfabîme;  et  la  chaleur  de  ce  feu,  desséchant  l'abîme»  y  excite  un 
nuage  de  poussière  qui  se  condense  et  dont  se  forme  la  terre.  En  même 
temps  se  forme  (e  firmament ,  occupé  par  un  génie  nommé  Ddfid-ârjr^ 
GquJû,  Mais,  Fétahil  voulant  joitidre  par  un  mur  la  terre  avec  le  fir- 
inament  ,et  ayant  presque  terminé  son  ouvrage  ,  tous  les  génies  rebelles; 
les  sept  planètes,  les  douze  signes  et  les  cinq  hyades,  se  précipitent  vers 
la  voûte  du  ciel,  «Qui  êtes  vous,  méchansîw  leur  demande  Fétahil. 
L'Esprit  lui  répond  que  ces  génies  n^ont  abandonné  leur  demeure  et  ne 
sont  venus  là  que  pour  lut  prêter  leur  assistance  et  concourir  \  Feré- 
cutîon  de  ses  ouvrages.  Trompé  par  ce  discours,  Fétahil  dit  aux  sept 
planètes  :  «  Vous  serez  mes  enfans,  si  vous  faites  le  bien  ^  et  vous  seres 
»  compiées  au  nombre  de  mes  sujets.  »  Mais  à  peine  il  a  pronoticé  ces 
paroles,  que  l'édifice  qui!  construisait,  lui  échappa;  le  monde  tombe 
au  pouvoir  des  rebelles,  comme  cela  étoit  avant  [extension  du  firma- 
ment et  la  cotidensarion  de  la  terre.  Les  rebelles  sont  nommés  ici  |^^  j, 
mot  emprunté  .à  ce  que  je  pense,  de  la  Bible,  où  d^Vw  et  Sbi3  sont  rendus 
^zigigdnus.yi,  Norberg  ayant  égard  au  sens  de  la  racioe^^Aj,  Fa  rendu 
pM  npostatœ.  Fétahîl,  confus,  retourne  au  séjour  de  la  Vie,  et  raconte  à 
ÏOuira  qui  lui  avoii  donné  lêtre,  ce  qui  lui  est  arrivé >  et  Fempire  que 
les  génies  rebelles  et  les  générations  produites  par  I  Esprit  veulent  exercer 
sur  le  monde.  Si  je  comprends  bien  ce  qui  suit ,  Fétahil  propose  d'aban- 
donner à  TEsprit  et  aux  astres  qu'il  a  engendrés  i  Fempire  de  la  terre  et 
de  la  mer  ou  de  I  abîme,  tandis  que  les  génies  qui  appartiennent  à  I2 
Vie  comerveront  Fempire  du  ciel  tau  moyea  duquel  ils  seront  maîtres  df 


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^4o  JOURNAL  DES  SAVANS, 

fiiniver? ,  où  les  mauvais  génies  domineront ,  mais  dans  îa  dépendance 
et  sous  les  ordres  des  génies  célestes*  La  durée  des  années  sera  déier» 
minée  par  [es  douze  signes*  Depuis  la  condensation  de  la  terre  jusqu'à 
la  production  du  monde  d^Adani,  il  se  passera  trois  cent  soixante  milfe 
ans  ;  et  depuis  la  formation  d'Adam  et  du  inonde  jusqu'à  la  fin  des 
piondes  { i  ) ,  il  y  aura  quatrecent  quatre-vingt  mille  ans.  Ces  années  son! 
toutes  d'une  égale  durée ,  étant  déterminées  par  TEsprit  de  mensonge» 
par  lessept  planètes  et  hs  douze  signes.  Fétahif  redescend  dans  le  niondci 
et  annonce  qu*il  vient  pour  créer  le^/x  chéri  Jbâ^h^l  i  i^  dont  il  a  été 
parlé  plus  haut,  c'est-à-dire ,  Adam  ,  el  le  dresser  sur  ses  pieds,  afin  qu'il 
célèbre  le>  puissances  célestes ,  et  qu  il  frappe  la  bête  dévorante  et 
féroce.  II  dit^itiix  génies  des  sept  planètes:  «  Faisons  Adatn  ,  pour  qu'il 
n  règne  dans  le  monde,  «  Ces  mauvais  génies  se  dirent  les  uns  aux 
auires:  ce  Faisons  Adam  avec  Kve,  car  il  sera  à  nous.  33  Réunissant  leurs 
cffirts,  ils  créèrent  Adam;  mais  ils  ne  purent  ni  lui  donner  une  ajne,  ni 
le  dresser  sur  ses  pieds,  Fétahil  retourna  alors  vers  le  père  des  Outra 
(cesi-à  dire,  Ahaiour,  nommé  aussi  la  trois'ùme  Vie);  celui-ci  lui  donna 
un  vêtement  pur  et  lumineux,  emprunté  au  grand  Afana,  qui  illumine 
tous  les  climats,  La  Vie  (ou  Abûtour]  produisit  aussi  les  trois  Outra 
excetlens,  Hthit^  Schttil  et  Anousch,  auxquels  elfe  ordonna  de  veillera 
la  conservation  de  lame  destinée  à  animer  Adam  «  mais  que  Fétahil  ne 
sauroït  unir  au  corps.  En  effet,  Fétabil,  étant  retourné  vers  Adam, 
accompagné  des  trois  Outra ,  ne  put  unir  Tame  au  corps.  Alors,  dit  le 
Manda-di-hiU  fQ^\  parle  toujours  dans  cette  pièce,  je  pris  de  la  main 
de  Fétahil  ce  qu'il  portoit  pour  Adam,  Je  disposai  ses  os  en  étendant  ma 
m;ûn  sur  lui  {  c*est'à  dire ,  je  dressai  son  corps  sur  ses  pieds  ) ,  er  Je  ranimaf 
du  souffle  des  grands:  son  cerveau  fit  alors  ses  fonctions,  le  principe 
lumineux  île  (a  Vie  parla  en  lui ,  et  ses  yeux  furent  ouverts.  Le  Aïanda^ 
di'hah  ^y-^nt  ainsi  complété  h  formation  d'Adarn,  défend  aux  mauvais 
génies  de  rien  attenter  contre  lui,  les  oblige  à  reconnoiire  leur  famej  puis 
it  instruit  Adam,  qui  ofire  son  hommage  aux  grands,  rux  puissances 
célestes,  renonce  aux  génies  quiavoient  formé  son  corps,  et  recbnnoît 
pour  fauteur  de  son  être  le  Alûna^  noniiné  plusieurs  fois  ici  Adacas-^iva 

(t)  m,  Norbcfg  a  traduit  l--^^^^"^^  ^Q^O^^Î^  par  ad  mcundMa  generh 
humarti ,  çt,  dans  son  Lexique,  iUUt  ;  Usi^ue  ad  quanùtat^n  crintitr^rum,  id  est, 
imunatula  genens  humani,  J*ai  peme  à  con^;evoir  l'identité  de  ces  d^ux 
idées  ;  le  sens  me  semble  éire,  donec  compltiinîur  omnes  mundi  ou  crmiitrûtp 
Ailleurs  (totn,  lll ^  p*  68),  la  même  idée  est  exprimée  par  J^tsf^^  L  J^BU^^» 
ce  que  M*  Norbcrg  a  rendu  par  ad  crtaturarum  ^ntm* 


i 


MARS    1820.  i4r 

(a*|  i^û^W,  dénominaiioii  dont  le  sens  m'est  inconnu.  Adam  mérite 
par-là  fa  faveur  des  Ontra  4e  la  Vie,  qui  lui  donnent  une  maison*  un 
jardin  planié ,  on  Jourdahi,  et  le  droit  d  entrer  après  la  fin  de  sa  vie  dans 
le  séjour  éclatant  qu'habite  son  auteur,  Adacas-^iva. 

Les  mauvais  génies,  iadignés  d'avoir  ainsi  perdu  Tempire  qu'ils  espé- 
rotent  exercer  sur  Adam,  forment  une  conspiration  contre  lui  pour  le 
séduire  et  le  corrompre,  tandis  que  le  Afanda-àî-hài  et  les  bons  Outra  ^ 
pour  affermir  Adam  et  propager  sa  race ,  lui  donnent  Ere  pour  compagne. 
Cependant  les  génies  rebelles,  rassemblés  sur  le  C^rmel,  y  tiennent 
conseil,  et  imaginent  des  enchantemens  et  des  sortilèges  de  toute  sorte, 
au  moyen  desquels,  et  en  excitant  toutes  les  passions  sensuelles  par  les 
attraits  de  la  volupté  ,  ils  espèrent  troubler  le  monde.  Le  Manàa-dl-hai 
n'abandonne  point  le  père  du  genre  hujnain,dontla  famille  se  multiplie,; 
if  le  consoJe  au  milieu  des  attaques  que  lui  livrent  les  génies  malfaisans, 
et  le  fortifie  contre  leurs  attentats  et  contre  le  désordre  produit  par  leurs 
malignes  influences  dans  toute  la  nature.  Cependant  un  fils  d'Adam, 
nommé  aiTssi  Adam ,  embrasse  le  parlî  des  mauvais  génies,  s'abandonne 
aux  plaisirs  par  euK inventés  pour  séduire  Tespèce  humaine;  et  peu  s'en 
fimt  qu'il  jTe  commette  un  crime  en  s'unîssantà  TEsprit,  k  ce  mauvais 
génie  femelfe,  mère  ^Our,  et  source  de  tout  maf ,  qui  se  présente  à 
sa  rencontre  sous  la  figure  d'Eve,  sa  femme  et  sa  soeurs  mais  le  /Manda- 
di  hdi  %e  montre  à  lui  et  lui  découvre  le  piège,  et  Adam  fils  d'Adam 
rougit  de  sa  faute.  Le  /Ifûndû-dî-hai  pi^nd  alors  une  forme  corporelle, 
se  manifeste  aux  puissances  des  ténèbres,  frappe  et  enchaîne  TEsprit, 
inflige  un  châtintent  5  chaque  planète,  et  revient  trouver  Adam.  Il  foi 
donne  de  nouveaux  conï^eils,  et  lui  reconmiande  de  se  garder  des  sept 
planètes  et  de  ceux  qui  les  adorent.  li  Im  révèle  que ,  quoique  les  sept 
planètes,  s^étant  partagé  le  zodiaque,  aient  introduit  la  mort  dans  le  monde , 
cependant  les  -âmes  des  fidèles  et  des  justes,  hommes  ou  femmes > 
monteront  habiter  le  séjour  de  la  lumière;  au  contraire,  celles  des  sept 
pinnètes  (et  peut-être  de  leurs  adorateurs)  demeureront  liées  et  fixées 
a  leur  place ,  jusqu'à  ce  qu^elles  meurent  et  s'anéantissent.  II  annonce  en 
détail  la  perte  des  difi^érenies  sectes  ou  nations  qui  appartiennent  à 
chacun  de^  génies  malins,  telles  que  les  sectateurs  du  Messie,  les  Juifs 
'et  les  descendons  d'Israël,  qui  reconnoisseni  pour  leur  chef  Adonaï 
(  ou  le  soleil  )  ;  les  Yazoukéens  (  ou  mages  ) ,  qui  rendent  un  culte  au  feu, 
symfjole  du  Messie,  &c.  Plus  loin  ,  il  fui  apprend  comment  la  durée  du 
temps  a  été  partagée  entre  (es  douze  signes  du  zridîaque.  Le  bélier  a  reçu 
en  partage  douze  mille  ans;  le  taureau,  onze  mille  au»;  iesgémt^iuXy 


>4^  JOURNAL  DES  SAVANS, 

dix  mille  ans;  et  ainsi  de  suite  en  décroissant,  jusqu'aiix  poissons,  qnî 
n'ont  en  partage  que  mille  ans.  Chacun  des  ^uze  signes,  en  prononçant 
une  parole  secrète,  a  produit  dans  le  monde  quelques  espèces  d^niinaux 
ou  de  végétaux  j  ou  de  jibénomènes  nuisibles  et  destructeurs,  le  tout 
dans  fintention  de  causer  du  duininage  à  la  fiimille  de  la  Vie  ,  c'est-à- 
dire,  ao genre  humain;  mais,  par  la  disposition  du  AfanJa-di-hai ,  toutes 
ces  produciîons  ont  tourné  au  service  ou  à  la  nourriture  de  h  famille 
de  fa  Vie. 

Cet  écrit  se  termine  par  quelques  avis  et  quelques  invocations. 

Telle  est  l'analyse  de  cette  pièce,  l'une  des  plus  longues  du  Livre 
d'Adam,  el  que  j  ai  choisie  parce qu ede  présente  lenseinlîîe (du  sys'èaie 
co^mogonique  des  Mandaïles*  Plusieurs  des  trarts  qui  composent  cette 
légère  esquisse,  pourroîent  facilement  recevoir  des  développemens,  par 
la  comparaison  de  cette  pièce  avec  des  passages  extraits  de  quelques 
autres;  peut-être  ^u^si  se  présenteroii-if  des  contradictions  rétfles  ou 
apparentes  qui  oflTrîrofenî  des  problèmes  difficiles  à  résoudre*  Mais  et 
n*est  pjs  ici  le  lieu  d*apprQfundir  aucune  partie  de  ce  systèrhe  ;  et  d*ail- 
leiirs  j  aï  déjà  observé  que,  dès  que  l'on  veut  entrer  dans  les  dérails  de 
cette  doctrine  f  on  se  trouve  arrêté  par  une  multitude  de  difficultés ,  dont 
les  unes  sont  insolubles»  et  les  autres  ne  peuvent  être  résolues  qu'après 
beaucoup  de  lâtonnemens  ,  et  toujours  d'une  manière  conftrcturale. 

Je  vai>  maintenant  réunir  ici  les  observations  les  plus  remarquabtes 
que  j'ai  eu  occasion  de  fane  en  lisant  les  trois  volumes  du  Livre  d'Adam* 

Les  chrétiens,  et  ledivfn  fondateur  du  christianisme,  sont  en  général 
lobfet  des  invectives  de  Tau  leur  ou  des  auteurs  du  Livre  d'Adam.  Jésus- 
Christ  est  appelé  Néhu  Meschika  f  ^-y*^  q^^  ;  ce  nom  est  aussi  cetut 
de  la  planète  Mercure,  On  X\\( tom.I^p,  loj }  qull  sera  caché  plusieurs 
mois  dans  (esein  de-  la  viergç  sa  mère;  qu*il  en  sortira  ensuite  avec  un 
corf>s,du  sang  et  le  flux  menstruel;  quil  sera  élevé  dans  son  sein  et 
iucera  >on  lait; que  ses  adorateurs  seront  par  lui  revêtus  d'une  tunique 
bapdsmale  (  \^^x  \  M,  Norberg  a  traduit  tunka  cûpr'ma  :  je  crois  que 

JLâh^.  est  pour  À^n^^«  >  de  la  racine  ^ê^.  nugere,  immergertf  àapfiiûre]  ; 

qu  il  It^ur  fera  une  tonsure  sur  la  tète,  et  qu'il  les  couvrira  d'un  vêtement 
icmbi  ible  aux  ténèbres,  c  e^t-à-dire,  je  pense,  d'un  froc  ou  d'un  capuce 
noir;  qu'ils  célcbreroni  leurv  fêtes  le  premier  jour  de  la  semaine.  Il  leur 
dira  :  «  Je  suis  le  vrai  Dieu,  mon  père  m'a  envoyé  ici  ;  je  suis  le  premier 
a»  et  le  dernier  apo:re  ou  envoyé;  je  suis  le  père,  je  suis  l'esprit  de  sain- 
13  tête  ;  je  suis  sorti  de  h  ville  de  Nazareth.  •>  Il  aura  un  char  (peut-être 


^ 


MARS    1820. 


•4} 


RïmpFêmem  une  mmtun.,  c*cst-à-dire^  lancsse  sur  laquelle  Jésus-Christ 

1  est  eaiiré  à  Jérusalem  '  ;  il  affectera  humilité  sur  humilité,  et  il  viendra  à 

*  Jérusalem,  H  rendra  par  ses  prestiges  la  vie  et  la  parole  aux  morts;  il  bap* 

risera  dans  des  eaux  impures  (ou  pluiôf>  sujettes  il  s'évaporer J,  au  nom 

I  du  Père ,  du  Fils  et  du  Saint-Esprit,  ei  il  abandonnera  le  baptême  vivant 

t  dont  Adam  a  été  baptisé  dans  le  Jourdain  des  eau»  vives.  De  son  teoips 

[sera  Jean  fils  d'Aba-Sûba  [Zacharie]  ei  diAmscktbat  [Elisabeth],  que 

I  sa  mère  concevra  à  P;tge  de  cent  ans ,  Zacharie  son  père  étant  aussi  très* 

(  avancé  en  âge,  Jean  Lapiisera  dans  le  Jourdiitii,  quarante-deux  ans  avant 

que  Nébôu  se  re^  èle  d'un  corps  :  Jésus  le  Messie  viendra  recevoir  le 

baptême  de  Jean;  mais  il  altérera  sa  doctrine  et  changera  son  baptême. 

Après  la  mort  de  Jean ,  douze  itnposteurs  parcourront  le  monde  pendant 

trente  ans,  et  une  doctrine  mensongère  paroîtraen  ce  tetnps-Ià  parmi  les 

peuples.  Le  bon  génie  Anousth  surviendra  alors,  et  dévoilera  Fimposture 

du  Messie,  qui  n'est  que  lune  des  sept  planètes;  il  le  livrera  aux  Juifs 

et  crucifiera  son  corps.  Ses  adorateurs  se  disperseront  de  côté  et  d'autre  \ 

pour  lui,  cVst-à  dire ^  fe  génie  planétaire  Ntbëu^  if  se  cachera  dans  la 

montagne  de  Aioura  (  peut-être  de  Alotia  ).  Ailleurs  on  trouve  un  long 

récit  du  baptême'  que  le  Mânda-di-hcû  reçoit  de  Jean-Baptiste  dans  le 

Jourdain  (  t}m.  IJ ,p.  fj-Jf  )*  Une  pièce  singulière  ( tom.  ^^ * p'   i'^j) 

contient  le  récit  du  voyage  d'un  génie  qui  visite  tous  les  lieux  où  sont 

détenus  les  génies  rebelles  et  leurs  partisans*  Il  vient  à  la  prison  oïl  est 

renfermé  Jésus  le  Messie,  avec  tous  szs  sectateurs  :  ces  anies  malheureuses 

font  eflort   pour  boire    d'une   eau    à  laquelle  leurs   lèvres   ne   peuvent 

atteindre*  JMles  se  plaignent  au  Messie  du   sort   malheureux   qu  elles 

éprouvent  »  tandis  que  durant  leur  vie  elles  ont  revêtu  ceux  qui  étoient 

nus,  et  exercé  toute  sorte  dœuvres  de  charité.  J*omets  la  suite  de  ce 

dialogue,  cjiti  est  fort  remarquable,  et  où  il  y  a  des  allusions-  manifestes 

à  divers  pa-sages  des  Evangiles*  Dans  une'  autre  pièce  (  îom.  l,p.  J^f  ) » 

il  y  a  d*auties  allusions  ^  quelques  passages  des  psaumes.  «  La  Vie  s'est 

a>  manife>ïée  à  Tunivers ;  i'éclat  et  la  lumière  de  la  Vie  se  sont  levés;  la 

»  mer  Fa  vu  et  a  retourné  en  arrière  j  le  Jourdain  a  rétrognidé  ;  les  mon- 

»  I agiles  ont  bondi  comme  des  cerfs  et  des  biches  dans  le   désert;   les 

1»  collines  ont  [.:^rlé  comme  les  filles  des  nuages   (  cest-h-dire,  les  lon- 

nnerrts,  et  non   les  oiieatix ,  comme  Ta  cru  M.  Norberg  ) ,    avec  un 

3>  son  magnifique;  les  montagnes  ont  ouvert  leur  bouche,  et  chanté  des 

»  hymnes  de  louanges,  et  les  cèdres  du  Liban  se  sont  brisés  j  la  terre,  tne 

39  voyant,  a  été  ébranlée,  et  a  tremblé;  le  roi  de  la  mer,  à  mon  aspect, 

»  a  retourné  en  arrière,  O  mer ,  qui  as-tu  donc  vu,  pour  retourner  ainsi 

*»  en  arrière  !  Jourdain,  qui  as-tu  donc  vu,  pour  rétrograder  ainsi  dans  ta 


fU  JOURNAL  DES  SAVANS, 

»  marche  l  &c.  &c*  ^^  Jtru<îalem  est  fréquemment  représentée  comme  un 
séjour  d'abomination  et  d erreur;  sa  fi)ncia[ion  est  attriLute  (tQm.lIt 
p.  2j/7'jat  )  aux  sept  planètes,  qui  ont  rtuni  leurs  commujis  efforts 
pour  la  produire,  Cetïe  union  est  exprimée  alîégoriquement  par  le 
commerce  incestueux  des  iept  génies  plaiiélaires  avec  leur  mère,  c*est* 
à- dire 9  avec  TEsprÎL^Après  avoir  formé  Jérusalem  ,  ils  y  ont  laissé  la 
débauche,  la  fornicatrou  et  la  corruption;  et  ils  ont  dit  ;  «  Quiconque 
a>  habitera  Jérusalem ,  ne  prononcera  pas  le  nom  de  Ditni.  >?  La  ruine 
de  Jérusalem  es;  racontée  dans  cette  même  pièce  j  et  il  est  remarquable 
que  cette  destructions  pour  signe  ou  pour  cause  un  aigfp  hîanc  qui  vient 
se  rc|)oser  sur  cette  ville tjiet  aigle  est  sans  doute  lejubléine  des  armées 
rotnaines. 

Je  ne  puis  passer  sous  «ifence  une  des  pièces  du  tome  II ,  qui  est  assez 
courte*  mais  qui  ofire  beaucoup  de  choses  remarcjuables,  et  sernit  assuré- 
ment une  des  plus  curieuses  de  tout  le  recueil  >  si  fon  parvenoit  h  la  bien 
entendre.  Cette  pièce  coniient  une  liste  des  sectes  qui  appartiennent  à 
chacune  des  planètes,  et  présente  sur  chacune  de  ces  sectes  des  particu- 
larités dont  la  critique  peut,  ]e  croîs ,  profiter  pour  Thistoire  des  hérésies; 
mais  elle  fourmille  de  diflîcullés  de  toute  espèce.  Parmi  fes  sectes  dont  il  y 
est  parlé,  plusieurs  parnissenl  appartenir  au  christianisme,  parce  quelles 
baptisent  au  nom  du  Père,  du  Fils  et  du  Saint-Esprit ,  et  qu'tiies  hono-. 
rent  la  croix;  mais  on  leur  attribue  toute  sorte  d'impudîcirés  et  de  pra*- 
tiques  abonjînables  :  lus  noms  mêtnes  de  ces  sectes  sont  desénig/nes  pour 
moi*  Je  remarquerai  seulement  qu'en  parlant  d'une  secte  appelée  Zaudiki 
et  Mardcmohi ,  secte  qui  pourroit  être  celle  des  Manichéens,  l'auteur 
lui  impute  une  abotninatiun  dont  eflectîvemeni  les  Manichéens  ont  été 
accusés*  Voici  ce  passage,  suivant  la  traduciion  de  M,  Norl;erg ,  l\  laquelle 
je  changerai  peu  de  chose  :  Dkam  etidm  vobis ,  mei  discif^uii ,  de  a  fia 
Porta  (c*est-à-dire,  de  atia  hœrcsi  ou  re/fghnf);  hœc  est  Ai  es  si  œ,  et  ^ui- 
dem  hominum  qui  Zandici  et  Afardemoni  appdlati  ^  fteJi  fuso  semine , 
suiique  sùcûs  diitrituto,  sibi  invieem  vlrt  (t  Jlmina  cçncumbunt,  Quod  ei 
iemen  sumtam ,  vinoqur  mistum ,  animabus  btbendum  pmbtnt,  dicaUês:  Hùc 
puritm  est^  Invoeant  hi  vfntam  ^  ignem ,  aqudm  ;  s^ltm  quoque  et  lunam 
hymnis  célébrant  (voyez  Beausobre,  l* Histoire  du  Afanichéîsme ,  fîv,  ix^ 
cbap»  7,  tom*  II,  p.  725  ,  et  Mosheim,  de  Rébus  christ,  anie  Consi^ 
Af.  Commtnt,  p.  895  ).  De  pareilles  impudicités  sont  reprt*chées  par 
Tauteur  de  cette  pièce  à  plusieurs  des  sectes  qu  il  caractérise.  On  remarque 

dans  cet  écrit  une  étymôfogie  singulière  du  nom  des  Juifs    JUrfCOUw^  » 

^e  fauteur  dérive  de  la  racine  y^^^f  ficher*  Quelque  ridicule  que  soit 


^ 


w 


MARS   1820.  lis 

çctre  étyrro^ogîe,  ce  passage  auroit  dû  prouver  h  M.  NorLerg  qu'il 
neiitfoiipo  ut  dans  la  pensée  des  textes  qu  il  traduisoît  en  dérivant  ce 

Il  m  de  JL^».-*i^  avorton,  et  substituant  par-tout  aborthi  à  Judm,  On 
rtln  irque  encore  dnns  cette  pièce  la  défense  faite  aux  Sabéens  de  rendra 
iîii  culte  à  aucune  image. 

Je  ne  ferai  plus  quun  très-petit  nombre  d'observations. 
Le  innrraore  esï  fi>rtement  recommandé  aux  Mandiiïtes,  et  [e  célibat 
inspire  beaucoup  d'horreur  aux  auteurs  du  Livre  d'Adam,  qui,  au  reste, 
fie  ménagent  jamais  la  pudeur  dans  les  tableaux  qu'ils  offrent  à  leurs 
lecteurs.  Ainsi  (  tom.I^p,  ^^7  )  on  recommande  aux  Manda'ûes  de 
n  avoir  aucune  société  avec  ces  femmes  qui  renoncent  k  l'union  conjugale, 
avec  ces  jeunes  gens  qui  nont  aucune  liaison  avec  les  femmes;  on  les 
renvoie  à  (exenif^fe  des  poissons  tl  des  oiseaux ,  qu on  voit  toujours 
deux  à  deux. 

Dans  ia  m«?me  pièce,  on  feur  permet  de  manger  la  chaîr  des  animaux 
terrestres,  des  oiseaux  et  d^fs  poissons.  AîactaU ,  lavait,  txpurgaU^ 
tmundau,  co/juîte,  etjusis  precibuî  tdiu. 

Dans  uji  petit  morceau  qui  a  la  lune  pour  objet,  if  est  dit  que,  si  un 
homme  a  commerce  avec  sa  femme  pendant  le  jour  oii  fa  lune  est  invi- 
siMe  et  en  conjonction  avec  le  soldl,  et  que  la  femme  conçoive,  elle 
mettra  <iu  monde  des  enftns  sourds,  lépreux 5  privés  de  pieds  et  de 
mains  (tom.  II,  p,  261  ). 

Il  est  ordonné  aux  Nasaréens  d'oindre,  aux  approches  de  la  morf| 
leurs  turps  d'une  huife  pure;  faute  de  quoi  leurs  amts  ne  pourront  pas 
monter  au  séjour  de  la  fumiére,  et  seront  détenues  en  prison  sous  fa 
garde  de  Féiahif,  jusqu'à  ce  qu'elles  aient  reçu  soixante- un  coups 
(îom  II,  p,  2S1  ).  [Il  est  question  ailleurs  (p.  ijj)  de  ces  soixante-im 
coups  dont  on  sejjréjcrve  par  soixame-une  prières*  )  Arrivées  au  séjour 
de  la  fumièie,  les  âmes  verront  une  multitude  de  vignes  1  et  boiront  de 
la  liqueur  qu'elles  produisent  (ibid,). 

Les  Nasaréens  doivent  prier  trois  fois  par  Jour,  après  le  lever  du  soIeiF, 
à  la  septième  heure,  et  au  coucher  do  soreil  ( tom.  II*  p*  7p  ) ;  ils  doivent 
payer  une  certaine  contribution  ,  prêcher  la  doctrine  de  ta  Vie,  et  donner 
des  vétemens  aux  pauvres  (p.  77 )>  i'^  doivenr  encore  ( th'tJ,  p,  2ajf 
€t  suiy,  )  se  réunir  dans  le  temple  au  lever  du  soleil,  le  premier  jour  do 
la  semaine;  y  faire  leurs  adorations  en  observant  un  ordre  régulier;  y 
conduire  leurs  femmes,  leurs  fils  et  leurs  filles;  faire  baptiser  leurs  enfans 
dans  le  Jourdain  le  premier  jour  de  la  semaine,  les  marquer  du  signe  de 
la  Vie;  avoir  pitié  des  pauvrei  et   de^  indigens;  enfin  étendre  la 


M*  JOURNAL  DES  SAVÂNS, 

connoîssancf  âe  îa  vraie  r  lîgîoïi,  et  s'insiruirc  réciproquement  les  uns 
les  .tutres*  Il  leur  est  défendu  de  tiinn^er  des  viandes  apiirètêes  pour  les 
sccin'f'U'^  des  riu5>e*  refîgionS}  ou  dej*  vicijines  immolées  en  Thonneur 
des  sepi  ^Janetcs;  de  Loire  du  vin  dans  une  taverne,  d avoir  commerce 
avec  une  t\  nifne  d.ms  le  temps  de  >es  purgi^tions  (iom,  II ,p*  2^g  et  27^/- 
Ils  répond 'lit  des  fautes  de  (^urs  «nfans  jusqu'îà  ce  que  ceux-ci  aient 
atteint  IMge  de  quinze  ans//;.  2^0 J,  Enfui  les  Nasaréens  justes,  pieux 
Cl  fidèles ,  ne  demeureront  pas  éternellement  sur  la  terre;  ils  ne  seront 
point  fugés  comme  les  autres  hommes;  ils  ne  seront  point  condamnés 
et  précipités  dans  la  grande  mer  de  Souf  [la  mer  Rouge],  ou  seront 
jetés  et  où  périront  TEsprit,  le  Messie,  les  douze  signes  et  les  sept 
planètes.  Quant  aux  Nasaréens  ijifidèles,  lorsque  leurs  âmes  se  pré- 
senteront à  la  porte  du  lieu  où  réside  Abatour,  ta  troisième  Vie,  ell*isen 
seront  exclues  ;  elfes  ne  verront  pas  le  séjour  de  fa  lumière  ;  elles  seront 
privées  de  tous  les  avantages  qui  leur  avoient  été  accordés  sur  la  terre  et 
dont  elles  n'auront  pas  profité;  leur  baptême  remontera  au  lieu  d'où  il 
étoit  descendu,  et  se  retirera  dans  le  trésor  secret  de  Youra  le  grand 
trésorier;  elfes  seront  précipitées  au  plus  profond  du  lieu  ténébreux 
ftom   11^  p,  27y), 

Je  termine  cet  extrait  par  une  observation  générale  sur  le  style  de  ce 
livre;  autant  qu'il  tsi  permis  den  juger,  il  n offre  rien  de  noble,  de 
sublime,  de  majestueur.  Au  lieu  du  parallélisme  qui  caractérise  le  style 
relevé  des  narrons  de  l'Orient ,  on  ne  trouve  ici  qu  une  fastidieuse  répé- 
tition des  inémes  phrases  ou  portions  de  phrase,  répétition  qui  allonge 
le  discours  sans  lui  prêter  ni  grâce  nî  énergie.  Limaginatîon  y  joue  un 
grnnd  rôle;  mais  c*est  une  iinagination  désordonnée,  dont  les  tableaux 
n  ont  ni  ensemble^  ni  proportions,  ni  juste  distriljution  des  parties,  et 
n'offrent  presque  toujours  que  des  scènes  affreuses  ou  dégoûtantes.  En 
un  mol,  la  peine  que  coûte  l'étude  d*un  tel  recueil  est  bien  mal  récom- 
pensée par  les  résultats  qu  elle  produit. 

SILVESTRE  DE  SACY. 


J,A  Jébusalem  délivrée»  traduite  en  vers  fratiçûh  par 
P.  L.  M,  Baour-Lormian  :  3  vol.  /Vi?/ ,  avec  figures,  Paris , 
,      Delaunay,  libraire,  Palais  royal,  181^, 

^  PREMIER    EXTRAIT, 

L'un  ^i  mérite;  que  ï^a  peut  le  plu^  facilement  apprécier  dans  la 


MARS   iSzo,  tif 

JjÉrusalem  DELIVREE,  c'est  la  belle  et  sage  ordonnance  du  poème. 
U  est  vrai  que  la  plus  grande  partie  des  détails  a  été  empruntée  aua 
poètes  antérieurs  ;  mais  le  Tasse  a  distribué  ces  détails  avec  une  intel* 
Iigence  si  rare,  avec  un  art  si  heureux,  quà  moins  d*être  très-versé 
dans  I  étude  des  ancienit  on  ne  distingue  pas  ce  qui  est  emprunt  »  de  co 
qui  appartient  au  Tasse  lui-même;  et  Ton  peut  dire  qu*imiter  de  la  sorte i 
c  est  encore  créer, 

Non-seulejnent  ce  poète  offre  dans  son  épopée  de  fréquentes  imita'- 
lions,  mais  même  il  s'asservit  quelquefois  k  la  simple  traduction;  de 
sorte  qoe^  pour  rendre  avec  plus  de  succès  les  vers  traliens  dans  une 
autre  langue,  il  n'est  pas  inutile  de  les  conférer  avec  les  originaux  qui 
ont  servi  de  inodèie  au  Tasse  lui  même. 

On  connoh  assez  généralement  les  nombreux  emprunts  que  la 
poète  fil  k  Homère  et  à  Virgile;  il  en  fit  aussi  plusieurs  à  Lucrèce,  à 
Ovide ,  à  Stace,  à  Silius  Italicus,  à  Claudien ,  à  Boêce  ,  à  rAriosie  et  à 
Pétrarque,  &c.  «Sec:  maïs  ses  imitations  des  poètes  latins  modernes,  et 
sur-tout  de  Vida,  sont  moins  connues. 

En  rendafit  compte  de  la  nouvelle  traduction,  j'offrîrar  d'abord  un 
choix  spécial  des  passages  importans  des  poètes  latins  modernes  quo 
le  Tasse  a  imités  ou  traduits,  et  le  lecteur  pourra  ainsi  reconnoître  à  la 
fois  les  mérites  divers  des  auteurs  originaux ,  du  Tasse ,  qui  a  reproduit 
leurs  beautés,  et  de  M  Baour  Lormian ,  qui  donne  la  Jérusalem 
DÉLIVRÉE  en  vers  français.  Si,  dans  ces  citations,  le  talent  du  poète 
français  se  présente  avec  avantîïge»  on  ne  m'accusera  pas  d*avoir  préféré 
les  morceaux  qui  dévoient  le  faire  mieux  ressortir. 

Ensuite  fex^irninerai  plus  partîcuJièrejnent  le  genre  de  mérite  qui 
distingue  spécialement  la  traduction  française. 

On  a  fait  au  Tasse  Thonneur  de  croire  que  Milton  avoît  emprunté 
de  lui  ridée  du  Pandemonion,  et  on  ne  peut  guère  se  refusera 
adopter  cette  opinion  :  mais  le  Tasse  lui-même  avoit  imité,  dVm  auteur 
qui  lui  étojt  familier,  le  tableau  qui  a  précédé  celui  du  poète  anglais;  en 
voici  les  preuves. 

Cfmnt  IV,  stance  il: 

Quinci  hflvendo  per  tutto  il  pensier  voTto 
^  Arecar  ne'  ChrUdanî  uïtima  dogita; 

Che  sia  commanda  îl  popol  suo  raccolto 
(Conctiio  horrendo)  eniro  la  regîa  soglia* 
Ces  vers  sont  évidemment  imités  de  la  ChristiadE  de  Vida^  Uvre  I.", 
pu  on  lit  : 

Diniquî  cura  animo  udît,  hœc  saepi  una  resurgit, 

T   Z 


^^^Pl^^™^        JOURNAL  DES  SAVANS,           ^ 

■ 

^^^^H                      Protmus  acciri  dhos  ad  ttgiafratres                                        i 

^^^1 

^^^^^v^                  Limina  {concilium  homndumj ,  it  gertus  omm  suorum, 

^^^1 

^^^^^K* 

^^^H 

^^^^B     Le  Tasse ,  lïvtt  i v ,  stance  lU  : 

^^^1 

^^^^^&                    Chiama  1*  habitator  gli  de  V  ombre  eternc 

^^^1 

^^^^^H^                    Il  rauco  suon  de  la  tariarea  tromba; 

^^^1 

^^^^^^                    Tremati  le  spatiose  atre  caverne, 

^^^H 

^^^^1 

^^^^^^                    £  Taer  cieco  a  quel  romor  rimboniba. 

^^^^1 

^^H  Vidai 

• 

^^^1 

^^^^^^B                               Ecce  îgîtur  dedlt  ingens  huccina  sîgnmn , 

\ 

^^1 

^^^^^K                     Qiio  siibko  ïntonuk  cœâs  domus  aha  cavirnts 

^^^1 

^^^^^L|                    l/fidîijue  opaca,  ingens  /  anira  înronuere  proft/nda, 

* 

^^H 

^^^^^K                    Atque  procul  gravido  tremefacta  est  corport  tellut. 

^^^1 

^^^^^    Le  Tassci  livre  u,  stance  iv  : 

^^H 

^^H                            Tosto  gli  dei  d*  abUso  in  varie  torme 

^^1 

^^H                             Concorron  d^ogni  întorno  a  t'  ahe  porte* 

^^H 

^^H                              O  come  Jtrane,  o  corne  horribir  formel 

"■ 

^^^B 

^^1                           Quanc'  é  neglî  occhi  lot  terrore  e  morte! 

^^ 

Stampano  akuni  il  suoi  di  ferine  orme. 

E  'n  fronte  humana  ban  chiome  d'angui  aitorte; 

E  lor  s'agira  dietro  i  mm  en  sa  coda 

•  ' 

Che  quasi  sferza  lî  lipiega  e  snoda. 

Vida,  i^/U.' 

Coniînuo  rutt  adporMtgens  ûmnîs,  it  ûdiunt 

Luctftigi  ccetus,  varia  atque  bkôrpora  monstrû^ 

- 

Puh  tenus  hommum  faciès  ^  verum  hîsplda  in  anguem 

Disinh  ingenti  sbiuata  volumint  cauda. 

LeTasse,  stance  V; 

♦  '^ 

'^'                    Qui  mille  îminondc  arpie,  vedrcsti  c  mille 

^                      Ceniauri,  e  ifingi,  e  pallidc  gorgoni^ 

! 

Moite  c  moite  latrar  voraci  SciïJc, 

E  fischiar  hidre,  e  sibilar  pitoni. 

*  !                         E  vomîtar  chimère  atre  favîlle; 

^  '                        E  Poliiemi  horrendi  e  Gerioni , 

1 

'                                  • 

£  i  novi  mottri  e  non  più  intesi  o  vistt 
Dïvcrsi  aspetii  in  un  confiisi  c  mitti. 
Vidai  ikid.i 

1 

^ 

Ccrgortas  hi  sphmgasque  ohcœno  iûrpûfi  reddanf; 

^ 

t 

1                    Çîntaurçs^uî  fijdrusfit  ilH ,  iffimimsum  çlâmarai  s 

t 

• 

^  i 

MARS    1810.  i^^P  147* 

Ctntum  atti  Scyllas  ac  fird'ificas  Hai-p/iai, 
Et  qutW  muha  hommes  simulacra  horrmtiajitigunt* 
Quoique  ces  deinîers  vers  de  Vida  soient  empruntés  du  sixième  livre  dô 
Virgile,  et  quoique  Satmnzar,  dans  son  poème  DE  ParTU  VirginiS^ 
en  eût  reproduit  les  images,  il  n'est  pas  moins  vraisemblable  que  le 
Tasse  a  pris  à  cet  égard  pour  son  modèle  Vida,  qiii  lui  rourni^soit  le  reste 
de  sa  belle  descripiion. 

Siance  vii»  au  sujet  de  Satan  : 

Rossegian  gli  occlii  e  di  venciio  înfetto. 
Corne  înfausta  comeia  il  guardo  splende; 
E  in  guisa  di  voraggine  profonda 
S' âpre  la  bocca^  d*  atro  sangue  immonda. 
Vida,  ibîd.: 

Ai  centumgctnmvs flammanti  vertke  supra  esi 
Arbiter  ipse  Eret't,  centenaque  brachta  jactat 
Cinthnanus  ^  totidemque  éructât  faucïbus  œstus: 
Omnes  luctificum  fumumque ,  aîrosqtte  procaci 
On  ocul'isque  îgnes  et  vastis  naribus  effiant. 
Qu'on  me  permette  dmterrompre  cts  rapprochemens  en  citant  les 
ters  de  la  traduction  française  qui  correspondent  à  ceux  du  Tasse  : 
La  troupe  du  Tartare  en  ses  cavernes  lombres 
Rassemble  tous  les  rois  des  éternelles  opibres: 
A  ses  rauqucs  accens  Tair  ténébreux  répond; 
L'enfer  en  retentit  -dans  son  antre  profond. 
Avec  moins  de  fracas  la  foudre  tombe  et  roule 
Sur  un  vaste  rocher  dont  le  sommes  s'ccroulc; 
La  terre  tremble  moins  sur  ses  axes  brûlans. 
Quand  un  soufre  embrasé  bouillonne  dans  ses  flancs, 

Des  démons  ct*pendant   les  diverses  cobortes 
Du  palais  infernal  ont  assiégé  lei  portes; 
\  Ils  entrent. . .  .  oîiî  quels  traits  horribles,  odieux î 

L'épouvante  et  la  mort  respirent  dans  leurs  yeux» 
L'un^  dragon  tortueux,  sur  sa  croupe  se  traîne; 
L'autre  d'un  pied   fourchu  bat  et  creuse  l'arène;    .  1  ; 

D'autres  ceignent  leurs  fronts  d*hômicides  lerpeniir 
Là  Ats  milliers  de  sphinx  ci  de  Pythons  rampini. 
De  Chimères  en  feu,  de  Gorgones  livides. 
D'aboyantes  Scyllas,  de  Célénos  avides. 
De  triples  Géryons,  roulent  des  yeux  hagards; 
Des  Typhons  aux  centbras^  des  hydres  au;t  centdaîdi, 


iiji 


JOURNAL  DES  SAVANS, 


Touïi 


;  fantastique*! 


P 


henx  mensongers,  ces  monstres  1 
Dont  la  fable  effraya  les  nations  antiques» 
Pressés  et  confondus,  sous  mille  aspects  affreux. 
Peuplent  rinimensité  du  palais  ténébreux. 
Mats  tout  le  noir  sénat  sur  deux  lignes  embrasse 
Le  trône  flamboyant  où  leur  chef  prend  sa  place. 
La  hauteur  de  son  front,  que  la  foudre  a  frappé, 
Sui-passe  les  sommets  d'Atlas  et  de  Calpé. 
Sa  main  droite  soutient  un  sceptre  lourd  ,  énorme; 

L'honible  majesté  de  son  aspect  difforme 

Enirttient  son  orgueil ,  et  redouble  Teffroi 

Qu'inspire  à  tout  l'enfer  rcpouvantable  roî# 

Ainsi  qu'une  comète  à  Tardente  crinière. 

Ses  yeux  roulent  chargés  d*une  sombre  lumiêrCî 

El  tels  qu'on  voit  sortir  de  TEtna  caverneuic 

Des  foudres,  des  torreus,  des  rochers  lumineux, 

Tels  de  sa  bouche  immense,  immonde ,  ensanglantée^ 

S'échappent  les  torrens  d'une  flamme  empestée* 

11  parle  ^  et  de  Tenfer  les  échos.mugissans 

Dans  Tombre  ont  prolonge  ses  lugubres  accent. 
Le  discours  que  Satan  adresse  au  sénat  infernal,  est  pareUlement 
Imité  de  Vida. 

Le  Tasse,  livre iv,  stance  ix  : 

Tartarei  numî,  di  «eder  più  degnî 

Là  lovra  il  sol,  ond*  c  V  origin  vostra; 

Cbe  meco  gîà  da'  e  più  «ubiimi  regni 

Spinse  il  gran  caso  in  questa  horribil  chrostrt; 

Gli  aniichi  alrnii  lospetti  c  i  fieri  sdegnî 

Noii  son  troppo ,  e  V  atta  impresa  nostra; 

Hor  colui  regge  a  suo  voler  le  stellcj 

E  noî  siam  giudîcate  aime  rubelle* 

Tûrtani jfTocern ,  cœïo  gens  ortd  serenù 

(  Qu0s  olhn  hue  supfTi  mecum  mckmentîa  régis 

jCthere  dejectos  fiagranti  fulmine  âdegit , 

Dûm  regno  cavet,  ac  scepirîs  multa  invidas  Hïi 

Pennetuiij  refugitque  parem  ) ,  quât  prœVa  îotê 

Cgerimus  emlo,  quitus  oUm  dintque  vtrinque 

Sit  certarum  odïis ,  nctum,  et  meminisse  rtecesst  tsU 

lUi  asiris  pûtUur,  fOru  et  plus  occupât  aquâ 


MARS  iSio.  •-  tfi. 

'^theris,  dcpœnas  inïnûca  i  gaUi  tu^iâ 
Crudcks. 
Sttncex: 

£d  in  vece  dël  é\  sereno  e  puro 
De  r  aureo  sol  »  degli  ttellati  girf 

IV  hà  qui  rinchhisi  in  questb  abisso  oseurOt 
Ne  vuoi  ch*  al  primo  honor  per  noi  s*  aspiri. 
E  poscia  (  ahi  quanto  a  ricordarlo  è  dure! 
Questo  è  quel  che  più  inaspra  i  nûei  martiri) 
Ne*  bei  seggi  celesti  hà  1*  huoih  chiamato 

V  huom  YÎle  e  di  vil  fango  in^terra  nato. 
Vida: 

Prostdertbus,prùluce$ereàa, 

Nobis  iwta  situ  ioea ,  sole  tarentia  teeta 

Reddidit,  ae  teneiris  jussit  torqutre  sut  imh 

Jmmîtes  animas  hominum ,  illœiabik  tegnum  ! 

Haud  sufftrœ  asptrart  poli  datur  ampltis  aula  f 

Ingens  ingenti tlaudit  ne^  obice  tettuê ,  -    ■•' 

in  parfemque  komlni  nostri  data  regia  coeli  M» 
J'observerai  que  ce  dernier  vers  î  dont  Te  Tasse  t  embelli  Pidée,  appar- 
tient plus  au  sujet  de  la  Christiade,  qu'à  celui  de  la  JÉRUSALEAi 
DÉLIVRÉE ,  ainsi  que-  toute  la  stance  suivante* 
Le  Ta^se,  stance  XI  : 

Ne  cio  gli  parve  assai ,  ma  In  preda  a  morte  ^ 

Sol  per  farne  più  danno  il  figlio  diede. 

£i  venne  e  ruppe  le  tartaree  porte, 

E  porre  os&  ne  i  regni  nostri  il  piede, 

Etrarne  T  aime  à  noi  dovute  in  sorte, 

E  riportàme  al  ciel  si  ricchè  prede» 

Vincitor  trionfando,  e  in  nostro  scfîemo  \' 

V  insegne  iyi  spiçgar  ^el  vinto  ! nferno» 


Vîdà: 


JVec  satis  :  arma  iterùm  motitur,  et  altéra  noUi  ' 
Bella  cietp  regnisque  etiam  nos  pellit  ab  imis. 
Jdpropterjuvenem  œtherea  dimisit  ab  arce        ■ 
Seu  naturfi ,  sive  alitibus  defratribus  unum, 
Jamque  aderit ^fretusque  arrnis  cœlestîbus  illi 
Sedibus  exitium  vehet  his,  et  régna  recludet 
Infera ,  concesiasque  animas  nostro  exhnet  orbe. 
Fors  quoque  nos,  nisi  non  segnes  occurritnys,  if  son 


•I  JOURNAL  DES  SAVANS. 

'Arcta  in  vtrtcla  daèit,  vwcto$(jue  inducet  Olympo 

Victor,  ovans  ;  superi  illudent  toto  ^there  captis* 
'  yoîci  les  vers  correspondaiis  de  la  irnductîon  de  M,  Baour  de  Lotmian: 

Fières  divinités,  vous  qu'une  main  fatale 

Déshérite  à  jamais  de  la  clarté  natale* 

Alonarqties  exiles  de  IVnipire  des  cieux  « 

Vous  que  dans  ces  cachots  un  vainqueur  funeux 

De  son  bras  foudroyant  prccipi ta  lui-même. 

Illustres  comp^ignons  de  ma  chute  suprême» 

Pourquoi  vous  rappeler  tant  d'ioiustes  rnupris^ 

£t  ce  fameux  combat  digae  d\in  autre  prix! 

Sur  un   irône  brillant  dVioiles  iaimorulles 

Dieu  triomphe,  ei  c'est  nous,  nous  qu'il  traite  en  rebelles! 

Au  lieu  de  ces  palais,  de  ces  berceaux  vermeils 

Où  rayc.nntnt  la  flamme  et  l'or  pur  des  soleils. 

Rots  de  la  nuit,  plongés  dans  un  gouffre  funeste, 

1-e  deuil,  le  désespoir,  voilà  ce  qui  nous  reste. 

Ce  n*étoii  point  assez,  ci  ce  despote  heureux.  •*..». 

(Ah!  de  tous  mes  affronts  c'est  le  plus  douloureui), 

Elevant  jusqu  a  lui  l'hcmme  né  de  la  fange. 

Promit  à  son  néant  le  desito  d'un  archange.  ] 

Pour  mieux  punir  encor  nos  antiques  défis ^ 

Au  glaive  du  irép^is  il  a  livré  son  fils.  «  i 

Vous  l'avez  vu  ce  fils ,  dans  sa  marche  guerrière, 

De  nos  sombres  États  renverser  la  barrière, 

A  ces  gouffres  de  flamme  arracher  sans  effort  * 

Les  capïifs  à  nos  lois  dévoués  par  le  sort. 

Vous  Tavez  vu ,  chargé  d  une  si  belle  proie. 

Nous  laisser  pour  adieux  ion  insolente  joie. 

Et,  des  enfers  vaincus  sortant  avec  dédain, 

Remonter  dans  le  ciel,  nos  drapeaux  à  la  main* 
Le  Tasse  a  fait  divers  autres  emprunts  à  fauteur  de  la  ChrI5TIA0I; 
j'en  indiquerai  quelques  uns, 
Chant  j  V ,  stance  xxxïl  : 

Corne  per  acqua  o  per  cristalli  tnticro 

Trapassa  il  raggto,  e  no  i  divide  o  parte; 

Per  e^itro  il  chiuso  manto  osa  il  pensicro 

Si  penetrar  ne  la  viciaia  parte. 
Vîdaavoit  dit  dans  une  hymne  adressée  au  Christ: 

Quali  vitrum  radiis  penitùs  sel  transit  adactis. 


1 

^^^^^^^^^^^      MARS    iSio^^^^^^^^^îJ         ^ 

■ 

^^M 

^^^^^^             lUœSùque  dcmùs  subit  interiom  métallo , 

^^^^H 

^^H 

^^^^P                    Inthnaque  Hlustrans  penetraUa  lumine  vaut. 

^^^^H 

^^H 

^K           Mais  il  faut  avouer  que  le  Dante  >  Pétrarque  et  Bocace  ,  avoient  tm* 

^^H 

^^H 

^P      ployé  cette  comparaison  avant  Vida,  qui  lui-même  à'en  est  servi  encore 

*  ^^H 

^^^1 

^m       ik  h  fin  de  la  Christiade» 

V 

^^H 

^B            Voici  la  traduction  des  sers,  du  Tasse: 

'    ^Ê 

^^^1 

^H                           Et  comme  un  rayon  pur,  tremblant  sur  les  ruisseaux. 

fl^l 

^^H 

^H                            Pénétre  leur  cristal  sans  diviser  ies  eaux  , 

^^H 

^^^1 

^H                             Sur  tant  d^attraits  ainsi  la  tunique  abaissée 

^^H 

^^H 

^H                           Ctiarme  et  n'arrête  point  Tanioureuse  pensée, 

^^B 

^^^1 

^B                            Qui  se  glisse,  contemple  et  dévore  à  loisir 

^Ê 

^^H 

^H                             Mille  appas  devinés  par  le  brûlant  désir. 

^^^ 

^^H 

^H           La  comparaison  suivante  avoit  aussi  été  fournie  par  Vida. 

^^^ 

^^^1 

^B            Le  Tasse,  chant  ix  ,  s  tance  XLvi  : 

^^H 

^^H 

^V                            Cosi  scendendo  dal  natio  suo    monte 

H 

^^^ 

j                                    Non  empie  humileil  PoT  augusta  sponda; 

^^H 

^^^ 

Ma  scmpre  più,  quanto  é  più  lunge  al  fonte j 

^H 

^" 

Di  nove  forie  insuperbito  abonda j 

^^^Ê 

Sovra  i  rotti  confini  aka  la  frontc 

^^H 

Dî  lauro,  e  vincitor  d*  intorno  inondi; 

^^H 

E  con  più  corna  Adria  rispinge,  e  parc 

^^1 

Che  guerra  porii  e  non  tributo  al  mare* 

^^H 

Dans  le  premier  livre  de  la  Christiade  on  iit  ; 

^^H 

™ 

Pln'tfirû  veluîi  VtsuU  de  venice primùm 

It  Padus,exiguo  sulcarts  sata ptrtguîa  rivai 

H  me  mûgîs  a  (que  mugis  labctido  viribus  au  dus 

i                 Surgit,  latlfluoque  sonans  se  gurghe  pandit 

Victor  :  opes  amnes  yarii  auxiliaribus  undîs 

Hlnc  addunt  ;  atqut  indt  sua  nec  se  caplt  alveo 

^m 

Turbidus,  haud  uno  dum  rumpat  m  œquora  cornu. 

■ 

On  peut  voir,  dans  rimitation  de  ces  beaux  vers,  comment  l'homme  de 

H 

génie  sait,  par  un  seul  trait,  enchérir  sur  un  heureux  modèle  :  le  Tasse 

r 

a  fourni  l'idée  qui  termine  sa  comparaison  empruntée;  mais  cette  idée 

F 

offre  un  perfectionnement  très-remarquable  : 

Epare 

'                 Che  guerra  porti  e  non  tribuio  al  mare. 

Traduction  française  ; 

Tel  rÉridan  modeste,  en  essayant  si  course, 

L 

A  mesure  qu'il  roule  éloigné  de  sa  source  , 
S'accroît,  et  i'enrkhit  du  tribut  des  ruisseaux  :           *^ 

â 

1 

V 

\ 

ïii  •  JOURNAL  DES  SAVANS, 

Bientôt,  enorgueilli  du  faste  de  ses  eaux. 
Il  brise  de  sts  bords  l'importune  barrière. 

Développe  son  lit,  dresse  une  tête  altière,  ,  ^ji^i 

£t>de  ses  bras  nombreux,  sans  cesse  repoussant 
Tout  obstacle  jaloux  de  son  cours  grandisiint. 
Semble  verser  au  sein  des  mers  Adriatique* 
Plutôt  des  flots  guerriers  que  des  flots  pacifiques. 
Le  Tasse  a  imité  du  même  auteur  la  comparaison  suivanttt 
Chant  XVII,  stance  XXXV  : 

Corne  air  hor  che  *1  rinato  unico  augello 
]  suo)  Eihîopi  a  visîrar  s'invîa 
Vario  e  vago  di  pi  m  ma,  e  rlcco  e  bello 
Di  monilfdi  corona  aurea  natia; 
Stupisce  il  mondo,  e  va  dietro  e  a  ilatt 
MeravigiTando  essercito  d*  alati. 
Vida  Favoit  employée  dans  son  hymne  au  Christ  : 

Qualh  u  b'i ,  ex  ut  us  $en  ium  ^  nit  îdusque  j  uvtn  ta  , 
Punicels  surgit  phmmx  hfunttt  flinnn , 
J  unique  suos  adlt  j^thhpes,  Jndosqucrevhit» 
Circa  Hlum  volucres  varïtE  cùmhantur  euniem. 
Et  varto  indulgent  caniu ,  plausuque  stquuntur» 
Ilparoît  que  Vida   tenott  beaucoup  à  cette  comparaison,  puisqu'il  l'a 
aussi  placée  dans  h  CunisrikiyEt  livre  dernier. 
M»  Baour-Lormîaii  a  traduit  ainsi  ; 

El  tel  que,  sVcKappant  de  son  bûcher  de  fleurs, 
Le  phvnix  ranimé  fait  briller  le»  couleurs 
Pont  la  riche  inconstance  embellit  son  plumage, 
Charme  Técho  du  ciel  de  son  divin  ramage. 
Et,  roi  du  peuple  ailé>  qui  fadmire  et  le  suit, 
Comme  un  asfc  nouveau,  dans  l'air  voyage  et  luit* 
Qui  n*a  souvent  admiré  ces  beaux  vers  de  la  stance  XX  du  livre  XV 

de  la  JÉRUSALEM  DELIVREE  î 

Ciace  r  aita  Cartago,  e  a  pena  i  segni 
Pe  r  alte  sue  ruine  il  lido  serba  ; 
Aloiono  le  citià,  moiono  i  regnî; 
Copre  i  fasti  e  le  pompe  arena  cd  herba  ; 
E  Thoom  d' esser  monal  par  chc  si  sdcgni! 
O  noîira  mente  cuprJa  c  superbal 
Sannazar ,  dams  son  élégie  sur  la  destruction  de  Pouzzoles ,  avoit  dit  ; 


MARS    1810.  "^^^      '  '  Mî 

Et  querhmtr  cho  si  nostm  data  nmpora  vkœ 
Diffuglufttf  Orbes  mors  violenta  rapît. 
Fata  trahunt  hommes;  fatîs  urgitttibus  ^  vrbes 
Et  qutdcumque  vides  auferet  ipsa  dits. 
Je  n'ai  pas  besoin  de  faire  remarquer  combien  le  Tasse  a  ajouté  ea 
îjTirtgeset  en  expressions  à  ces  vers  de  Sannazar,  et  sur-tout  l'art  avec 
lequel  il  rejette  à  la  fin  fa  réflexion,  ei  l'homme  semble  se  plaindre  d*  être 
soumis  aux  lois  de  la  mort!  Mais  il  fiut  dire  aussi  que  Sannazar,  dans  son 
poème  DE  Partu  Vjrginis,  livre  II,  avoit  rendu  la  même  idée  d'une 
manière  qui  avoit  pu  indiquer  celle  que  le  Tasse  a  préférée, 
Obruiiur fproprtis  non  agnoscenda  ruitnsj 
Et  querlmur,  gcnus  tnfelh,  kumana  la  tare 
Memlra  œvo^  cùm  régna  palam  morîanturet  urbes* 
M*  Baour-Lormîan  a  traduit  : 

C'est  là  que  fut  Carthagef 
Mais  Carthage  n'çst  plus;  quelque  foibie  débris 
La  recommande  à  peine  au  voyageur  surpris: 
Ses  pompeux  ni  on  urne  ns   ont   disparu  sous  l*herbe# 
Ainsi  tombent  la  ville  et  Tempire  superbe, 
Hc'îas!  et  cependant  l*homme,  né  pour  souffrir. 
Quand  tout  meurt  à  ses  yeux,  s'indigne  de  mourirt 
O  démencel 
Les  diverses  citations  que  i*aî  faites  des  vers  de  M.  Baour*Lorinîan, 
luffiroient  sans  doute  pour   donner  une  haute  idée  du    mérhe   de  sa 
traduction»  elle  est  un  grand  et  beau  monumeot  élevé  à  Thonneur  des 
deux  littératures.  Je  consacrerai  un  second  article  à  examiner,  ainsi  que 
je  i'ai  annoncé ,  les  détails  de  cette  traduction, à  en  apprécier  le  caractère, 
sur- tout  si  M.  Baour-Lormian  publie  bientôt,  comme  on  rannoiice,  una 
nouvelle  édition  avec  des  corrections  importantes. 

RAYNOUARD. 


Mémoire  sur  timpoitatlon  en  France  des  Chèvres  a  duvet  de, 
Cachemire,  par  M.   fessier.  Paris,  181^,  ///-^/ 

Toutes  les  personnes  qui  prennent  intérêt  aux  progrès  de  l'industi  îo 
parmi  nous,  ont  vu  avec  un  vrai  plaisir  le  succès  d'une  opération  qui 
tend  à  introduire  en  France  la  race  des  chèvres  dont  le  duvet  sert  \ 
febriquei  ces  étoAes  si  fameuses  dans  tout  l'Orient  sous  le  nom  de  schalsi 


jjd  JOURNAL  DES  SAVANS, 

et  si  connues  en  Europe  sous  la  dénomination,  très-impropre  à  tous 
égards,  de  cachemires.  Les  premiers  rapports  qui  se  répandirent  dans  le 
public  à  ce  sujet,  oflroient  des  circonstances  si  difficiles  à  concilier  et 
des  notions  géographiques  si  évidemment  inexactes,  qu*on  ne  dut  pas 
s'étonner  de  voir  fe  scepticisme  s'en  emparer  et  révoquer  en  doute 
la  possibilité  de  ropératîon,  uniquement  parce  qu'elfe  étoit  mal  racontée; 
f  opinion  où  Ton  éioitqu*onne  pouvoit  se  procurer  la  véritable  race  des 
♦chèvres  à  duvet  sans  pénétrer  dans  le  Kaschemire,  ou  même  jusque  dans 
le  Tibet,  cette  opinion  ne  pouvoit  s'accorder  avec  ïa  rapidité  d*une 
course  de  quelques  mois  et  le  prompt  retour  du  voyageur  qui  I  avoir 
entreprise.  Celte  difficulté,  et  d'autres  encore,  faisoient  naître  des  doutes 
et  délirer  des  éclairci:>semens ,  quand  AL  Ternaur  donna  une  notice 
historique  abrégée  de  ce  qui  avoit  été  entrepris  et  mis  à  exécution  : 
cette  notice  ei»t  insérée  dans  le  n*"*  17 j  du  Bulletbi  de  la  société 
d'encouragement» 

Depuis  cette  époque,  l'arrivée  des  chèvres  sur  fe  sol  de  la  France,  et 
la  vue  du  précieux  duvet  qu'elles  portent,  ont  rendu  toute  discu^ision 
superflue;  mais,  comme  celte  opération  n'intéresse  pas  moins  Thistoire 
naturelle  et  fa  géographie  que  le  commerce  et  l'industrie,  on  en  verra 
peut-être  avec  pbisir  un  exposé  succinct:  nous  le  tirons  principalement 
du  Mémoire  qui  a  été  lu  à  racadémie  des  sciences  et  |H)blié  par 
M  Tessier,  chargé  parle  ministre  de  l'intérieur  de  s'occuper  des  soins 
relatifs  à  Tarrivée  des  chèvres  à  duvet,  à  leur  placement,  et  à  I amé- 
lioration de  leur  état  .sanitaire. 

On  est  resté  lojig' te jnps  dans  l'incertitude  sur  I*esppce  d'anîrnal  qui 
produisoii  le  duvet  dont  It^s  schals  sont  fal>riqué>*  Dans  la  vue  deili.siiper 
celte  incertitude,  M,  Ternaux,  il  y  a  quelques  années ,  donna  ordre  à  un 
voyageur  qu'il  avoit  en  Russie^  de  se  trouver  à  la  foire  de  Makarief,  lieu 
du  rendez-vous  de  tous  les  comn^erçans  de  l'Asie,  pour  y  prendre  des 
renseignemens  précis*  En  effet*  un  Arménien  fit  voir  à  ce  v^^yageur  un 
échantillon  de  duvet,  et  promît  de  (ui  en  procurer  itne  certaine  quaniilé 
à  la  foire  prochaine,  II  ren»plii  ^a  prome^^se,  et  a|>porta  soixante  \h  xts  de 
duvet,  qui  furent  envoyées  à  M*  Ternaux,  renfennées  dans  un  coussin 
à  lusage  d'un  courrier  russe  qui  se  rendoit  à  Pari:»:  cette  précaution  étoit 
nécessaire»  parce  que  l'exportation  du  do^et  éioit  alors  défendue  par  la 
cour  de  Russie,  D'un  autre  côté,  le  capitaine  Charles  Baudin»  parti  pour 
Calcutta  en  1  8  1 4  9  en  rapporta ,  l'année  suivante ,  quelques  petits  ballots 
de  duvet  provenant  dîiectement  du  Tibet,  Les  récils  de  divers  voya- 
geurs s'accordoient  à  établir  que  la  race  de>  chèvres  qui  porfent  le  duvet 
^etoit  répandue  dans  diverses  contrées  de  Ja  Fer  se,  de  l'Inde  et  de  la 


MARS    1820.  iî7 

Tartane;  et  une  tradition,  sur  Texacthude  de  laquelle  il  est  pennis  de 
conserver  quelques  doutes ,  portoii  que ,  dans  une  de  ses  expédiitoos ,  le 
fameux  Tamas  Koulikhan  avoit  ramené  iroîs  cents  de  ces  animaux, 
qui  avoîent  muliiplié  dans  le  Kaboul ,  le  Kandahar ,  la  grande  Boukharie^ 
et  jusque  dans  la  province  de  Kerman. 

Ces  indications,  quoique  vagues,  suffisoient  pour  faire  présumer 
qu'on  pourroir,  sans  entreprendre  fe  difficile  et  péulleux  voyage  du  Tibet, 
se  procurer  la  race  des  chèvres  à  duvet,  et  peui-êrre  la  naturaliser  en 
France.  Le  Kerman,  quoique  situé  sous  le  trentième  degré  de  latitude, 
est,  k  cauie  de  son  élévation,  une  province  plus  froide  que  certaines 
parties  de  la  France.  A  la  vérité,  en  prenant  ces  animaux  ailleurs  qu^au 
Tibet,  on  n'avoit  pas  une  certitude  entière  d'obtenir  leur  race  exemple 
de  mélange,  et  leur  duvet  au  degré  de  beauté  désirable.  Les  schals  qu'on 
faJbrique  dans  Je  Kerman  sont,  suivant  un  voyageur  judicieux  (1),  fort 
au-dessous  de  ceux  de  Kascheniîre,  pour  la  beauté  et  fa  finesse  :  mais 
ces  différences  pouvoient  tenir  autant  à  flmperfection  des  procédés  de 
fabrication  qu'au  mélange  des  races;  et  dès  qu'on  pouvoit  vérifier  la 
chose  sans  aller  jusqu au  Tibet,  on  ne  pouvoit  nier  qu'elle  n'en  valût 
la  peine, 

M.  Amédée  Jaubert,  professeur  de  turc  à  Técole  spéciale  de  langues 
orientales,  se  chargea  de  cette  intéressante  commission.  Il  partit  de 
Paris  au  mois  d'avril  1818,  muni  de  toutes  les  recominandations  qui 
pouvoient  faciliter  son  entreprise:  celle  de  M*  le  duc  de  Richelieu,  alors 
ministre  des  affaires  étrangères,  devoit  sur- tout  lui  être  utile  en  Russie; 
et  Ton  peut  dire  que  ie  succès  qu*il  a  obtenu  tient  en  grande  partie  à 
celte  circonstance  heureuse ,  qui  a  levé  pour  lui  tous  les  obstacles  et 
aplani    toutes  les    difficultés. 

Le  récit  du  voyage  de  M,  Jaubert  est  tiré,  comme  en  avertit 
M*  Tessier,  d*une  lettre  écrite  à  M,  de  Kozodawiew,  ministre  de  fin* 
lérieur  en  Russie,  On  y  voit  que  le  voyageur  français  se  rendit  d';*bord, 
par  Odessa»  Tatigarog  et  Astrakhan,  au  camp  du  général  Yermolof, 
au  pied  du  Caucase,  Dans  cette  route ,  il  n'avoit  négligé  aucune  occasion 
de  prendre  des  informations  près  des  marchands  de  la  Boukharie^ 
des  Kirgis  et  des  Arméniens  qui  fréquentent  ces  contrées.  Ce  fut  d  eux 
qu'il  apprit  qu'if  trouveroit  chez  les  Kirgis  des  bords  de  TOural  une 
race  de  chèvres  qui  étoient  presque  toujours  d'une  blancheur  éclatante, 
et  qui  portoient,  tous  les  ans,  au  mois  de  juin  ,  une  toison  d'une  finesse 
remarquable.  Les  échantillons  qu  on  lui  donna    le  convainquirent  de 


^ 


(i)  M,  Ptiprc,  Vûjfûge  en  Perse ^  tçm*  //,  p.j/fs 


i 


t 


r|8  JOURNAL  DES  SAVANS, 

la  conformité  de  ce  duvet  avec  celui  qui  venoît  en  France  par  la  Rqssîe. 
II  trouva  en  effet,  k  quelques  centaines  de  werstes  du  Wolga^  dans 
les  stèpes  qui  séparent  Astrakhan  d'Oreniboug,  des  flocons  épars  de 
duvet,  qu!  lui  firent  présumer  favorablement  de  Tissue  de  son  opé- 
ration. Le  nom  de  c^^»  Tctet,  que  portent  tes  chèvres  à  duvet  chez  les 
nations  de  ces  contrées,  suivant  M.  Jaubert,  furent  pour  lui  une  nou- 
veHe  marque  quji  ne  réussiroit  pas  mieux  en  allant  plu>  loin.  II  fii  donc 
là  ses  acquisitions ,  et  il  acheta  chez  les  Kirgis  Kara-Agadji,  ou  de 
TArbre  noir,  et  chez  fcs  Khaisak,  en  tout  douze  cent  quatre  vingt-neuf 
bétes.  II  reprît  alors  la  route  d'Europe,  en  faisant  passer  te  Wol^a  à  son 
troupeau  à  Tsaritzîn,  La  saison  devenoît  rigoureuse,  et  la  niortniité 
faisoit  des  progrès  parmi  les  chèvres.  La  mer  d'Asof  étant  alors  obstruée 
par  les  gfaces,  on  ne  put,  comme  on  en  avoit  eu  le  projet»  faire  em- 
barquer le  troupeau  àTangarog;  il  fallut  le  conduire  le  long  des  côtes 
jusqu'à  Théodosie,  oîi  il  arriva  le  24  décembre ,  après  une  perte  de 
deux  cent  quatre  vingt-huit  chèvres:  là  on  le  partagea  en  deux  envois, 
dont  lun ,  de  cinq  cent  soixante-six  bêtes,  arriva  à  MarseiHe  vers  la  mi- 
avril,  sur  un  bâtîinent  russe;  l'autre  fut  un  peu  plus  tard  amené  au  lazaret 
de  Toulon,  par  M.  Jaubert  lui-même, 

Ceslàfepoque  du  débarquement  delà  première  troupe  que  le  récît 
de  M.  Tessier  prend  le  caractère  de  celui  d'un  homme  de  Tart  et  d*iin 
témoin  oculaire.  L*équîpage  du  vaisseau  et  les  chèvres  elles-mêmes , 
devant  être  soumis  aux  lois  de  la  quarantaine,  passèrent  d;ms  le  lazaret 
de  Marseille»  ou  il  fut  décidé  qu'ils  resteroient  trente  fours.  Ce  fut  pour 
les  animaux  un  repos  bien  peu  conforme  aux  besoins  qu'ils  avoient  d'un 
a;r  très-libre  ,  d'une  nourriture  abondante,  et  de  soins  particuliers.  Les 
ressources  offertes  par  les  intendans  de  la  santé,  les  soins  dun  vété- 
rinaire qui  s  enferma  dans  le  lazaret  pour  y  être  autant  de  temps  que  les 
chèvres,  ne  purent  empêcher  qu'il  nen  pérît  quelques-unes  chaque 
[our.  M.  Tessier,  qui  arriva  à  MarseiHe  le  6  mai,  eut  dabord  à  s  occuper 
des  chèvres  malades:  on  avoit  annoncé  que  fa  troupe  étoit  attaquée  du 
tournis  et  de  la  gale.  M.  Tessier  révoque  en  doute  l'existence  de  la 
première  de  ces  maladies,  et  paroît  disposé  à  auribuer  les  symptômes 
qui  favoîent  simulée  à  de  simples  mouvemens  spasmodiques:  quant  à  la 
seconde,  elfe  étoit  grave  et  générale,  occupoît  souvent  toute  la  peau  de 
f  animal,  sWcompngnoît  dun  prurit  insupportable  »  et  se  compliquoit 
quelquefois  d'affection  vertiiineuse.  Cette  inaladie.qui  ne  laîssoit  paroître 
que  par  places  le  long  poil  et  le  duvet,  f^rça  d  enlever  tout-à  fait  fun  et 
fautre.  On  ne  s'y  décida  pourtant  qu  à  la  dernière  extrémité,  et  en  pen- 
dant que  le  duvet  repuuijeroit  aussi  bien ,  coupé  par  le  ciseau  du  tondeur, 


MARS   1820. 


ijp 


que  détruk  par  la  maladie.  Ua  mélange  d'axonge  de  porc,  de  fleur  de 
soufre  et  de  tantharides  >  suffit  pour  guérir  eniierement  celte  aiTectiotif 
qui  ne  semble  pas  avoir  éié  exiraordinairemenl  rebtlle. 

La  maladie  la  plus  funeste  aux  chèvres  pendant  la  traversée ,  et  qui 
en  enleva  beaucoup  encore  dans  le  lazaret,  étoit  une  sorte  de  phthisie 
tubercyfeuse,  dont  M*  Tessicr  attribue  la  cause,  avec  beaucoup  dte 
raison,  à  Tair  promptement  vicié  et  imparfaitement  renouvelé  que  les 
animaux  avoient  respiré  dans  les  deux  mois  de  la  traversée*  Ils  étoient 
entassés  dans  unecaleoîi  ils  ne  recevoient  d'air  quà  travers  les  écoutilles, 
et  chaque  individu  n'avait  pour  se  mouvoir  qu  un  espace  moins  coiibidé- 
rabk  que  la  longueur  de  son  corps:  dans  ces  circonstances,  on  doit 
être  peu  surpris  d'avoir  vu  se  déclarer  une  affection  qui  éloit  presque 
toujours  fatale  aux  individus  qu'elle  auaquoit*«Nous  en  avons  sauvé 
to  très-peu,  dit  M.  Tessier,  et  de  celles  seulement  qui  étuie:it  foîble- 
3'  mçnt  afî'ectées  ;  c'est  en  joignant  à  leurs  aliraens  de  la  fleur  de 
:»  soufre.» 

Le  terme  de  h  quarantaine  étant  expiré,  et  les  ir.divîdus  Tes  plus 
malades  étant  mis  l\  Marseille  dans  une  infirmerie  qui  avoil  été  pré- 
parte pour  eux,  il  fallut  choisir  un  local  pour  placer  les  cent  chèvres 
que  fe  Gouvernement  devoit  prendre  dans  Ls  deux  troupes*  M,  Tessier 
pensa  que  la  bergerie  royale,  dans  les  environs  de  Perpignan,  ofîriroît 
toutes  les  ressources  nécessaires,  et  que  le  Roussî!Ion,  par  son  climat 
et  sa  namre  montueuse,  devoit  convenir  aux  chèvies  du  Tibet,  Pour 
y  faire  parvenir  son  troupeau,  il  préféni  la  route  de  mer,  qui  devoit 
être  moins  fatigante  et  moins  embarrassée*  Les  chèvres  arrivèrent  sans 
sccïdent  à  leur  destination  ;  et  d*après  une  lettre  du  régisseur  de  fa 
Lergerie  royale,  sous  la  date  du  30  août,  on  apprend  quelles  y  étojent 
en  bon  état,  que  leur  long  poil  revenoît,  et  qu'on  apercevoit  déjà  le 
duvet.  Le  surplus  des  chèvres  est  dans  le  département  du  Var,  sur  les 
moutagnes  qui  couronnent  au  nord  la  rade  de  Toulon  :  i(  en  est  resté 
itn  certain  nombre  dans  Je  département  des  Bouches-du-Rhône.  En 
résultat,  des  douze  cent  quatre-vingt-neuf  chèvres  achetées  chez  les 
Kirgis,  toute  déduction  unie  des  pertes  qui  ont  eu  lieu  soit  dans  la 
rouje  par  letref  soit  dans  la  traversée,  ou  pendant  le  séjour  aux  lazarets, 
ou  depuis  ce  temps,  il  en  existe  encore  quatre  cents,  En  songeant  aux 
difficultés  que  présentoît  cette  importation,  on  doit,  comme  [e  re- 
marque AL  7>ssfer,  moins  s'étonner  des  pênes  qui  ont  été  faites,  que 
se  féliLÎter  de  ce  qu'elles  n'ont  pas  été  plus  nombreuses  encore, 

M*  Tessier  n'exagère  pas  Favantage  qu'on  pourra  retirer  de  cette 
opération.  Pour  l'apprécier  avec  exactitude,  ilfauli  dit*il,  que  Ton  con- 


i6o 


JOURNAL  DES  SAVANS, 


norsse  la  quantîié  de  duvet  qu'elles  donneront,  le  plus  ou  moins  de  fà- 
cilité  qu'elles  auront  à  s*accliinnter,  le  genre  de  vie  et  [espèce  d*ali- 
mens  qui  leur  conviendront  le  mieux^  Dans  tous  les  cas,  il  ne  pense  pas 
qu'il  y  ait  lieu  de  concevoir  des  craintes  sur  le  sort  futur  de  la  race  nou- 
vellement importée.  Cexemple  des  mérinos,  et  celui  des  chèvres  d'An- 
gora» qu'on  a  entretenues  tant  que  leur  poil  a  été  employé  aux  étoffes, 
fui  paroissent  garantir  la  inultipitcatîon  des  chèvTes  k  duvet.  CeUes-» 
ci  s  accommodent  des  alimens  dont  vivent  les  chèvres  indigènes;  elles 
ont  des  habitudes  semblables»  et  Fauteur  ne  doute  pas  qu'on  ne  puisse 
les  élever  dans  [es  plaines  et  même  en  domesticité.  Suivant  son  obser- 
vation j  les  métis  donneront  un  duvet  moins  beau  sans  doute  que  celui 
de  la  race  pure,  mais  propre  cependant  à  faire  des  étoffes  d'une  cer- 
taine valeur  :  un  fait  irès-curieux  autorise  cette  supposition.  Depuis 
rîm porta tton,  M.  Tessier  a  trouvé,  sur  des  chèvres  commune^,  un 
duvet  très-fin»  analogue  à  celui  des  individus  de  race  tariare,  et  auque[ 
il  ne  manquait  que  dt  la  longueur  et  de  rextensîbiilté, 

La  description  que  fauteur  fait  des  chèvres  à  duvet,  d'après  les  nom- 
breux individus  qu'il  a  examinés,  se  rapporte  exactement  k  celle  qu'a 
donnée  Samuel  Turner  (i);  elfe  convient  aussi,  à  peu  de  différence 
près,  à  cinq  individus  qui  ont  été  récemment  achetés  de  M,  Dontop, 
propriétaire  dans  le  nord  de  l'Ecosse,  pour  le  compte  du  Gouverne- 
ment français,  et  placés  à  fécole  royale  d*Alfort.  Elfe  s'applique  enfin 
assez  bien  à  un  bouc  qui  avoit  été  tiré  du  jardin  de  la  compagnie  des 
Indes  à  Calcutta,  et  envoyé  au  Muséum  d*histoîre  naturelle  de  Paris 
par  M,  du  Vaucèles.  J'ajouterai  encore  qu'elle  s'accorde  avec  celle  que 
les  Chinois  font  de  leurs  chèvres  à  ventre  jaune,  qu*ils  nomment  fan, 
et  qu'ils  désignent  par  un  caractère  composé  du  nom  de  la  chèvre  et 
de  celui  du  Tibet.  Cette  chèvre  paroît  s'être  multipliée  dans  plusieurs 
parties  de  (a  Chine  et  des  pays  voisins.  Toutefois  c'est  du  Bengale  que 
les  Chinois  tirent  les  schals,  quifs  nomment  sa-ha-la  {z]\  mais  rien 
n'annonce  qu'ils  mettent  à  cette  étoffe  le  haut  prix  qu'on  y  attache  en 
Europe,  depuis  Fépoque  de  l'expédition  d'Egypte. 

M*  Tessier  a  joint  à  son  Mémoire  un  postscriptum  rjui  n'est  pas  moins 
intéressant;  il  contient,  sur  la  fabrication  des  schals,  des  détaih  qu'on  a 
recueillis  à  Constantinopfe  de  la  bouche  d'un  Arménien  nommé  Khodja- 
Yousùuf,  et  qui  ont  été  confirmés  par  d^ux  négocians»  fun  de  Khiva, 

(j)  Ambassade  au  Tibet  et  au  Boutan  ,  tom,  lî ,  p,  //j.  —  Voyez  aussi 
Textratt  du  Voyage  Ac  Bogie  ,  danj  le  petit  volume  de  MM»  Parraiid  et 
5illccocq,;^ /co,  — (2}Kouaiigiu  ki,/.  XXJY^p*  /2* 


MARS    iSiO,  i6i 

Tautre  de  Boukhara*  L*Annéiiien  fut  envoyé,  i[  y  a  dix  hait  ans,  par 
une  maison  de  Constaniinople,  pour  faire  fabriquer  des  schals  sur  des 
dessins  nouveaux  donc  il  étoit  porteur;  et  il  a  habÎLé  Iong*letnps  dans 
le  Kaschemfre,  à  Lahor  et  à  Ptfïschawer-  C'est  dans  ces  contrées  qui! 
a  recueilli  les  notions  suivantes.  \  °  Uanimal  dont  le  poil  sert  à  k  fabri- 
cation des  schafsj  est  une  chèv^re  dj  Tibet,  et  non  le  chameau  à  une 
bosse,  comme   on  Ta  cru  a^sez  long- temps,  nî  le  mouton,  comme 
favoit  positivement  asiuré  M.  Bogie  (i).  2»°  Cette  chèvre  ressemble  à 
une  chèvre  ordinaire,  ayant  des  cornes  droites,  de  couIeLir  plus  ou 
muin>  blanche,  ou  d*un  brun  très-clair;  un  poîl  grossier  recouvre  le 
duvet  laineux  qui  s'ejuploie  uniquement  et  sans  mélange  dans  Us  fa- 
briques. KhDdja-Yousouf  a  vu  k  Kaschemîre  vingt-cinq  ou  trente  de  ces 
chèvres,  qu  on  y  garde  seulement  par  curiosité.  3.**  Ce  sont  des  femmes 
ou  des  enfans  qui  en  extraient  le  jarre  et  les  parties  hétérogènes.  Les 
flocons  de  dUvet  sont  cardés,  sur  des  tapis  de  mousseline  d^s  Indes  « 
par  de  Jeunes  filles,  qui  ne  se  servent  que  de  leurs  doigts  pour  allonger 
la  (aî:]e  san^  la  briser,  et  la  nettoyer  des  impuretés  qui  la  salissent  :  dans 
cet  étal,  elfe  est  livrée  aux  teinturiers  et  aux  fileuses.  4***  Le  métier  sur 
lequel  on  travaille  est  simpTe  et  horizontal;  Touvrier  travaille  sur  l'en- 
vers;  un  enfrmt  placé  aU'des>ous,  et  ayant  le  dessin  devant  lui ,  Tas^ertit, 
^  chnque  cuup  de  navette,  des  couleurs  quil  doit  employer,  et  dont  les 
bobines  sont  chargi'es,  5.'*  Un  5cha[  de  la  plus  grande  beauté  coûte 
cinq  à  six  cents  roupies  [  12  à   1  joc  francs].  6.*'  Le  pluâ  beau  duvet 
vient  de*  cantons  de  L;isa  et  de  Ladalt;  mais  on  en  lire  aus*»i  beaucoup 
de  Kaschgar  et  de  BoLhara,  qui  tit  importé  dans  le  Tibet  et  le  Ka^che- 
niire,  et  rendu  ensuite  sous  fa  forme  de  schals  fabriqués.  On  apporte 
le  duvet  à  Kaschemîre  en  balle  et  mélangé  avec  le  poil  le  plus  grossier. 
On  peut  comparer  ces  détails  avec  ceux  qui  ont  été  recueillis  par  un 
voyag€ur  fr^inçais  en  Perse,  et  qui  ont  été  indiqués  dans  Textrait  que 
iiuus  avons  donné  de  son  Voyage  (2). 

J.  P,  ABEL-RÉMUSAT. 


L'Art  de   vérifier  les  da  tes   des  faits  kistùriques  ,   des 

inscriptions,  des  chroniijues  et  autres  anciens  monuniens  avant 
ïère  chrétienne  t  &c.;  par  un  Religieux  de  la  congrégation  de 


(l)   VKiyi'i  Touvrage  cité  précédemment*  —  (2)  Journal  des  Savans,  octobre 
1819.   Voyt-^  aussi  Textrait  du  Voy<»gc  au  Kaboul,  avril  1818* 


idi  JOURNAL  DES  SAVANS, 

Sami-MauT  (dom  Clément  ),  &€.  A  Paris,  chez  Moreaii  et 
clier  Anhus-Bertrand,  i8ip;  tom^I,  11^  III,  in-SJ* 

SECOND    EXTRAIT. 

Aî^RÈS  Fabrégé  chronologique  de  Thistoire  sainte,   et  les  tableauic 
accessoires  qui  le  complètent,   dom   Clément  commence  les  annales 
profiuies  par  celles  de  FKgypte.  On  trouve  d'abord  ici  une  table  des  deux 
*  cycles  soïhiaques  ou  caniculaires  qui  se  sont  écoulés,  Tiin  depuis  Fan 
26s  j  avant  J.C.  fusquVn  1  326  ,  Tau tre  depuis  152J  jusqu'à  Fan  15  j 
de  Fère  vulgaire,  avec  Findicatîon  des  [ours  de  Tannée  julienne oii  chaque 
année  égyptienne  a  commencé*   Cette   lahie  est  conforme  au  système 
de  Fréret,  en  ce  qu'elle  suppose  que  le  cycle  de  quatorze  cent  soixanie- 
nne  années  égyptiennes,  équivalentes  à  quatorze  cent  soixante  ans  ju- 
liens, a  été  connu,  établi  en  Egypte  dès  le  XXVJll/  siècle  avant  notre 
ère;  elle  est  confonne  au  sentiment  de  Des vîgn oies,  en  ce  qu  elfe  termine 
le  second  cycle  sothiaque  à  Fan  i  3  î  de  J.  C. ,  et  non  pas  à  Fan  138, 
comme  Fréret  le  conclut  d'un  texte  de  Censorîn.  Desvîgnoles  pense  que 
Censorin  a  mal  calculé;  quau  lieu  de  descendre  à  Fan   1  jS,  il  devoit 
s'arrêter  à  135:  niais  Fhypoihèse  dun  premier  cycle  sothiaque  employé 
par  les  Égyptiens  entre  les  années  27H5  et  1325  avant  J.  C,  se  con- 
cilie mal  ici  avec  ce  qu  on  a  dit  de  Fannée  ancienne  dans  le  tome  l^  de 
fouvrage-qui  nous  occupe.  En  effet,  nous  y  avons  fiiit  remarquer  une 
dissertation  extraite  du  sixième  livre  de  Desvignoles,  et  qui  tend  à 
éiallir  que  les  Égyptiens  n'avoi -nt  eu  que  des  années  de  trois  cent 
soixante  jours  jusqu^au  moim-nt  où  ,  Fan  \  522  ou  t  525  avanï  J,  C,  ils 
y  ajoutèrent  cinq  jours  ép:tgomènes,  et  imaginèrent  le  cycle  sothiaque, 
dont  la  quatorze  cent  soixante-unième  année  devoit  compenser  tous 
les  quarit*  de  jour  négligés   dans  k^s  piécédentesi  et  réiafilir  fa  coïn- 
cidence de  Fannée  ciiile  et  de  Fatin  e  tropique.  S'ils  avoient  connu  ce 
cycle  dès  Fan  2785  ava   t  Fère  chréienne,  comment  auroient*  ils  tardé 
quatorze  cent  s  axante  ans  à  compter  les  cinq  jours  ép:igomeiie>î  Com- 
iTient  auroient-its  adapté  le  cycle  taniculaire  à  des  années  de  trois  cent 
soixante  jours! 

Au  milieu  de  tous  les  systèmes  relatifs  à  Fhistoire  chronologique  des 
anciens  temps  dtr  IXgypte,  dom  Clément  s'esi  attaché  ,  au  moin^dejHiîs 
Mœris ,  Ji  celui  d'Héiodote,  tel  qu'il  a  été  exposé  par  M,  Larcher.  Ainsi 
Maris  meurt  et  Sésostrib  lui  succède  Fan  1356  avant  J*  C. ;  et  de  ce 
point  commence  une  série  de  règnes  et  dt-  dates,  avec  des  sotnruaires  et 
même  plusif  ur^  détails  hrsioiiques  principalement  puisés  dans  Hérodote. 
>Jous  $omme^  loin  de  blâmer  le  choijt  de  ce  système  ;  mai^  nou*  ignorons 


r 


MARS    1820.  i<îj 

s'il  n'eiltpas  été  utile  d*indîquer  [es  autres  hypothèses,  ne  fût-ce  que 
pour  faciliter  fa  lecture  des  livres  d^histoire  où  eKes  sonÈ  suivies.  Il  n*est 
nen  dit  ici  ni  du  travail  de  Marsham  sur  la  chronologie  égyptiennCf 
ni  des  recherches  de  Fréret,  ni  de  beaucoup  d'autres  conjectures*  Fréret 
croit  Sésostris  pFus  ancien;  Bossuei  au  contraire  avoit  adopté  l'opinion 
de  ceux  qui  le  confondent  avec  Sesac»  vainqueur  de  Roboam  vers  Tan 
97*  avant  notre  ère;  et  les  auteurs  anglais  de  ('Histoire  universelle  ont 
trouvé  tant  d'obscurité  dans  cette  chronologie  ^qu  ils  n'ont  voulu  marquer 
de  dates  qu^  partir  de  ravénement  de  Psamménque,  Faïi  670, 

Si  nous  pouvions  parcourir  les  détails  des  abrégés  chronologiques  de 
rhistoîre  des  Tyriens,  des  Syriens,  des  Assyriens,  des  Mèdes  et  des 
Perses;  nous  bornerions  aussi  nos  observations  critiques  h  regretter  que 
doin  Clément  n'ait  pas  joint  aux"  dates  qu'il  préfère,  Tindication  de  celles 
que  d'autres  chroaologistes  ont  adoptées.  Par  exemple,  il  place  entre  les 
années  1  96S  et  1  8  j6  avant  J,  C,  les  règnes  de  Ninus,  de  Séniiramis  et 
de  Ninias,  et  nous  avouerons  que  l'opinion  qui  les  retarde  de  six  h  sept 
siècles ,  opinion  suivie  par  Bossuet ,  et  soutenue  par  M.  de  Volney, 
nous  sembïeroit  plus  probable ♦  plus  conforme,  comme  Ta  dit  Bossuet, 
à  la  supputation  d'Hérodote.  Il  seroit  permis  aussi  de  retrancher  de  la 
fiste  des  rois  de  Médie  le  Cyaxare  II  que  doni  Clément,  à  Texeinplo 
de  plusieurs  chronologistes  ,  a  placé  entre  Astyage  et  Cyrus.  Ce 
Cyaxare  II,  appelé  aussi  Dû  nus  le  MciUt  n'est,  selon  Fréret,  qu*un  roi 
de  Babylone  surnommé  le  Mcdt  à  cause  de  son  origine  ;  il  nous  semble 
qaen  le  maintenant  parmi  ïes  rois  des  Mèdes,  il  convenoit  au  moins 
d'avertir  que  celte  opinion  avoit  été  contredite. 

Il  s'est  glissé  quelques  inadvertances  dans  fa  chronologie  des  rois  de 
Babylone.  Par  exemple,  on  a  placé  sous  f année  2218  (avant  1ère 
chrétienne,  Aiardocentis ,  en  ajoutant  que  ce  prince  est,  au  jugement 
if  habiles  critiques,  le  même  que  le  Afardocimpadde  Ptolémée  et  le  AiéroJach- 
Baldddn  du  prophète  Istn\  Après  avoir  appliqué  à  ce  monarque  un  texte 
de  Jérémie,  on  continue  immédiatement  par  ces  mots:  Afardocentis 
mourut  Vàn  2t6j  AVANT  Jesus-Christ.  C*est  la  conc'Usion  de  far-* 
tic  le  :  cependant ,  quelques  pages  plus  loin  ,  sous  le  titre  de  second 
royaume  de  Babylone ,ei  dans  une  nouvelle  série  de  rois,  on  établit» 
sous  Tannée  711  (toujours  avant  J,  C.  ),  Âlardokempad^  le  même  (on 
ne  peut  guère  en  douter)  que  Mérodach-Bahidan  quU  ayant  appris  la 
guéris  on  miraculeuse  d'E'^échlas  ^  lui  envoya  des  amtassadeurr,  &c.  On 
auroit  évité  cette  confusion,  si  Ton  avoit  commencé  par  exposer  les 
différens  systèmes  relatifs  à  la  chronologie  assyrenne*  Dans  ftiat  oîi 
Ion  a  laissé  ces  notices,  il  est  naturel  que  Je  Iccteuf  demande  si  Ion 


I 


â 

1 


\6Ji  JOURNAL  DES  SAVANS, 

admet,  oui  ou  non,  deux  Mardocejnpad,  et  comment  celui  qiiî  e<;t  mort 
fan  2î6j  avant  Tère  vulgaire   seroit  un  conieiiiporain  d'haïe,  et  Turij 
des  successeurs  de  Nabona^sar  dans  le  Canon  de  Ptoléoiée. 

Des  parties  moins  cultivées  de  rhisioire  et  de  la  chronologie  ancienne] 
sont  ici  éclairées  par  une  suite  de  petits  abrégés  chronologiques,  qui  en'l 
gér'éral  nous  ont  paru  rédiges  avec  assez  de  soin,  et  qui  concernent 
les  rois  des  Parihes,  d*Arménic,  de  la  Médie  Airopatène,  de  Bactrîe» 
dTmesseï   d*A(banîe,  de  Cofchîde,  dlbérie,   dWdiabène,    de  Cap- 
padoce,  ,  .  .  de  Carie,  de  Rhodes,  de  Thrace,  6wC*  Ne  pouvant  appeler 
Fatientionde  nos  lecteurs  sur  tant  de  détails  j  nous  nous  hâtons  d'arriver 
à  rhîstoire  d*Athènes  et  de  Lacédémone.  Un  précis  de  I  année  atlîqué 
contient  l'indication  de  quelques-uns  des  cycles  qui  avoîent  précédé  celui 
de  Méton ,  Fexplication  de  ce  cycle  rectifié  et  quadruplé  par  Cafippe,  et 
h  nomenclature  des  mois  athéniens*  Doiu  Clément  n'avertit  point  des 
doutes  qui  se  sont  élevés  depuis  long-temps  sur  Tordre  des  deux  mois 
mxmactérion  et  pyanepsion  (i),  H  transcrit  ensuite  fa  version  latine  et 
une  traduction  française  de  la  chronique  de  Paros,  «ans  y  joindre  ni  le' 
texte  grec I  ni  aucune  remarque  critique;  il  renvoie  aux  mémoires  de 
Gibert  et  de  Fréref,  Suit  une  table  des  archojites  d'Athènes  avec  indi- 
cation de  ceux  dont  les  Marbres  de  Paros  font  mention;  c'est  la  table  que 
Lydiat  a  disposée,  et  qui  n*esi  exempte  ni  dniterversîons  ni  de  lacunes. 
En  expliquant  ensuite  la  forme  de  Tannée  olympique,  on  fait  dire  à 
Pindare,  dans  sa  troisième  ode,  que  les  olyiiipîades  arrivoient   tantôt 
après  quaranie- neuf  mois,  tantôt  après  cinquante.  Ce  nest  pas  Pindare, 
mais  son  scholiaste,  qui  fait  cfeîte  remarque  :  Eyvdstf  Ji  i  ayir,  TniTi/isr  Sf^ 
7it^^3u>f}(t  tffU  /Mivm ,  m7»  A  d^  mfTiitQfJA.  Du  reste,  cette  notice  distingue 
avec  précision  les  différentes  espèces  d'années  olympiques,  !es  communes 
ou  de  (rois  cent  cinquante-quatre  jours,  les  embolismiques  de  trois  cent 
quatre-vingt-quatre,  celles  de  trois  cent  quatre-vingt-sept  tous  les  seize 
jins,  celles  de  trois  cent  cînquante-sept  tous  les  cent  soixante  ans.  Cène 
distinction  est  marquée  soigneusement  dans  une  table  des  cent  quatre*- 
vingt  quatorze  olympiades  depuis  Tan  '/yô  avant   J,  C,  jusqu'à  fère 
vulgaire.  L'une  des  colonnes  de  celle  table  détermine  les  jours  juliens 
ou  Ion  suppose  que  chaque  année  olympique  a  cojnmeiicé;  une  autre 
colonne  contient  les  noms  des  vainqueurs,  des  archontes»  &c.,  et  la 
mention  des  événemens  les  plus  célèbres.  Ces  préliminaires  conduisent 


(i)  V(/ri,  sur  la  question  de  savoir  lequel  de  cei  deux  nioif  précédoit 
Taiitre  »  un  Mémoire  de  Al.  Butcman,  traduit  par  M.  Halma  dans  Is  Chrono- 
lôgie  de  Piolémée  { tonu  Ul  dt  VAima^f^tt).  ^  t^^  "J' 


MARS  TsIôT 


t6f 


i  une  chronDrogie  hislorîqtie  de  la  république  d^Aihènes  et  du  royaume 
de  Macédoine  ;  car  on  a  jugt  à  propos  de  réunir  et  de  confoiidre  ces  deux 
articles,  qui  auroient  pu  être  iiéparés  selon  la  méihode. suivie  dans  tout  le 
reste  de  i'ouvrage.  On  remonte  ici  à  Tannée  i  ^82  avant  J.  C* ,  qu'on 
désigne  comrrie  fépoque  de  l'arrivée  de  Cécrops  et  de  rétablissement 
de  sa  colonie  dans  l'Aitique*  Cette  date  et  les  suivajues,  jusqu'à  la  fin 
du  règne  de  Codrus,  ne  seroient  pas  à  l'abri  de  toute  contestation; 
la  mort  de  Codrus  amène  les  archontes  perpétuels,  puis  les  décennaux, 
enHn  Its  annuels ,  dont  nous  retrouvons  ici  {p.  2^j-tjS  du  tome  III )  une 
liste  nouvelle,  semblable,  à  quelques  rectifications  près,  à  celle  qui  a 
été  (piigt  I  sç ,  &c,)  empruntée  de  Lydî;it,  Quant  aux  faits  historiques 
jecueillis  dans  cet  abrège,  ils  sont  universellement  connus  j  Fexposé  en 
est  clair  et  correct,  mais  sans  aucune  observation  critique.  Nous  en 
devons  dire  autanî  du  sommaire  des  annales  macédoniennes,  dans  les- 
quelles  nous  ne  rencontrons  guère  d'autre  article  clironolugique  qu'une 
liste  des  rois  collatéraux  de  Sparte  ;  savoir,  de  ceux  de  la  famille  des 
Lagîdes  et  de  ceux  de  la  fanuile  des  Proclides  ou  Eurytionides.  Les 
vingt*huit  années  de  la  guerre  du  Péloponnèse  ne  .sont  pas  distinguées 
par  les  faits  qui  leur  appartientienl  ;  il  ny  a  d  ailleurs  aucune  notice 
des  royaumes  d'Argos,  de  Sicyone,  de  Coriiithe,  de  Thèbes,  àc,  : 
rhJstoirede  la  Grèce  ne  commence  qu*à  Cécrops  ;  il  n'est  point  parlé 
d'Jnachus,  Nousprésumons  que  dom  Clémentseproposoit  de  compléter 
cette  importante  partie  de  la -chronologie  ancienne,  mais  qu'il  n'avoit 
encore  pu  ra^sembl^r  que  les  matériaux  qui  vienntnt  d'être  indiqués» 

Le  reirte  du  tome  111  est  rempli  par  des  précis  chronologiques  à^% 
Mstoires  de  Sicile,  de-  Carthage,  de  Mauritanie  et  de  Numidie.  Les 
annafes  de  la  Sicile  n'ayant  été  repiises,  dans  FArt  de  vérifier  les  dates 
après  J,  C.  y  qu'il  Faji  1016,  elles  sont  ici  conduites  jusqu'à  cetïe  époque 
et  même  }usqu'à  Fan  ÏO72,  La  fondation  de  Canhage  par  Didon  est 
rapportée  au  Jx/  siècle  avant  notre  ère;  c'est  en  effet  Fopinion  la  plus 
vraisemblable.  Dom  Clément  établit  la  chronologie  des  suflètes,  autant 
qu'il  est  possible  de  la  recueillir  dans  l'histoire;  et  it  sVppllque  à  dater 
avec  exactitude  les  événemens  des  trois  guerres  puniques.  Il  n'existe  sur 
Fhisîoîre  de  la  Mauritanie  avant  Bocchus  »  que  des  traditions  faijuleuses 
ou  incohérentes  ;  Bqcchus  régnoit  Fan  106  avant  J,  C. ,  et  le  dernier 
de  ses  successeurs  fut  Edétnon,  détrôné  par  les  RomaiTis  Fan  4t  de 
Fère  vulgaire»  Mais  Fhi.stoife  de  Numidie  remente  à  quatre  cent  quatre- 
vingt  neuf  ans  avant  cette  ère;  toutefois  elle  ne  prend  quelque  consis- 
tance que  depuis  Narva  »  contcmporaîil  d'Annil  aK  Massinîssa  et  Jugurtha 
remplissent  la  plus  grande  partie  de  cet  article.  Enfin  les  neuf  dernières 


^ 


r 


f6€  JOURNAL  DES  SAVANS, 

ptiges  du  tome  III  renferment  une  chronologie  historique  des  souveniîns 
dt^  TAmbie  depuis  Isniaél  Jusqu'à  Mahomet,  avec  dî^^Tincrion  des  rois 
d*Iamanou  leiiicn^  et  des  rois  d*!  ledjaz.  Les  éditeurs  avtriissent  qu'ils  ont 
jnûsé  plusieurs  de  ces  dates  dans  le  Mé:TToire  de  M,  Silvestre  de  Sacy 
sur  divers  événemens  de  Thi^tuire  des  Arabes  avant  Thégire  ^i  ), 

On  annonce  que  les  tomes  tV  et  V  présenteront  un  travail  neuf  sur 
la  chronologie  de  Rome;  c'est  le  plus  împorcant  et  presque  le  seul 
artîvfe  qui  reste  à  iriiiter.  Toutefc>is  le  titre  général  de  l'ouvrage  annonce 
de  plus  un  abrège  de  I  hisroire  de  la  Chine  ju^^qu'ii  i'ére  vulgaire.  Nous 
rendrons  compte  de  ces  dtux  volumes  ,  aus^ftôt  qu'ils  auront  été  publiés. 
A  beauco'jp  d*égards»  cet  ouvrage  nous  semble  recommandable  ; 
quelques-unes  des  notices  quii  rassemble  inanquoient  dans  les  livres 
de  chronologie  ancienne  ;  et  quoiqu*ii  ne  soit  pas  complet,  il  embrasse 
plus  de  détails  que  les  recueils  dont  jti>qujci  Ton  a  fart  usage.  Nous 
n'oserions  pourtant  pa^  le  placer  sur  une  même  ligne  avec  TArt  de 
vérifier  le^  dat'-s  depuis  fère  chrétienne,  ouvrage  qui ,  malgré  les  imper- 
fections e!  les  inexattimdes  lout-à*fait  îjievirables  en  de  pareilles 
matières,  tiendra  louj^airs  un  ratïg  fort  distingué  dans  cette  branche 
importante  des  connaissances  historiques.  Pour  les  temps  postérieurs  à 
J.  C.  tffparoit  que  dom  Clément  et  ses  confrères  navoîent  fait  que 
rassembler  des  matériîiux,  etqulls  nuni  laissé  que  de  .^îm[>les  esquisses; 
les  éditeurs  en  ont  tiré  tout  le  parti  possible.  II  convient  d'observer 
d  ailleurs  que  l'élude  des  temps  antiques  exige  des  recherches  fort  difîi- 
rentes,  par  leur  nature  même,  de  celles  qui  ont  pour  objet  le  moyen  âge 
et  les  siècles  modernes.  Les  sources  ne  sont  pas  des  chartes  »  des 
chroniques,  des  relauons contemporaines;  il  faut  recutîllir  et  comparer 
les  textes  des  historiens  classiques,  tout  ce  qui  reste  de  monumens 
de  (antiquité,  les  débris  de  plusieurs  anciennes  annales,  plu<  ou  moins 
fidèlement  conservés  par  les  chronographes  ecclésiastiques-  C*étoît  une 
carrière  nouvelle  que  le^  Bénédictins  auroient  sans  doute  heureusement 
parcourue,  s'ils  av oient  eu  le  temps  de  sy  livrer.  Mais  un  point  qui  nous 
semble  important,  est  de  bien  se  rendre  compte  de  ce  qu'on  entend 
parce  titre  d\îrt  Je  vérifier  Us  dates  :  nom  nvons  peine  à  croire  qu'un  tel 
enseignement  puisse  consister  en  de  simples  tablettes  rédigées  d'après 
certaines  opinions  ou  hypothèses  particulières;  nous  croyons  qu  il  ne  doit 
pas  seulement  offrir  des  résultats,  qu'il  doit  encore  mettre  sur  la  voie  des 
recherches  et  en  faire  connoître  les  méthodes. 

DAUNOU. 

(i)  Académie  deî  inscriptions  et  belles-lcttrci,  tcm,  XLJ/L 


^ 


MARS   1820. 


n«7 


I 


(TINEIlAnY  or  Greece,  conîûimng  one  Inmdred  routes  in  Attica , 
Bœotia ,  Phocis ,  Locris  and  Thessaly ,  hy  sir  W,  Gell,  London , 
1818,  ///-(S'/  de  3  i<î  pages. 

Le  fong  séjour  de  M.  W*  Gelldans  la  Grèce  lui  a  fourni  Tes  moyens  de 

composer  une  sorte  de  manuel  du  voyageur,  qui  embrasse  presque  toutes 
les  routes  les  plus  importâmes  de  la  Grèce.  Dès  1  S  1 7 ,  tl  a  publié  son 
Itinéraire  de  la  Morte  [In-S^  2  48  pages)  :  il  publie  en  ce  moment  un 
travail  semblable  et  non  moins  intéressant  sur  la  Grèce  proprement 
dite.  Ces  deux  ouvrages  sont  rédigés  sur  le  même  plan. 

Le  premier  renfeune  six  chapirres,  iniimlés  Achdie ,  Elide,  Aîesséme, 
Arcadie ,  Argùlidf  ^  Laconie ,  et  donne  les  détails  de  116  routes  diflé-^ 
rentes, 

L'Itinéraire  de  la  Grèce  contient  sept  chapitres,  Afégarïde ,  Attlqta, 
Bcùlie,  PhocidCi  Locride,  Thessalie^  Eiolte  et  Acûrname  ;  et  cent  routes: 
en  tout,  deux  cent  seize  routes  qui  traversent  la  Grèce  et  la  Moréc 
dans  presque  tous  les  sens* 

Les  intervalles  des  lieux,  par  chacune  de  cts  routes,  sont  marqués 
en  heures  et  minutes  de  marche,  quelquefois  même  en  yard^  [  j  pieds 
anglais];  et  Fauteur  a  indiqué  avec  soin  tout  ce  qu Viles  peuvent  offrir 
d'intéressant  sous  le  rapport  des  antiquités,  du  sol  et  des  productions  du 
pays. 

Nous  n'entreprendrons  point  de  suivre  M.  Gelf  d^iw^  Its  détails  de 
chacune  de  ces  routes;  son  Itinéraire  est  une  sorte  de  livre  de  pos^e 
rédigé  avec  tant  de  concision,  qu*on  ne  sauroit  en  présenter  un  extrait» 
Nous  croyons  que  le  seul  moyen  de  donner  à  nos  lecteurs  une  idée 
exacte  de  futilité  que  peut  offrir  cet  ouvrage,  c'est  den  traduire  un 
court  fragment.  Nous  choisirons  la  route  d'Eleusis  à  Mégare. 

On  voit  pju-teurs  vestiges  de  l*ancit.'nne  Eleusis  sur  le  fîanc 
septtfntrional  delà  ninniagne;  et  un  puîîs,  enioiiré  d'un  si  grand 
nombre  d'anciens  blocs  ,  qu*on  peut  siippoî^fr  «ivec  probabilité 
que  cVst  ie  puits  de  Callichoriis*  —  De  la  une  route  tourne  à 
droite  vers  Thebes,  par  Blachi,  ancien  château,  Saran  la  Pota- 
moi  et  GypKto-Castro. 
9.  On  tourne  à  gauche,  à  rextrt^mité  de  la  maniagne  d'Kletisîs, 
appelé  peur-ctre  anciennement  Ertntcs ,  à  dix-neuf  ct-nc  soixante- 
six  yards  d'E'eysis,  Observez  à  droite  un  furnuit/s,  un  m n me- 
lon ei  un  canal  qui  se  dirige  vers  une  moni  ^gne  appiiôr  Afa'- 
gofda j  dans  la  plaine  1  hriasicnne,  d'où  le  Crphrs*us  CHoIoit  au're- 
iois  par  ce  canal  dans  la  plaine,  au  suJ  d'Éleufis.  Sur  [a  mon- 
tagne de  Magoula,  i!  y  a  4ç$  carrières  et  une  losr  carrée,  Dans 


lUurci     hMm. 


Il* 


idS  JOURNAL  DES  SAVANS, 

les  bMis50ns  à  g^iuche,  on  petit  voir  une  caverne  qui  esr  pe^t- 
etrc  celle  du  brigand  Procruste/ 

A  droite  ^  à  quelque  distance,  grand  village  de  Mantra. 
A  gauclic,  un  puits*  et  une  source,  probablement  celle  qu'on 
nommoit  auîrefuiî  Anihlot  ou  la  Hcurie,   où  Ceres  fui  accueillie 
par  Megauirc.  Il  y  a  quelques  blocs  près  de  la  source;  à  droite, 
vejiiges  de  maisom  :  cVsi  pcnt-ctre  la  plaine  Rharienne. 
5-         Vestige5  d'antîqwilés  :  a  gauche,  îumulus,  près  du*  rîvage, 
ij.         Ruines  ou  foncUtiorit ,  a  droite;  la  mer  tout  prés ,  à  gauche: 
la  palestre  de  Ccrcyon  rtoit  dans  ce  voisinage» 

2*  Contmencement  de  la  montée  du  mont  Kerata  :  vestiges  de 
Tancicnne  route, 

IJ.  Tour  au  haut  de  In  montée:  à  gaucbe»  fabrique  de  térében- 
thine, 

42.  Après  une  descente  rapide  parmi  des  boîi  de  pins ,  plaine  de 
Mè^arc  :  oliviers  sauvages,  qui  produi^eni  une  huile  amcrc,  bonne 
4  brûler;  à  drv>ite,  Uf  e  église, 

8,  Aprè>  avoir  dèpasst^  beaucoup  de  blocs  antiques, on  \ijù  ,  u  atu.:  , 
im  tumuhis  i  à  droite  de  la  route,  e.t  une  cirerne  et  t'ue  carrière, 
prés  de  laquelle  sont  des  fondations  en  pierres  coquillièrcs. 

10*         A  gauche»  de  l'aT^re  cote  du  canal,  on  voit  le  monasur**  de 
Phaneromenos  dans  IMe  de  Salamine  ;  on  s'y  r'rnd  au  moven  d*«ii 
bateau  de   passage  :  au-dessus  du   monasicre,  ve^irge^  d'anci^ni 
murs. 
15.         Petit  lac;  éminences  boiiées  à  gauche. 
I,         Pu  if  s;  église. 
j.         Vue  de  M  égare. 
3.         Les  dernières  éniinences,  avec  une  église  à  gauche  et  une  autre 

â  droite  ;  à  un  dtmï-mille^^distance»  nu' i  ai  rie. 
j.         Commencement  de  la  chaîne  d'cminences  de  la  ville  de  MJ- 
gare  :  on  traverse  un  torrent;  a  gauche,  église  sur  une  montagne, 
12,         Vestiges  à  droite, 
7.         Vue  de  Nisée;  port  de  Mégare  i  gauche:  torrent. 
2*         Une  rouie  tourne  à  gauche,  vers  une  montagne  où  sont  des 

ruines. 
4*         Moulin >  à  gauche,  sur  une  dei  éminencei   de  Mégare;  tojut 
prés,  murs  a  polygones  irréguliers* 
Distance  totale  d*Eleusis  à  Mégare,  3  heures  10  minutes. 

Ce  fragment  fera  juger  du  reste.  Par- tout  cet  Itméraire  est  rédigé 
avec  la  même  concision;  et,  d'après  le  soin  scrujnileux  avec  lequel  les 
distances  sont  marquées,  on  sent  qu1l  peut  servir  à  éclaircir  la  géogra- 
phie de  beaucoup  de  points  de  la  Grèce. 


MARS    1820. 


ifi^ 


La  concision  à  laquelle  h\.  W.  Gell  s  est  astreint,  ne  [empêche  pas 
fTentrer  dans  quelques  détails  qui  dimiiiuent  de  temps  en  temps  la  séche- 
resse de  son  ouvrage  :  nous  citerons  particulièrcînent  les  descriptions 
é^ Eleusis  ;  celle  d'Athènes,  qui  est  un  résumé  bien  fait  de  ce  qu'on  a  dit 
sur  fa  topographie  de  cette  ville;  la  description  de  Thçbes,  de  Lébadée, 
de  Defphes  :  celle-ci  présente  même  un  fait  assez  curieux  pour  rhistoire 
des  mesures  anciennes,  Spon  avoit  remarqué  que  le  stade  qui  existe  à 
Delphes  est  plus  court  que  celui  d*Athènes  [i]\  c'est  pourquoi  on  avoit 
cru  pouvoir  donnera  un  stade  plus  court  querojyinpique  dans  le  rapport 
de  huit  à  dix,  le  nom  de  pytluque.  Une  observation  de  M,  Gell  détruit  le 
motif  de  cette  dénomination;  car,  selon  lui,  le  plus  grand  côté  du  stade 
de  Defphes  est  de  six  cent  quinze  pieds  angfaîs,  valant  environ  cent 
quaïre-vingt-huît  mètres;  ce  qui  équivaut  à  très-peu  près  à  fa  longueur 
du  stade  olympique 

L'Itinéraire  de  fa  Grèce,  comme  celui  de  la  Morée,  est  accompagné 
d*une  carte  dessinée  et  gravée  avec  beaucoup  de  soin.  Nous  avons  été 
toutefois  assez  surpris  de  voir  qu*en  certains  endroits  elle  nesl  point  d*ac- 
cord  avec  le  texte*  Par  exemple,  M.  Gelf,  dans  ritinéraîre  de  FAttique, 
compte,  entre  Athènes  et  Décéfie,  dix-neuf  mille  yards  [  891  j  toises], 
tandis  que  sa  cane  donne  en  droite  ligne  quatorze  milles  angfais  011 
vingt-quatre  mîfle  six  cents  yards,  précisément  un  cinquième  de  plus. 
En  comparant  son  Iiinéraire  avec  une  carte  de  la  portion  de  l*Atlique 
comprise  entre  Athènes  et  Mégare,  que  M.  Gell  a  dressée  pour  la  so- 
ciété de^  Diletiantî ,  nous  nous  sonimes  assurés  tjue  toutes  fes  dis- 
tances au  nord  d'Athènes  y  ont  été  resserrées  dans  la  même  proportion* 
Nous  ne  savons  comment  expliquer  pourquoi  cette  carte  est  si  diffé- 
rente de  celfe  qu'a  dressée  M.  Fauvel  d*après  des  observations  exactes, 
eu  l'assujettissant  ^  un  si  grand  nombre  de  rayons ,  qu'il  nous  paroît  îm- 
possil)le  d'en  déranger  les  bases.  Il  est  tout  naturel  que,  dans  son  livre  p 
M.  GefI  suive  sa  propre  carte;  mais  il  est  assez  singulier  que ,  dans  la 
carte  jointe  à  ce  même  livre ,  il  suive  la  carte  de  M.  Fauvel,  Cette  con- 
tradiction est  étrange,  et  prouveroit  que  M,  Gell  n'est  pas  bien  sûr  luî- 
niéme  de  la  justesse  de  son  iravaiL 

En  terminant  son  Itinéraire  de  la  Grèce,  M,  W.  Gelf  regrette  de 
ne  pouvoir  donner  de  semblables  détails  sur  TEpire,  et  en  général  sur 
les  contrées  à  l'ouest  de  la  Phocide.  II  espère  que  quelque  voyageur 
anglais  partira  de  la  colonie  de  Corfou,  et  fera  connoître  bientôt  ces 

^ ■ , ■  i  ■  ^.g^^^^^^m       »  mm — __^ ^ , ^      ,i      ,^ 

(1)  Cf.  Barbie  du  BùcBge^  Analyse  da  cartes  pour  k  Voyage  du  Jeune  Ana- 
eharsis  m  p-  j* 


i^a  JOURNAL  DES  SAVANS, 

contrées  intéressâmes,  où.  sont  cachées  les  ruints  de  Tantique  Dodone, 
]|  nous  est  bien  agrcaMe  de  pouvoir  annoncer  que  les  voeux  de  M,  W. 
Gell  et  ceux  du  monde  savant  ne  tarderont  pas  à  être  accomplis  par 
la  publication  du  Voyage  en  Epire  de  notre  compniriote  M.  le  docteur 
Poucquevîlie  j  consul  général  à  Jannina.  On  imprime  en  ce  moment 
le  quatrième  et  dernier  volume  de  riinportant  ouvrage  de  cet  excellent 
observateur,  dont  les  taleiis  et  le  zèle  sont  déjà  si  avantageusement 
connus. 

LETRONNE. 


Deux  Lettres  À  Mylord  Comte  dAberdeen  sur 
t authenticité  des  hiscriptiotis  de  Fourmonî;  par  M.  Raoui- 
Rochette,  membre  de  f Institut  royal  de  France,  Conservateur 
du  Cabinet  des  médailles  et  antiques  de  la  Bibliothèque  du 
Roi,  l'un  des  Rédacteurs  du  Journal  des Savans ,  &c.  Paris, 
1  8  ip ,  î mprîmerie royale  I  in-^.^de  1 4o  pages ,  avec  figures. 

TROISIÈME    EXTRAIT, 

Dans  la  seconde  lettre,  l'auteur  s'attache  d'à  bord' h  défendre  Fautheû- 
ticité  du  bouclier  votif  sur  lequel  est  inscrite  la  généalogie  de  Téléclus 
que  M,  R,  F.  Knight  prétend  avoir  été  copiée  dans  Meursius,  H  est  vrai 
que  les  élémens  principaux  de  celte  inscription  existent  dans  les  écrits  de 
Meursius  et  deCragius  ;  mais ,  au  fond ,  cela  peut  ne  prouver  autre  chose 
sinon  que  ces  érudits  ont  suivi  des  auteurs  anciens  qui  ne  se  sont  point 
trompés:  «et  ici,  dit  M,  Raoul-Rochette,  remarquez  le  double  argument 
a>  de  M.  R,  P*  Knight  ;  ou  les  inscriptions  de  Fourjnont  s'éloigneni  de 
y>  la  tradition  reçue  ,  et  alors  elles  sont  forgées  par  Tignorance  ;  ou  bien 
77  elles  s'accordent  avec  elle ,  et  alors  elles  sont  forgées  d  après  elle.  ^ 

Le  mot  BAFOX  [chef]  dans  cette  inscription ,  est,  selon  M.  Knight, 
tiré  de  Meursius,  qui,  lui-même ^  Fa  pris  dans  un  passage  corrompu 
d'Hésychhis  :  il  donne  pour  raison  que  le  digamma,  auquel  les  Lacédé- 
moniens  substiiuoient  le  B,  ne  se  mettant  que  devant  les  voyelles 
aspirées,  est  déplacé  devant  «^pç.  Cette  opinion  est  étrange,  et  M*  Raoul- 
Rochetîe  en  fait  voir  la  fausseté,  en  prouvant  que  le  tfigêmma  a  été  mis 
indifféremiirent  devant  toute  voyelle,  de  même  que  le  B  en  Lacoïiie  ; 
ainsi  tCflfc^r,/3i/ic^7y,  i8*%»',  ôéppw,  /Sirrof,  pour  mouv,  iÎ'xcct,  ^j^rr,  îppw, 
*r<i|  (i).  CeBavoit  très-probablement   une   prononciation  approchant 

(i)  Salmas,  ad  Constct,  in  a^ro  Htrod.  p.  Si,  ed,  CreniL 


\ 


M. 


I820* 


ïu  Vj  et  je  remarquerai,  d'.iprè^  Clarke,  quen  Thessaiie  ïës  habîtarirl 
mettent  encore  un  B   avec  son  du  V,  devant  des  voyelles  aspirées  ou 
non  aspirées  :  ainsi  ifs   écrivent  Botçuç^  pour  03puç  (i),    précisément' 
comme  les  Lacédémoniens  auroient  écrit  ce  nom.  Quant  au   passage  j 
dHésychius,  M.  Raoul-Rochette  pense  qu'il  n'y  a  d'altération  que  dans] 
un  seul  mot.  Le  texte  porte  Bct)fiç  n^  ^etffiMvç  jè^  çptuitamçy  A^m^nç,  «  Oaj 
>>  ne  sauroit  admettre  (observe  l'auteur  avec  beaucoup  de  raison )  que  le  i 
j>  même  mot  signifie  à*Ia-foî$  roi  et  soldat  :  il  est  donc  probable  que  Ie| 
»  mot  ^tfTitoTWf  renferme  quelque  altération."  Cette  observation  est  très-j 
juste,  et  M,  "Raoul-Rochette  navott  plus  qu'un  pas  à  faire  pour  rétablir  J 
la  vraie  leçon.  Il  est  cbir  en  effet  qu*Hésychius,  au  lieu  de  950^776^77^^,1 
qui  ne  fait  point  de  sens,  avoit  écrit  9»flt7»;^'ç,  et  que  les  copistes  ooi;* 
confondu  ces  deux  mots  ;  ce  qui  leur  est  fort  ordinaire.  C*est  ainsi  qu>ji 
comparant  un  passage  cité  par  Amjnonîus  avec  le  texte  actuel  de  Thu- 
cydide, on  trouve  que  les  copistes  ont  confondu  les  adjecdfs  çp6tw)4Hfiç 
et  çpa.vmvïtiç  (2}  :  dans  Lysias ,  ils  ont  évidemment  mis  spttvûà-mçy  au  lieu 
de  çpam^puç  (j):au  contraire,  dans  Chariton,  ils  ont  mis  çpa-myiùç  à 
la  pface  de  ^ùmm-m^   (4)  :  enfin  ils  confondent  souvent  ces  deux  mots 
entre  eux ,  et  avec  ^a-Àç  et  çp^^mibv  {j).  Cette  confusion  si  fréquente 
vient  de  ce  que  tous  ces  mots  se  trouvent  dans  tes  manuscrits  écrits  par 
abréviation,  à  peu  près  de  la  même  manière;  aussi,  quand  les  copistes 
vouloient  les  écrire  en  toutes  lettres ,  ils  les  prenoient  souvent  Tun  pour 
I'»autre<  £n  restituant  le  mot  çp^m-pç  à  Hésychius,  on  ôte  au  texte  de  ce 
lexicographe  tout  ce  qui!  pouvoit  avoir  de  suspect ,  et  il  ne  reste  plus 
aucun  motif  pour  en  récuser  l'autorité. 

D'autres  inscriptions  au  moins  aussi  curieuses  que  celles  d'AmycIes, 
sont  les  tables  contenant  les  noms  des  rois,  des  officiers  civils  et 
militaires  de  Lacédéiuone ,  trouvées  en  Messénie  :  Fourmont  pensoit 
qu'elfes  avoient  rapport  aux  événemens  d  une  des  guerres  de  Messénie« 
M.  Knight  trouve  par  conséquent  extraordiâiaire  qu'il  n'y  soit  fait  nulle 
mention  de  guerre ,  et  qu'on  n'y  trouve  qu  une  liste  insignifiante  de  rois 
et  de  magistrats.  Cet  argument,  qui  me  paroît  très -solide  en  lui-même, 
repose  uniquement  sur  fopinion  que  Fourmont  avoit  conçue  de  l'objet 
de  ces  monuinens.  Or,  sans  aller  plus  loin ,  il  est  clair  que  cette  opinion* 
là  même  prouve  qu'if  ne  les  a  point  fabriqués:  «  car,  dit  M.  Raou!- 
»  Rochette,  s*il  eût  voulu  forger  des  inscriptions  militaires  pour  rappeler 

(r)  Ciaîke'ji  TravtL ^  têm,  JV^  p*  2.^6,  —  {2.)  Ducker  ad  Thucyd*  IV ^  ff6* 
—  {])  Schoni  ad  Lysiam ,  p,  j2f  J  tom.  V,  Oratt,  Gn  —  (4)  D'Orviïle  ad  Cha- 
riton, p.  ^^6,  éd.  Lipstensis,  —  [j]  Variœ  Ucûones  Hcrodiani^  ad  lib.  1 ,  1  2, 
8;  111,6,  23;  V,  6,  xz,  &c< 


Y    2 


Ski   •   'li'l 


( 


'J 


171  JOURNAL  DES  SAVANS, 

»  les  événemens  cTune  guerre  ,   auroir  i{  eu  la  mnladresse  de  n'y  mettre 
yj  rîen  qui  répondît  h  son  idéeî  auroit-il  donné  une  liste  complète  des 
»  gérontes   [sénateurs]   et  des   éphores!   auroit*iI    inscrit    les    juges 
>'  [B«<ftaioi],  les  conservateurs  des  Ivh  [Hof^afpùhenaç],  les  devins  royaux 
»[ni&oi],Ies  censeurs  de   la  conduite  (ou  de  ia  mise)  des  femmes 
3>  [  Ap^<jv^«<  J ,  les  édiles  [è^mXeû^t],  (e  greffier  [  rpût/4^ût7iuV  ]  ,   tous 
a>  personnages  dont  les  fonctions  civiles    exigeoient  la  résidence  à  la 
»  vill-e,  et  étoient  incompatibles  avec  le  séjour  des  camps  î  «  M.  Raoul- 
Rochette  \etn  qu'on  écarte  Fopinion  de  Fourmont ,  qui  lui  paroîi  n'avoir 
aucun  fondement,  et  qu'on  ne  voie  dans  ces  inscriptions  que  des  listes 
de  magistrats  Spartiates,  telles   qu'en  offi-ent  une  foule  d^inscriptions 
grecques  de  tout  pays  et  de  tout  âge.  Cette  manière  de  considérer  ces  listes 
est  ingénieuse;  elfe  détruit  beaucoup  de  difficultés,  sans  toutefois  les  faire 
disparoîire  toutes  :  car  on  ne  voit  pas  trop  bien  pourquoi  le  nom  du  roî 
Spartiate  Théopompe ,  fils  deNicandre,  qui  termina  la  première  guerre 
de  Messénie,  existe  sur  des  inscriptions  lacédénioniennes  trouvées  en 
Messénie,  si  ces  inscriptions  n*ont  point  de  rapport  à  cette  première 
guerre;  c'est  une  difficulté  sur  laquelle  nous  appellerons  de  nouveau 
Tattention  et  la  sagacité  de  M,  Raoul-Rochetie.  Quoi  qu'il  en  soit,  il 
répond  victorieusement  aux   autres  objections  de  M.  Knight,  comme, 
par  exemple,  quand  M.  Knight  soutient  que  ce  n'éioit  point  Tusage  des 
Lacédémonteos  de  mettre  des  noms  propres  sur  leurs  monumens;  quand 
il  regarde  comme    des  preuves  d'imposture  les  noms  des   magistrats 
APMOITHPEX,  ANIOKAPATHP{i),  OU  bien  lemploi  de  YioM  pour  la- 
psi/on,  dans  les  mots  N0M04>1AAK£S,  EYPIKPateo,  ou  enfin  le  nom 
AAKEAAIMON  [pour  A  AJuJhuuAriêif  ) ,  placé  dans  une  roue  à  dix  rayons,  et 
que  Fourmont  pr^noit  pour /t  sceau  de  rEfat  :  M.  Raoul-Rochette  prouve 
très-bien  au  contraire  que  les  Lacédémoniens  écrivoient  leurs  nom^i  de 
cette  manière  sur  les  monuinens ,  comme  on  en  voit  des  exemples  sur 
«ne  médaille  de  Cohnh  en  Messénie,  qiti  ne  fut  publiée  que  vingt  ans 
après  la  mort  de   Fourmont,  et  sur  les  médailles  de  quelques   villes 
étrusques,  11  est  donc  clair  que  Fourmont  s'est  trompé  :  mais  cette  erreur 

(i)  Voyt\,  sur  ce  mot,  notre  premier  article,  cabier  de  décembre,  p.  716* 
(2)  Dans  une  discussion  intéressante,  où  M.  RaouJ-Rochette  prouve  cjue  le 
nom  delà  ville  d'Oastus  en  Crète  doit  sV*crirc  Axus ,  il  explique  comment^  des 
motî  eîJwc,  «frer,  les  Latins  ont  fait  vicus ,  vinurn;  en  disant  que  la  diplithongue 
•I  éioî!  remplacée  quelquefois  par  un  upsilon ,  et  cet  upsilon  par  un  iûta.  On 
pourroït  attribuer  ausji  ce  changement  a  la  presque  identité  de  pronontiation 
entre  la  voyelle  iota  et  la  diphthonguc  o:  nous  en  avons  une  preuve  palpable 
dans  la  coiifusion  des  mots  Aetf^f  cl  Ai^ç  dont  parle  Thucydide  {il,  j^J* 


MARS    1820. 


'7J] 


P 


même  devient  une  preuve  de  sa  sincérité;  «  car,  dit  Tauteur,  sll  eûtl 
»  fabriqué  ces  inscriptions,  et  deviné,  plusieurs  années  avant  qu'on  en] 
»  découvrît  desnionumens,  la  manière  dont  les  Lacédéinoiiiens  écrivoienlj 
»  leur  nom  sur  leurs  inscriptions  9  il  n'eût  point  pris  cette  forme  poutl 
«  un  sceau  dt  VÉtat  (  i  )•  >* 

La  seconde  lettre  au  lord  Aberdeen  est  terminée  par  une  discussion  oû^ 
fauteur  étal>Iit  très-bien,  et  pardesrapprochemens  qui  luisent  propres, 
que  fusage  des  voyelles  doubles,  eten  particulierde  Xomcga,  est  antérieur^ 
dajijs  la  Grèce,  à  l*archontatd'EucIide;  ce  qui  toutefois  ne  s'applique  point 
aux  inscriptions  d'Athènes,  où  Fusage  des  lettres  ^simples  se  conserva 
jusqu'à  cette  époque. 

Dans  rapj)endice  à  ses  lettres,  M.  Raoul-Rochette  a  rejeté  plusieurs 
éclaircissemens  qui  auroient  entravé  sa  marche,  et  plusieurs  inscriptions 
curieuses  dont  il  se   sert  comme  pièces  justificatives.  Dans  une  de  ces 
inscriptions ,  Fourmoot  a  traduit  Tm^xm^^xiV'nç  par  les  mots  habitantes 
prata,  traduction  ridicule;  et  comme  il  en  est  de  même  presque  toutes 
fes   fois    que    Fourmont   s'avise  d'interpréter  ses  propres  monumens, 
M.  Raoul-Rochetteen  tire  la  conséquence  indubitable  que  ce  voyageur 
étoit  fort  ignorant  dans  la  langue  grecque,  et  lout-à-fait  incapable  de 
forger  des  inscriptions.  Il  n'a  été  question,  dans  les  lettres  de  M.  Raoul- 
Rachette ,  que  des  monumens  les  plus  anciens,  «  Le  reste  de  la  collection 
»  de  Fourmont  j  dit-il,  n*a  pas  besoin  d  apologie  ;  car  la  plupart  des  ins- 
>5  criptîons  publiées  par  Chandier,  quelques-unes  de  celtes  de  Muratori, 
«  toutes  les  înscriplions  lacédémoiliennes  contenues  dans  les  Nova  Frao-^ 
»  mentade  Cyriaqwed'Ancône,  enfin  le  plus  grand  nombre  des  monumens 
j>  apportés  par  feu  M.  fe  comte  de  Choiseul-Goufikr,  plus  récetnment 
5>parM,  Pouqueville,  se  retrouvent  absolument  dans  ce  même  état, 
31  parmi  les  m.nnuscritsde  Fourmont  (2),  «  Il  hut  convenir  qu'une  pareille 
coïncidence,  bien  établie,  fournira  une  forte  preuve  de  la  bonne  for  de 
Fourmont  ;  car  n^st-il  pas  bien  improbable  qu'un  homme  qu'on  trouve 
si  fidèle  dans   la  transcription  d'une  foule  de  monumens,   en  ait  impu- 
demment forgé  quatre  ou  cinq,  sur-tout  quand  on  est  forcé  d'admettre 
qu'il  n'auroît  point  compris  son  profère  ouvrage  î 

En  attendant  que  nous  puissions  jouir  du  travail  complet  que  nous 


I 


(j  )  Fourmont,  Janj  les  Mémoires  de  l'Acad.  îom.  XV ^j^j^^-jf^^, 
[x]  On  peut  ajouter  ie  témoignage  de  M.  Dodwelb  Je  lis  dans  son  Vojagf , 
tçm*  î y  p,  jzzi  ff  L'inscription  que  nous  vîmes  à  Ménîdi  {dans  rAtiirjue)  a  été 
»  exactement  copiée  p:ir  Fourmont,  «  11  fait  tmc  icmblable  observation  dans  un 
e litre  endroit  {iotti.  Il ^  p,j6^J* 


\i74  JOURNAL  DES  SAVANS. 

!  promet  M,  Raoul-Rochette,  ses  observations  sur  les  anciennes  inscnpiions 
de  Laconie,  en  même  temps  quelles  offrent  une  multitude  de  recherches 
curieuses  d'histoire  et  de  paléographie,  et  qu'elles  donnent  une  haute  idée 
de  ses  connoissances  en  antiquités ,  présentent  dès  5  présent  l'avantage  de 
détruire  la  plupart  des  objections  élevées  par  AL  R.  P.Knight,  de  montrer 
que  lopinion  qu'on  s*étoJt  faite  de  ces  curieux  monumens  n*e&t  au  fond 
qu'un  préjugé  ,  et  de  disposer  très-favorablement  les  esprits  judicieux  et 
impartiaux  pour  la  défense  en  forme  que  i*auteur  de  ces  lettres  f^it 
espérer  au  monde  savant. 

LETRONNE, 


BlDRAG   TU  DEN  DaNSêlE    HISTORIE  00    TU  KUNDSKAB  DM 

Dan  MARKS  Al  LU  RE  polîtiske  forlwU  afîidenUwAske  manu  s* 
ffipt  Jûmlinger ,  veJ,  />/  P.   O.  Brondsted,  à\.;  i  hefte, 
I  8  17  ;  Il  hefte ,   1 8  1 8,  Bjôbei\havn.  —  Pièces  relatives  a 
f histoire  du  Danemank  et  a  la  cotmoissance  de  ses  anciens 
rapporis  politiques,  d'après  differens  mûnuscrits  étrangers  ;  par 
le  docteur  Brondsted»  professeur  à  runiversité de  Copenhague, 
chevalier   du  Danehrog ,  membre  des   académies  de  Berlin , 
Turin  ,  Florence ,  Corfou ,  et  de  la  société'  littéraire  Scandinave, 
Copenhague;  premier  cahier,    1817  j   deuxième  cahier, 
1818,  imprimes  aux  dépens  de  1  auteur,  chez  le  directeur 
Jean*FrédcriC   Schuitz  ,   imprimeur  du   Roi   et   de  l'uni* 
versilé. 

Les  auteurs  de  la  collection  des  Hîstoriisns  de  France  avoîent  promis 
la  publication  du  roman  de  Rou  ou  Rollon  ,  fun  des  pîus  anciens  et  des 
plus  curieux  monumens  de  notre  langue  et  de  notre  littérature;  mais  ils 
s'excusèrent  ensuite.  M.  de  Bréquigny,  dans  les  deux  articles  sur  ce 
roman  insérés  au  tome  V  des  Notices  des  manuscrits  de  la  Bibliothèque 
du  Roi,  exprima  le  désir  quon  (e  publiât  en  entier,  et  déclara  ne  point 
approuver  les  motifs  par  lesquels  les  auteurs  de  la  collection  des  Histo- 
riens de  France  avoient  cru  justifier  leur  résolution  ultérieure  de  ne^  pas 
y  insérer  cet  ouvrage. 

M.  le  docteur  Brondsted,  ayant  passé  quelque  temps  k  Paris,  en 
prit  une  copie  sur  le  manuscrit  de  M.  de  Sainte-Pabye,  déposé  à  fa 
bibliothèque  deJVlONSIEUR  à  fArsetial,  et  il  a  pu!>tié  à  Copenhague  lef 


MARS    1820.  17s 

fragiiiens  les  plus  considérabies  qui  ont  rapport  à  Thistoire  du  Dane- 
inarck,  doù  éEoienl  partis  d'abord  Hasting,  et  ensiifte  R'ollon,  dont  les 
succès,  si  tristement  fameux  dans  notre  histoire,  finirent  par  rétablis- 
sement des  Normands  dans  l'ancienne  Neustrie,  qui  fut  cédée  à  RoOon, 

M,  Brondsted  expose  dans  une  préface  les  moyens  qui  lui  ont  procuré 
la  copie  du  texte  qu  il  publie,  et  dont  il  donne  en  hiême  temps  la  tra- 
duction en  vers  danois.  H  seroit  inutile  de  rappeler  ici  divers  détails  lit- 
téraires que  le  savant  étranger  a  recueillis  et  pu  tecueillir  dans  le  tome  V 
des  Notices  des  manuscrits  de  laBîbliothècjue  du  Roi,  dans  la  collecfîon 
des  Historiens  de  France,  dans  le  douzième  vofume  de  T Archéologie  bri- 
tannique, et  dans  plusieurs  volumes  des  Mémoires  de  Facadémie  des 
inscriptions,  où  il  est  question  du  roman  du  Rou,  et  de  son  auteur 
Robert  Wace,  qui  fécrivit  vers  1 160.  La  notice  de  M.  fabbé  de  la 
Rue  et  f'Hîstoire  littéraire  de  France  ("  tam,  XIII,  p,  p8  €t  suiv.)  ont 
présenté  quelques  passages  de  louvrage  de  ce  poète,  qui  ont  permis 
de  fixer  diverses  époques  de  sa  vie.  On  pourroit  peut-être  y  ajouter  le 
passage  suivant,  oii  Wace  indique  une  circonstance  de  laquelle  on  peut 
tirer  quelque  nouvel  éclaircissenTent. 

II  dit,  en  rappelant  rexpédition  de  Guillaume  le  Conquérant  contre 
F  Angleterre, 

Mes  ceu  oi  dire  a  mon  père; 

Bien  m'en  souvient,  mes  vaïïet  ère, 

Quer  sept  cent  oefs  quatre  maint  furent, 

Quant  de  Saint -Valéry  «Vcmàri^fit, 

Que  nefsj  que  baiteawx,  que  esq\)iez.* 
En  rendant  compte  de  la  publication  que  fait  \m  savan^étranger  d'une 
partie  d«  ce  roman,  |  avertis  que  Robert  Wace  n'a  le  plus  souvent  fait 
que  copier  Dudon  de  Saint-Quentin  e!  Guillaume  de  Junîîéges.  La 
partie  publiée  jusqu'à  présent  finit  îi  la  mort  de  Rollon.  En  faiîiant 
l'analyse  de  cette  première  partie  du  Toman  dii  Rou,  j'aurai  soin  de 
rapporter  de  préférence  des  passages  qui  n'ont  été  cités  ni  par  M.  de 
Bréquigny,  ni  par  M,  de  la  Rue, 

L'auteur  commence  par  des  réflexions  sur  l'utilité  des  écrits  qui 
transmettent  à  la  postérité  les  ftîts  iniportans  et  les  nobles  actions  qui 
appartiennent  à  Tbistoire.  If  vante ies  auteurs. 

Qui   firent  livres  et  escrîz 

Des  nobles  fez  et '  dts  bons  diz 

Q«e  11  barons  et  li  seignor 

Feîrent  de  temps  àncîanor. 

Tornez  fussent  eo'oubUance 


4 


Î76  JOURNAL  DES  SAVANS, 

Se  ne  fust  tant   de  remembrance  ♦  *  souveiûr, 

Que  it  escriture  nos  fait 

Qui   les  estoires  nos  retrait- 
Mainte  cité  a  |a  esté 

£n  mainte  riche  poosté 

Dont  fios   or  rien  ne  sceusson 

Se  les  escriz  n'en  eusson, 
1[  cite    à  ce  sujet  plusieurs  villes;  il    parle   de  Nabuchodonosor, 
d'Alexandre ,    de    Cé^r  ; 

Et  cil  reffiissent   oublié, 

S'  il  escrit  nVassenr  esté. 

Toute  rien  se  lorne  en  déclin, 

Tout  chiet,  tout  meurt ,  tout  met  a  fin: 

Hons  meurt»  fer  use,  fustpoTrist, 

Cheval  irebusche,  drap  vieiilist. 


Toute  ovre  *  faite    o  **    mains   perrist. 


*  œuvre.  "^^  av«c. 
*  Iaki, 


Bien  entent  et  connoiz  et  sai 

Qucr  tuii  morront  et  clerc  et  lai  * 

Et  moult  iara  lor  renommée. 

Après  la  mort,  corte  durée 

Si  par  clerc  n'en  est  mis  en  livre, 

Ne  peut  par  el  *  durer  ne  vivre.  ^  autre. 

H  parle  ensuite  des  changemeos  des  noms  des  pays  et  des  villes,  et 
il  explique  d  où  les  Normands  ont  tiré  leur  nom, 

Quanque  a  vers  septentrion 

Que  nos  char  et  cieL  apelon 

Cest  air,  cest  ciel  ou  terre  ou  mer 

Tuit  seulent  gent  NoRT  apeler. , . . 

Mant  en  engleiz  et  en  norroiz 

Senefie  homme  en  franchoiz; 

Ajoustez  enscmbfe  Nort  etMANT, 

Cest  HoNZ  de  Nort  en  romanz*    ^ 

NoRMANz  doivent  être  apelé  ; 

Normandie  qu'rlz  ont  peuplé 

Por  ceux  que  NoRMANZ  la  peuplèrent 

Qui  en  la  terre  conversèrent» 
Ils  avoient  fait  diverses  irruptions  en  France  avant   leur  établissement 
dans  la  Neustrie»  dont  le  nom  fut  changé  en  celui  de  Normandie. 

Ici  Tauteur,  remontant  à  rhi:>toire  d*Hastainz,  qui  le  premier,  avec 
Bier  son  compagnon ,  fils  du  Roi ,  fil  en  France  un  établissement ,  suppose 


MARS    1810. 

que  Danaus  ,  à  la  tête  de  quelques  fugitifs  de  Traie,  arriva  dam  le 
qui  reçut  de  lui  le  nom  de  DannemarcHE  : 

Se  firent  DANOIS  apefer 

Por  lor  lignage  remembrer. 
Après  la  descrîpuon  des  mœurs  et  de  la  religion  des  Danois,  il  rapporte 
cette  coutume  : 

Quant  homme  avoît  plusors  cnfanz 

Et  il  les  avoit  norrii  granz  , 

L'un  des  fils  retenoh  par  sort 

Qui  est  son  her  ^  après  sa  morti  *  héritier. 

Et  cil  sor  qui  le  sort  tornoit 

En  autre  terre  s'en  alott. 
Ce  fut  cette  coutume  qui  força  Hastainzà  s'expatrier;  tf  aborda  d'abord 
en  France  avec  une  troupe  considérable,  y  fit  beaucoup   de  ravages; 
et  quand  il  crut  que  la  France  avoit  été  assez  ruinée  ,  il  conçut  le  projet 
d'aller  pilier  Rome. 

Quant  Franct  fu  toute  essilie  *,  ^  ravagée» 

Eor  Hotte  toute  appareillie, 

De  Rome  oi  Hastainz  parler, 

Rome  oi  forment  loer, 

Qu*en  tout  le  monde  a  icel  jor 

N'avott  ctié  de  sa  valor; 

Et  Hastainz  dit  qu'a  Rome  iroit, 

Bier  de   Rome   roi    feroii. 

Par  Rome  tout  li  monde  aroit 

Et  par  Rome  tout  conquerroit, 
La  flotte  JHabtainz  arrive  au-devant  du  port  de  fa  ville  de  Lune ,  qu'il 
prend  pour  celte  de  Rome;  les  habilans  de  Lune  s'enfuient  épouvantés: 
cependant  la  vilie  paroît  bien  forufiee;  if  imagine  une  ruse  singulière; 
il  fait  dire  à  févêque, 

Que  de  mal  fere  n'a  talent; 

Trop  a  ma ï  fait >  si  sVp  repent; 

N'est  mie  venu  por  mal  fere, 

Mez  tormente  oirt  et  vent  contraire  (i). 
Feignant  d'être  attaqué  d'une  maladie  dangereuse,  il  offre  de  se  hm 
dire  tien,  espérant,  dit*il,  de  guérir; 

Quant  moût  a  fait  de  mal  en  Francei 

S*  en  veut  faire  sa  pénitence. 


J[i)  Dudo  Sancti-Quiniini,/.  tff. 


Z 


1?^  JOURNAL  DES  SAVANS, 

L'évéque  consent  h  le  baptiser  : 

Lx  evcsquc  tchdpnsay 

Lî  evesqne  \e  cresmtfla  (i). 
Après  h  cérémonie,  Husiainz  continue  de  feindre  sa  maladie: 

M^x  si  je  niuîr,  por  Uieu  vous  c^uicr 
,  Que  me  faites  appareiller 

^  Mon  scpulchrc   en   cç   moustîtr, 

Jesir  y  voil,  le  lieu  ai  chier. 
Peu  de  jours  après  on  annonça  la  mort  d*HastaInz  ; 

Ont  Hâstainz  en  bière  aporié 

A  la  poite  de    la  cité. 
Le  cortège  est  introduit  dans  IV-gljse;  ou  chante  Toffice  des  morts.  Au 
moment  de  J  enterrer , 

Hâstainz  de  là  Mère  sâillî, 

L*e5pée  iraiie^  fist  un  cri. 

Au  pre nierai n   *  coup  r|tïM  dona  *  premier. 

AI  evesque  le  chief  coupa  (a). 
I^s  Danois  qui  avoient  formé  le  cortège  mon trèrem  alors  leurs  armes 
jusqu*alors  cachées,  tuèrent ,  inassacrèrent  toutes  les  personnes  qui 
sofirirent  à  eux,  et  s'einjjarèfeiit  de  laville;  mais,  quand  ils  recojinurent 
que  ce  netoit  pas  celle  de  Rome,  ils  entrèrent  en  fureur  et  sacca- 
gèrent tout. 

Murs  et  mou5tiers  agravantereni  *  (3) 

Les  ruines  cncor  i  parèrent  *  ; 

Ceu  voient  bien  h  pèlerin 

Qui  von!  a  Kome  le  chemin. 
Hastainz  retourna  en  France.  Le  Roi 

L(  donna  Chartres  et  Chartraîn. 
Apref  cette  introduction  hi  torique,  lauteuf  en  vît-nr  à  Rou;  fa 
mesure  dei  vers  change*  Il  dit  que  dans  le  Dnneinarck  les  aînés  vouloîent 
chasser  leurs  pères  ,  et  que  cenx-cî  vouioient  que  les  aînés  s'expa- 
triassent pour  aller  chercher  fortune»  en  at)andonnant  Théritage  [>aterne[ 
aux  frères  plus  jeunes*  Le  Roi  (ordonna  ainsi j  les  aînés  eurent  recours 
à  deux  frères,  Rou  et  Garin  (4),  fils  d*un  puissant  seigneur  danois  qui 

(1)  Suscfpiiuf  ^e  sacrù  Siinao  baptismate  ûb  tpisccpo . . .  Sacre  chrlsmdteolfoqm 
delikutiis.  [  UudoSancii-QMfniint,;?.  6^,\  — (1)  7  une  Ansttgnus  Jrr^tro  dfSfluit  ^ 
enst^fn^fue  fuigfntem  v  igind^jferipuit,  fn^ttstî/unams  pr*psufetn  Hhrum  manu  renefi- 
tem  f}ugulat prœsuUtn  {  Dudo  Sanctf-Quinci?.  6^  f  Willelmus  Gcmeuc.  p.  12q)% 
-^  (5)  Difuuntur  a/unJafnends  mttnia  (  Wiilelnius  Gcmcup,  2a/}.  —(4)  l^»4a^ 
Sancii-Quiniinij  p.  ^qj  Wiileiniui  Qçmtiiç. p*  Ziji 


♦  dL-rruisirent* 

*  paroisscnt. 


MARS    1820.  ^- "179 

vrvoît  indépendant.  Après  divers  coin!  ats ,  Rou  fut  Hdxxn  k  s^einbarquer  * 
ses  vaisseaux    abordèrent  en  Ecosse  >  où  il  demeura  quelque  temps  • 
espérant  se  venger  du  rot  et  recouvrer  son  patranoîne  :  mais  une  iiui^ 
un  songe  Faveriît   de    passer  chez  les  Anglais»  il  s*y  délennîne;  il  est 
obligé  de  convbattre,  il  obtient  la  victoire   et  fnît  de  nombreux  pri- 
sonniers. H  délibère  s*ii  retournera  en  Danemarck  poOf  se  venger,  ou 
&*il  se  jtttera  sur  la  France  ;  il  a  alors  une  vision  pendant  la  nuiî.  • 
Ce  li  esioit  avis  quer  sur  mont  seoît 
Si  haut  qu'en  foute  France  nul  si  haut  n*t  avott. 
Une  fontaine  en  son  encotichenel  *  avoît  *  sommet. 

Donteve  belle  et  clere  nette  et  satenne  *  coroh»       *  saine. 
Rou  estoit  de  Hepre  tout  lainz  et  tout  veriiz, 
En  JVve  se  barngnoft,  si  en  sempres  *  gariz  (t).         *  austitôt, 
II  se  fait  expliquer  cette  vision,  et  on    lui  répond  quVlie  annonçoit 
qu'il  seroit  guéri  de  la  lèpre  du  paganisme  par  l'eau  salutaire  du  baptême. 
Rou  s'embarqua  pour  la  France,  y  aborda,  et  descendit  au  pays  des 
Vaefreîz  ;  il  vainquit  d'abord  Rembaud  duc  de  Frise,  et  ensuite  Régnier 
au  long  cou ,  qu'il  fit  enfin  prisonnier.  Sa  femme  imercéda  auprès  de  Rou , 
lui  offrit  des  présens,  dont  il  n'accepta  qu'une  panîe.  Rou  accorda  k 
liberté  de  Régnier,  qui  promît  que 

Jamez  escu  ne  lance  vers  lui  neporteroîi; 
Se  il  ledelrvroit,  en  sa  merci  seroit  (2); 
Ses  honz  deviendroit  liges  et  bien  le  sirviroît; 
Et  s'il  le  commandoit,  avoeuc  lui  s'en  îroit; 
•  Por  sage  et  por  gentil  et  por  pfoux  le  tenoit* 
Roa  It  a  responda  que  grand  prou  y  auroit. 
Ce  fut  alors  que  Roa  vint  en  Neusîrie  : 

Hastainz  vint  as  Normanz,  si  demanda  qu'il  sont! 

De  qnel  contrée  qu'il  viennent  î  que  querentî  et  ou  vont!» ,  • 


saif. 


Et  tu,  qui  es,  dit  Hou»  qui  soiz  *  nostrt  langage! 

Es  Danois  ou  Frandioiz! 
Hastainz  se  fair  connçttre  à  Rou.  Après  des  pourparlers  inutiles ,  Rou 
commença  les  hostilités;  Hristainz,  ayant  vendu  sun  comté  de  Charîresà 
Thibaut,  quitta  la  France,  et  Rou  fut  toujours  vainqueur.  Durant  le 
siège  de  Chartres,  févêque  et  !e  peuple  en  procession  se  mélérenr  à  une 
sortie;  ÎIsportoient,  entre  autres  reliques,  celle  C|ui  passoit  pour  avoir  été 
la  chemi-^e  de  fa  Vierge;  à  cet  aspect  les  Normands  prirent  la  fuite. 


(i)  Durfo  Sancii'Qinnnni,;?,  72;  Willehii.  Gemetîc, /?.  22^.  — (2)  Dudg 
Sincti-Quimini, |7,7^;  Vj^iHeim,  Gemetic./?- 227^. 


Z    2 


ito  JOURNAL  DES  SAVANS, 

Cependant  les  dévastations  des  Normands  devenant  toujours  pFa$ 
intolérables,  les  Français  demandèrent  à  leur  roi  de  faire  h  paix  avec 
rétranger, 

Li  evesqiie  de  France  et  H  bon  ordené  *  ^  prctrei. 

L\  baron  et  li  conte,  li  vicl  et  li  pui&né» 
Virent  le  gentil  règne  a  grant  honte  atorné, 
,5  Au  roiz  Chaïlon-Ic-Simple  en  ont  merci  crié, . ,  • 

Face  pais  as  Nornianz;  trop  a  cest  mal  duré. 
Le  roî  répondit  que  c'étoit  aux  Français   eux-mêmes  à  iai  faciliter  les 
moyens  de  chasser  les  Normands  : 

Je  ne  puiz  par  moi  sool  Rou  ne  Normanz  cachier; 
Je  ne  suis  qu'un  souI  homme  a  boire  et  a  mangier,,.. 
Que  peut  faire  un  soûl  homme  et  que  peut  exploitier. 
Si  li  homme  li  faillent  qui  li  doivent  aidier  ! 
Le  roi  ajoute:  Si  Rou  veut  se  faire  chrétien, 

Et  pais  voille  tenir  ei  me  voillc  avoir  chicr^ 
Giile  une  moie  fille  li  dorrai  a  moi  lier 
Et  la  terre  marine....  (i) 
Lî  archevesques  franches  fu  moult  tenu  por  $àge^ 
Envoyé  fu  a  Rou  a  porter  ce  message* 
L'archevêque  prêcha  Rou,  et  le  persuada  :  la  paix  fut  faite;  voufatit 
laiser  le  pied  du  roi  en  sa  qualité  d'homme  lige,  Rou,  pour  le  porter 
il  sa  bouche,  le  prit  et  1  élevasi  haut ,  que  le  roi  en  fui  renvtrrsé  par  terre. 
Rou  fut  baptisé  et  nommé  Robert ;û  reçut  la  Neustrie,  et  épousa  h^ 
fille  du  roi  :  les  autres  Normands  se  tirent  aussi  chrétiens. 
Rou  leur  distribua  des  terres  et  des  récomptnses; 
A  touz  en  I^Jormendie  retenus  et  ficutfez. 
II  éiaLlit  une  police  sévère  : 

Rou  fist  de  grant  justice»  moult  fist  de  soi  parler. 
Deux  chevaliers   français  qui 

Alcrent  à  Roen  déduire  et  déporter» 
ayant  été  reçus  secrètement  par  la  duchesse,  épouse  de  Rou,  celui-ci 
ies  fil  saisir»  et» 

Voyant  tout  le  marchié,  lor  fin  le  chief  couper  (2). 

La  duchesse  iVn  dut  dire  et  de  duel  desverr  *;      *  perdre I*csprif. 

De  troiz  jours  ne  de  quatre  ne  vout  de  rien  goustir; 

Li  roiz  meismei  Charles  s'tn  voui  a  Hou  mêler, 


(i^^  Dudo  Sancti*Quintfni,  p.  Sz;  Willelmus  Gemetic-  f*  zji,^D^d9 
Sancti^QuiQiini, /y.  Sa/  WilielmusOeui^iic./?.  ^^. 


MARS    1820.  i8t 

\cz  1!  haronz  les  firent  d*ambe  part  accorderx 
Après  la  inort  de  Iadiiches>€,  dont  il  n'eut  point  d'enfans^  Rou  épous» 
Pupe,  qui  fut  mère  de  Guillaunie  dit  LONGUE-ESPÉE. 
Kou  le  fiit  50D  heir  au  conseil  de  sa  gent. 
Tant  a  chescun  donne  promis  et  croisscment. 
Hommes  son  filz  devindrent  moult  amiablement; 
Chescun  6bt  a  Guillaume  hommage  et  serement. 
Rou  survéquît  cinq  ans  :  .    * 

A  Roen  jtit  malade,  à  Roen  fenij 
Comme  bon  cresiien  de  ccsi  mortel  siècle  iisi, 
Aloult  parfu  bien  cootes» 
En  transcrivant  les  vers  que  fai  cilés,  j'ai  indic[oé  souvent  au  Las  dt$ 
papes  les  passages  correspondans  des  écrits  de  Dudon  de  Saint- Quentin 
et  de  Guillaume  de  Jtîmiéges,et  j*en  ai  même  rapporté  quelques-uns  1 
je  regretreque  M,  de  Bréquigny  ,  et  sur-iout  M.  Brondsted,  n'aient  pas 
pris  ce  soin.  Outre  que  le  texte  français  est  éclafrci  parle  rapprochejnent 
du  texte  kiin,  il  est  bun  de  rejnarquer  quand    et  pourquoi  lauteur  du 
roman  de  Rou  en  diffère. 

Ainsi  il  dît  au  sujet  dera[>andon  quifutraîtàRolIon  de  la  Normandie; 
Rou  dtvint  homs  li  foiz  et  ses  mains  [ï  livra  &€•... 
Sa  fille  et  Normandie,  voyant  touz,  li  donna.,, 
Voîci  comment  Dudon  de  Saint-Qucntin  et  Guillaume   de  Jumléges 
parlent  de  la  cession  de  la  Normandie  ; 

<*  Le  Roi  Charles  et  Robert  duc  des  Français,  les  comtes  et  les  grands, 
»  les  évèques  et  les  abbés,  assurèrent,  par  serment  de  h  fui  caiholique,  à 
»  Rofloni  SE  vie,  ses  membres  et  les  honorifiques  de  son  iief  sur  la  terre 
30  dénommée  [i),  » 

Ce  passage,  très-important  pour  rhistoïTe  de  notre  droit  publie,  et 
qui  n*a  point  été  cité  dans  le  recueil  dtf\  Hisiorirns  de  France,  quoi* 
qui!  soit  rapporté  en  mêmes  termes  |Kir  les  deux  auteurs»  prouve  qu'à 
celte  époque  fin rerven lion  des  personnes  qui  reprtseni oient  le  corps 
de  la  nation  ^étoft  nécessaire  non-seulrmeni  pour  déiiiemhrer  une  portiort 
de  la  France,  mars  encore  pour  accepter  et  garantir  fbomiiiage  que 
&jsoit  celui  qui  recevoit  ce  déjuembremint. 

Je  me  borne  à  cette  observation  ;  j'en  pourroîs  faire  d'autres  assez 
importantes.  Je  finis  en  joignant  mon  voeu  à  celui  de  M.  de  Bréquigny 

{1}  KûTùlus  Tfx,  dusiqtte  Francorum  Robrrtus,  com\  es  ei  pmcrrts,  pnrsutes 
ft  uthûtrs  f  juravrwnt  sûfritmeniû  Ctiiholidr  Jjéfeî  pûîtlâù  R(  îtprjt  vltûm  suum  e$ 
meînbra  tî  hononrm  toitus  regnt  super  urtam  dtnQminûtam  (Hisi.  iNorm»  Scrif- 

fores  j/7«    i^U  ZJi  )r 


I 


H  JOURNAL  DES  SAVANS^, 

pour  la  pubHcaifon  entière  du  roninn  de  Rou»  et  de  semblables  monu- 
mens;  elle  seroîi  non-seulement  utile  à  l'histoire  littéraire  mais  encore 
k  1  histoire  politique  de  la  France, 

RAYNOUARU 


Nof^  sur  une  Inscription  grecque  récemment  apportée  de  Délos 

à  A'Idrseil/e, 

Un  amateur  instruîr,  qui  se  livre  avec  beaucoup  de  zèle  h  h  recherche 
et  à  Tétudc  des  monumtns  archéotugtques,  M.  Lajard,  m*a  fait  passer 
iei^CfflqiTes  de  deux  dessinai  fàîïs  sous  se$  yeujt,  avec  /e  plus  grand  soin» 
cfnprès  un  monument  placé  dans  le  cabinet  de  M,  fe  directeur  des 
douanes  royales  à  Marseilte,  Nos  lecteurs  verront  sans  doute  avec  intérêt 
ce  tTionumenty  que  }'ai  accom|>3gné  de  quelques  observations,  dans  It 
vue  de  le  fecomtuander  â  leur  artention. 

J  empri<nterai,  pour  la  description  du  monument  original,  Fes  termes 
nièmes  dont  se  sert  Al.  Lajard  dans  la  lettre  qu'il  ma  fkh  Thonneur 
de  m*adres5er  : 

«Ce  monument,  qui   mafheoreusement   a    beaucoup   souffert   de* 
m  aileîntes  du  temps  et  de  la  barbarie,  e&r  en  marbre;  sa  hauteur  actuelle 
10  est  de  seize  pouces,  mesurée  perpendicti Virement  depuis  l'angle  infé- 
3>  rieur  jusqu'à  la  paralféle  de  Tangle  supérieur;  il  est  tronqué  aux  deuic 
»  extrémités}  mais  vraisembialJement  ri  manque  peu  de  chose  au  bout 
1»  d*cn  bas,  tandis  qu'à  celui d*en  haut  il  manque  évidemment  un  grand 
•  nombre  de  lignes.  Le  monument  dans  son  intégrité  devoit  avoir  la 
»  figure  d*un  prisme  tri.ingulaire  irrégu fier.  Les  deux  faces  qui  portent 
I*  les  inscriptions  sont  légèrement  concaves;  Tarête  qui  les  sépare  est 
i>  émoussée  et  a  fait  place  à  des  plaîes-bandes  d'un  pouce  de  largeur.  La 
»  troisième  face,  qiiiétoit  probablement  concave  comme  Its  deux  autres» 
1»  est  plane  maintenant,  et  absolument  brute,  excepté  à  Tangfe  supérieur, 
*>  où  un  petit  espace  à  droite  est  resté  pofi,  et  porte  une  fin  de  b'gne 
î»  consi.^tanf  en  trois  lettres,  ....  POX  :  il  e^t  donc  évident  que  le  inonu- 
»  ment  portoit  une  inscription  sur  chacune  de  ses  trois  faces.  «  Tel 
est ,  suivant  M.  Lajard,  leiat actuel  de  ce  monument;  et  telle  est  aussi 
i  idée  qu'on  peut,  d'après  cefa,  se  farre  de  sa  forme  primitive» 

Llnsiription  n/  i  est  la  plus  étendue,  la  mieux  conservée,  et  en 
même  temps  celle  dont  rol>jet  offre  le  plus  d'intérêt.  On  y  distingue 
les  nofus  de  quelques  mois  attiques,  suivis  de  ceux  des  citoyens  athéniens 
dont  les  magistratures  répondoient  à  chacun  de  ces  mois.  Ce  seul  énoncé 


N/ 


1  j\.i\     . 

nAAAHNElS    11 
ÏAAPOS   ASKAHniAAC 
fîOSEIAEaNA    KÂAPi 
MAPAOnNIOS  AFilNOOEl 
NOEiriNENEAETSINI 
rAMHAIQNAZAnOAAnNIOS) 
eESTHPIONAZnTOAEMAIO^ 
HNOS  nEIPAIETS 
^HBOAIONA  n  AIAI02 
NlYSlOSXnAAAHNETX 
NIXinNAnAIAIOSSTPA 
flAAAHNETS 
MnNAtîOTAIOSÂPISTC 

UAXOS 

ZrEPMANIKinN 
NOTMMIOS 
rETSAFONO     - 

AI02 


Page  183 

N.°   2. 

N1A02 

SIAHMOS)    E 
T2I02MEIAIXI 
TONiaS)         °^ 
•S^ÂASIATIKOS 
ÎCÂnOSEIAONIO 
ANTI0X02)        « 

EI2IA0T02  mn? 

ATTaAOSOPENT 

^Anpoi:  AHi 

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MARS    1820. 


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fiuffit  pour  faire  connoître  la  nature  et  la  destination  du  monutrieni  ;  il 
étoit  trés-proLablement  destiné  îi  trnnsmettreà  la  postérité  le  souvenir 
des  magistrats  particuJîèreir.e^nt  chargés  de  leducanun  de  la  jeunesse, 
sous  les  noms  de  cosmitfs  et  hypocosmeus  ^  pidoîïtbcs  ^  sophronistes, 
gymnasiûrques^  et  autres,  dont  il  est  fait  souvent  mention  dans  les 
imcrip lions  antiques.  C'est  une  conjectuie  que  j  exprime  avec  d^tutnnir 
plus  de  confiance,  qu'en  mpprochani  ce  monument  d'une  inscription 
publiée  ] «ar  Spon  (  0  ^^  reproduite  par  le  P.  Corsinr  (i) ,  nous  retrouvons 
sur  \\m  et  Tauire  des  noms  de  mois  et  de  citoyens  d* Athènes,  rangés  de 
ia  fiiétne  manière  et  dans  le  même  ordre ,  et  que  les  magistratures  des  coS' 
mit  s  et  ûts  ^ymnasiarqucs  nommés  en  tête  de  rinscription  de  Spon  sojit 
à  peu  près  les  seules  qui  puissent  se  trouver  dans  ta  partie  actuellement 
détruite  de  la  nôtre,  attendu  qu'elles  se  renouveloieni  tous  les  mois. 

Si  notre  inscription  étoit  entière,  nous  devrions  donc  y  trouver  les 
noms  des  douze  mois  attiques,  placés  dans  feur  ordre  véritable,  qui 
est  encore  aujourd'hui  un  sujet  de  discussion  parmi  les  savans,  Mal- 
heuriu^ejnent  .  elle  est  nuiiilèe  au  cotnmencejnent  et  à  la  fin  ,  et, 
ce  qui  augmente  encore  nos  regrets,  les  mois  dont  les  noms  manquent 
au  commencement  ,  savoir  ,  mœmûctérwn  et  pyanepSfon  *  sont  précf* 
sénieni  du  nomi  re  de  ceux  sur  l'ordre  desquels  il  s'est  élevé  le  plus 
d'opinion:^  contradictoires.  Néanmoins,  ce  marbre  peut  être  utile,  en  ce 
qu'il  confirme  sur  plusieurs  points  les  opinion-^  les  plus  accréditées',  trois 
mois  y  sont  J>ien  distinctement  nummés  ,  posiJcort ,  garni  lion,  anihes- 
térwn,  que  tous  les  critiques  s*accordent  k  placer  aux  sixième,  septième 
et  huitième  rangs  dirns  la  îtsie  dfs  mois  attiques  «  cutnme  ils  le  sont  ici ,  et 
par  conséquent  contre  Toploron  de  Puiter,  suivie  par  les  auteurs  du 
Dictionnaire  d'antîquiiés  de  TEncyclopédie  méthodique.  Les  nom\  des 
trois  suivanSi  quoique  mutilés,  sont  encore  fitciles  à  reconnohre  ;  savoir, 
itapht  lolion,  munychiùn  et  thargalion ,  qui  se  ]>lacent  ainsi  aux  nru  ïemf , 
dixième  et  on^itme  rangs,  conformément  au  calcul  des  PP.  Péiau  (3) 
et  Cursitîi  (4) ,  et  contre  le  sentiment  de  quelques  modernes. 

La  priorité  à  accorder  à  n'acm.TLiérion  ou  à  pyanepsîon  pour  remplir 
les  quatrième  et  cinquième  pièces  dans  le  cercle  de  Tannée  athénienne, 
e>t  donc  encore  une  question  que  noîre  tnari^re  laisse  indéciNe.  Un  sa* 
vant  professeur  allemand,  M.  Hutmann,  a  com;^o^é  tout  récemmc-nr  sur 
cette  question  un  inémoire  dont  M*  Hainja  a  iii%éré  la  traduction  à  la 

(1)  ApttJ  Spon  j  m  Poput.  Attk.  iirt.  4.  —  (2)  fast  Arnc*  disserar.  XI,  n.  21  ,- 
tom  H,p,  i7i._(5)  Boctrin.  (mpgr.  lib.  I j  c,  b , &c,  —  (4) Fasu  Aiftc,  du  U ,, 


ïU  JOURNAL  DES  SAVANS, 

iuîte  des  recherches  de  M.  Ideler ,  qui  complèteni  sa  chronologie  de 
Ptofcinée.  M.  Buttnajin,  après  avoir  recueilli  et  comparé  les  té- 
moignages des  andens,  avoue  que  ceux  qui  sont  en  faveur  de  (a 
priorj ié  de  rnarrnacîériun  ,  lui  semblent  avoir  le  plus  de  poids  i  telle  êtoil 
1  opinion  de  Pctau  ei  de  Cor^ini.  Cependant  î!  montre  en.^uite  que  deu:^ 
Wicriptions  recueillies  |jar  S|)un  intervertissent  cet  ordre,  en  plaçant 
macmactérion  après  pyanepsion  ;  que  la  même  di>positiori  de  ces  deux 
Uioîs  résulte  de  deux  autres  mumiinens  de  siècles  trés-diflerens,  pu- 
bliés Tun  par  Sefdtn  parmi  les  Marfire^  d'Oxford,  [autre  par  Chand- 
1er;  ei,  affres  avoir  balancé  ces  diverses  sortes  de  preuves,  M-  But- 
m^nn  se  dx^lermine,  avec  beaucoup  de  raison,  ce  me  semble,  en  fa- 
veur de  fopinion  que  les  marbres  autorisent,  et  c'est  celle  qu*avuît  pri- 
mitivemetH  énoncée  Scalrger. 

Toutefois,  je  ne  sais  si  notre  inscription  ne  pourroit  pas  offrir  quefque 
proIja'*iIiré  nouvelle  à  Tappui  de  (opinion  de  Corsini.  On  peut,  à  la  suite 
iju  mot  rîAAAHNETX,  ligne  première,  remarquer  deux  traits  verticaux  ou 
|ambages,  que  j>fusieujs  personnes  ont  cru  être  les  restes  du  II,  lettre 
initiale  du  jnot  Dyanepsion,  Cette  conjecture  ne  meparoft  pas  d*accord 
avec  la  place  qu occupent  les  noms  des  mois,  lesquels  commencent 
toujours  une  ligne  nouvelle ,  même  lorsque  la  ligne  j>récédente  offroil 
un  espace  suffisant  pour  les  inscrire;  mars  au-dessus  de  ce  mof 
riAAAHNETS,  dans  la  partie  mutilée  de  finscription,  il  reste  trois 
caractères  à  moitié  détruits,  que  je  crois  pouvoir  rétablir  ainsi,  TAN: 
et  la  place  qu'ils  occupent  au  commencement  de  la  ligne,  et  l'espace 
vide  qui  la  précède  et  qui  ne  toit  propre  à  contenir  quune  seule  lettre, 
tout  me  fait  présumer  que  ^'est  h  le  comjnencement  du  mot  nTANE- 
'i'inNA.  C'est  à  nos  lecteurs  à  juger  si  cette  conjecture  est  mieux  fondée 
que  faufre,  et  si  rautorité  de  ce  monument,  ajoutée  aux  autres  preuves 
déduites  p;ir  Corsinîp  peut  balancer  celle  des  inscriptions  de  Sjjon. 

Jinsiste  damant  plus  sur  ce  parallèle,  que,  comme  je  l'ai  déjà 
remarqué,  ToLjet  de  ces  inscriptions  et  de  la  nôtre  est  absolujnent  le 
Oiénte.  J'ajoute  quelles  sont  aussi  du  même  âge,  c^està-dire,  du  siècle 
des  Anionins  :  c'est  te  que  prouvent  la  forme  des  caractères ,  et  I  emploi 
fréquent  des  prénoms  romains  OoTrAi^c  Arxjuf ,  signe  de  flatterie  envers 
remperear  ^tlius  Adrien ,  dont  on  retrouve  tant  de  traces  dans  les  nionu- 
qitns  de  son  régne.  Notre  inscription  nous  offre  de  plus  une  particularité 
qui  sembleroit  prouver  quelle  fut  gravée  du  vivant  de  cet  empereur; 
et  cette  particularité  est  en  même  temps  un  fait  neuf  et  curieux. 

On  lit,   lignes  4   et    J  ;    AraNOSET,  .  .  4.  .  NOEiaNENEAETXINl  :, 
passage  que  je  resihue  ainsi  ;  Ay»tf$ii-nii  Ârmo^m  çf  ÛMvmi^  cest-à-dire| 


MARS    iSiO- 

Àgûrtûtkhé  Jrr/euJc  d'Ami  nous  céléhrés  à  EUasis,  On  sait  qu'Adrien  assista 
rail  [32  de  1ère  vulgaire,  à  Athènes,  aux  fêtes  d'Eleusis,  et  nous 
apprenons  de  plus,  par  le  témoignage  dtrs  Marbres,  que  plusieurs 
fêtes  fondées  par  cet  empereur  ou  honorées  de  son  nom,  A<fftaL9iU^  se 
céféfjroient  à  Home,  à  Ephcse ,  à  Athènes ,  et  en  d'autres  lieux  de  fa 
Grèce.  Le  goût  des  Grecs  pour  ces  sortes  de  spectacles,  et  sur-tout  le 
besoin  de  varier  les  témoignages  de  leur  adulation  pour  les  empereurs»  à 
mesure  que  ces  maîtres  du  monde  se  succédoient  sur  le  trône,  multi- 
plièrent presque  à  Finfini  les  fêtes  qui  porioieul  leurs  noms;  et  nous 
pourrions  ajouter  aux  catalogues  déjà  si  étendus  dressés  par  Castellanus, 
par  Meursiiis,  par  Jonston,  et  par  d'autres  encore,  dont  M.  Larcher 
est  ie  plus  récent,  les  fêtes  d! Auguste,  de  JVeron,  de  Nerva,  de  Tnijan, 
d'Adrlefx^  de  Commode»  de  Sévère ,  &c.  Pour  ne  parler  ici  qi^e  d'Adrien ,  il 
paroît  que  ce  prince  surpassa  tous  [es  empereurs  par  son  zèle  à  propager 
dans  toute  l'étendue  du  monde  romain  de  [)areines  cérémonies,  II 
célébroit  des  jeux  et  fbndoit  des  théâtres  dans  toutes  les  villes  où  il  pas- 
soit  »au  témoignage  de  Xiphilin  :  ÉTi^Uti^  3tflt7^  ^ cfy^voiTn^mif^uQiuvQç  t^c 
wcAhç,  Spartien  dit  à  peu  près  daii^  les  mêmes  termes  ;  In  omnibus  peni 
urbibus  et aliquid  œdifcavil f  et  ludos  edidiL  II  n'est  guère  probable  que, 
dans  celte  célébration  de  jeux,  Adrien  ait  Oublié  Antinous,  lobjet  cons- 
tant d'une  affection  dont  tant  de  monuniens  déposent  encore  aujourd'hui  ; 
aussi  Pausanias  nous  apprend^il  qu  Adrien  avoît  fondé  en  Fhonneur  de 
son  ami,  à  Mantinée  d'Arcadie ,  une  fête  quinquennale  et  des  jeux 
appelés  de  son  nom  Antmùëns*  Le  culte  d'Antinoiis  avoit  passé  dans 
VAcfiaie  et  k  Corinthe^  ainsi  que  nous  l'apprennent  les  monnoies  avec 
Finscription ,  OCTIAIOC  MAPKEAAOC  lEPerc  TOT  ANTINOOT  (1); 
et  ce  que  n*a  point  remarqué  Eckhef ,  qui  rapporte  ces  médailles,  c'est 
que  la  même  inscription  se  retrouve  absolument  dans  les  mêmes  termes 
dans  (e  supplément  au  Trmr  de  JVÏuratori  (2).  L'affection  particulière  dont 
Adrien  honora  la  ville  et  le  territoire  d'Athènes,  me  fait  présumer  qu'il 
voulut  y  bisser  aussi  un  monument  semblable  de  son  attachement  pour 
Antinous  ï  et  c'est  à  fatde  de  celte  conjecture  que  je  croîs  avoir  rempli 
de  la  manière  la  plus  probable  la  lacune  de  notre  inscription.  Le  silence 
que  gardent  les  auteurs  sur  les  jeux  antinoéns  d  Eleusis,  tient  sans  doute 
à  ce  que  la  célébration  de  ces  jeux  ne  survécut  pas  au  prince  qui  les 
av oit  institués;  et  d'ailleurs  il  exîstoit  chez  les  Grecs  tant  de  fêtes  de 
cette  nature,  dont  les  Marbres  seuls  ont  conservé  le  souvenir,  que  ce 
silence  de  l'histoire  ne  doit  point  nous  embarrasser.  Je  remarquerai  de 

(  j  )  Eckhd,  Doemn,  num,  tam,  VI|  p.  Î32.  —  (a)  Totn*  i  V,  p-  mcmxc,  n.  6. 

Aa 


I 


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^t!S6  "        JOURNAL  DES  SAVANS, 

Iîlit5»à  Tappuî  de  la  conjecture  que  j'ai  énoncée,  que^  parmi  les  nom- 
•|j reuses  médailles  frappée^  en  I*honneur  d*Aniinoùs  ,  il  en  est  deux  dont 
le  type  et  rinscription  paroissent  se  rapporter  à  fobjet  des  Jeux  célébrés] 
à  FJeiîsts:  ce  sonicelles  où  Antînoiis  esl  représenté  sous  les  attributs  et] 
avec  le  rirre  d'Iacckus,  et  de  nouvel  lace  h  us,  an  tin  002   IAKXOX,  et] 
NEQ  lARXa  (1),  Or,  on  sait  que   le  mythe  d'Iacthus  étoii  particulier , 
aux  niyitères  d'Ekusis  ;  et  Tune  des   médailles  que  j'ai  citées,  appar- 
tient h  la  vif  le  d*Adramytte,  colonie  d'Athènes, 

Dans  l*avant-dernière  ligne  de  rinscription ,  il  est  fait  mention  rfun 
autre  agonothète,  ArnNO...  et  les  lettres  HN,  qui  se  lisent  immédiate* 
Inent  au  dessous,  appartiennent  sans  doute  au  mot  qui  désignt)it  les. 
jeux  souii*is  à  la  juridiction  de  ce  magiàtrati  mais  il  est  impossible 
d'asseoir  aucune  conjecture  sur  de  pareils  fnigmens. 

L*jnscrîj>tion  n/  2   ne  porte  que  des    noms  propres  ^  encore  fort 
nnuilés,  et  qui,  considérés  sous  le  rapport  paléographique ,  offrent  assez 
peu   d'intérêt.  En  comparant  ce  monument    avec  une  inscription  de 
1  Spon,  faquefle  est  certainement  du  même  âge,  et  où  l'on   retrouve  la 
Inéme  disposition  ,  on  doit  supposer  que  ces  noms  sont  ceux  des  disciples  ^ 
nflw/^i/7tf/,  qui  suîvoient  leurs  exercices  sous  les  gymna^iarques  nommés 
dans  rinscription  précédente.  Ces  discipfesétoient  în.scrits  suivant  Tordre 
de  leurs  trilms  respectives  ;  et  iti ,  comme  dans  le  marbre  que  j  ai  examiné 
en  premier  lieu ,  nous  devons  regretter  que  ce  monument  nous  soit  par- 
vejiu  ainsi  muîifé  ;  car  il  aurait  pu  servir  à  décider  une  question  presque 
aussi  importante  et  non  moins  vivement  débattue  que  celle  de  I  ordre 
ée%  mois  atliéniens,  je  veux  direrurdre  dans  lequel  étoient  placées  les 
tribus  d'Athènes.  A  ne  consulter  que  les  témoignages  des  anciens,  qui 
sont  si  contradictoires,  sur  un  point  qui  sembloii  devoir  être  si  facile  à  vé- 
rifier, il  n'est  pas  surprenant  que  Spun  ait  cru  et  assuré  (2/  qu'il  n'y  eul 
famaîs  d'ordre  constant  à  cet   égard.    Le    P.     Cor.Mni ,    en    écartant 
quelques  témoignages  incommodes ,  et  en  combinant  fort  heureu>emenE 
d'autres  textes  avec  des  débris  d'in>cripîions,  a  cru  pouvoir  établir,  au 
contraire,  que  fa  classification   des  trflius  athéniennes  fut  iixée  dune 
manière  învarialïle,  sauf  ft-s  intercalaiîons  qui   furent  faites  dans  cette 
liste,  h  de>  époques  plus  récentes,  dr  quelques  trîljU!»  nouvelles  (3),  Peut- 
être  seroît-il  plus  exact  de  dire  que  l'ordre  Itgal  et  haljîtuel  fut  quelque- 
fois interverti  par  des  circonstances  et  pour  des  raisons  que  nous  ne 

(l)  Eckhel,  Doarh,  fwm.  tom,  VI,  p.  çjo  et  J J5.  —  (2)  Itinérairr,  tom.  IJ^ 
DiiH^riation  sur  les  pcniplts  de  l'Atiique ,  p,  49.  —  (3)  fasti  Aiàà ,  lora*  1 , 
Dtssert.  IV,  p.  152- i8y» 


MARS    1820. 


187 


sommes  pas  à  méiiie  de  connoître;  car  l'hîstoîre  des  anciens  ne  nous 
est  parvenue  que  par  lambenux,  et  Ton  doit  être  en  général  très* 
circonspect  à  former  des  systèmes  Japrès  des  matériaux  aussi  incohérens. 
Mais,  sans  tn'engager  dans  une  question  qui  exigeroii,  pour  être  appro- 
fondie de  nouveau  ,  des  documens  qui  nous  manquent,  j  observerai  que 
notre  monument  confirme  sur  un  point  (opinion  de  Corsini,  qui  place 
la  uHm  Œnadi-  après  la  tribu  Adriamdc,  Le  nom  OlNEIAOS  se  lit  en 
entier  à  ïa  onzième  ligne  de  rinscription  ,  et  les  lettres  NIAOS,  par 
lesquelles  cette  inscription  commence,  ne  peuvent  a]:>pi'ir tenir  qu'au  mot 
AAPIANliiOS;  caria  tribu  PandÎQmdc  ^  d.M  nom  de  laquelle  on  pourroit 
aussi  la  rapporter,  est  placée  beaucoup  plus  haut,  au  troisième  rang,  par 
des  témoignages  assez  unanimes  et  dignes  de  h  plus  grande  con- 
fiance (  t  ),  J'ajoute  que,  jusqu'à  ce  jour ,  on  ne  connoissoit  que  deux  ins- 
criptions où  se  trouvât  le  nom  de  \2L\nh\x  AJrlanhic  :  ce  sont  celles  que 
Spon  a  recueillies  et  que  jai  citées  au  commencement  de  cette  note: 
notre  inscripiioji  vient  à  fappui  ;  et  cette  conformité  est  une  preuve  de 
plus  que  tous  ces  monumens  sont  de  la  même  époque ,  comme  ils  se 
rapportent  au  même  objet. 

Les  lettres  m,  à  lavant- dernière  ligne  de  rinscription,  sont  placées 
de  manière  à  indiquer  quelles  appartiennent  au  nom  de  la  tribu  qui 
suivoît  la  tribu  (En  a  de  ;  et,  d  après  Cfla,  je  ne  vois  que  le  jnot 
H'ippothoonî'tde  auquel  puissent  convenir  ces  deux  élémens.  Le  change- 
ment de  Vioia  en  upsilon  ne  suffiroit  pas  pour  infirmer  cette  conjecture: 
rien  n'est  plus  fréquent,  sur  les  marbres  antiques,  que  I emploi  de  Tune 
de  ces  voyelles  au  lieu  de  l'autre,  et,  sajis  en  chercher  des  preuves 
ailleurs  que  sur  ie  monument  qui  nous  occupe,  je  ferai  remarquer  que  , 
dans  rinscription  n/  r  ,  la  fin  du  mot  Afunychîon  est  ainsi  écrite  : 
NIXinNA,  pour  NTXinNA^quî  est  la  leçon  ordinaire  des  manuscrits  et 
des  marbres.  Mais  une  difficulté  plus  sérieuse,  est  celle  qui  résulte  de 
Tordre  adopté  par  Corsini,  d après  lequel  la  tribu  Hippotkôontide  ne 
suivoit  pas  immédiatement  la  tribu  Œnéide.  Pollux  (2)  est  le  seul 
auteur,  à  ma  connoissance,  qui  contredise  for/nellement  cet  ordre  de 
Corsini,  en  nommant  de  suite  (Enéide  et  Hippothooniide;  el  je  laisse  à 
nos  lecteurs  à  décider,  &i  la  restitution  que  je  propose  ,  peut  être  consi- 
dérée comme  une  preuve  nouvelle  à  l'appui  du  témoignage  de  Pollux. 

RAOUL-ROCHETTE- 


(i)   Voy*  Corsints  Dissertât,  citée, p»  //tf,— (2)  JiiL  Pollux,  Onomastkon , 
lib*  Vlil,  €, ^  j  segm,  10^  -jio, 

Aa  2, 


1 


xîi 


JOURNAL  DES  SAVANS, 


NOUVELLES  LITTÉRAIRES. 


t 


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M.  Auguste  Deîalain,  imprinieur-Iibraîre  ,  me  des  Mathnnns-Saîrït-Jacqnes, 
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les  manuscrits  de  France  et  d'Angleterre,  avec  une  notice  sur  la  vie  et  les  ou- 
vragesde  Marfe,Ia  traduction  de  ses  lais  en  regard  du  texte,  avec  des  notes, 
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Dkttonnaîre  universel  abréi^é  de  géographie  ancienne  cûmnarêe,  à^c,  ;  rédigé  sur 
Icplan  des  diciionnaîres  de  géographie  moderne,  pour  1  usage  des  collèges  et 
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Descrip'  io  «  de  la  Grèce ,  de  Pa  usa  w  /  Ji  /  t  ra  d  11  c  t  i  o  n  nouvelle,  ave  c  îe  texte 
grec  collatTonné  sur  les  manuscrits  de  la  BUrliothèque  du  Bot,  par  M.  Clavier; 
tO'"e  troisième.  Paris,  impr  et  libr,  de  Bobée,  r^e  de  la  Tabletterie,  n."  9, 
iV^/de  4j4  pages.  Prix,  10 fr.,  20  fr,  en  papier  vélin.  Le  quatrième  volume 
tftsf»us  presse. 

Elitntm  naturels  de  la  chr^nçlogie,  lettre  à  AL  Volney,  de  l' Institut  de  France  j 


MARS    182OV 

par  C*  J.  B,  Bonnîn,  auteur  des  Principes  d'administration  publïque,âcc.  Pariiî 
impn  de  Fain,  libr-  de  Desoer,  rn-^/  de  52  pages.  Prix,  2  fr* 

Testament  ée  Louis  XVI  ^  Roi  dt^  France  et  de  Navarre,  avec  une  traduction 
arabe  par  M.  le  baron  Silvestre  de  bacy.  Paris,  impr.  royale;  chez  De  Bure 
frères,  et  Treuttel  et  Wiirlz,  w-8,''  11  en  sera  rendu  compte  dans  l*un  de  nos 
prochains  cahiers. 

Essûi  sur  thhtoire  ancienne  et  moderne  de  l^ouvelle  Russie* — Statistique  des 
provinces  qui  la  composent.  —  Fondation  d'Odessa; ses  pro^^tes,  son  état  acttiel, 
détails  sur  son  commerce. —  Voyage  en  Crimée,  dans  l'iniertt  de  l'agriculture 
et  du  commerce,  avec  cartes,  vues,  plans,  ÔLc.  (par  M.  Gabr,  de  Casielnau). 
Paris,  impr*  de  Crapelet,  chez  Rey  et  Gravier i  3  vol»  in- S.'' 

fit  s  foire  abrégée  des  Jésuites  et  des  Al  is^ionn  aires  pères  de  la  Foi ,  où  il  est 
prouvé  que  ces  religieux  et  toutes  corporations  ecclésiastiques  régies  par 
rinstitfli  de  la  Société  de  Jésus,  ne  sont  toîerables  chez  aucune  nation  policée  j 
lui  vie  d'obiervations  faites  au  Roi  et  aux  deux  Chambres  sur  cet  important  sujet, 
Paris,  impr.  de  Fain,  chez  Delaunay,  2  voL  In-S."  de  500  pages  chacun*  Prix 
14  fr-,  et  16  fr.  par  la  poste. 

De  la  formation  des  ailes  des  insectes  ^  tt  de  Torganisation  extérieure  de  ce« 
animaux,  comparées  en  divers  points  avec  celles  des  afathnides  et  des  crus- 
tacées  (  par  M,  Laireille).  Paris,  impr.  de  Lanoé;  chez  Déterville,  in-S.'^  de 
3  feuilles. 

Petit  Cours  d*ûgricuhure;  par  M.  de  l'Epinois^  correspondant  de  la  Société 
Foyaie  et  centrale  d'agriculture  et  du  Conseil  d'agriculture  établi  prés  de  son 
Exe,  le  ministre  de  riniérieur.  Paris,  chez  Audot,  i/r-^.* 

Rapport  à  lu  Société  royale  et  centrale  d'agriculture  ^  par  M.  Héricart  de  ThoTy, 
membre  de  la  société,  au  nom  delà  commission  des  engrais,  le  5  janvier  1B20, 
sur  un  nouvel  engrais  proposé  sous  le  nom  é*urate  par  MM,  Donat  et 
compagnie,  avec  cette  épigraphe  t /^ja  tes  antiquii.  Paris,  impr.  et  librairie 
de  M.'"'^  Huzard,   in-S/ 

Afémoire  sur  la  conservation  des  Mes  fpBT  M»  d'Artigues;  lu  à  la  séance  de  [a 
Société  royale  et  centrale  d*agriculii  re  le  15  octobre  1819,  et  imprimé  par 
ses  ordres,  Paris,  impr.  et  libr.  de  M.*"^  Huzard,  in-S/  d'une  feuille,  plut 
une  planche. 

Traité  complet  de  mécanique  appliquée  aux  arts,  contenant  l'exposition 
méthodique  des  théories  ei  des  e^tperieices  les  plus  utiles  pour  diriger  te  choix, 
Tinvention,  la  construction  et  l'emploi  de  toutes  les  espécts  de  machines;  par 
Borgnis.  Paris,  impr.  dei-ain,  chez  Bachelier,  in-^f/  de  4j  feuilles,  plus  44 
planches.  Prix  ,  30  fr. 

Collection  complae  des  pièces  de  musique  religieuse  qui  s'exécutent  à  Rome  dans 
la  chaprîîe  pontifical*'  pendtini  lu  semaine  sainte;  recueillies  et  publiées  par 
M.  Choron.  Ce  recueil,  dont  le  formi^i  sera  grand  in- 8*%  paroitra  à  la  fin  de 
mars,  chez  M.  Choron,  boulevari  Mont-Parnasse,  n,*  41,  Prix,  io  fr. 

ITALIE. 

Bihîioteca  italiana,  o  s*a  Chrnale  di  kneratura ,  scjen^t  ed  artl ^  compilato  da 
yûri  ktUTdti,    1  omo  XVil,  anno  quinio  ;   gennajn,  ffhhrajo  e  mar^o    i8zOâ 
Aiilano,  pri;S>o  ia  direzione  del  iiiornale,  in-F,    L'abonnement  à  ce  journal,  quf 
a  déjà  plusieurs  anaées  dVxisience,  est  de  i^  tir.  pour  Milan,  et  de  Jq  fr,  pour 


t 


^^o  JOURNAL  DES  SAVANS, 

Wftfspgtr,  Le  cahier  que  nous  annonçons  renferme  un  tableau  rapide,  mais 
compile,  de  IViat  des  lettres  et  des  sciences  en  Italie  dans  le  cours  de  l'année 
li^r^.  Ce  travail  ircs-recommandable  de  M.  Giuseppe  Aceihi  présente  des 
analyses  instructives,  de*  critiques  judicieuses ,  un  irês-grand  nomore  d'indica- 
liuns  bibliographiques. 

Di  Aîarco  Polo  c  Jegti  al  tri  viagg  raton  venfiiani  pîù  ïUustrt ,  disserta  zionç 
*  dell*  ak  Placido  Zurta  »  con  apipp^dice  sulle  antîche  niappe  idro-geografïche 
Javorate  in  Veriezia.  Venezia,  j8iîi  et  1819,  2  voL  in-^/ 

Dclla  vira  dt  Torquato  Tasso  Ittridut^  di  Giov*  Zuccala.  Miiano^  tipogr,  di 
Commercio  ,  in-S.^  de  368  pages, 

Jacobi  Alorellij  biblîùthtcce  regiœ  D,  Marci  Vinetiarum  prœjecn  3  EpistoliM 
!  4^;»/fw,  Patavii,  1819,  m- «S*,"  de  117  pages. 

!      EUtnenti  fihsofici  ptr  h  studio  raggionato  di  lingua^àï  Maria  no  Gigli.  MilanO| 
^Fusi,  1819,  ïn-S/ 

Le  odi  di  Anacreonte  i  di  Sûfo  recate  in  versi  italtani  da  Giovanni  Caselli, 
Firenze,  tîpogratia  Piaiti,  1819,  grand  in-fU,  papier  vélin,  de   191  pages. 

Commento  su  i  prlmi  cuiijue  canti  dAF  J nfirno  di  Dante ,  e  quaiiro  leitere  del 
I  C  L.  Magaloiii.  Milano,  siamperia  rcale^  1819,  //i-*?."  de  108  pages. 

Rime  inediteéi  Gwsto  de'  CotitL  Fircnze,  stamperia  dell'  Ancora ,  1819,  în-S*^ 

La  Batta^lia  delk  Vecc/tie  con  Giovani ^  canti  due,  di  Franc.  Sacchetti, 
pubblicaii  per  la  prima  volia  ed  illustrati  da  B.  Aniati.  Bologne,   1819,///-^,'* 

Sonetti  di  Glus,  liartoli  f  raccohi  e  mcssi  in  I»ice  da  Picr.  Aies.  Paravia.  Pa- 
dova,  itpografia  Bettoni,  i8i8,  in-^.'*  de  80  pages. 

Epigrammi  di  nwderni  du  ton  con  a  le  uni  an  tic  ht  ïnediti,  Faenza ,  1819,  in- 8.^ 

Tito  ^  0  sia  Gerusalemme distrutta ,  poewa  epico  (del  conte  Daniele  Florio). 
Venezia  ,  1819,  presso  la  tipografia  di  Moisopolt,  in-S^^ 

Tragfdic di  F.  Buffd  {nmvo  del!a  Calabria);  voK  !-•  Livorno,  1819,  tn-S* 

//  Conte  di  Carmagnola  ^  tragedln  di  A.  AIan:^onr.  Milano,  presso  Ferrario 
Vincenzo,  1820,  in-^/  de  14^  pages. 

Commedie del  Sig,  JVora,  Torino»  1818,  coi  t  pi  di  Domenîco  Pane,  4  vol. 
h'S/  D'autres  éditions  des  comédies  de  M.  Nota,  que  ks  Iraiiens  placent  au 
premier  rang  de  leurs  pocics  comiques  de  ^épo^Jue  actuelle,  ont  été  publiées  à 
JVliian  et  à  Li\ourne. 

Bianca  di  Salerno ,  commedia  del  sig.  Finoii,  Lodi  »  18  r9,  in-ti. 

Vedute  principali  di  Alilano  e  de'  suoi  intorni.  Milano,  presso  Artârra,  Le 
sixième  fascicule  a  paru. 

Promenade  autour  de  A'îllan ,  au  mots  de  mat  iS/p  ;  par  C.  G.  Milan,  Deste* 
fanis,  1819,  W'S,' 

Viaggh  da  Napoli  a  Monte  Casino  té  alla  celebrp  cascata  d'acq'ia  ne!l'  isola 
dî  Sora,  dell'  ab,  Domenico  Romanelli.  Napoli,  1819,  presso  Angeio 
Tranni,  in-B,* 

M,  Luigi  Rossi  vient  de  publier  à  Milan,  chez  le  libraire  Fosi,  les  premiers 
volumes  oc  sa  traduction  italienne  de  rHistoirc  universelle  de  M.  le  comte  * 
de  Ségur* 

Storia  antica  e  moderna  d*haUa  del  cav.  Luigi  Rossi,  con  carte  geografiche  e 
tavole  incise  in  rame-  Milano,  presso  Bianchi ,  1819,  in- 8,* 

Memorie storiche  delta  ciità  di  Cremona ,  raccolte  e  compendîate  da  Lorenzo 
Mairini.  Crcmonai  1819,  chez  les  frères  de  l'auteur,  in-^/  de  123  pages. 


MARS    1820. 


151 


DeW  ânticù  corsa  de'  fumi  Po,  Oglio  et  Adda ,  negU  agri  cremoncse,  par- 
migiano  e  basso  mantovano.  Memoria  sîorrco-critica  dall'  abaie  Giov. 
Komani,  Casalniaggiore,  Bizzari,  in-S^'  de  B8  pages. 

Biografia  cTtmonese^  o  sia  Dizionarîo  storico  délie  famiglie  e  persone  per 
quaUtvoglia  t'tolo  memorabili  e  chiare  speuanii  alla  citià  di  Cremona  dai  tempi 
più  renioti  fino  alT  età  nostra,  di  Viocenzo  LanctMti.  Milano,  ibip,  tipografia 
Borsant,  /V^/  de  4*6  pages*  Le  second  et  dernier  volume  de  cet  ouvrage  doit 
incessamment  paroitrc. 

JVuôi'd  Descri-iîotit  de'  mùmtmenti  antkhîedoggettt  d'arte  contenuil  nd  Vatkano 
t  mi  Cdmpidoglio,  colle  nuove  scoperte  fane  aile  fabbriclie  piii  miere^sanri 
nel  Foro  romano  e  sue  adjacenze ,  &€,,  compUaia  per  mo  de*  coin  viaggiaiori 
daH'  avvocato  Carlo  Fea.  Koma,  Bourlié,  1819,  in-ti  de  2^9  pages. 

//  Costume  amko  e  ntoderno  ^  o  Sioria  del  governo,  délia  mîlrzia»  délia  reli- 
gîone,  délie  arti  »  stirnze  ed  usanze  di  tuui  î  popoir  antichi  e  mf»derni,  pro- 
rata coi  monumetiri  delJ' antfcKita,  e  rappreseotaia  cogii  analogbi  disegiif,  dal 
doit.  G.  Ferrario.  Milano,  tipogralîa  dell*  ediiore,   1817   e  secjuenti^   in-^." 

Del  AUrito  e  délie  Rkompense,  trattaio  storico  filosofico  del  Meich,  Gioja. 
Filadelfia  (Milano),  1818  et  jHjç,  2  vol  in-^/ 

Elément!  d't  fisica  genêt  aie  di  Andréa  iVlazzoni.  Milano,  1819,  presse  Piroita^ 
in- 8.'  C*esï  la  troisième  édition  de  cet  ouvrage. 

De  Alluvwnlbus  et  Ptihdibuî  et  Pascuis  ad  al'wm  statum  translatis ;  dtsser- 
tauo  Jos.  Alïert;hini.  Rome,  chez  Olivier,  1819,  m-^/ 

Sûggi  geoiogkt  dtgli  siûii  di  Parma  e  Ptacen^a;  dal  giudîce  G.  Cortesi,  Pia- 
cenza  ,  1819,  hi-^>%  avec  7  planches. 

/Vw<3Fo  Z>/^/t';î*/r/V>  ^/ /j(7/<2/i/fi2  di  Pellegrino  Bertani  Mantoua,  1817  à  1819, 
Maniova,  j  vol.  in-S," 

Eîtmeiitl  di  tridirmiJika  dî  Enrico  Gîambonî  ,  professore  nelf  université 
di  Feriigia.  Honia,   irpogralia  de   Komanis,  2    vol.  in*8/ 

Elément!  di  geometrJû  piiina ^  d\  trigonometria  retùlinea,  e  principj  di  seziont 
coniche  di  Grov.  Gorini.    Pavïa,    1819,  itt-^/ 

Ali'mvrte  e  Leitere  inédite  fnrra  0  dîspirse  di  Gâlileo  Gûlilei^  ordinate  ed 
illustrate  con  annotazioni  del  cav.  G.  B.  Veniurij  parte  prima,  d'ail*  anno 
1^87  fino  aHa  6ne  del  j6i6*  Modena,  /fl-^.* 

EltmetiUdt  astronomia^  con  le  applicazioni  alla  geografia,  nautîca  ,  gnomo- 
ïiica  e  crGnalogia,  di  Giov.  Saniini;  vol  I.  Padova,  1819,//!-.^/  de284  pages, 
avec  deux  planches. 

Efemeridi  astrotwtniche  di  Milano,  ifc^  Milano,  1819,  staniperra  reale, 
jVtSV  de  240  pages, 

Catechismo  ûgrarwj  corcmaio  dall*  acadeniia  di  agricohora  dî  Verona,di  Cîro 
Pollini.   V^erona,  ïSrç,  jN-i?/ de  464  pages. 

Aleduina  legûle  second  o  lo  spiirio  délie  leggî  civil  i  e  pénal  t  nei  govcrin 
d'Italia,  drl  prot^  Gîacomo  Barcelktiii-  Pr^a,  1818,2  vol.  in  8." 

ALuïie  Ossenui^ioni  neiid  nati/m  dfllajHlri  inttrrmi  îeitti ,  e  >ulle  qualiià  me- 
dicinali  délia  china  secondo  i  principi  délie  moderne  leorie,  del  dott.  V.  Otu- 
viani.  Bobgna ,  i8i9,prcsso  A.  NribiJi,  iii-8/ 

Storta  raggionatû  di  umi  grûvidrua  ntHd  uthafaloppiana  désira.  Pisa,  1819^ 
presso  Rainieri  Prosperi,  m-8.^ ,  avec  planches. 


i 


Ij: 


JOURNAL  DES  SAVANS. 


Liîologm  urnana,  o  sia  Ricerche  chimiche  e  mediche  sulli  sostanze *petroseche 
[•  si  formano  in  diverse  parii  del  corpo  iimano,  di  L*  V.  Brugnaulli.  Pavia,  1819, 
presfo  Biz2oni,  in-foL,  avec  planches. 

Ele/nenti  di  fdrmacolo^ia  îtraptunca  comparanva,  dcl  doit.  L*  Chiavenni, 
I  Napoli,   1819,  tipografia  del  Giomale  encidopedico»  tn^S/ 

Atù  deW  L  /?.  acadtm'ia  délia  Crusca,  tomo  I.  Fîrenze,  tipografia  Ptatti, 
^fif-^/  de  500  pages. 

ANGLETERRE. 

AfontaltOfOrîhc  Heart  unvtïkd ;  AfontaltOj  ou  le  Cœur  dévoilé,  poème  en 
deux  chants  ;  par  Th.  Mac*Carihy,  Londres,  iHi^^  Reynolds,  m-*^.'  Prix,  6  sh. 

The  HistoryofBritanmcus  ifc*  ;  Histoire  de  Britannicus  et  de  sa  Sipur  Octavie, 
.tirée  de  l'histoire  romaine,  par  miss  Sandham»  Londres,  Harris,  1819,  in-iz. 
Prix,  3  ih. 

Popular  Travels  and  Voyages  Ùc.  ;  Voyages  par  terre  et  par  mer  en  différentes 

£^    arties  de  l'Europe,  de  VAsie,  de  l'Afrique  et  de  l'Amérique;  par  F,  Thurtle. 
.ondres,  Longmant  2  vol.  in-n,  avec  figures*  Prix,  1  l  4  sh* 


Nota*  On  peut  s'adresser  à  la  librairie  de  MM.  TreutleU/  Wurtz>  h  Paris  , 
rue  de  Bourbon  ^  w**///  à  Strasbourg  ^  rue  des  Serruriers;  et  à  Londres  j  n,''  jOg 
Soho'Square ,  pour  se  procurer  les  divers  ouvrages  annoncés  dans  le  Journal  det 
Savans,  Il  faut  affranchir  les  lettres  et  le  prix  présumé  des  ouvrages. 


TABLE. 

Codex  Nasareus  ,  Liber  Adami  appiUatus ,  syriacè  transcriptus ,  ifc, 

(  Troisième  Article  de  Aï.  Silvestre  de  Sacy*  ) Pag.   l  j  r . 

La  Jérusalem  délivrée^  traduite  en  vers  français  par  Af.  Baour-Lortnian, 

(  Article  de  Aî.  Raynouard. ) 146, 

Alémoire  sur  l'importation  en  France  des  chèvres  a  duvet  de  Cache- 
mire, par  Aî*  Tessier,  (ArdcU  de  AI.  Abeï-Rémusat.  ) t  JJ» 

L*Art  de  vérifier  Its  dates  des  faits  historiques ,  Ifc,  avant  Vhe  chré^ 

tienne,  i7c,  ;  par  dom  Clément,  {Second  article  de  Af,  Daunou.  ).,  161  • 

'Itinerary  0/  Greece ,  contai ning  one  hundred  routes  in  Atiica ,  iXc*  ^ 

by  sir  W,  GelL  {Article  de  Aï,  Letronne. ) • .  .  / 167 . 

Deux  Lettres  à  mylord  comte  d'Aberdeen  sur  Vauthentiàté  des  tns- 
criptîons  de  Fourmont^  par  Al.  Raoul- Rochette.  {  Troisième  article 
de  Aï,  Leironne.  ) *.....  1 70, 

Pièces  relatives  à  l'histoire  du  Danemarck  et  à  la  connoissance  de 
ses  anciens  rapports  politiques  ,  ifc,  /  par  le  docteur  Brondsted, 
{  Article  de  AI,  Raynouard,  ) 1 74 • 

Note   sur  une   inscription  grecque  récemment  apportée  di  Délos  à 

Marseille,  (  Article  de  M.  RaotiI'Rocheiie.  ) , iSi» 

Nouvelles  latératres • ,..,...•  iSS. 

FIN  J>I   LA  TABLE, 


-1 


W 


A   PARIS, 

DE  L'IMPRIMERIE  ROYALE. 


i8:£0. 


{ 
H 


Le  prix  de  Tabonnement  au  Journal  des  Savans  est  de  36  francs  par  an, 
et  de  40  fr.  par  ia  poste ,  hors  de  Paris»  On  s'abonne  chez  MM.  Treutul  et 
V^ûrt^,  à  Parts,  rue  de  Bourbon,  n,*  77/  à  Strasbourg,  rue  des  Serruriers,  et  à 
Londres ,  n,*  jo  Soho-Squart,  11  frut  affranchir  les  lettres  et  Targent. 

Tout  ce  qfti  fiutcwjÊfrniriles  annonces  à  insérer  4<ins  ce  journal, 
lettres  ,  ans ,  mémoires ,  livres  nouveaux,  &c.  doit  être  adressé ^ 
FRANC  XPûRT /àuburem  du  Journal  des  Savans,  à  Paris,  rue 
de  Ménil-montant,  n.*"  22. 


Supplément  au  Glossaire  de  la  langue  romane  ,  &c.; 

parJ.B.  de Roqueforc-  Paris,  Chasseriau etHccart,  libraires, 

au  Dépôt  bibliographique,  rue  de  Choiseui,  n**"  j  ,  1820; 

I  vol.  in-S/  Prix,  7  fr, ,  et  14  fr.  papier  vélin,  et  8  (r. 

50  cent,  franc  de  port. 

1V1«  DE  Roquefort  publia  en  ï8o8  un  Glossaire  de  la  langue 
romane,  qui  fut  accueilli  avec  tout  llntérêt  que  méritoit  un  ouvrage  de 
celte  importance  et  de  cette  utilité  :  depuis  il  a  cotitinué  de  se  consa- 
crer à  Tétude  de  notre  ancienne  littérature,  ainsi  qu'à  celle  des  rnœur>  et  * 
des  usages  du  jnoyen  5ge,  Il  ajoute  aujourd'hui  un  nouveau  volume  aux*  ' 

Bb  2, 


i 


ij<  JOURNAL  DES  SAVANS, 

deux  qui  composoient  son  Glossafre^ce  Supplément  ne  peut  manquer 
d'être  reçu  aussi  flivurablement.  L'ouvrage  précédent  ayant  instruit  les 
littérateurs  à  apprécier  Lelui-ci,  son  utili'é  sera  encore  mieux  sentie, 
puisqu'il  exphque  une  partie  des  mots  qu'on  regrettoitdenepas  trouver 
dam  le  premier  travail.  Au  reste,  i(  sen  faut  de  I  eaucoup,  et  mes 
observations  en  fourniront  bientôt  des  preuves,  que  des  recherches 
ufrérieures  ne  puissent  procurer  encore  de  nouveaux  supplémens,  A 
mesure  quon  lira  et  qu'on  publiera  nos  vieux  manuscrits,  les  lexi- 
cographes trouveront  de  quoi  enrichir  la  nomenclature  connue  au- 
;uurd*buj. 

Le  Dictionnaire  de  Boret,  un  grand  nombre  de  vocabulaires  parti- 
culiers imprimés  avec  plusieurs  ouvrages  de  notre  ancienne  littérature, 
dont  les  éditeurs  expliquaient  les  mots  les  plus  diflficiles,  le  Dictionnaire 
du  vieux  langage  français,  et  (e  Supplément,  publiés  par  Lacombe, 
étoient  trop  insuffisans  pour  Tintelligence  de  nos  anciens  auteurs. 
Barbazan  avoit  coinposé  un  glossaire  en  quatre  volumes  în-fblio  /mais  cet 
ouvrage ,  dont  le  manuscrit  se  trouve  aujourd'hui  à  la  bibliothèque  de 
Monsieur  kTArsenal,  quoique  annoncé  au  public,  ne  fut  pas  imprimé» 
A'L  de  Sainte-Pal.nye  avoit  entrepris  un  glossaire  de  notre  ancienne 
langue,  et  ce  grand  travail  fut  la  principale  occupation  de  sa  vie.  On 
trouve  dans  le  Journal  des  Savans  de  décembre  1791  ,  pag*  72j-7}2> 
une  lettre  de  M.  de  Bréquigny  adressée  à  AL  Mercier,  abbé  de  Saint- 
Léger,  pour  lui  faire  connoître  Tesprît  qui  avoit  dirigé  M.  de  Sainte- 
Palaye.  Il  paroft  que  son  vaste  et  précieux  ouvrage  avoit  d  abord  été 
exécuté  sur  un  }jlan  quî  fut  abandonné,  d'après  les  représentations  et 
les  conseils  de  AL  de  Hréquigny  lui -même,  et  qu'on  adopta  un  plan 
dont  rexécutjon  dtfvint  plus  difficile  en  raison  de  la  plus  grande  utilité 
qu*on  s>n  promettoit.  Il  a  été  seulement  publié  de  ce  nouveau  travail 
les  mois  de  la  lettre  A  jusqu'à  A  S  ;  ils  forment  un  volume  in-fùlh,  qui  est 
très  recherché ,  et  qu'on  trouve  rarement  dans  le  commerce,  la  plus 
grande  partit?  des  exemplaires  de  ce  vofumt:  ayant  été  vendue  à  la  rame 
comme  ouvrage  incomplet.  Les  tnatéri*iux  préparés  par  M.  de  Sainte- 
Palaye  pour  son  glossaire  entier  ont  passé  h  la  Bibliothèque  du  Roi;  ils 
sont  rangés  par  ordre  alphabétique,  et  forment  plus  de  soixante  vo- 
lumes in-Jo/fù, 

Al.  de  Roquefort  n*a  pas  adopté  le  plan  de  M,  de  Sainte-Palaye,  dom 
fexécutioji  Feùt  fuené  trop  loin  j  maïs,  en  préférant  une  forme  de  travail 
plus  im|4e,  il  a  donné  un  ouvrage  presque  aussi  utile  qu'auroit  pu  I  être 
Celui  de  \L  de  Saiï  le-Fa'ayc  :  il  a  famiiiari.^é  les  lecteurs  français  avec  les 
m^^ts  de  lu  langue  ancienne  ;  et  il  éloit  important  de  connoître  d'abord 


AVRIL    1820.  197 

Les  moPs,  avant  de  rechercher  leurs  nuances,  leurs  différentes  acceptions^ 
ieufa  variations  succe.s>ives  ,  que  M.  de  Sainte  Palaye  se  prnposoit  d*ex- 
pliqtier.  Ce  qui  est  étonnant  dans  le  plan  de  M.  de  Sainte- Palaye,  et 
dans  la  longue  exécution  qu*il  aeutf ,  c'est  que  oi  lui  ni  ses  coopératturs 
n  aient  reconnu  ni  même  prtrsumé  qu*i(  existoit  dans  Tandenne  langue 
française  un  système  grainmatical  très* régulier*  J*ai  déjà  essayé  dans  ce 
journal  d'en  fournir  des  preuves;  et  je  saisirai  les  occa;>ions  cjui  se  présen- 
teront d'en  domier  de  jiouvelles ,  en  attendant  que  je  puhUe  la  grammaire 
de  l'ancien  idiome  français  roman,  ou  de  la  langue  des  trouvères. 

M.  de  Sainte- Palaye,  et  !es  personnes  qui,  après  lui,  ont  travaillé  sur 
cette  langue,  ont  sans  doute  cédé  au  préjugé  qui  supposoit  qu  elle  n'avoit 
aucune  règle»  aucune  syntaxe;  et  alors  on  ne  s'est  plus  occupé  que 
des  mots. 

Ce  préjugé  date  de  loin.  Marot  s'étoit  expliqué  sur  la  langue  de  ses 
prédécesseurs  avec  une  assurance  qui  faisoit  croire,  d*après  Tautorité  de 
ce  poète,  qu'il  n'existoit  jadis  aucune  forme  grammaticale  fixe,  aucun 
principe  fondamental.  L'abbé  Fleury  diioit ,  en  parlant  de  fancienne 
langue  :  «Toutefois  je  ne  vois  point  qu'on  y  ait  ap|>liqué  Téuide  de  la 
»  grammaire  :  if  semble  que  Ion  craignoit  de  la  profaner-  .  •  .  Je  n'y 
n  trouve  point  de  distinction  du  pluriel  et  du  singulier,  ni  de  construction 
>»  uniforme,  en  un  mot  aucune  régularité.  »  f  Cinquième  Discours  sur 
tHisioïre  eccfésiûstiquc.  ) 

Des  personnes  qui  s'occupolent  spécialement  de  Tétude  de  nos 
anciens  manuîicrits  ,  partageoient  ce  préjugé  »  bien  que  Tobservaiion  et 
la  comparaison  de  ces  prétendues  irrégularités  eussent  pu  les  conduire 
à  un  résultat  absolument  différent* 

Je  me  l>ornerai  à  rapporter  ici  ce  que  ies  savans  auteurs  de  la 
collectîuji  des  Historiens  de  France  rapportent  au  lomeV,  p.  2  19,  à 
Foccasion  des  manuscrits  des  chroniques  de  Saint-Denis*  Voici  comme  on 
sVxprime  :  «  L'orthographe  du  manuscrit  du  Roi  et  de  celui  de  Sainte- 
>î  Geneviève  est  particulière  ;  les  substantifs ,  les  adjectifs ,  les  participes 
y*  passifs,  ont  au  singulier  une  S  ou  un  z  à  la  fin,  et  ils  n'en  ont  pas  au 
î»  pluritl.  Par  exemple,  Li  PRIKCEJ  EST  VENUJ  ET  A  ESTÉ  SACREZ 
>3  ROlJ,  pour  U  prince  est  venu  et  a  été  sacré  rets  Ll  EVESQUE  ET  Ll  PLUS 

»  NOBLE   BARON   SE  SONT  ASSEMBLE.  pOUr  /fS  iVCîque^  il  Ici plliS  ItoMfS 

n  b  iron^  se  sont  assemblés.  Cependant ,  lorsqu'on  emploie  les  articles  LE  , 
»  LE';,  DES,  AUX,  on  suit  notre  orthographe  d'à  présent. 

^>  Le  manuscrit  deSaint-Gerinain-des-Prés  et  le  premier  de  M,  Tabbé 
»  Je  Roihelin^quî  sont  plus  récens  que  les  deux  dont  je  viens  de  parler, 
»  ue    sont  pas   uniformes  i>our   Turthographe j    on    y  emploie  tantôt 


19»  JOURNAL  DES  SAVANS, 

«  rancienne,  tantôt  la  nouvelle.  Le  second  manuscrit  de  M.  Tabbé  de 
w  Rothe(in  est  encore  plus  récent  ;  on  y  suit  notre  orthographe  d'au- 
«jourd'huî;  on  n'y  aperçoit  pfus  Tarticfe  Lt  :  fai  même  remarqué  que  le 
«  copiste,  en  suivant  I  exemplaire  quH  avort  sous  les  yeux  ,  avoit  écrit  Li 
*5  PRINCE,  mais  qu  il  avoit  tiré  une  ligne  sur  ces  deux  mots  pour  mettre 
«  tout  de   suite  les  princts.  >> 

On  voit  combien  nos  érudîts  ont  été  embarrassés»  parce  qu'ils 
îgnoroientla  règle  grammaïicale  qui,  par  la  présence  ou  Tabsence  de 
Ts  final,  indique  quand  (es  substantifs  ou  les  mots  employés  substantive- 
ment sont  sujets  ou  régimes ,  et  quand  ils  sont  au  singulier  ou  au  pluriel. 
Si  Je  n'avoîs  eu  qu*li  donner  mon  opinion  sur  le  Suppléjnent  que  public 
M.  de  Roquefort»  il  m*auroit  suffi  d'annoncer  qu'il  est  digne  du  premier 
travail  ;  et  l'on  n  exigeroit  pas  sans  doute  que  j'en  donnasse  la  preuve  en 
citant  des  articles  de  glossaire ,  parce  que  ces  articles  ne  peuvent  être 
appréciés  qu'en  les  comparant  avec  d'autres  articles  analogues  ;  ce  qui 
exigeroit  des  développemens  trop  con5Îdéral>tes  :  mais  je  croirai  prouver 
plus  évidemment  combien  j'estime  le  travail  de  M,  de  Roquefort  et 
combien  je  m'intéresse  à  son  succès,  si  je  rassemble  quelques  obser- 
vations qui  ne  seront  peut-être  pas  inutiles  à  ramélioration  dont  le 
travail  d'un  glossaire»  et  sur* tout  d'un  glossaire  pareil,  est  toujours 
susceptible. 

J*indiquerai  quelques  mots  qui  doivent  y  entrer  :  non  que  je  les 
cherche  dans  les  auteurs  que  M*  de  Roquefort  n'a  pas  cités;  au  contraire 
je  prendrai  ordinairement  mes  autorités  dans  les  citations  mêmes  qui 
donnent  un  prix  particulier  au  Supplément  publié  aujourd'hui,  et  je 
présenterai  d'autres  observations  qui  peuvent  également  concourir  à  la 
perfection  de  l'ouvrage  entier. 

Au  mot  ESTiERE,  gouvernail  du  bâtiment,  on  trouve  fa  citation 
suivante: 

Puisqu'il  l\>t  lancîé  en  la  mer, 

Al  estierc  vait  guvemer, 

Tant  guveme  la  nef  e  tint, 

Le  BASNE  prist,  a  terre  \int.  ( Marte  de  Frana.) 
Ce  mot  BASNE    n*est  expliqué  ni  dans   le    Glossaire,  ni  dans   le 
StTppfémeni. 

Au  mot  NAISCEMENT  ,  on  lit  : 

Tfnons  donc  pour  vrai  fondement 

De  Jhestt  Crtsi  ïe  naiscertient, 

Le  baptême,  la  passion. 

Le  dcscens,  le  suscitement* 


I 


AVRIL    1820.  199 

Ce  mot  susciTEMENT,  qui  sîgniBe  RÉSURRECTION,  mériioit  une 
►  place  dans  le  Supplément  »  puisqu'il  ne  se  trouve  pas  dans  fe  Gfossaire, 

Les  matériaux  qui  peuvent  servir  h  augmenter  et  à  perfectiomier  fe 
Glossaire  de  M.  de  Roquefort,  sont  si  abondans,  que  j*eji  imuveroîs 
beaucoup  dans  les  nombreuses  citations  qui  enrichissent  son  travail.  Je 
vais  citer  quelques-uns  des  mots  que  je  regrette  le  plus  de  ne  trouver  ni 
daiis  le  Glossaire ,  ni  dans  le  Supplément, 

Allée  signifioit  anciennement  ur>e  galerie  en  bois  par  laquelle  on 
passoit  pour  aller  à  un  lieu  voisin.  Voici  un  passage  des  Gestes  de  Louis 
fe  Débonnaire  qui  le  prouve  :  «  Li  empereres  isside  Teglise  pour  aler 
>î  ou  palàs  p.ir  unes  ALEES  de  fust  ou  il  li  convenoit  passer.  Si  estoieiit 
»  viez  et  porries  de  fumor  de  Fiaue  qui  sus  chaoit.  Quant  lî  empereres 
»  fust  desus  et  grant  torbe  de  ses  princes  et  de  sa.gent,  ces  ALÉES  fon- 
»  dirent  tout  à  un  fais ,  ♦ .  ovec  lui  chairent  k  terre  plus  de  XX  que 
»  contes  ,  que  barons*  »  f  Recueil  dis  Hist.  de  France,  t,  VI,  p.  141*) 

Au  mot  Almaire  du  Supplément  de  M.  de  Roquefort,  on  lit  : 

<c  Ou  dixsepiieme  feuillet ,  seconde  page  de  ung  registre  estans  es 
^  almaires  des  ALLEES  ou  galleries  au  devant  de  Phuis  du  comptoir  du 
«  procureur  de  la  ville,  <Scc,  j> 

Et  il   n'y  a  pas   d*expIicatioa  du  mot   ALLÉE  dans  laccçption  de 

GALERIE. 

Dans  son  premier  travail,  M<  de  Roquefort  avoit  eu  soin  d'avertir  aux 
mots  me ,  te,  se ,  qu  ils  étoient  quelquefois  employés  pour  ma,  ta  ,  sa  ;  et 
Von  en  trouve  beaucoup  d'exemples  dans  le  Supplément,  parce  que  la 
iinale  A  des  mots  de  la  langue  des  troubadours  étoit  presque  toujours 
rendue  par  un  E  muet  dans  1  ancien  français. 

A  cette  observation,  très-nécessaire  pour  Finteiligence  de  cet  idiome  , 
il  faut  en  joindre  une  autre  du  mêjne  genre ,  pour  laquelle  le  Supplément 
de  M,  de  Roquefort  fournit  plusieurs  autorités;  c*est  que  l'article  LA,  fé- 
tiiinin  actuel,  est  souvent  rendu  dans  1  ancien  français  par  LE ,  ainsi  qu  on 
peut  s'en  convaincre  aux  mots: 

Bercel;  de  le  vî/Ie.  .  •  ; pnr  le  ville.  CahorSIN  ;  ûs  cmsîumts  de  le 
ville,  .  .  ;  cûm  borgois  de  le  ville ...  ;  le  nmtS,  Pierre.  Espéré  ;  ^  h  potence. 
Esta  MENT  ;  rfrie  besogne  de  paix.  FossElT;  sereîr  le  josseit  de  le  ville..,  ; 
il  nient  de  le  rivière.  Kalendier  \  qunés  le  lune  prime  ^  .  •  ;  sainler  de  le 
yaine  dau  pous ,  ,  .  ,  H  est  vigi/le  fe  nuit  S,  Andrien  et  le  nuit  de  NoeL 

Le  que  relatif  me  fournira  Foccasion  d'une  autre  remarque  gram- 
matrcale;  et  ce  sera  dans  les  citations  contenues  dans  le  Supplément  du 
Glossaire,  que  je  prendrai  mes  autorités. 

Notre  langue  actuelle  n'admet  Fempl<^i  du  que  relatif  que  comme 


100 


JOURNAL  DES  SAVANS, 

régime^  qtiand  il  se  rapporte  à  un  substantif  antérieur;  mais  fanden 
français  Temployoît  comme  sujet.  Cette  forme  de  h  langue  des  trou- 
badours s  est  conservée  dans  fespagnol  et  dans  fïtalien  ;  elle  est,  à  mon 
avis ,  l'un  des  caractères  auxquels  on  peut  reconnoître  ia  plus  grande 
ancienneté  du  style  des  vieux  auteurs  français  :  ils  disent  concurremment 
QUI  et  QUE.  En  voici  des  exemples  que  me  fournit  le  travail  même  de 
M,  de  Roquefort. 

V.»  Cosiier:  Gérard  QUE  assez  loin  des  gens  estoit»  &c. 

V.'  Engrutemeni  :  Une  gent  sunt,  devez  savcr, 

Ke  sans  vin  ne  purrunt  manger; 
E  autre  gent  su  ni  sanz  dotance 

Ke  de  vin  beivre  uni  grevance,  ( Emetgnttmnt  d'Arhtou*) 
V/  PeiUfe  :  Et  les  deux  petits  reinz  od  le   peticle  QUE  est  sur 
eux  &c,  {  Traduction  de  la  Bible,  te  Lêvïtique,) 

V."  Censir  :  «  La  fumée  de  1  encens  QUE  munte  »  signefie  la  corn* 
I»  punctiun  des  queors  que  surt  des  oreisuns.^»  (Apocalypse  historié.) 
Cet  emploi  du  relatif  que  mérite  une  place  dans  le  Glossaire. 
Dans  son  Glossaire,  au  mot  NE,  M,  de  Roquefort  avoit  dit  qo'i[  avoit 
été  employé  quelquefois  dans  le  sens  d*ET  :  mais  il  n'avoil  cité  aucune 
autorité  ;  et  il  faut  convenir  que  les  exemples  de  cette  acception  ne  sont 
pas  très-communs  dans  les  auteurs  français,  tandis  qu'ils  le  sont  dans  les 
ouvrages  écrits  dans  la  langue  des  troubadours.  Comme,  dans  le 
Supplément,  M.  de  Roquefort  cite  souvent  des  exemples  pris  dans  le 
roman  de  la  Rose  et  dans  les  anciens  Fabliaux  et  Contes  publiés  par 
M,  Méon,  je  crois  convenable  de  faire  connoître  celte  acception  de 
NE,  qui  se  trouve  dans  les  pièces  de  cette  collection  et  dans  ce  romani 
ainsi  que  dans  d'autres  ouvrages  : 

Des  que  Diex  fist  Adan  NE  Eve, 

Ne  fu  afcres  si  deffVz.  {  FabL  et  Com.  tom,  IV,  p.  137.) 
Pristrenl  lor  famés  et  for  enfanzetque  il  en  porent  traire  del  feu  NE 
escamper.  [Viltekardouln^  p.  82,) 

Or  t'ai  dit  commetit  N*  en  quel  guise 
Aïïiant  doit  faire  mon  scrvise,  (  Roman  de  la  Ro$i,  v<  2J89*  ) 
Dites  moi  où  ne  en  quel  pays 
Est  Flora,  la  belle  Romaine.  (  Villon,  p.  23,) 
Comme  M.  de  Roquefort   cherche  à  rendre  son  ouvrage  toujours 
plus  digne  du  succès  qu'il  a  obtenu  ,  je  lui  soumettrai  un  moyen  de 
raméliorer qu'il  me  paroît   n'avoir  pas  employé  jusqu'à  présent;  c'est 
<f  indiquer  par  des  exemples  les  acceptions  que  les  mots  actuels  avoîent 


AVRIL  i8ao. 


201 


jadis  etqu*îl5  n'ont  pas  conservées  :  ainsi  (e  verbe  mourir  étoit  employé 
açiivenient,  du  moini  daii^  Ie>  temp>  composés,  comme  on  le  voit  par 
les  citations  que  je  vais  rapporrer  : 

Jesque  il  ONT  mort  luz  les  niadles  dcl  p^ys.  (Ane,  tr^nL  des  Livrer 

d€5  Rois,  ) 
Lonc  respîct  m'oNT  Mcar.  {Le  RqI  de  Navarn,  ch.  aj.) 
Car  Lîcurgus  de  si  court  le  pressa» 
Que  de  sa  darde  a  travers  Itf  pt^rça, 

El  TayANT  mort,  il  prit  SCS  belles  armes.  (SalET,  Trad,  de  l^IUade.\ 
Hercules  assîst  lesmeïes  de  sa  conque^re  es  fius  de  Toceanne  mer, 
€t  il  FUT  MORT  par  une  femme  d'une  chemise   empoisonnée*  (  Alain 
Ch%rtier.  I 

Lerrpfoi  du  verbe  MOURIR  dans  ce  sens  actif  se  trouve  dans  la  fangue 
des  troubadours t  et  dans  fiialien  et  le  portugais, 

Le  verbe pariir  au  contraire  ne  s'empfoyoit  pas  absoîument  comme 
âuiourd'hui  ;  pour  exprimer  Faction  de  quitter  une  personne ,  un  lieu ,  on 
disoit  SE  FARriR  DE,  cest-à-dire,  se  séparer  de. 

Theseui,,.  SE  partit  pour  aller  coml>attre  le  taureau  de  Mara- 
thon, (  Amyot  t  Trad.  dt  Plutarque.  ) 

Le  Ruî  Me  vartit  dudit  pays  et  vint  \  Limoges,  (Œuvres  d^'ALAlN 
CnKwnl'l^. p,  i^t*) 

M.  de  Roquefort  est  en  état  Rajouter  à  son  ouvrage  de  pareils  perfec- 
lionnemens ,  qui  le  rendroîent  encore  plus  utile. 

M  de  Roquefort^  au  mot  kalenurier  »  a  inséré  une  sorte  d*almanacti 
du  XI II  *  siècle,  qui,  entre  autres  choses  remarqnablts,  fournît  la  preuve 
que  très  andennement  fa  langue  des  trouvères,  pour  exprimer  les  [«♦urs 
de  la  semaine,  plaçoit  fe  mot  DI  de  rf/es ,  au  devant  des  mots  LUN^ 
MAR  »  &c,  La  nomenclature  des  jours  d<-  la  semaine  se  trouve  soit  à  ce 
mot  de  iCALENDRiER  et  au  moi  de  SEPMaine,  soit  aux  mors  mémeÀ  de 

DI1.UN  ou  DELUN,  DIMAR  OU  DEMARs,  DIMECRE  OU  DEMECRES, 
DJJOU»  DIVEISRË  OU  DEVENRES  ,  DISAPT,du  Glossiire  et  du  Supplé- 
ment :  la  langue  des  troubadours  disoit  dttun,  d'vnar^  de;  et  cette 
forme  est  encore  en  usage  dans  la  l^rugue  provenç^^le. 

M*  de  Roquefort  n*a  point  borné  son  travail  à  la  sitnple  explicarion 
des  mots;  quelquefois  il  a  donné  des  détails  curieux  stir  les  choses. 
Plusieurs  mofs  offrent  de  courtes  et  inîéressnntes  dis^'errrïtions,  qui 
prouvent  combien  l'auteur  est  versé  dans  la  cojTnois^ante  des  opinions, 
des  usages  et  des  mœurs  du  moyen  âge  J'indîqutrai  plus  paiticufîere- 
ment  les  mots  AGUriAN,  ARGOT,  BESAr^T,  CBAPEL,  FIERTE, 
KALENDRIER,    PSALTERIO^',  SIWG»  &C 

ce 


aoA  JOURNAL  DES  SAVANS» 

Deux  dissertairons ,  Tune  sur  F  origine  des  Frûnfais,  l'autre  sur  h  génie 
di  /a  /anguifntnf aise,  que  lédhçm  a  placées  à  la  tète  du  Supplément , 
mérheroieni  un  examen  particulier  ;  mais  elles  ne  sont  pas  de  M,  de 
Roquefort,  et  je  crois  devoir  me  borner  à  son  propre  travail  :  par  lYru- 
ditton  qu'il  renferme  et  rutrlité  dont  il  peut  ê(re,  ce  trav.iîl  me  paroît 
digne  d'éire  recommandé  à  toutes  les  personnes  qui  désirent  prendre 
connoissance  non -seulement  de  noire  ancienne  langue,  mais  encore  de 
notre  ancienne  littérature;  Je  Dictionnaire  de  M*  de  Roquefort  et  le 
Supplément  qu'il  donne  aujourd'hui ,  en  présentent  des  morceaux 
remarquables.  Je  ne  doute  pas  que  la  publication  prochaine  des  Fables 
de  Alarie  de  France,  par  M.  de  Roquefort,  n obtienne  laccuei!  que 
méritent  le  zèle  et  les  connoissances  de  Tauteur  qui  fait  ce  présent  à 
notre  littérature. 

RAYNOUARD. 


Mémoires  /iistûr/ques  et  géogbaphiuvessub  l  Arménie, 
suivis  du  texte  arménien  de  f Histoire  des  Princes  Orpeli tws , 
par  Etienne  Orpélîan  ,  archevêque  de  Simwie ,  et  de  celui  des 
Géographies  attribuées  à  Maïse  de  Kho  ren  et  au  dodeurV^xi^n^ 
avec  plusieurs  autres  pièces  relatives  a  f histoire  d'Arméni  ; 
le  tout  accompagné  d'une  traduction  française  et  de  notes  ex- 
plicatives ;  par  M*  J.  Saint'Martin  :  tome  IL  Paris,  de 
l'imprimerie  royale,  1 8  1 5? ,   518  pages  in-^/  (t ). 

En  rendant  compte,  dans  ce  Journal,  du  premier  volume  des  Mé- 
moires historiques  et  géographiques  sur  TArménie  (i\  nous  avons  fait 
connoître  le  plan  adopîé  par  M.  Saint-Martin  dans  la  disposition  de  ce 
lecueil.  Par  suite  de  ce  plan,  le  travail  général  relatif  à  la  géogra()We 
et  à  I  histoire  de  fAnnénie  a  trouvé  place  dans  le  premier  volume- 
Celui  que  nous  annonçons  aujourdhui,  a  été  consacra  plus  spéciale- 
ment h  l'Histoire  de  1%  famille  des  Orpélians,  écrite  en  arménien,  vers 
la  fin  du  Xm/  siècle,  par  Etienne,  archevêque  de  Siounie,  qui  appar- 
lenoîi  kii-rnème  k  cette  iamille;  mais  ce  n'est  pas  le  seul  morceau  que 


(1)  Cet  ouvrage  se  tranve  à  Paris,  chez  MM.  Tilliard  frères,  libraires  de 
S*  M.  ic  Uoi  de  Prusse,  nie  HaïUefcuîile,  n*  21. 

(2)  Vcyei  le  Journal  dç$  Sav^ns^  181!*^  p,  487  497* 


1 


AVRIL   1810- 

renfirrine  ce  second  volume,  et  nous  croyons  devoir,  en  commençanli* 
f^rc  connoitre  les  diverses  piéce;^  dont  if  se  compose* 

On  trouve  d\ibord  deux  dissertatîotîs  de  M-Saint-Martin:  la  première^ 
S4ir  la  vie   et  les  écrits  d*fitiennt»  OrpéJiau;  la  seconde,  sur  rorigino 
de  la  fanitUc  des  Orpélians  et  de  plusieurs  autres   colonies  cMnoi&e&^ 
éfalilies. en  Annéaie  et  en  Géorgie.  Aces  dissertations  succède  l'His- 
toire des  Orpélians  en  arménien,  avec  la  traduction  française  en  regard, 
puis  les  notes  relatives  à  chacun  des  neuf  chapitres  dont  se  compose 
«tte  Histoire  :  f  Histoire  des. Orpélians  ♦  avec  les  notes  et  les  deux  dîs- 
sertntîons  préliminaires,  occupe  trois  cents  pages.  Après  cela  se  trouve 
tm  mémoire  de  fauteur  sur  I  époque  à  laquelle  a  été  composée  la  G^o^ 
graphie  attribuée  à  Moï^e  de  Khoren;  vient-ensuîie  celte  Géographie^ 
dont  (e  texte  est  accompagné,  comme  celui  de  THistoire  des  Orpélians, 
d*une  traduction   française  en   regard,   et  suivie  de   notes.  M*  Saittt* 
Martin  reproduit  après  cela  deux  pièces  assez   peu  importantes,  qui 
avoient  éré  publiées  k  h  suite  du  texte  arménien  de  la  Géographie  attrH 
buée  à  Moïse  de  Khoren,  dans  ('édition  de  Marseille   i6îîj;  mais  i( 
ne  les  dontie  quen  français,    La  première  est  intitulée,  Itinhtiirc  ik 
Tovln^  capitale  th  l'Arménie ,  jurqu* à  plusUurs  autres  vUleî  du,  mime  payé 
et  de  qmlques  autres  régions  ;  la  seconde  est  nne  Notice  sur  ht  quatre 
fleuves  dif  Para  Ht  et  sur  quarante- d^ux  autres  fleuves  grands  et  célebren 
La  Géographie  du  docteur  Va  tan»  déjà  publiée  en  arménien  à  Cons» 
tantînople,  en    J728,  vient  ensuite;  et  M.  Saint-Martin  y  a  joint  une 
traduction  française  et  des  notes.  Le  reste  du  volume  est  rempli,  i,*  par 
une  ordonnance  de  Mihr-Ner»èh»  gouverneur  de  l'Arménie   pour  lé 
rot  de  Perse»  adressée  aux  grands  de  l'Arménie,  en  français  seulemetu; 
2/  par  une  lettre  des  princes  de  rArttiénie  orientale  au  Pape,  datée 
du   tç  avril   1699,  aussi  en  français  seul«»ment,  avec  un.  petit  nombre 
de  notes  :  on  trouve  enfin  quelqu**?;  additions  et  corrections;  une  table 
alphabétique  des  noms  géograf^hiques  contenus  dan?^  les  deux  volumes 
de  ces  Mémoires,  et  une  taiile  des  niémoîres  cjue  renferme  le  second 
volume. 

La  famille  des  Orpélians,  si  Ton  en  croit  les  hfstorieris  arméniens 
et  géorgiens,  étoit  originaire  de  la  Chine*  ou,  comme  ils  s'expri^nent, 
du  royaume  de  Dfrnasdan  j^^wâMêâm^hê  ^  et  alliée  à  une  famille  im* 
pérîale  de  cette  contrée  située  il  l'extrémité  orientale  de  I  Asie.  Chassés 
de  leur  patrie  par  urie  révolution  politique,  ces  fuginft  en  cherchèrent 
une  nouvelle;  et,  après  s'être  portés  vers  1  occident,  ils  entrèrent  dans 
la  Géorgie  par  le  défilé  du  Caucase,  nommé  Porte  de  Dari^t,  Ifs  étoient 
•n.grand  nombre,  braves  et  intrépides,  et  conduits  par  un  dief  entre» 

ce  a 


ao4  JOURNAL  DES  SAVANS, 

prenant,  cioué  d'une  force  et  d'une  habileté  extraordinaires.  A  certc 
époque ,  les  Géorgiens  géniissoieiu  sous  ia  tyrannie  des  rois  de  PersCr 
de  (a  dynastie  des  Cayaniens*  C'étoiti  à  ce  qu'il  paroit,  Caïcaous  qui 
occupoji  le  trune  de  Perse.  Les  émigrés  chinois  offrirent  aux  Géor- 
giens de  se  joindre  à  eux  contre  leurs  oppresseurs,  si  Ton  vouloir  leur 
accoider  dans  Ja  Géorgie  un  lieu  où  ils  pussent  se  fixer.  Leur  demande- 
fut  accueillie  avec  empressement.  «  On  leur  donna  pour  habitation  et 
»  peur  lieu  de  sûreté  le  fort  imprenable  dOrfcfh  (^r^l-P-i  qui  avoit 
>>  été  fondé  par  Kbartios  ;  ils  eurent  encore  beaucoup  de  cantons,  de 
«grands  bourgs  et  de  forteresses,  pour  en  jouir  héréditairement.  Ces 
»  étrangers  habiièrent  d'un  commuïi  accord  à  Orpeih;  et  c'est  du  noni 
39  de  cetre  forteresse  que,  par  la  suite  de$  temps»  ils  furent  appelés^ 
»  Orpoulk*h  Ç^ppnë^Êjp ^  c'est-à-dire,  en  arménic^n,  Orpitatsik'h  O*** 
»^it|3«ry^^,  parce  que  c'étoit  la  coutume  de  la  nation  géorgienne 
»  de  désigner  les  familles  nobles  par  un  nom  qui  étok  dérivé  de  celui 
»  du  lieu  où  elles  habitoient.  » 

Ce  seul  passage  donne  lieu  k  plus  d'une  question*  i  •''  Le  pays  de 
Djtnasdan  ou  Djinastan ,  «  situé,  comme  le  dit  Etienne  Orpélian,  vers 
a>rorient,  au-delà  du  pays  des  Khalandriens,  voisins  des  Khazars  ei 
»  des  Huns,  et  quis*étend  en  longueur  jusqu'au  mont  Imaiis  »,  est-il, 
comme  le  nom  semble  l'indiquer,  la  Chine  L  2.**  Etienne  Orpélîan,  qui 
écrivoit  à  h  fin  du  xiil/  siècle  de  fère  chréiienn^t  peut-il  être  une 
autorité  suflfisanie  pour  garantir  l'origine  qu  il  donne  à  sa  famille  î 
}/  Son  récit  ne  peut- il  pas  être  justement  mis  au  nombre  des  fables, 
lorsqu'on  fait  attention  que  de  ces  temps  si  reculés  et  fort  antérieurs  à 
la  conquête  de  la  Perse  par  Alexandre,  il  passe  immédiatement  au 
milieu  du  XI /  siècle  de  l'ère  chrétienne! 

Quaiil  à  fa  première  difiiculté,  relati\e  à  la  position  qu'Etienne  donne 
au  Djénasdan,  M.  Saint-Martin  a  cherché  à  rafloiblir>  en  supposant  que 
les  mots,  (t  fi/i  s'éttnd  en  lorjgutur  jud^u'ûu  wo^tt  Imaus ,  ne  se  trouvaient 
pas  dans  le  manuscrit  original ,  et  ©m  été  ajoutés  par  lediieur  de  iV  adras  ; 
mais  il  faut  convenir  que  ceci  est  avonté  sans  aucune  preuve.  En  adjiict*- 
lant  cependant  cetie  conjecture  et  écarlant  aiusi  une  îpès*grav-e  difliculté , 
il  peut  paroître  encore  douteux  que  leDjénasdan  soit  b  Chine,  puisque, 
suivant  Eiitnne  Orpéliun,  le  Djtnasdan  est  situé  à  l'orient  au-delà  des 
IChalandriens,  nation  voi^ine  des  Khazars  et  des  Huns,  et  qui,  suivant 
un  écrivain  arménien  ciié  par  M.  Saint  Martin  lui-même,  devoit  habite» 
vers  les  bords  du  Vciga.  C'est  piincipalement  pour  répondre  à  ces 
diifiiuhts ,  tt  pour  faite  voir  que  rien  ne  s'oj  pose  à  ce  qu*on  admette  la 
lQdi:ion  arménienne  rtUtive  à  lorigine  chinoise  des  Orpéliaui,  que 


J 


A V prît  igiof.        ^HP       ^*^^ 

Siîht-Martm  à  composé  sa  dissertation  sur  forigirre  fle  Fa  ïâmîlfe  des 
tOrpélrans  ei  de  plusieurs  autres  colonies  chinoises  éublies  en  Ajménie 
let  en  Géorgie*  Comme  cette  dtssertarinn  est,  entre  les  difftrens  morceaux 
Tque  renferme  ce  volume,  celui  qui  peut  parorlre  d'un  intérêt  plus  général 
jet  fixer  ratienlîon  du  plus  grand  nombre  des  lecteurs ,  nous  nous  y 
Irrêterons  de  préférence. 

«  La  famille  des  Orpélians  »  dit  M.  Saînt^Martin  en  commençant  cette 
-«dissertation,  tiroit  son  origfne  d'un  vaste  pays  shué  à  Textrémiié 
»  orîenrale  de  FAsie,  qui  est  nommé  par  tes  Arméniens  ^^IhiÉgMMfMêwtMt^ 
»  Djértasdun ,  et  qui  est  certarnemment  le  même  que  Ta  Chine.  Le  notrt 
»  de  Tchm  ^j^  ou  gw;^^  (  lisez  ^^Uw^^  )  Tciîntstan  chez  Fes  Persans , 

»  celui  de  ^j^  Sîn  chez  les  Arabes  et  de  y)Kfni»j  Tslnesian  chez  les 

»  Syriens,  aussi  bien  que  celui  de  D/énûsJûn  chezl  es  ArniénieiTs,  ont 
»  toujours  désigné  un  pays  grand,  puissant  et  civifisé,  qui,  du  côté 
3ô  do  nord,  éioit  au-delà  des  déserts  et  des  peuples  barbares  quî 
»  avoisrnent  la  Pt^rse  et  i*Inde,et  qui,  du  côté  du  midi,  éloit  au-delà 
3*  des  mers  les  plus  reculées  de  Tlnde.  »  M-  Saint-Manin  >  ptjur  mieux 
faire  sentir  encore  l'identité  des  noms  dmirrés  par  diverses  nations  de 
l'Asie  à  la  Chine,  auroit  peut-être  dû  rappeler  ,  en  faveur  des  lecteurs 
qui  ne  connoissent  pas  les  langues  de  rOrieni,  que  les  syllabes  ïjfart 
sont  une  terminaison  propre  à  la  langue  persane ,  qui  indique  le  pays 
occupé  par  une  nation,  ou  le  lieu  où  une  chose  se  trouve  réunie  erf 
abondance.  C*est  ainsi  qu'on  dit  Turkestan ,  Aîogoiistan ,  tiuuioustan, 
Franghhian ,  pour  fe  pays  des  Turcs,  des  Mogols,  des  Hindous  ou 
Indiens,  des  Francs  ou  chrétiens  Européens.  M,  Saint-Manin  conîfjîue 
ain>i  :  «  Nous  avons  dans  Maioudy  ,  excellent  auteur  arabe  qui  écrJvoîr 
»  au  commencement  du  x/  siècle,  le  récit  de  plusieurs  voyages  etiirepris 
»  dans  rintétieur  de  la  Chine,  par  la  route  de  terre  et  par  celle  de  mer; 
»  on  y  trouve  aussi  le  détail  des  guerres  civiles  qui  accompagnèrent  la: 
»  fin  de  la  dynastie  des  Thang,  Les  guerres  entreprisses  dans  l'intérieur 
»  de  la  Tartarie  par  cette  puissante  dynastie  avoieni  donné  aux  Arabes 
»  les  moyens  de  bien  connoître  les  Chinois,  dont  l'empire  étoit  alors 
^  limitrophe  de  celui  des  khalifes.  Tous  les  princes  turcs  deîaTransoxane 
»  étoient  feudataires  des  monarques  chinois.  Les  historiens  de  ce  peuple 
a»  nous  attestent  que  les  piinces  persans  qui,  après  fa  destruction  de  iai 
>>  dynastie  des  Sassanides,  se  maintinrent  contre  les  Arabes,  dans  les 
5»  montagnes  du  Oilein  ,  du  Gilan  et  duTabarisLan»  au  sud  de  la  mer 
»  Caspienne,  et  qui  résidoiem  à  Sari,  envoyèrent  de  fréquentes  ambas- 
»  sades   en  Chine.   Les   historiens    arabes,  persans  ei    chinois  i  nous. 


Ao6  JOURNAL  DES  SAVANS, 

3»  apprennent  également  que  le  dernier  des  ChQ.vo0s,  lezdedjerd  IH  ^ 
9»  réduiià  rextrémité  par  les  armes  des  Musulmans ,  tourna  ses  regards 
«vers  la  Chine,  pour  en  obtenir  des  secours  qui  pu^^ent  fe  rétablir  sur 
»  !e  trône  de  sç^  pères  (j)*  Après  qu*il   eut  siiccunibé  a  MéroM»  dans, 
»Ie  Khorasaxi,  son  tîlsi»  J'irouz»  chercha  un  asile  h  I;i.  cour  des  Tbang. 
»  Après  sa  mort,  plusieurs  chef^  persans,  cantonnes  dans  le  Sedjestan, 
i^.d^ns  le  Ganchestun  ^  dans  le  Zabélistan,  dans  le  Niiurouz  de  Kahouf , 
!•  dans  le  Tokharestan,  et  dans  diverses  autres  contrées  du  voîi>magc^i 
»  y  restprcm  indépendans  des  Arabes;  et»  connue  ceuic  du  Dîleju,  ik 
ï>  entretinrent  des  relations  poliiiqutîs  avec  les  Chinois.  La  duiuinatrpn 
3»  de  ce«  derniers  étoit  si  bien  établie  dans  la  Transox,ane  et  les  régions 
»  timjtiophes«  que  les  Arabes  leur  donnoient  (  l'auteur  veut  dire  ^/on- 
y*  natffff  a  ces  cùntréts)   le  nom  de  J'/w.-,  *  *  :  les  Arméniens  firent  de 
as  même;  ils  donnèrent  le  nom  de  TV^^Jï  D}c»k'h  [ou  Chinois]  aux 
»  Turks  d^  la  Transoxane.  w  Après  quelques  faith  que  )  omets  à  dessein, 
M.  Saint-Martin  ajoute:  ««Les  Arméniens  donnèrent  aussi  le  nom  d© 
I»  Chinois  aux  Kha?5ars  ei  aux  peuples  qui  habitoient  au  nord  du  Cau- 
i^ca^e»  dans  ies  vastes  steppes  qui  s  étendent  fu&quau  Volga,  .  .  Ces 
^  nations  étoient  sans  doute  soumises  à  la  doiinnation  ou  au  moins  à 
»(a  suprtroaiie  chinoise,  et  cetoit  de  là  que  leur  venoit  le  nom  de 
]•  Chinais,  qui  n^auroit  pu  kur  convenir  sous  aucun  autre  rapport.  Lei? 
^>  Arméniens  savoieiiti  aussi  bien  que  les  Aral  es»  que  lempire  de  ce^ 
3o  Chinois^  qui  s'étendoit  dans  leur  voisinage,  se  prolongeoit  d'un  autro 
»j  coté  |M^i|*â  'a  mer  orientale  «  et  que  sa  métropole  étoit  fort  loin  à 
»  lextrémiré  de  l'Asie.»  M,  Saint- N'ariin  justifie  ce  qu'il  a  avancé  sur 
la  grande  extension  donnée  par  les  Araljes  et  les  Arméniens  \i  Tt  mpire 
de  la  Chine  vers  le   x.^  siècle  «  p:ir  des  passages  de  Masoudi,  dXbn- 
Haukal,  et  de  la  GéogMphîe  arménienne,   mal  à-propos  attribuée  h 
MoiVe  de  Khoren,  et  dont  l'auteur   lui   paroîi   cûntem[>orain   de  ces 
deux  écrivains  musulmans. 

On  nt;  saurait  donc  rais^^nnabiement  douter  que,  dans  le  ni/  et  le 
IV/  siècle  de  fhégire,  il  n  y  eût  une  miilriiudc;  de  points  de  contact  entre 
Tempire  chinois,  cesi-à  dire,  les  pays  occidentaux  qui  reconnoii^soieni 
plus  ou  moins  immédiatement  la  suprématie  du  souverain  de  la  Chine, 
elles  pays  musubiians  voisins  de  rOxuset  limitrophes  de  la  mer  Cas- 
piennei  etque  spus  les  noms  de  Sin,  TcAin»  Tchinisian  et  Djénasdan^ 


(i)  M.  Sainr-M^rtin  cite  dam  une  note,  à  l'occasion  de  la  fuite  de  lezdedjerd, 
tm  passage  d'Aboulfarage  ,  où  il  s'est  glissé  utte  faute  typographique  iréf- 
|rive:  pn  y  lit  «^m  au  lieu  de  iJM* 


AVUÏL    1810.  ao7 

on  î)e  désignât  tout  ce  qui  étoit  compris  soiis  la  doinînaiion  chinoise, 
Mïijsïl  y  ^  encore  bien  loin  de  îk  à  Têpoque  attribuée  à  l'émigration,  de 
In  feinilîe  de  laquelle  les  Orpélians  tirent  leur  origine.  Cette  iradiîion 
acquerroJt  toutefois  plus  de  vraisemblance,  si  Thisioire  nous  apprcnoit 
que  de  semblables  émigrations  de  faniiHes  chinoises  dans  les  pays  *itués 
à  l'ouest  de  TOxus  et  même  de  la  mer  Caspienne,  ont  eu  heu  k  d autres 
époques  moins  reculées  que  les  temps  qui  ont  précédé  Alexandre,  mais, 
îinîérieures  de  plusieurs  siècles  à  celui  oîi  vîvoîent  Masoudi  et  Ebn» 
Haukal  :  or  c'est  précisément  ce  qu'établit  ensuite  M.  Saint-Mariin. 

En  effet,  nous  apprenons  de  Moïse  de  Khoren   que  c'étoit  aussi  du 
Djénasdnn  que  lîroît  son  origine  la  famille  des  Mamigonéans  ou  Mami- 
goniens,  qui,  vers  le  milieu  du  JJI.*  siècle  de  l'ère  chrétienne, chassée  de^ 
sa  patrie  par  des   dissensions  domestiques,   èloil  venue  «chercher  m 
asile,  d'abord  dans  les  états  d'Ardeschir,  premier  roi  sassanide,  puis  dani^ 
TArménie,,  Moïse  de  Khoren  n'étoît   éloigné  que  de  deux   siècles  etij 
demi,  ou  de  iroîs  siècles  au  plus,  de  ces  événemens;  et  il  n'y  a  aucune^] 
raison  de  révoquer  en  doute  son  témoignage,   confirmé  d*ajneurs  par 
celui  de  plusieurs  autres  historiens.  Quelques  autres  faits  d'ujjc  moindrô. 
importance  ajoutent  encore  ^  ces  preuves  des  relations  qui  existoiem  ,^ 
vers  cette  même  époque,  entre  les  royaumes  de  Perje  et  d'Arménie  et 
fempiredela  Chine,  et  donnent  lieu  à  M.  Saint-Martin  de  conclure J 
qu'il  est  permis  de  présumer  que  des  relations  semblables  avoient  existé. [ 
long- temps  auparavant  entre  ces  diverses  contrées.   Ici  notre   au  leur  vl 
rassemble  divers  faits,  extraits  des  histoires  chinoises,  et  qui  tendent  àJ 
étnllir,  contre  ropinîon,  ou  plutôt  contre  le  préjugé  commun,  que  les^ 
Chinois,   moins  d'un  siècle  et  demi  après  J.  C. ,   connurent  Fempirc' 
rotnain,  nommé  par  eux  Tûthsln   ou  grande  Chine;  que  Feinpiredes 
Parihes  h\xt  étoit  aussi  parfaitement  connu  ;  que,  par  une  suite  nécessaire^  | 
de  ce  contact  entre  les  Chinais  d'un  côté  et  de  l'autre  des  nations  sou- 
mises i}  In  puissance  de>  Grecs  et  des  Romains,  ces  peuples  n'ont  pu  mar«^ 
quej  de  cornoître  aiïssî  les  Chinois;  enfin,  que  s'ils  ne  nous  ont  transmis 
à  cet  égard  que  des  notions  vagues,  c'est  que,  faute  de  connoissances 
positives  et  d'îtintraires  bien  laits,  ils  ne  pouvoitnt    convenablement 
coordonntr  Its  notions  qui  leur  étoient  parvenues.  «Je  suis  persuadé, 
>5  m:jfgré  cela,  rfjonte-t-îl,  que  ks  Sinût  des  géographes  anciens,  qui  ont 
M  doniié  Ireu  \i  tnnt  de   discussions  parmi  les  modernes,   ne  sont   pas 
>î  autns  que  les  Chinois  eux-mêmes,  i>  Ici  M,  Saiiu-Martin  ne  néglige 
rien  [  our  concilier  ce  résultat  important  de  ses  recherches  avec  Topinioa 
du  restaurateur  de  la  géographie  systématique  des  Grecs,  qui  a  placé  les 
Siim  des  anciens,  et  ceux  de  Ptolémceen  particulier,  dans  la  presqu'île 


io8  JOURNAL  DES  SAVANS, 

orîenlale  de  f*Ijide.  Sam  entrer  dans  la  discussion  de  ce  point  de  géo- 
graphie, nous  croyons  pouvoir  affirmer  que  les  lumières  qui  chaque  jour 
ie  répandent,  grâce  aux  travaux  d'un  petit  nombre  de  savans ,  sur 
fhisioire  et  les  aniiquîtés  de  la  Chine,  nous  présentent  cet  empire,  et 
res  rapjx>rts  avec  Toccident  et  le  nord  dl  FAsie,  sous  un  puînt  de  vue 
bîen  différent  de  celui  sous  fequel  on  envîsageoit  ces  mêmes  objets  il 
y  a  un  demi  siètfej  et  ces  ré>u}tat5î  historiques  valent  bien  sans  doute 
(es  hypothèses  ingénieuses  et  séduisantes,  51  l'on  veut,  mais  arbiîraijes  et 
ha^^ardées,  que  t.int  d'écrivains  superficiels  ont  répétées  aveuglément 
après  I*hiîitorien  deTnstronomîe. 

M.  Saint-Marrin  d^^duit,  er  des  discussions  précédentes,  et  de  quelques 
autres  auîoriîés  dont  il  les  fortifie,  que  fes  Sinœ  des  anciens  doivent, 
comme  1:  s  peuples  de  Sh  ou  de  Tthir;  des  Orientaux»  s'étendre  de  la 
mer  orientale  à  la  mer  Caspienne.  Il  en  déduit  encore  cette  autre  con- 
séquence, que.  depuis  le  commencement  de  Tère  chrétienne  au  moins i; 
les  Chinois  ont  été  connue  des  anciens  sous  le  nom  de  Stn/^,  et  qu'ifs 
Tont  toujours  été  depuî<;  cette  époque,  sous  des  dénotninations  k  peu 
pré*  pareilles  et  évidemment  d'une  même  origine*  Nou»  croyons  louie-, 
fijîs  ne  pas  nous  éloigner  de  la  pensée  de  fauteur,  en  faisant  observer 
que  réfendue  de  la  doiiiination  chinoise  jusqu'à  l'Oxus,  et  même,  si  Ion 
ft-ut,  Ju^qu*au  nord-ouest  de  la  mer  Caspienne,  pour  certaines  époques 
reculées,  étant  adtnise,  les  noms  de  Sin,  Tchin,  Tikinhtan,  Djénasf/nn, 
ort  renfermé  beaucoup  de  nations  diverses ,  tout-à-fait  étrangères  aux 
Chinois  par  leur  ortgjne,  leurs  langues,  leurs  idées  religieuses,  leurs 
Ibrmes  de  gouvernement,  et  qu'un  peut  fort  bien  supposer  que  sous  ces 
nom>  il  faut  parfoiîi  entendre  des  nations  turques,  tariares,  niogoles,  &c. 
Ain^i,  parce  c|ue  les  hîaoriens  nous  diveni  que  les  Orpélians  et  les  Ma- 
niigoiiieiîs  venoient  du  Djéna^dan  ,  on  ne  |>cut  pa;»  en  concfure  que  ces 
fîimilles  fussent  réellement  d'origine  chinoise;  et  si  Ton  répond  que  les 
historiens  as  urent  qu'elles  appartenoient  à  la  fauiifle  impériale  de  la 
Chine,  au  /  jtnpagQur ,  il  est  permis  de  penser  ou  que  les  hi'^toriens  ont 
embelli  leurs  récits  de  ces  circonstances,  ou  que  ces  émigrés  eux-mêmes 
ont  cherché  à  relever  leur  origine,  et  en  ont  imposé  aux  habiinns  de 
leur  nouvelle  patrie.  Je  ne  sais  si  je  ni*al>use,  nais  les  noms  d'Arpog, 
Pegfi'i^kh  et  Alamhn,  qui  figurent  dans  Thisfoire  de  l'émigration  des 
Mamigonîeïis,  me  semblent  I  ien  éloignés  d'avoiri  s'il  est  permis  de 
prier  amsf,  une  physionomie  chinoise.  Ajoutons  que  Vakhiang,  dans 
son  Hîsîoîre  delà  Géorgie,  des  Orpélians  et  de  leurs  compagnons  d'émi- 
gration, ne  les  nomme  jamais  que  I ouramanî  ;  ce  qui  indique  seulement 
qu'ils  venoient  d'un  pays  situé  au-delà  de  TOrus. 


V 


ÀVRTL  1810.  ^^H       ^^9 

Quoi  qu*iren  soît  de  cette  observation  ,  revenons  aux  Orpélians,  et 
voyons  comment  M.  Saint-Martin^  après  avoir  établi  feur  origine 
chinoise,  s*efforce  de  prouver  que  rien  ne  s'oppose  ï  ce  qu*on  admette 
aussi  f  époque  reculée  de  leur  établissement  dans  la  Géorgie,  époque  qu'il 
se  contente  pourtant  de  désigner  d'une  manière  vague  comme  antérieure 
à  Alexandre,  quoique,  suivant  les  historiens  arméniens  et  géorgiens, 
elle  remonte  au  règne  de  Caïkhosrou,  ou  à  celui  de  Caïcaous,  cest*k- 
dire,  à  six  ou  sept  règjies  avant  f  expédition  du  conquérant  macédonien. 
L'olîjecïion  que  se  fait  lui-même  notre  auteur,  est  assez  grave  pour  que 
nous  transcrivions  ici  ses  propres  expressions,  «  La  seule  raison  valable 
5»  qui  puisse,  dit-il,  empêcher  de  croire  que  rétahfissement  des  Orpé- 
»  lians  en  Géorgie  soit  antérieure  la  conquête  d'Alexandre,  c'est  que 
3>  fenom  de  Càine  n  existoit  point  à  cette  époque*  Nous  atlons  examiner 
»  si  etfe  est  fondée:  car,  quelque  opinion  que  nous  adoptions  sur  fanti- 
>9  quité  des  Orpélians  ,  il  faut  qu'ils  soient  venus  de  ta  Chine  dans  un 
1»  temps  où  elle  portoit  ce  nom^  ou  un  à  peu  près  setnblable;  car,  ainsi 
»  que  les  Mamîgonîens,  ils  ont  toujours  été  appelés  Chinois  dans  leur 
»>  nouvelle  patrie,  et  on  les  nomme  encore  ainsi  dans  ta  Géorgie  (i).  » 
C'est  de  (a  dynastie  des  Thsin^  qui  a  occupé  le  trône  impérial  depuis 
fan  249  jusqu'à  Tan  206  avant  J,  C*,  que  la  Chine  a  pris  ce  nom,  sous 
lequel  elle  a  continué  ,  même  après  rextinction  de  cette  fatnîlle,  à  être 
connue  chez  les  peuples  barbares.  Avec  quefque  rapidité  que  Ton  suppose 
qu#  cette  d^ts^jiuîâiauurAi  ac  >uii  repondite  parn^i  les  nations  ovwlfciei liâtes/ 
on  ne  peut  guère  admettre  qu^efle  y  ait  tté  d'un  usage  commun  amé- 
rieurement  à  fan  2  jo  avant  J.  C,  M.  Saint-Martin  prouve,  ou  du  moins 
établit  avec  beaucoup  de  vraisemblance  »  que  la  Chine  étoit  effective- 
ment  connue  des  étrangers  sous  ce  notn  plus  de  deux  cents  ans  avant 
J,  C.  ;  tnais  comme  cela  ne  suffit  pas  pour  fustifier  ia  haute  antiquité 
attribuée  à  leniigratton  des  Orpélinns,  il  pense  écarter  Tolijection  en 
faisant  observer  que,  «  quand  les  princes  de  la  famille  de  Thsin  montèrent 
»>  sur  le  trône  impériaf,  ils  po^^sédoient  déjà  un  royaume  puissant,  qui 
i>  s^étoit  formé  parla  destruction  successive  de  plusieurs  autres  états.  *  , 
»  Comme  elle  possédoit  toutes  les  provinces  occidentales  de  la  Chine, 


(i)  «Ce  nom  (te  i^om  d^Orpéiliins),  dit  ailleurs  M*  Sarnî-Martin^  n'a  pas 
«fait  oublier  ceux  qni  rappellem  leur  origine  ;  on  [es  nomme  encore,  selon  la 
î*  différence  des  Ungoes  ,  en  géorgien,  Djénévmd ,  et  en  arménien,  Djênasti ^ 
«c'est-à-dire,  Chinois.  On  les  appelle  encore  actuellement,  dans  lepaysj  Ojtn^ 
npakounûni;  ce  qui  signifie,  desandans  du  pakour  de  D}tn,  On  a  déjà  vu  que 
»le  titre  d^  pakour  ëtoit  celui  que  prenoknt  les  souverains  du  Djénasdart.  n 

Pag-  îî  «  î4- 


;iJo  JOURNAL  DES  SAVANS, 

?ï  son  nom  psrticulier,  qui  étoît  déjà  célèbre,  avoit  pu  se  rfpindre  dès 
?>  long-temps  chez  les  nations  scythiques,  avec  fesqutiles  eile  devaU 
»  nécessairement  avoir  des  rapports-  »  J'avoue  que  cette  solution  nem^ 
satisfait  guère  ;  dans  mon  ignorance  de  la  littéraiure  chinoise  et  de 
Ceffe  des  nations  qui  avoisinent  la  Chine ,  je  suis  bien  lente  de  penser 
<jue  (empire  chinois  a  été  appelé  par  les  nations  occideniaies  du  nom 
de  Thsin,  parce  que  ces  nations  n^n  ont  acquis  une  connoiwance  un 
peu  distîjicte  que  lorsque  le  trône  étoît  occupé  par  la  dynastie  des  Thsin, 
c'est-à-dire*  un  peu  plus  de  deux  siècles  avant  J.  C,,  et  qui!  faut 
beaucoup  rabattre  de  la  haute  antiquité  attribuée  à  Témigration  des 
Orpélians  et  à  leur  établissement  à  Fouest  de  la  mer  Caspienne  (i). 
Quand  on  connoîl  labsence  totale  de  critique  des  écrivains  orientaux 
tnfait  d'histoire  ancienne,  on  est  bien  disposé  à  ne  pas  leur  faire  grâcÉ 
dVn  anachronisme  de  deux  siècles  dans  Thi^toire  de  ces  temps  reculés, 
II  est  possible  que  de  nouvelles  découvertes  dans  le  champ  de  la  litté- 
rature chinoise  et  tartare  me  convainquent  sous  peu  d'avoir  traité  un  peu 
trop  légèrement  les  titres  de  noblesse  des  Orpélians  :  û  cela  arrive, 
^applaudirai  moi-même  à  ma  défaite* 

Je  m  arrêterai  quelques  instans  sur  une  pièce  curieuse  contenue  dans 
ce  second  volume.  Je  veux  parler  de  I  ordonnance  de  Mihr  Ners^, 
gouverneur  de  TArménie  pour  le  roi  de  Perse  lerdédjerd  H.  Mihr 
Nersèh  avoir  reçu  du  roi  (ordre  de  contraindre  les  Arméniens  et  d'autres 
nstkrrt»  ^rvofiTcs  ^^Dandonner  m  %oi  direttenatr  crirtîTrtJT«»3CT  ta  religion 
de  Zoroastre  ;  après  avoir  lenié  d'ébranler  les  prîiK:es  et  les  seigneurs 
les  plus  puissans  par  les  promesses  et  les  menaces,  il  eut  recoori  à  la 
violence  et  aux  supplices  ;  en  même  temps  il  adressa  aux  princes  et  aux 
évéques  une  exposition  de  la  doctrine  de  Zoroastre.  M.  Saint- Martin 
avoit  promis  (  iom.  I ,  p.  ^ij)  de  donner  dam  le  second  volume  ie 
lexîe  et  la  traduction  de  cette  pièce  »  qui  nous  a  été  conservée  par 
un  écrivain  contemporain  :  on  ne  trouve  cependant  ici  que  la  traduction 
de  cette  ordonnance;  mais  le  traducteur  avertit  que  ^W  n'en  a  point 
donné  le  texte,  cest  qu'il  se  propose  de  le  publier  dans  peu,  avec  la 
réponse  des  évèques  et  des  princes  de  f  Arménie.  Quoique  cette  pièce 
soit  fort  courte,  elle  se  divise  natureilemeni  en  deux  parties:  la  première 
est  un  exposé  très^sticcinct  de  la  doctrUie  de  Zoroasijre  ;  \%  seconde ,  une 
^     •  -  •.  —  '  ■"-■  ~^ 

(ij  11  est  bon  de  se  rappeler  t\nt^  depuis  Haïk  yusqu  a  la  fondation  de  la 

fïuisfance  des  Arsacidtf ,  c  cst-i-dirc,  penîaût  un  întervalLc  de  du*hiin  siècles, 
es  Arménien»  ignorent,  a  pru  de  chottc  près,  rbistoire  de  kurpays;  ils  rgnoreqft 
sur-tout  le»  cvcncitttii^  qui  001  tu  lieu  depuif  ia  mort  d'Alexandre  |«*qu*ai* 
régne  d'Arsa ce.  ;  ^   *  '     »  ♦^-1 


J 


Ajl^  ^^^  m.  i 


AVRIL  i92ô.  '    ■■        ^fi 

téfutatfen  tfel  dogmes  principaut  du  chrisuanisme,  Ott  pfuiAt  imt 
invectrve  contre  la  docirrue  des  chrétiens.  Cette  seconde  pAfiie  n'offrb 
presque  aucun  intérêt  î  mais  on  regrette  que  îa  première  ne  p**éseniè 
pas  de  pf us  grands  détails.  Une  chose  digne  de  remarque,  tVit  cpi^JI 
n'y  est  nullement  question  du  culte  du  feu  et  des  élémens.  Voici  ce 
qu  elle  contient  de  plus  remarquable  :  ce  Lorsque  les  cieux  et  la  terre 
»  n'existoîent  point  encore,  le  grand  dieu  Zervan  fatsoit  une  prrèi*e 
>*  depuis  mille  ans,  et  disoît  :  Peut-être  qu'il  me  naîtra  un  fils  appelé 
>»  Ormiji ,^\  fera  les  cieux  et  la  (erre.  Il  conçut  alors  deux  énfans  dans 
»  son  ventre >  l'un  pour  faire  la  prière  (  les  lischts] ,  et  Tautre  pour  dire 
»* /jfi/r-f/rr  (  cVst-à-dire ,  pour  donner  des  doutes  sur  la  divinité,  et  pro- 
>»  pager  firréligton  et  Fîncrédulité  ).  Quand  il  connut  qu'ils  étoieni  tous 
^  deux  dans  son  ventre  »  il  dit  :  Celui  qui  viendra  le  plutôt ,  je  lui  donnerai 
3>  1  empire.  Celui  qui  avoit  été  conçu  dans  rincrédulité,  lui  fendit  le 
»  ventre,  et  sortit  dehors.  Zervan  lui  dit  :  Qui  es- lu  ï  Ton  fils  Ormizt , 
»  répondit-if.  Mon  fils  est  éclatant  de  lutniére  et  répand  une  douce 
55  odeur,  lui  répliqua  Zervan,  tandis  que  tu  es  ténébreux  et  ami  du 
»  mal  :  et  comme  celui-ci  pleura  très-ainèreinent,  son  père  lui  donna 
»  l'empire  pour  mille  ans,  et  le  nomma  Arehmen.  II  engendra  ensuite 
>'  un  autre  fils,  qu'il  nomma  Ormizt ,  et  il  ôta  Fempire  à  Arehmen ,  et  le 
»  donna  à  celui-ci,  en  lui  disant  :  Aujourd'hui  je  l'adresse  ma  prière, 
»  adresse-inoi  aussi  la  tienne,  Ormizt  créa  alors  le  ciei  et  la  terre;  mais 

31  Arehinert  I  «19  c^nlralic,  viéa  le    uidl.   L*<^3    crw^otaj-oc  ALr«»nt     partagées 

»  de  fa  même  façon  :  les  anges  viennent  JOrmizt ,  et  les  dews  ^ 
»  d'Arebmen  :  tous  les  biens  qui  viennent  des  creux  et  d'ici-bas  pro- 
»  cèdent  également  d'Ormizt,  et  tous  les  maux  qui  se  répandent  là  et 
yi  ici,  sont  de  même  d* Arehmen.  »  Il  est  difficile  de  décider  jusqu'à  quel 
}>oint  cet  exposé  de  la  doctrine  fondamentale  du  magisme  est  d'accord 
avec  ïes  idées  de  Zoroastre  sur  le  premier  être»  fauteur  des  deux 
principes,  Zervan,  ou  le  temps  sans  bornes;  mais  toutefois  c*est  un 
document  précieux  pour  f histoire  de  f ancienne  religion  des  Perses, 

Pout  rendre  toute  justice  au  travail  de  M,  Saint*Martin,  ce  seront 
sur-tout,  après  la  dissertation  dont  nous  avons  donné  l'analyse,  ses 
notes  sur  rHfstoire  des  Orpélians  quil  faudroit  fîiire  connoître;  mais  'à 
peine  pourrons-nous  indiquer  quelque  portion  des  notnbreu ses  recherches 
historiques  qu'elles  contiennent.  Dans  celles  du  chapitre  Ils  on  trouve 
recuefllre  une  multitude  de  renseignemens  curieux  sur  les  efforts  que 
firent  en  commun  les  Grecs >  les  Géorgiens  et  les  Arméniens,  dans  le 
onzième  siècle,  pour  opposer  quelque  résistance  aux  progrès  des  Turcs 
Seldjoûkides,  Libarid,  nomtné  par  les  Grecs  Lipariûs ,  prince  Orpé- 

Dd   % 


rS*"^^      JOURNAL  DES  SAVANS, 

jan,  fo»îc  un  grand  rôle  dans  cette  guerre:  tomljé    au   pouvoir  des 

b^nfidefesy  après  avoir  fait  des  prodiges  de  valeur,  il  obtint  la  liberté  par 

Jes  seins  de  Tenipereur  Constantin  Monomaque.  Si  ion  en  croit  Ebn- 

lalatbir,  Tempercur  ne  se  contenta  pas  d'envoyer  de  grands  présens  au 

If^ullan  Thogril-beg,  qui  a.oit  rendu  Libarid  sans  rançon ,    mais  encore 

il  fit  construire  à  Conslaniinople  une  mosquée  dans  bqueUe   on  fit  la 

-prière  publique  au  nom  de  Thogril-beg.  Grégoire  Bar-Ht-brxusdit  aussi 

que  Constantin  répara  la  grande  mosquée  que  les  Musulmans  avoient 

à  ConstantinopJe,  lorna  de  lampes,  y  établit  des  desservans  musulmans 

.,et  leur  assigna  des  traîtemens.  Ce  fait  est  assurément  bien  difficile  à 

croire î  et,  au  lieu  d'accuser  les  historiens  grecs  de  Tavoir  passé  sous 

silence ,  il  me  paroît  Ijeaucoup  plus  naturel  de  penser  qu*i(  a  été  con trouvé 

par  les   écrivains  musulmans,  et  que  Grégoire  Aboulfarage  a  adopté 

♦  trop  légèrement  leur  récit»  Il  y  a  dans  te  passage  d'Ebn*afathir   une 

,  phrase  qui  devra  paroître  très-singulière  aux  lecteurs  qui  nen  jugeront 

que  par  la  traduction*  Après  avoir  rapporté  les  siiccès  de  larmée  musul- 

^inane  contre  les  Grecs  et  leurs  alliés,  fauteur  arabe  dit  :  /Lk*Jt  yt  J^ 

ejy  4_yî  j.-*^  i%m^'i  jLjjlajJi  tX^  Jf  ^^L  iX£  ^)l\  û^>^  ^Jxi  oi^  i  c'esi-à- 

dire:<cOn  raconte qu on  employa  dix  mille  chariots  à  porter  le  butin, 

«  parmi  lequel  il  se  trouva  dix-neurmille  cuirasses,  "  et  non  pas,  comme 

fa  dit,  par  une  singulière  inattention,  M,  Saint-Marfin»  «  .  , ,  butin, 

^  dont  fa  longueur  ocçupoit  en  totalité  un   espace  de  dix-neuf  mille 

J3  coudées:  >^  sans  doute  il  a  confondu  c^3  avec  c.1^3,  La  destruction  de 

la  famille  des  Orpélians  racontée  dans  le  chapitre  IV,  le  règne  de  (a 
reine  de  Géorgie ,  Thamar,  et  le  rétablissement  des  Orpélians  en  la 
personne  d'Eligou m  et  de  Sfsenfans,  événemens  qui  occupent  le  chap.  V, 
offrent  des  scènes  d*un  grand  intérêt ,  et  ont  donné  lieu  à  un  assez  grand 
nombre  de  discussions  historiques  et  chronologiques.  Mais  c'est  sur-tout 
à  commencer  du  chapitre  VI  que  Thisioire  des  Orpélians  acquiert  plus 
d'intérêt,  parce  qu'elle  se  lie  k  celle  des  Mongols*  C'est  aussi  dans  les 
notes  de  ce  chapitre  et  des  chapitres  suivans,  que  les  recherches  de 
M,  Saini-Marrin  offrent  plus  de  variété,  de  renseignemens  nouveaux, 
de  problèmes  historiques,  de  conjectures  heureuses,  enfin  un  plus 
grand  usage  de  tous  les  trésors  de  la  littérature  orientale.  Ses  observations 
sur  les  diverses  tribus  turques,  tartares  ou  mongoles,  sur  les  causes  qui 
ont  fait  prévaloir  le  nom  des  Tartares  et  celui  des  Mongols  sur  ceux 
des  tribus  qui  avoient  avec  eux  une  origine  commune,  >urla  siiuation 
de  la  ville  de  KaraLoroum  »  sur  le  christianisme  prérendu  des  khans 
descendus  de  Djinghiz-khan ,  et  une  multitude  d'autres  répandues  dans 


AVRIL  ï8iO, 


21 


ices  notes,  ne  peuvent  que  confirmer  Tidée  que  nous  avons  donnée,  enj 
rendant  compte  du  premier  volume,  des  connoissances  aussi  étendues 
que  solides  de  M.  Saînt-Mariîn,  de  son  infatigable  patience  dans  Tétude^ 
des  monumens  historiques  de  l'Orient,  et  de  sa  critique  sage  ei  impar- 
tiale.  L'historien  des  Mongols,  Raschid-eddin  ,  lui  a  fourni  plusieurs 
passages  imporians  ;  et  Ton  ne  sauroit  trop  désirer  que  quelqu'un  de 
nos  savans  orientalistes  se  charge  d'exploiter  cette  mine  de  connoissances , 
si  féconde  pour  les  temps  de  la  puissance  inongole.  La  liitérature  orien- 
tale a  droit  d'attendre  ce  service  de  M,  Et.  Quatremère,  qui  s  est  partî- 
culièremeni  occupé  de  cet  écrivain* 

Puisque  j'ai  parlé  de  Raschid*eddin ,  je  profiterai  de  cette  occasioa  I 
pour  corriger  im  passage  de  cet  historien,  ciré  peu  exactement  par 
M.  Saint-Martin.  Ce  passage,  relatif  à  la  situation  de  Karakoroum,  se 
trouve  p,  278  du  volume  dont  je  rends  comptêt  M,  Saint-Martin  le 
traduit  ainsi  :  «  Okiay-Lian  ordonna  de  bâtir  sur  les  bords  du  fleuve 
»  Orkùun  une  ville  fort  grande  qu'on  nomma  Kûrakoroum.  On  établit 
»  ensuite  entre  cette  ville  et  la  Chine  une  route  de  poste  difl^érente  de 
»  toutes  les  autres  ^  et  qui  fut  appelée  lam  nar'tn.  Il  y  avoit  une  poste 
i>  à  toutes  les  cinq  fursangs ;  et  Ton  montoit  ainsi  pendant  irente-sept 
»  postes   (ce  qui  tàisoit   cent  quatre-vingt-cinq    farsangs),  »  Le  texte 

publié  par  M,  Saînt-Martin  porte  :  j^^  jU  >4^  tjt  b"  jLi  «^i^X)  jIj 
t>àj>j  ^  ^L_i  iAj^ji  ^^^  J-»  j^j  t^^j*s^  *L»  ij^j^j  t>-ijt^  pL  (jL-LijI 
tMt  ^:i*L_j .  Les  derniers  jnots  signifient ,  «  et  à  raison  d'un  îani  [  ou 
«  relais]  par  dnqfarsûïïgj,  cela  fait  au  total  trente-sept  relais.  >»  L'erreur 
vient  de  cequ*il  aa  pas  bien  saisi  le  sens  du  mot  j^t>j.  Ce  qui  précède 
se  lit  ainsi  dans  le  manuscrit  :  ^U  ^L  ^jLjj  jùjI^  ^U  ^^LL  j\  j^j^  ^Lj 
(jJ3>^  ,  et  doit  être  lu  ainsi»  en  rétablisjîant  les  points  diacritiques  qui 
sont  omis  dans  le  manuscrit ,  J^  (jbL  jt  j^  ^^Lj  ;  et  je  croîs  que  le 
sens  est  :  «  On  établit  des  relais  (  de  chevaux  ),  en  outre  des  courriers 
*>  (ou  messagers  à  pied)  de  la  poste,  et  on  appela  cela  narln  iam,  «  Je 
pense  que  (^IjIj  [  et  non  ^UC  )  est  le  pluriel  de  ^^\J^ ,  mot  turc  qui 
signifie  puion.  Je  ne  garantis  point  ma  traduction,  mais  j  ai  cru  nécessaire 
de  rétablir  scrupuleusement  le  texte.  Je  joins  encore  ici  un  petit  nombre 
d'observations  et  de  corrections. 

Le  mot  veiûs  ou  ùesics  *  BÉnrf,  nom  de  dignité  (p.  iQz) ,  me  paroît 
devoir  être  rapproché  de  B/stt|,  qui,  selon  Hésychius,  signifie  roi  chei 
hs  Perses  f  Rei.  Dissert  mlîcel/.  tom,  U^p*  i47)^ 

Au  lieu  de  ^jiff  (p.  2jj}t  il  faut  lire  t^î>i. 


*î4  JOURNAL  DES  SAVANS, 

Dans  un  passage  de  la  Géographie  d*Abou*Ifeda ,  cité  p- 1^7 ,  au  lieu 
de  l^  Jf  il  faut  lire  l^i-Jui  jT;  ce  qui  exige  aussi  une  légère  correcûoa 
dans  la  traduction* 

Le  mot  baskkagh  ët^tâtuluu*^  (  p.  2S1  )  est  mongol ,  ou,  suivant 
Casteli  ,  appartient  à  ia  langue  du  Kharii^me  :  il  s'écrit  en  persan  jU-.ij  1 
^LiULi,  et  inéme  qUImIj.  Mirkhond  emploie  ce  mot,  notamment  dans 
I  Histoire  des  Ismaéliens  de  Perse;  H  veut  diregûuventfurf  comman/ianL 

Le  mot  dariJjenigtftâfirfrWpitfrtf  (p,  ^jj)  est  le  ^^^«m*  ^b  ou  ,^5Via.  j\^  , 
des  Arabes  et  des  Persans,  c'est- à-dire,  la  cartff/e.  Les  mots  hoschdpovûg 
^njÊmpnêââ^  ^  povidjenîg  pn^ftlipiitrif  et  gasiman  i^ivtâfrJf/u^  me 
paroissent  être  les  mots  persans  ^j^y^j^  -sjy^  tiy?  ^^  o^J^*  ^^  deux 
premiers,  qui  signifient  jubstance  de  bonne  odeur  et  §dtur  de  la  Chine, 
désignent  sûrement  des  substances  aromatiques;  mais  j'ignore  i  quelle 
substance,  soit  animale,  soit  végétale  ou  minérale,  ils  s'appliquent:  le 
troisième  veut  dire  le  eastoreum. 

Je  termine  ici  I  extrait  de  I  ouvrage  de  M.  Saint-Martin  :  des  travaux 
de  la  nature  de  ceux-là  n'ont  pas  besoin  de  recoin mandation  auprès  des 
hommes  capables  de  les  apprécier;  pour  les  autres,  ils  envelopperoient 
dans  le  même  jugement  et  1  ouvrage  et  le  compte  plus  détaillé  qu'on 
âuroit  pu  en  rendre. 

SILVESTRE  DE  SACY- 


Le  Monde  maîutîME ,  ou  Tableau  géographique  et  hisiori^ui 
de  t Archipel  d* Orient ,  Je  la  Polynésie  et  de  l'Australie;  con- 
tenant la  description  de  toutes  les  îles  du  grand  Océan  et  du 
continent  de  la  Nouvelle-Hollande;  f histoire  des  peuples  qui 
les  habitent,  l'exposition  de  leurs  croyances,  de  leurs  gouverne- 
hietts,  de  leur  agriculture,  de  leurs  arts,  de  leur  industrie,  de 
leur  commerce;  la  peinture  de  leurs  caractères,  de  leurs  usages, 
de  leurs  mœurs ,  de  leurs  costumes  ;  avec  des  vocabulaires  com- 
parés de  leurs  differens  dialectes;  par  C,  A.  Walckenaer, 
membre  de  l'Institut  (académie  des  inscriptions  et  belles-lettres): 
deux  volumes  i/i-(S*/^  ornes  de  gravures;  chez  Nepvea, 

PREMIEtt    EXTRAIT. 

Depuis  que  l'ancienne  division  du  monde  habitable  en  quatre  pirties 


AVRIL  1820.  •  %%i 

a  été  jugée,  pif  W  géographes ,  insuffisante  et  peu  coniincKÎe ,  on  ^ 
iiïiaginé ,  pour  la  remplacer  »  diverses  dénoininatioas,  dont  aucune , 
|iisqu*à  présent ,  neparoît  avoir  reçu  rassentinient  général*  En  les  pro- 
posant ,  les  auteurs  ont  été  mus  par  des  considérations  diverses*  Les  unS| 
cherchant  à  venger  Christophe  Colomb  d*une  injustice  que  Tusage  a 
comme  consacrée,  ont  voulu  donner  à  l'Amérique  septentrionale  le  noia 
de  Colombie^  en  restreignant  celui  C! Amérique  à  la  partie  méridionale 
de  ce  continent;  les  autres  ont  tenté  de  faire  admettre,  pour  les  terres 
australes  et  tes  îles  de  l'océan  Pacifique,  les  noms  de  Notash  ,  de 
Polynésie,  ai  Océanique,  et  même  ceux  iS Australie  et  d'Ausiralasie,  qui 
sont  évidemment  impropres,  si  Ton  veut  les  appliquer  aux  archipels 
situés  au  nord  de  Féquateur. 

M.  Walckenaer,  en  adopiant,  dans  sa  Cosmologie,  le  nom  df  Mon40 
maritime  pour  désigner  collectivement  toutes  les  terres  qui  n'appar- 
tiennent ni  à  i  ancien  ni  au  nouveau  monde ,  n'a  pas  cédé  au  désir 
dmtroduire  une  dénomination  nouvelle,  désir  puéril  et  rarernent  cou- 
ronné de  succès.  Frappé,  comme  favoient  été  les  plus  célèbres  géo^ 
graphes  du  xvi/  siècle ,  Mercator ,  Ortelius, Guillaume  Pastel,  et,  après 
eux,  Voisin  de  la  Popelinière  et  le  président  de  Brosses,  des  avantage* 
que  semble  oflrîr  pour  la  géographie  une  distribution  de  toutes  \^%  terres 
du  gfobe  en  trois  mmdts ,  M»  Walckenaer  a  fait  valoir,  ei^  faveur da 
cette  distribution,  des  motifs  que  Tétai  des  sciences  neût  pas  permis  à 
ces  anciens  aiuteurs  sculemeni  de  aoupçonnor.  En  effet  •  comme  il 
arrive  dans  toute  bonne  méthode,  ce  qui  n'étoit  d abord  qu'une  ctassî* 
ficaiion  imaginée  pour  meiiie  de  Tordre  dans  les  objets  à  étudier, 
devient  en  méjne  temps  un  moyen  d'en  apercevoir  les  caractère» 
essentiels;  et  une  division  qui  semble  exclusivement  du  ressort  des 
géographes» peut  offrir  de  l'avantage  au  naiuralLste  et  au  philosophe, 
parce  qu'elle  est.  véritablement  philosophique  et  conforme  à  ta  nature. 

Des  nations  et  des  nionumens  dont  forigine  se  pefd  dafis  la  nuit  d^t^ 
temps;  de  grands  espaces  restés  déserts ,  uniquement  parce  qu'ils  se 
refusent  à  la  culture  ;  des  contrées  fertiles  et  habitées  par  d^s  peuptes 
puissans  et  civilisés  ;  les  steppes  nvétne  couvertes  par  les  tentes  nombreuses 
des  tribus  de  pasteurs;  de  graods  animauxt  l'éléphant ,  le  cheval  *  lane^ 
techameau  ,1e  bcBuf,  apprivoisés  et  rendus  utiles  i  l'homme  depuis  un 
temps  immémorial:  tels  sont  les  ^aits  qui  frappent  au  premier  coupr 
d'qeil dans  laiacien  monde  et  qu  on  ne  retiouve plus da^s  les  deux  autrev 
Le  nouveau  monde  U'offre  que  des  fajinlles  peu  nombreuses  d^  s^uvagW 
ciwsseurs,  errant  dans  répaisseur  des  forêts,  ou  k  travers  d  immenses^ 
et  verdoj^antes  prairies^  des  villes  ci  des  villages eonsirnit^ depuis  un  petrt 


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"ÏÏW  JOURNAL  DES  SAVANS, 

nombre  de  siècles  par  des  colonies  civilisées,  transplantées  d'un  autre 
hémisphère  ;  par-tout  ailleurs ,  des  bois  presque  aussi  anciens  que  le  sol 
qui  les  nourrît,  et  le  génie  de  Thomme  aux  prises  avec  une  nature 
productive,  gigantesque  et  sauvage. 

Dans  le  monde  maritime  enfin,  fon  voit  de  grandes  îles  habitées 
depuis  long-temps  par  plusieurs  peuples  civifisés  ;  un  continent  désert, 
où  Ton  n'a  trouvé  que  quelques  hommes  épars ,  dans  I  état  du  plus 
complet  abrutissement;  de  petites  nations  resserrées,  au  milieu  du  vasre 
Océan,  dans  d'étroits  espaces  fertiles,  et  présentant  un  singulier  mélange 
des  mdeurs  douces  et  de  Tindustrie  de  la  vie  agricole  avec  Tindolence  et 
la  ftrocît^  des  sauvages  errans  ;  de  toutes  parts ,  des  bancs  de  corail,  des 
récifs  immenses,  des  îles  entières  qui  sont  l'ouvrage  des  zoophyies  et 
semblent  attester  une  formation  récente.  Des  différences  si  tranchées 
n*am.pu  manquer  d'être  aperçues  ;  mais  la  diî^tribufîon  de  M*  Walc- 
kenaer  parof t  seule  propre  à  les  faire  convenablement  appércier. 

Les  trois  parties  du  monde  maritime  ne  présentent  pas  entre  elîer" 
des  différences  moins  caractéristiques  que  les  autres  divisions  de  I*ancîen 
et  du  nouveau  monde.  La  plus  éloignée  des  trois  est,  comme  on  aoioit 
pu  rimaginer,  celle  qui  offre  les  contrastes  les  plus  marqués  t  c'est  dans 
la  Nouvelle- Hollande  ,  et  dans  les  grandes  terres  qui  font  face  à  ses 
côtes  orientales,  que  Thomme  semble  parvenu  au  dernier  degré  d'affoî* 
Wissement  physique  et  moral*  Là  se  trouvent  ces  animaux  remarquables 
par  de  $i  étranges  anomalies,  les  cygnes  noirs,  les  espèces  les  plus 
singulières  de  marsupiaux  et  de  monotrèmes ,  et  sur-tout  rornitho- 
rynque,  être  bizarre  et  qu'on  seroit  tenté  de  croire  hybride»  qui  lient 
à  la- fois  du  quadrupède, du  reptile,  de  Toiseau  et  du  poisson.  L'absence 
totale  de  grands  animaux  sauvages ,  et  les  arbres  k  pain  ,  forment,  sous  le 
rapport  de  f histoire  naturelle,  (es  traits  les  plus  saillans  des  archipels 
épars  surfimmense  surface  du  grand  Océan;  et  enfin  lanafogie  même, 
que  la  partie  du  monde  maritime  la  plus  rapprochée  de  I  ancien  continent , 
ou  farchipel  d'Orient,  laisse  voir  dans  ses  productions  comparées  à  cellei 
de  TAsie,  cette  analogie  confirme  ces  distinctions,  foin  de  fournir  la 
matière  d*une  objection  splide.  Cet  archipel,  qui  fait,  pour  ainsi  dire,  le 
passage  entre  les  deux  mondes,  offre  des  espèces  analogues  et  non 
semblables  à  celles  de  TAsie:  tels  sont  le  rhinocéros  et  Phîppopotame. 
Sumatra  produit  larbre  à  pain  de  la  Polynésie,  et,  par  un  dernier  trait 
qui  sembfe  fait  pour  confirnter  ks  ingénieuses  observations  de  M,  Wafc-^ 
kenaer, on  vient  de  découvrir  dans  cette  île  !e  tapir,  qu'on  avoit  crii 
Jusqu'à  présent  particulier  au  nouveau  monde.  A  la  vérité,  cet  animal  se 
trouve  aussi  dans  les  forêts  de  Malakka.  Al.  Vakkenaer  pense  qu'il 


.WRIL   1820. 


217 


pourrait  hien  y  avoir  été  transporté  de  Sujiiatra  :  tnais,  outre  que  le 
tapir  nommé  ii;iou  par  les  Maiais,  n'est  pas»  suivant  le  témoignage  de 
M.  Farquhar,  moins  conimua  dans  (a  péninsule  que  Téléphant  et  le 
rhinocéros»  les  Chinois,  qui  fe  connoissent  depuis  fong-tenips  et  qui 
le  décrivent  sous  le  nom  de  me  { 1  )  ,  disent  qu'on  en  trouvoit  autrefois 
dans  le  Yun-nan,  Je  crois  donc  qu'il  vaut  mier.K  s'en  tenir  à  une  autre 
observalion  de  M.  Waltkenaer;  c'est  que  si  Sumatra  se  rapproche  en 
bien  des  points  de  Tancien  monde,  la  presqu'île  de  iMabkka  participe 
aussi  de  la  nature  du  monde  maritime  dont  eile  est  voisine.  Ces  passages- 
successifs  et  Ces  dégradations  par  nuances  insensibles  sont  trop  communs 
en  histoire  namrellc ,  pour  que  1  on  doive  s  étonner  d'en  trouver  des 
exemples  en  géograj>hie, 

Oa  voit  maintenant  quelles  contrées  M,  Wafckenaer  a  entrepris  de 
décrire;  ce  sont  les  trois  parties  du  monde  maritime,  ou  Farchipel 
d'Orient,  la  Polynésie  et  l'Australie.  Cette  division  naturelle  sert  de  plan 
k  son  ouvrage,  dont  les  deux  premiers  volumes,  ceux  que  nous 
annonçons  en  ce  moment  »  sont  consacrés  à  la  description  des  îles  de 
farchipel  d'Orient  les  plus  voisines  deTancien  continent,  Sumatra  ,  Java, 
Sutnbava  ,  Florès  et  Timor.  L'auteur  se  propose,  dans  les  volumes 
suivans,  de  continuer  à  pnrcourir  les  nombreuses  et  intéressantes  îles  qui 
composent  rarchi[)el  d'Orient;  puis,  se  dirigeant  à  l'est ,  il  décrira,  dans 
une  seconde  partie,  «cette  quantité  prodigieuse  d*archipels  formés  de 
»  petites  îles  diversement  groupcei,  lf«^*?s  enrre  ellp*;  par  des  écueils , 
"tantôt  élevées  en  cône  à  une  hauteur  considérable,  tantôt  aplaties 
»  jusqu'au  niveau  des  flots,  protégées,  entourées  ou  jointes  par  de 
j>  redoutables  récifs,  par  de  longs  bancs  de  corail,  qui  cernent  des 
iy  portions  plus  ou  moins  grandes  du  vaste  Océan,  et  forjnent  au  milieu 
»  des  rHers ,  et  sans  aucune  côte,  des  golfes,  des  lagunes ,  des  ports, 
»  où ,  sans  craindre  les  vents  courroucés,  flottent  et  se  jouent  les 
y*  barques  légères  des  habitans  du  monde  pélagîen*  «  Enfin,  revenant  à 
l'ouest,  l'auteur  décrira  ks  côtes  désolées  du  continent  d'Australie,  ses 
immenses  chaînes  de  montagnes,  ses  frofondis  forets ,  ses  solitudes  inex- 
plorées. Ce  vaste  continent  fera,  avec  Van-Diemen  au  sud,  et  les  îles 
alongées,  riantes  et  fertiles  qui  sont  à  l'est,  Tobjet  de  la  troisième  et 
dernière  partie. 

Comme  les  Européens  ont  depuis  long-temps  formé  des  établisse* 
mens  dans  les   principales  îles  de  l'archipel  d'Orient,  le  nombre  des 

(i)  Voycz-ic  figuré  dans  TEncyciopédie  japonaise,  I.  xxxvlUj  p.  y;  et  cou» 
suicez  les  Die  tion  rrcchiDois  au  mot  Aie^  cL  CLUI,  ir*  M. 

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2i8  JOURN.AL  DES  SAVANS, 

relations  dont  ces  îles  ont  été  lobjet,  a  toujours  été  très-considérable, 
et  s'est  encore  beaucoup  accru  dans  ces  derniers  temps.  Ces  relations 
sont,  comme  on  peut  croire,  les  sources  principales  où  doit  puiser  un 
savant  d'Europe  qui  n'a  pas  lui  même  visité  les  contrées  qu  il  entreprend 
de  décrire-  Toutefois  on  se  tromperoit  gravement,  si  ron  croyoit  que  le 
travail  dont  elles  peuvent  devenir  I  objet,  fût  un  simple  travail  de  com- 
pilation ,  c{ui  consistât  à  rassembler  ces  relations ,  à  choisir  les  meilleures , 
à  les  dépouiller,  et  k  classer  par  ordre  de  matières  les  extraits  qu'on 
a u roi t  faits.  Cette  tâche,  sans  doute  assez  pénible,  pourroit  donner 
naissance  h  des  ouvrages  estimables;  mais  on  ne  peut  croire  que 
AL  Wakkenaer  ail  pu  s  y  borner ,  quand  on  connoît  les-  travaux  dont 
il  a  déjà  enrichi  la  science  géogra|^hique.  Pour  peu  qu*on  ait  étudié  les 
voyageurs,  on  sait  combien  il  est  difficile  Je  les  concilier  entre  eux  et 
avec  eux-mêmes  î  combien  de  posiîions  mai  indiquée^»,  de  noms  altérés 
et  rendus  méconnoîssables;  combien  de  vague,  d'incertitudes  de  toute 
espèce.  S'il  s  agit  de  pays  un  peu  étendus,  ou  d'iles  sîiuées  dans  des 
parages  peu  connus,  il  faut  quelquefois  une  rare  critique  pour  accorder 
Jes  anciennes  relations  avec  les  nouvelles,  ou  inême  pour  s'assurer 
qu'elles  s'appliquent  aux  mêmes  contrées.  C'est  bien  autre  chose  quand 
on  veut  non- seulement  suivre  le  i)rogrès  des  découvertes  des  Européens 
et  remonter  à  l'origine  de  leur^  établis>emens,  mais  faire  connoître 
avec  délai!  des  pays  éloignés»  tracer  le  tableau  de  leur  co.istitutîoii 
physique  et  de  leurs  divisions  politiques,  décrire  leurs  productions,  non 
en  voyageur  ordinaire  ou  en  commerçant,  mais  trn  naturaliste  et  en 
géographe;  faire  l'histoire  des  hahitans,  de  leurs  langues,  de  leurs 
mœurs,  de  leurs  lois ,  et  de  tout  ce  qui  constitue  la  civilisation  :  c*est  ih 
ce  que  AL  Walckeiiaer  a  entrepris  pour  la  partie  du  monde  la  plus 
étendue  en  surface,  la  plus  difficile  à  décrire  et  la  plus  ituparfaitetiient 
connue  jusqu'à  ce  Jour. 

^introduction  qui  précède  Touvrage,  n'est  pas  très-étendue;  elfe 
contient,  outre  l'exposé  des  motifs  qui  ont  fait  adopter  par  l'auteur  la 
division  du  globe  en  xroh  mondes ,  une  description  géjiérale  mais  abré- 
gée du  Afonde  maritime.  Des  considérations  applicables  à  l'ensemble 
des  îles  de  Tarchipel  d'Orient  sont  aussi  retifermées  dans  quelques  pages. 
Enfin  le  livre  premier,  partagé  en  quatre  chapitres ,  occupe  les  deux 
volumes  déjà  publiés  :  il  est  consacré  tout  entier  aux  t/es  Sumairunncs^ 
ou  îles  de  la  Sonde  ;  et  le  premier  de  quatre  chapitres  qui  le  cajnposent , 
a  pour  objet  la  description  de  Sumatra  et  des  petites  îles  qui  [environnent* 
Dans  cette  partie  de  son  ouvrage,  JVL  Walckenaer  n'a  pas  manqué  de 
prendre  pour  principal  guide  M.  Marsden^doni  les  importaus  travaux 


AVRIL  1820. 


219 


ont  tant  contribué  k  étendre  les  connoîssances  quon  avoît  avant  lui  sur 
l'histoire  et  les  langues  de  plusieurs  peuples  orientaux  ,  et  des  Malais 
en  particulier.  Mais  le  savant  français  a  aussi  puisé  à  Jautres  sources; 
et  les  Mémoires  de  la  Société  de  Batavia,  les  Recherches  asiatiques,  et 
beaucoup  de  relations  paniculières  et  d*ouvrnges  spéciaux  qu'il  a  soin 
de  citer,  ont  servi  à  compléter  les  notions  qu*i!  a  recueillies,  ou  à  en 
confirmer  l'exactitude.  Avec  tous  ces  secours,  il  est  parvenu  à  tracerait 
tafrleau  historique  et  géographique  de  Sumatra  qv.'i  laisse  peu  de  chose  à 
désirer,  et  qui  ofîre,  sou^  un  moindre  volume,  et  sous  une  forme  plus 
accommodée  au  goût  des  lecteurs  français,  presque  tout  ce  qui!  y  a  de 
vraiment  essentiel  dans  rHiï.eoire  de  Sumatra  de  M.  Marsden. 

Cinq  principaux  peuples  habitent  Sumatra:  les  Achinais,  dans  la  partie 
septentrionale  ;  les  Bartas  au  nord- est ,  vis-h-vis  de  Malakka  ;  les  Minang- 
kabaus,  au  centre;  les  Redjangs,  entre  les  montagnes  et  les  côie^ 
occidentales;  et  I^s  Lampongs,  dans  la  partie  méridionale  de  ÏUe.  Les 
langues  de  ces  peuples  ont  entre  elles  beaucoup  d^analogie  ,  et  le  malai 
en  est  la  base.  Si  cette  assertion,  que  M»  Wafckenaer  confirme  dans  les 
notes  additionnelles  par  un  vocaijulaire  quintuple,  esi  reconnue  exacte, 
îl  semble  qu  elle  doit  fiiire  apporter  du  moins  quelques  restrîcdons  à  la 
proposition  qui  les  précède;  savoir,  que  des  peuples  d'origine  différente 
et  de  races  bien  distinctes  ont  peuplé  Sumatra*  Les  variations  qu*on 
observe  entre  les  expressions  correspondantes  dans  les  langues  de  ces 
peuples,  peuvent  constituer  des  dialectes;  mais  elles  ne  suffisent  pas,  à 
notre  avis,  pour  indiquer  une  origine  séparée  et  plusieurs  races  dis- 
tinctes* Ce  qui  est  certain ,  c'est  que  les  alphabets  et  les  caractères  dont  on 
se  sert  pour  les  écrire,  ne  sont  pas  semblables  :  mais,  à  cet  égard  même, 
les  différences  sont  plus  apparentes  que  réelles;  et,  en  comparant  entre 
eux  ces  divers  alphabets,  on  s'aperçoit  qu'ils  doivent  leur  origine  à  un 
seul  et  même  système,  celui  qui  a  été  tiré  du  dévanagarî ,  et  qui  a  été 
porté  par  les  Bouddhistes  à  Siam ,  au  Pégou,  dans  plusieurs  autres  parties 
de  fa  presqu'île  ultérieure  de  flnde  et  dans  les  îles  méridionales.  Ce 
n'en  est  pas  moins  une  singularité  digne  de  remarque,  que  rexistence 
de  tant  de  lettres  à  Java  et  i  Sumatra,  et  dans  d'autres  lieux  où  il  y  a 
à  présent  si  peu  de  littérature;  et  les  circonstances  qui  les  ont  fait  varier 
et  multiplier  h  ce  point,  méritent  d'être  recherchées  dans  Thistoire  des 
peuples  qui  en  font  usage. 

-M.  Waîckenaer  trace  d'une  manière  abrégée  celle  des  cinq  tribus  qui 
forment  fa  population  indigène  de  Sumatra,  II  commence  par  les 
habitans  du  royaume  d'Achin,  proprement  Achrch,  état  qui  s'est  élevé 
autrefois  h  un  assez  haut  degré  de  splendeur,  mais  qui  depuis  a  perdu 

£6    X 


219  JOURNAL  DES  SAVANS, 

heaucoLip  de  son  importance.  Les  Achlunis  paroîssent  être  un  mélange 
de  Bat£as,de  Malais  et  de  Choulias  :  cest  par  ce  dernier  nom  qu'on 
désigne  k  Sumatra»  les  habitans  de  la  côte  occidentale  de  THindoustan» 
lesquels  ont  dans  tous  les  tejnps  fréquenté  les  ports  d*Achin.  Dans 
l'intérieur  se  trouvent  d'autres  tribus  moins  connues.  La  langue  des 
Achinars  est  le  malai  ;  ils  se  servent ,  en  écrivant ,  des  caractères  arabes, 
qu'ifs  ont  adoptés  avec  le  inahoniétisme  ;  cette  circonstance  a  introduit 
dans  leur  fangue  un  grand  nombre  de  mots  arabes.  Le  coin  me  rce  immense 
dont  Achin  a  été  jadis  le  grand  entrepôt,  est  beaucoup  diminué  à 
présent,  et  ne  litisse  pas  pourtant  d*étre  encore  assez  considérable. 

Le  gouvernement  des  Achinaîs  est  cette  espèce  de  monarchie  qui  est 
limitée,  non  par  des  fois  écrires,  mais  par  la  puissance  d^s  grands;  c'est 
cette  sorte  de  féodalité  qui  a  été  éiabfie  presque  par-tout  en  A.sie,  A  Achin, 
tes  fois  pénales  sont  trèi-sévères j  ce  qui,  comme  il  arrive  souvent, 
nVmpêche  pas  ce  peuple  d*élre  dissimulé»  cruel  et  perfide  :  ses  annales 
en  fournissent  des  preuves  continut^Iles,  A  fa  vérité,  ce  qu'on  en  cgnnoît 
ne  remonte  guère  au-delà  de  IVpoque  oîi  les  Européens  commencèrent 
à  fréquenter  ces  parages.  Very  la  fin  du  xvi/  siècle,  les  Achinais 
s'étoîent  éfevés  à  un  haut  degré  de  prospérité.  Excepté  les  Portugais,  toutes 
les  puissances  mariiimes ,  depuis  le  Japon  (u>qu\'i  TArafiie,  envoyoîent 
avec  sûreté  des  vaisseaux  dans  (es  ports  d*Achin.  Une  révolution  qui  eut 
lieu  en  i  585^  porta  im  coup  fatal  h  cette  puissance  :  la  rivalité  qui 
existoîtdans  ces  mers  entre  fes  Portugais  et  les  habitans  d* Achin,  tourna 
au  détriment  des  deux  peuples;  car,  ceux-ci  ayant  imploré  le  secours 
des  Hollandais  pour  s  emparer  de  Malakka,  ces  dangereux  auxiliaires 
recueillirent  tout  le  fruit  de  cette  conquête,  et  les  Anglais,  s'étant  établis 
dans  diverses  parties  de  l'île,  profitèrent  des  guerres  civiles  qui  dé- 
chîrorent  Fétat  d* Achin  pour  s'y  fortifier.  Le  dernier  prince  de  la  race 
royale étoit  encore  en  j  Hoj  sur  le  trône:  mais  il  paroît  que  fes  Anglais 
l*ont  forcé  d^abdiquer  en  faveur  du  fils  d*un  marchand  de  Pinang.  Tel  est 
le  résuftat  définitif  des  assurances  données  par  la  reine  tli^abe^h  aux 
monarques  d' Achin ,  que  jamais  ifs  n*auroient  à  se  repentir  d  avoir  formé 
alfiance  avec  les  Anglais*  :  «  cette  réflexion  ,  dit  notre  auteur,  n  est  pas  de 
»  moi,  mais  d'un  aufeur anglais  "  (i)» 

Les  Battas  sont  Ie:>  plus  féroces  de  tous  fes  habttans  de  Sumatra;  if  est 
certain  qui  (s  dtvorent  les  corps  de  feurs  ennemis,  et  de  ceux  qui  ont 
été  condamnés  h  mort  comme  criminefs*  C'est  une  sorte  de  prodige 
qu*un  ttl  peuple,  dont  toutes  les  habitudes  se  ressentent  d'un  état  de  civî- 


(')   Ke^r^  Raffles,  Juva^  tom»  J,  p,  2^7. 


AVRIL   1820,  ^^B  ^^' 

iSaiion^niavSncé ,  aiepi  une  langue  écriiej  et  que,  çRezeux,  le  nombre 
les  homïnes  illettrés  soil  moins  considérable  que  celui  des  personnes  qui 
savent  lire  et  écrire.  Au  reste,  celte  espèce  de  contraire  que  furment 
tdes  jnœurs  barbares  et  une  littérature  assez  raffinée,  se  retrouve  chez 
rplusieiirs  autres  peuples  de  farchipel  d^Orient ,  comme  Ta  fait  voir 
Leyden  ,  dans  son  intéressante  dissertation  Sur  Its  nations  hindo- 
chînohes. 

Les  Âiinangkabntii ,  ou,  comme  on  les  nomme  pour  .les  distinguer 
des  autres  hahitans  de  Tile,  les  Orang-AIalayo  [Hommes  Malais], 
seroient  encore  plus  intéressans  à  étudier,  si,  comme  cest  l'opinion  des 
hommes  les  plus  instruiis,  on  devoit  voir  en  eux  la  tige  du  peuple 
nialai,  de  cette  race  voyageuse  dont  on  trouve  des  traces  dans  toutes 
les  parties  de  locéan  Pacifique  ,  et  même  au-delà  de  1  océan  Indien.  Par 
malheur»  leur  histoire  est  peu  connue;  une  tradition  »  conservée  dans 
leurs  annales,  place  leur  origine  dans  le  royaume  de  Paleiîibang,  dans 
nie  d'Indalous  [Sumatra]  :  mais  le  nom  de  Alahûmeron,  donné  à  une 
monîagne  de  ce  pays,  ec  d autres  noms  qui  paroissent  se  rnpporier  aux 
fables  brahmaniques  sur  le  grand  Caucase  ,  peut  faire  craindre  que 
celte  tradition  ne  soit,  comme  celles  de  plusieurs  autres  peuples  des 
mêmes  contrées,  un  exemplr*  de  ces  applications  des  Jictiuns  mytholo- 
giques des  Hindous  aux  pays  dans  lesquels  les  Brahmanes  It^s  ont 
transportées,  A  travers  des  souvenirs  assez  confus  >  M,  Walckenaer  croit 
apercevoir  quelques  cuïntidcnccs  cniri:  le^  éj^oques  des  émigrations  des 
Malais,  selon  leurs  propres  annales,  et  des  événemens  rapportés  dans 
les  chroniques  javanaises.  Sans  porter  un  jugement  positif  sur  ces  an- 
nales et  ces  chroniques,  dont  les  époques  offrent  encore  beaucoup 
dmcertiiude,  nous  croyons  qu'on  peut  admettre  la  conclusion  que  le 
savant  géographe  lire  des  faits  qu'il  a  examinés;  savoir,  que,  vers  îe 
milieu  du  xir,*  siècle,  il  y  avoit  un  mouvement  général  dans  la  popu- 
lation de  ces  différentes  îles.  C*est  une  circonstatice  très-importante  à 
remarquer  pour  le  problème  historique  de  la  diffusion  des  Malais  et  de 
la  population  de  la  Polynésie.  Au  reste,  pour  arriver  à  un  résultat 
précis  sur  les  détails  de  la  chronologie  é^i  Malais,  il  faudroit  qu'on 
parvînt  à  dégager  totalement  les  traditions  locales  des  mythes  hindous 
quon  y  a  évidemment  mêlés;  et  c'est  ce  qui  est  fort  difficile  dans  l'état 
actuel  de  nos    connoissances. 

On  trouve  des  Minaogkabaus  dans  la  presqu'île  de  Malakka»  dans 
les  montagnes  de  Rainbuu,  et  Ton  sait  d:uis  le  pays  qu  ils  tirent  leur  ori- 
gine de  Poulo-Pertcha  ou  de  rîle  de  Sumatra.  H  est  maintenant  à  peu  près 
constant  que  les  Malais  sont  passés  de  Sumatra  dans  la  péninsule,  et 


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JOURNAL    DES    SÀVANS, 

ion  de  fa  péninsule  h  Sumatra*  Li  langue  des  Malais  de  Ramlîon  est 
îisiinguée  par  [e  nojn  de  laîigue  des  Minûngknùaus,  La  religion  de  ces 
ïuples,  avant  leur  conversion  au  mahométisine,  paroît  avoir  été  celle 
de  Brahma.  Les  noms  propres,  fes  mots  qui  servent  à  désigner  les 
litres,  offreni  un  mélange  incontestable  de  dialectes  hindous  et  persans. 

Je  ne  m'arrêterai  pas  aussi  long-temps  à  ce  qui  est  relatif  aux  Red- 
Jangs  et  aux  Lampongs ,  sur  Thistoire  ancienne  desquels  on  n*a  pas  des 
notions  aussi  curieuses  que  celles  que  nous  venons  d'indiquer.  Les  deux 
paragraphes  que  M.  Walckenaer  a  consacrés  à  ces  tribus  ,  vy^vï  sont  pas 
jnoins  întéressans  ;  et  les  tableaux  de  mœurs  qu'il  a  tracés,  et  les  détails 
dans  lesquels  il  est  entré  sur  les  productions  des  pays  que  ces  tribus 
habitent  et  sur  le  commerce  qui  s'y  fait,  méritent  toute  l'attention  des 
lecteurs»  Je  ne  dirai  rien  non  plus  des  petites  îles  situées  au  sud  et  à 
l'est  de  Sumatra  :  la  plus  remarquable  de  ces  dernières  est  Banta ,  célèbre 
par  ses  mines  déiain  ou  de  kaiin.  Les  Anglais,  qui  s'en  étoient  emparés 
en  1813^  Tout  échangée  depuis  avec  les  Hollandais  pour  le  comptoir 
de  Cochin,  sur  la  cote  de  Malabar. 

Les  notes  que  M.  Widckenaer  a  jointes  k  son  premier  chapitre»  ont 
pour  objet  quelques  points  d'histoire  naturelle  ou  de  géographie  qui 
réclatnoient  des  explications  particulières.  La  preinfère  traite  des  cartes 
de  Sumatra:  la  meilleure,  suivant  M,  Walckenaer,  est  celle  qui  est  in- 
sérée dans  la  iroi:»îème  édition  de  rHisioire  de  Sumatra  de  M.  Mars- 
den  ;  elle  laisse  pourfant  lieaucoup  k  désirer.  L'intérieur  de  file  est 
encore  presque  inconnu.  Les  reconnoissances  maritimes  qu'on  a  faites 
des  cotes  sont  incomplètes  et  incertaines,  et  les  positions  indiquées 
dans  ï Orientât  Navigator  de  Purdy  n'ont  pas  Texaciitude  désirable; 
aussi  iM,  Wakkenaer  n*a-t-il  pas  jugé  à  propos  de  les  transcrire. 

L'espèce  d'arbre  qui  donne  le  camphre  de  Sumatra  n*a  pas  été  coni- 
plélement  décrit,  et  Ton  n'est  pas  d'accord  sur  ses  caractères  naturels. 
M,  Walctenaer  rapporte  et  discute  les  opinions  qui  ont  été  émises  à 
ce  sujet  par  Krmpfer,  Gxrriner,  MM.  Marsden  et  Correa  de  Serra, 
Le  résultat  de  cette  discussion  est  que  le  dryohatanops  camphora  a  pour 
caractère  essentiel  un  calice  monophylle  permanent,  élargi  en  coupe  gib- 
àeuft,  avec  ctnci  folioles  longues,  scarleuses ,  lancéolées;  une  corolle  à  cinq 
pétales:  des  capsules  a  trois  valves  unkellulaires ;  des  semences  solitaires, 
un  emhyon  inverse  sans  périsperme.  L'arbre  qui,  suivant  la  conjecture 
de  Kxmpfer,  n'appartient  pas  au  genre  laurier,  est  un  des  plus  élevés 
tt  des  plus  gros  qu*on  trouve  sur  la  côte  de  Sumatra,  et  il  n'est  pas 
rare  dVn  voir  des  individus  qui  ont  six  îi  se]>t  pieds  de  diamètre.  Le 
camplire  ne  se  trouve  pas  dans  toute  la  longueur  du  tronc,  mais  seule- 


AVRIL   1820. 

ment  dans  des  inlen^alles  d*un  pied  ou  dun  pied  et  demi,  et  contenu, 
vers  le  coeur  de  !  arbre,  dans  des  vides  qui ,  dans  d'autres  espèces,  sont 
remplis  de  poix  ou  de  térébenthine.  Le  produit  d'un  arbre  de  grandeur 
ordinaire  est  d environ  huit  c/iti  de  la  Chine,  ou  onze  livres  anglaises  ; 
mais  on  m  mile  quelquefois  des  centaijies  d'arbres  avant  d'en  rencontrer 
qui  dojinent  du  camphre. 

Les  notes  qui  suivent  celles  que  je  viens  d'indiquer,  sont  relatives 
aux  fois  sur  le  mariage,  extraites  du  code  de-s  Redjnngs^  aux  poids  et 
mesures  de  Sumatra,  et  au  détroit  de  Gaspard,  dans  lequel  le  navire 
anglais  l'Alaste,  capitaine  Maxwell  j  fit  naufrage  le  18  février  «8175 
en  ramenant  de  la  Chine  lord  Amherst»  ambassadeur  de  S.  M.  B.  La 
dernière  note  a  rapport  li  l'intéressante  découverte  faite  k  Sumatra  d'un 
tapir  de  la  grosseur  d'ujî  zèbre.  J'ai  déjà  eu  occasion  de  faire  mention 
de  cette  découverte»  M.  Walckenaer  donne  la  de^^cripiion  d'un  individu 
pris  par  des  Malais  de  Sumatra,  et  desiini  à  la  ménagerie  de  lord 
Mûira,  Cet  animal,  qui  étoii  jeune  et  très-caressant,  avoit  l'exirémité 
des  ort-illes,  le  do.>,  la  croupe,  le  ventre  et  les  flancs,  du  couleur  IJnnche; 
par-tout  ailleurs  il  étuit  d'une  couleur  noire  assez  foncée.  Quand  il 
étoit  debout ,  les  doigts  de  ses  pieds ,  au  nombre  de  trois  postérieurs 
et  quatre  antérieurs,  s'appuyorent  entièrement  sur  le  sol,  comÉue  dans 
le  tajHr  d'Amérique;  il  avoit  aussi  le  même  nombre  et  la  même  e>pèce 
de  dents  antérieures»  deux  canines  et  six  inci^ives,  supérieures  et  infé- 
rieures. Cet  individu  n*ùvoit  enrore  que  d^n*  pîf-fl^i  huit  priuces  anglais 
de  hauteur.  Suivant  une  autre  descripîion,  la  longueur  de  la  trompe 
est  de  sept  à  huit  pouces  dans  les  miîleê  adultes*  Les  Musulmans  ne 
mangent  pas  fa  chair  de  cet  animal,  qu'ils  prennent  pour  une  espèce 
de  cochon. 

Quoique  je  ne  me  sois  arrêté  qu'aux  points  les  plus  împortans  de 
îouvrage  intéressant  que  fexajnine,  et  que  je  n'aie  pu  donner  même 
qu'une  indication  trè<^-sommaire  des  matières  qui  y  sont  traitées,  je  me 
suis  laissé  entraîner  hors  des  limites  que  j'aurois  voulu  me  prescrire.  Je 
me  vois  forcé  de  renvoyer  îi  im  second  article  la  fin  de  cette  analyse,  et 
sur-  tout  la  partie  relative  à  fhistoire  de  Java,  pour  laquelle  les  relations 
des  Chinois  offrent  des  points  de  comparaisoti  utiles  à  faire  ressortir; 
tuais  je  dois  dire,  avant  de  terminer  ce  premier  extrait,  que  le  Mondi 
maritime  est  un  ouvrage  non  moins  attachant  par  la  forrne  qulmportant 
pour  le  fund*  Les  recherches  auxquelles  M,  Walckcnaer  s^est  livré 
recommandent  son  travail  aux  savans  ;  et  les  de'^crïptions  riantes,  les 
tableaux  animés,  les  détails  de  mœurs  que  son  sujet  lui  offroit  en  fouler 
«t  qu'il  a  su  traiter  avec  habileté,  seront  du  goût  de  cette  nombreuse 


i 


ai  JOURNAL  DES  SAVANS, 

classe  de  lecteurs  qui  n'aiment  pas  h  acheter  l'iristiucfion  par  Tennui- 
On  s'aperçoit  aisément  qtie  rameur  na  pas  moins  consulté  le  goût 
des  uns  que  I*intcrèt  des  autres,  D'élegaiiies  gravures,  qui  ont  t\ù  co- 
loriées avec  soin  dans  quelques  exemplaires,  ajoutent  à  ce  [ivre  une 
sorte  de  mérite  qui  nest  pas  k  dédaigner;  et  qui  a  fait  seul,  dans  ces 
derniers  temps,  la  fortune  de  beaucoup  d'ouvrages  qui  n'avoient  pas  la 
valeur  intrinsèque  de  celui-ci. 

J.  P.  ABEL  RÉiMUSAT. 


A  CLASSICAl  AND  TOPOGRAPHICAL  ToVR  THROUGH  GrEECE, 

durwg  îlie years  iSot ,  iSo^  et  iSoS,  hy  Edward  Dodweil,  &€.; 
c  est-à-tJire  ,  Voyage  classique  et  topographiquc  en  Grèce  $ 
exécuté  durant  les  tin  née  s  iSoi  ,  i8o)  et  i8o(}f  par  EJ- 
Dodweil,  membre  de  plusieurs  ûcadémies,   &c,   Londres, 


i8[ 


p,   2  vol.  //^-^/  de  près  de  600  pages  chacun,  avec 


une  cane  de  la  Grèce  >  soixante  vues  putoresquesen  lailte- 
douce^  et  quarante-cinq  gravures  en  bois. 

SECOND    EXTRAIT. 

Nous  avons  laissé  iM  DodvirÊH  dans  la  ville  d'Athènes;  après  en 
avoir  étudié  les  antiquités,  notre  voyageur  gravie  toutes  les  montagnes 
deTAttiquet  FHymeue,  le  Pcctélique,  le  Famés,  le  lirilessus,  l'vtgia- 
léon,  i*Anchesïnus.  Sa  pre/nière  excursion  fut  sur  fe  sommet  du  mont 
Hymette,  Joii  Ion  jouit  d'une  magnifique  vue,  qui  comprend  (es  plus 
célèbres  contrées  de  la  Grèce,  TAitique,  i*Argolide,  TAchaïe  et  la 
Béolie,eten  outre  toute  Tîie  JEubée  ;  i[  croit  même  avoir  aperçu  les 
montagnes  de  Uie  de  Chro,  quoique  situées  à  cent  cinq  milles  géo- 
graphiques: au  pied  du  mont  Hymeite,  on  trouve  un  lioji  colossal  ^n 
marbre  pentélique,  et  bien  conserve.  Dans  son  excursion  au  juont 
Pentélîque  ,  AV.  Dodweil  vil  une  des  ancietines  carrières  de  marbre  dont 
iJ  donne   ta  vue. 

Ce  voyageur  visita  les  ruines  qui  existent  à  Casha  ,  et  qu'il  prend  pour 
celles  d* Acharnes  ;  puis  la  côte  comprise  entre  les  caps  Colias  et  Zoster, 
pour  rechercher  les  dunes  mentionnées  par  Strabon  et  Pau^anias,  Il 
trouva  en  effet  des  ruines  en  plusieurs  lîeujf  ;  entre  autres,  un  lion  de 
marbre ,  dans  le  style  de  ceux  de  Mycènes,  et  les  restes  de  la  ctlla  d'un 
temple.  Enfin  il  entreprit,  dans  la  compagnie  de  MM.  GelJ  et  Monck, 


AVRIL  1810. 


im 


le  tour  entier  ^JeTAnique,  h  coininencer  par  Cephhshi,  lieu  quî  conserve 
erivoreson  ancien  nom»  Arrivés  au  port  Raphfy,  qui  e>t ,  selon  les  uns, 
f ancienne  Punormos,  et  selon  d'autres,  Haiœ  AraphdniiliS ,  ou  Pmslœ» 
ïes  voyageurs  se  proposoîent  de  passer  la  nuir  dajis  ce  Ireu  inhabité;  ils 
voufurent   acheter  des  provt>ioiis  dans  un  village  voisin  :  <c  mais  les 
i>  villageois,  dît  M.   Dodweil,  forsqu*îls  nous  vireni  accompagnés  de 
^>  lurcs,   se  hâtèrent   de  renfermer  toutes   leurs  volailles,  qui  forment'' 
»  presque  fa  seule  nourriture  dans  les   vi linges  grecs.  Nous  ins^isilmes 
»  pour    avoir  des    vivres;    mais  ils    répondirent    gravement   qu*Qn    ne 
y>  trouveroîi  pas  une  poule  chtz  eux*  Alors  nous  nous  adre>sâmes  directe-  • 
»  ment  à    \  hè^oumems  [  1  abbé]  du  couvent;  ce   moine  vénérable  ne 
n  nirHiqua  pas  de   nous  donner  l'assurance   soletnielle  qu'il    n'exîstuit 
^  pas  une  seule  poule  dans  un  circuit  de  dix  milles:  mais,  à  TinsEant 
y*  même,  un  traître  de  coq  se  mit  à  chanter  dajis  iencJnte  des  sacrés' 
»  murs,  ei  tous  les  coqs  du  village  jugèrent  à  propos  de  faire  chorus, 
»Ce  contre  tenips  inattendu  donna  de  i'buineur  à  ïhê^oumenos ,  qui, 
*ï  tout  en  n)audis>ant  ce  cuq  malencontreux  »  persuada  aux  villageois  de 
*>  nous  céder  quelques  poules,  que  nous  payâmes   le   double  de  Itur 
»  valeur.  On  est  souvent  obligé  en  Grèce  d élever  la  voix  pour  obtenir 
»  des  vivres.  Quoique  nous  fussions  toujours  dis|)osés  b  bien  les  payer, 
39  il  nous  fa I loi t  souvent  exhiber  le  finnan  dont  nous  étions  porteurs.  » 
Les  ruines  de  Thorkus ,  une  des  douze  villes  de  TÂin^que  au  temps 

de  C^^^C^t>p.<,    MJiit    Ltcnducj     tt   îiatv  »  t  a^flntc  o  1      cette     \îll«^    ^tnîf    de    ftirMIÔ 

ir  régulière,  el  entourée  de  murai  lit  s  flanquées  de  tours  carrées,  Quuî- 
que  (es  pierres  de  ces  murs  soient  qundrangulaires  et  que  les  lits  en 
soient  pbcés  horizontalemenî,  il  y  a  de  rirrtgulariîé  dans  It-ur  g»-andeur, 
et  les  an^^les  en  sont  rarement  rectangulaires/ C  hï  voit  aussi  à  Tkorkuî 
les  restes  d'un  édifice  orné  de  colonnes  doriques, dont  la  société  des  /)/- 
h'ifanti  a  fut  lever  le  plan  en  1812.  Quelques  tronçons  de  coloniies 
portent  encore  sur  leur  surfice  plane  les  marques  qui  servirent  poiir  gui- 
der ToMvrier  dans  lexécution  de  la  cannelure;  ce  sont  drs  lignes  1  racées 
du  centre  à  fangle  de  chacune  des  cannelures,  au  jiombre  de  vingt;  ce 
qui  [>rou'  e  que  les  cannelures  éfoient  ébauchées  sur  chaque  tronçon  en 
par*rculier  ;  on  les  termînoit  prt)ba' lement  quand  la  colonne  éioit  en 
plate;  et  voilà  sa*is  doute  pourquoi,  parmi  les  colonnes  du  îempîe 
d'Apollon  nidymten  dans  TAsie  mineure  Jes  cannelures  sont  dans  un  état 
plu>  ou  niuîns  imparfait.  Au  pied  de  Vaàrofofis ,  on  voit  les  resies  dun 
grand  et  fi.agnifique  théâtre,  dont  les  sièges  sont  a^stz  bien  conservés. 
Dans  !t?  \oi>inage  du  tnont  launum,  on  trouve  d^s  monceaux  de 
scories,  vestiges  de  raniique  exploitation  des  mines  d'argent  ;  on  y  voit 

Ff 


3.l6 


JOURNAL  DES  SAVANS, 


r 


aussi  les  fondations  d'une  grande  tour  ronde ,  et  plusieurs  restes  Jan- 
ciens  murs  de  construction  régulière.  Ces  restes  sont  si  étendus»  que 
M,  DodweH  fes  prend  pour  ceux  de  la  ville  de  Laurium  :  mais,  comme 
tout  prouve  qu'il  n*y  a  jamais  eu  de  ville  de  ce  nom,  il  est  bien  plus 
ynhemhlsLhh  que  ces  restes  appartiennent  à  quelque  grande  forteresse, 
l>5tîe  pour  protéger  les  mines,  selon  le  conseil  qu'en  donna  Xénophon 
dans  son  traité  sur  les  revenus  d'Athènes  (i  ), 

On  pense  généralement,  d après  PausanîaSj  que  la  statue  de  bronze 
de  Minerve  à  Aihènes  éroit  visible  de  Suniurn;  M.  DodweH   prétend 
que  c est  une  erreur.  «Pour  que  cela  fût  vrai,  dit-il,   il  faudroît  Tœil 
3î  perçant  de  Lyncée,  attendu  qu'un  prouionloire  élevé  »    détaché   du 
a»  mont  Laurium j  dérobe  à  Sunium  la  vue,  non-seulement  de  VacropôUs 
>y  d* Athènes  »  mais  encore  de  toute  la  côte  avancée  du  Pirée  et  de  Mu- 
»»  nychie,  »  Cette  observation  a  été  faite  également  par  M.  Hobhouse  (2), 
qui  tance  verletnent  Pausaiiias  d'avoir  dit  une  si  grande  absurdité  (j). 
M.  DodweH  traite  avec  plus  de  révérence  le  voyageur  grec;   il  croit 
seulement  qu*on  a  mal  compris  ce  texte  ;  Tmmç  'Aç  A^wm?  w  ^  <fi^7nç 
'tlxf^  ^  ^  Ao^oc  7?  xf^^itÇy  "imi  XariH   «z^csjAitifftK  Isif  îtcAf  m/v^ifla.*  <c  Cela 
«  signifie,  dit-il,  non  pas  qu*on  voyoit  de  Sunium  fa  pointe  de  la  lance 
ȕ  et  faigrette  du  casque,  inais  quon  les  voyoit  en  venant  de  Sunium, ^^ 
Notre  voyageur  semble  s'être  fait  illusion  :  les  expressions  de  Pausauias, 
*&à  ^^fU  'Oc^«oAftfff7»'  UàH  infyoTfJA^  ne  prêtent  nullement  k  cette  inter- 
prétation; fe  mot  nJh  n'auroit  aucun  sens  dans  Thypothèse  de  M.  Dod* 
welK  II  est  certain  que  lauteur  grec  a  voulu  dire  qu'on  voyoit  le  casque 
et  Faigrette  iia  Sunium;  et  quant    h  !  obstacle  physique    dont   parle 
M*  DodweH»  ni  loi  ni  M,  Hobhouse  n'ont  songé  que  Pausanias  parle, 
non  pas  de  la  vue  prise  sur  le  cap  Sunium,  mais  de  la  vue  prise  en  mer 
d'un  vaisseau  qui  vient  dédoubler  ce  cap  (^^efocoAtV^— tfvvo^rîoi).  On  sait  que 
le  cap  Sunium ,  toujours  battu  des  vents,  est  presque  aussi  mal  faméchtz 
les  modernes  que  Fétoit  le  Malée  chez   les  anciens  :  aussi  les  marins, 
quand  ils  le  doublent,  s'en  tiennent  à  une  certaine  distance.  Or  il  suffit 
d'éîre  seulement  à  cinq  quarts  de  lieue  de  la  côte,  pour  se  trouver  hors 
delah'gnement  du  promontoire  que  projette  {^Laurium,  et  être  en  vue 
d^Athènes,  Il  est  d'autant  moins  surprenant  qu'on  pût  apercevoir  de 
là  les  amies  de   la  statue  resplendissantes,  des  rayons  du  soleil,   que 
M.  DodweH  dit  avoir  aperçu  de  Corinthe  les  colonnes  du  Parthénon, 
qui   en   sont  éloignées    de   trente -neuf  milles    géographiques.  Pour 

(ï)  Xrnoph.  mtÀ  ^©o^'<^Ê^  —  (^)  Hobhouse  s  Joumey ,  p»  4^^*  —  (3)  V^m- 


\ 


AVRIL  l8lO.  -^^—      ^^ 

expliquer  cîes  fiîts  analogues  rapportés  par  les  mueurs  anciens»  on  a 
supposé  queFquefuîs  que  les  Athéniens  avoient  beaucoup  meilleure  vue 
que  nous;  tnaisja  transparence  de  l'air,  dans  ces  climats ,  suffit  pour  en 
rendre  compte* 

On  sait,  par  d  autres  voyageurs,  en  quel  état  de  dégradation  se  trouve 
fe  temple  de  Sunium  :  ainsi  nous  passerons  sous  siknce  ce  qu'en  dit 
M.  DodwelL  La  route  le  long  de  fa  côte  occidentale  de  TAttique  »  ^ 
partir  du  cap  Suntum ,  ne  luî  offrit  rien  de  remarquable,  si  ce  i\*%n  lantre 
de  Pan,  déjà  décrit  par  Chandier  {1}  et  Hobhouse  (2).  Nous  nous 
contenterons  égalertient  dindiquer  un  chapitre  contenant  de  curieuses 
observations  sur  (e  soi,  le  climat  1  les  productions  de  rAttique,  sur  les 
mœuri  et  les  superstitions  des  Athéniens,  leur  musique,  leurs  danses 
et  leurs  feux. 

Avant  de  quitter  Athènes,  M.  Dodwell  visita  les  îles  d'Egrue  et  de 
Salajuine:  dans  la  première,  les  ruines  de  1  ancienne  ville  couvrent  une 
étendue  de  terrain  considérable  ;  mais  les  seules  qui  soient  dignes 
d'attention,  sont  celles  du  temple  de  Vénus»  qui  ne  consistent  plus 
maintenant  qu'en  deux  colonnes  dont  funeest  rompue  par  le  milieu.  La 
destruction  presque  complète  de  cet  édifice  tient  à  la  nature  molle  et 
friable  de  la  pierre  calcaire  employée  à  sa  construction.  Cette  île,  de 
même  que  celle  de  Salamine,  est  déjà  si  bien  connue  par  ie  récit  d*autres 
voyageurs,  que  nous  devons  nous  bâter  encore  de  suivre  M,  Dodwell 
dans  son  excursion  en  l  tiessalte. 

Arrivé  aux  Thermopyîes,  M<  Dodwell  examina  les  descriptions 
données  par  Hérodote  et  Strabon  »  et  il  trouva  qu'elles  ne  s'accordent  pas 
avec  Fétat  des  lieux,  ti  Je  n  en  conclurai  pas,  dit-il,  que  ces  deux  auteurs 
1»  doivent  être  taxés  d'inexactitude  j  ce  défaut  d'accord  tient  aux  chan- 
»  gemens  physiques  qua  subis  cette  contrée:  la  mer  s*est  retirée;  les 
i>  rivières  ont  changé  de  cours;  les  villes,  les  châteaux,  les  temples,  ont 
fï  disparu  de  la  surface  de  la  terre;  leurs  ruines  sont  enfoncées  dans  les 
3î  marais ,  ou  cachées  sous  les  buissons  et  les  ronces  ;  on  doit  peu  s'é* 
»  tonner  d'après  cela  que  des  six  rivières  meniiounées  par  les  anciens ,  il 
w  n'y  en  ait  plus  que  trois  dont  on'puisse  assigner  la  dénomination  avec 
»  quelque  certitude:  savoir,  le  Bûag*ius,  rAsapus  et  le  Spenhius  (^Kw 
Cette  observation  importante ,  qui  peut  s'appliquer  à  d'autres  lieux  de  [a 
Grèce,  montre  quel  fond  Ton  peut  faire  sur  les  plans  to])ographiques 
quon  dresse  dans  le  cabinet»  uniquement  d*après  les  textes  anciens. 

(r)  Chanrllers  Travefs  ^  cjz,  —  (2)  Hobhouse's  Joumey^  p^  ^az,  —  (3)  Lci 
trois  autres  éioitnt  le  Mêlas j  le  Dyras  elle  Phœnix, 

Ff  a 


2ii  JOURNAL  DES  SAVANS, 

DeZeîiounj  qu'on  croît  être  lancienne  Lamis,  M.  Dodwell,  coniîr 
nuant  sa  route  au  nord^  décrit  successivement  le  village  d*£"W///70j,  qui 
arempfacé  la  vide  du  même  nom ,  et  dont  il  reste  quelques  ruines;  puis 
les  vestiges  d'une  ville  antique  que  notre  voyageur  conjecture  être 
Larissa  Cremaste  ;  h  ville  d'Armiro,  quon  suppose  avoir  succédé  à 
Thèbes  de  PhthioHde;  celle  d*Aïas,  qui  pourroît  être  T^^ï  dTtienne  de 
Byzance,  et  dont  les  muraîlies  conservent  des  traces  de  la  construction 
cyclopéenne;  Demeitiûs,  où  Ton  voit  encore  un  stade ,  un  hippodrome; 
Pûlo,  vilfe  située  sur  le  penchant  du  mont  Pélion  :  kpeu  de  distance 
sont  les  ruines  d'Jo/cos,  qui  ne  consistent  plus  qu'en  quelques  pans 
de  muraille. 

M.  Dodwell  quitta  Volo,  dans  rintentîon  de  visiter  la  vallée  de 
Tempe,  en  passant  par  PA^riF  et  Z^nxj^  ;  la  première  ville  répond  au 
lieu  appelé  maiotenant  BeUsfina;  la  fontaine  Hypérie^  jadis  située  au 
milieu  de  la  ville,  subsiste  encore  au  pied  de  Wiavpolis.  Larissa,,  qui 
conserve  son  nom  ,  est,  comme  autrefois,  la  capitale  de  la  Thessalie;  il 
y  reste  peu  de  ruines  antiques.  C'est  à  Larisse  que  M,  Dodwell  vit  pour 
la  première  fois  des  chameaux  en  Grèce;  ils  sont  assez  communs  dans 
la  Macédoine  et  dans  la  Thrace;  mais,  dans  le  reste  de  la  Grèce»  on 
n'en  voit  pas  un  seul.  De  Larisse  fOlyïnpe  se  montre  dans  toute  sa 
majesté  :  on  croit  que  cette  montagne  est  la  plus  élevée*  Selon  Blt- 
noulli,  son  sommet  est  à  onze  cent  dix-sept  toises  au  dessus  du  ni- 
veau df»  î^  iiiprf  «rcttc  inclure  s'iiixuidc  ai5C£  bleu  avec  celle  de  Xéoa- 
goras,  oblt^nue,  selon  Plutarque,  par  des  mesures  géométriques  (i). 
Selon  ce  mathématicien,  l'Olympe  étoit  élevé  au-dessus  du  solde  dir 
stades  et  quatre-vingt-seize  pieds,  c*est-à-dire,  de  six  mille  quarre- 
vingt -seize  pieds  grecs,  répondant  à  environ  cinq  mille  sept  cent 
quatre-vingt-dix  de  nos  pieds  ou  neuf  cent  soixante-cinq  toises, 

La.  vallée  de  Tempe  est  le  terme  du  voyage  de  M,  Dodwell  dans 
le  nord  de  la  Grèce.  En  revenant  sur  ses  pas,  il  traversa  la  plaine  et  la 
ville  de  Pharsale:  les  murs  de  Vûcrop&lîs  sont  encore  bien  conservés  et 
ont  quinze  pieds  et  demi  d'épaisseur;  ce  qui  est  le  double  de  la  plupart 
des  murailles  de  ville  en  Grèce.  A  deux  heures  de  Pharsale,  on  rencontre 


(l)  Plutarch.  în  ^m'tL  PauL  /.  //,  O juav  -nt  Etrct^i^^  »  ^a^if^yaç^  «tW 
^%lta  ^  /i*  ipyaft^n  fÎKv^ya^  iôtil  mV  fjukjpv^my.  On  voit  dans  Eustathe  (ad 
Odyss,  ^'  )  qu'un  certain  Apollodore  avoit  trouvé  le  mont  Cyllène ,  en 
Arcadie,  élevé  de  neuf  stades  et  cinquante  pieds >  ou  de  cinq  mille  quatre  cent 
uatre-vingts  pieds  [:=  5204  preds,ou  867  toises]  au-dessus  du  sol»  Ces  mesures, 
onnéc5  en  termes  aussi  précis,  attestent  que  les  anciens  ontqiielquelbis  essayé 
de  mesurer  la  hauteur  cft^s  nioniagnes  parties  procédés  rigoureuji» 


3 


AVRIL    1820. 


CtU 


des  ruines  assez  considérables;  mais  il  est  bien  difficile  de  savoir  à 
quelle  ancienne  ville  elfes  ont  appartenu.  Thauin.'ikia  ,  matatenant 
Tkûumûkos ,  est  encore  un  lieu  assez  imponant;  la  vue,  qui  sVtend  sur 
la  plaine  de  la  Thessaiîe,  est  une  des  plus  étonnantes  de  la  Grèce.  Notre 
voyageur,  traversant  la  Doride  et  la  Phocide^  passa  sur  les  ruines  d'E- 
latéci  où  Ton  voit  des  restes  de  construction  cyclopéenne  :  h  trois  quarts 
d*heures  de  distance  il  retrouva  ie  temple  de  Minerve  Cranœa,  dont 
parle  Pausantas;  cet  édifice  ressemble  au  T^^j^r/^w  d'Aihènes, 

M.  Dodwell  revint  à  Athènes,  en  prenant  par  Test  de  la  Béotîe  et  de 
TAîtique;  il  décrit  en  conséquence  fes  ruines  de  Chalcis  et  d'Orope^  la 
plaine  de  Marathon ,  déjà  bien  connue  par  le  voyage  de  Clarke  et  le 
plan  du  colonel  Squîre  (i),  «Il  est  singulier,  dil-il,  qu'on  n'ait  trouvé 
»*  aucune  armure  ancienne  dans  la  plaine  de  Marathon  ,  et  presque 
»>  aucun  reste  des  nombreux  guerriers  qui  y  perdirent  la  vie.  Le  grand 
>»  tumulus  a  été  ouvert,  mais  sans  succès,  parce  qu'on  n'a  point  creusé 
»  à  une  profondeur  suffisante  ;  j'y  ai  trouvé  des  fragmens  de  poterie 
»  grossière,  et  un  grand  nombre  de  pointes  de  flèche  en  silex  noir,  qui 
>5  probablement  ont  appartenu  h  Tannée  des  Perses  (2);  c'est  le  seul 
3>  lieu  de  la  Grèce  où  feu  aie  trouvé  :  les  pointes  de  flèche  en  bronze  sont 
3>  au  contraire  fort  communes  dans  tous  les  lieux  ou  se  sont  données  des 
»  batailles.  Les  voyageurs  trouvent  aussi  dans  cette  plaine  des  balles  de 
"  plomb,  en  forme  d amandes, qui  ser\ oient  aux  frondeurs,  et  sur  les- 
»  quelles  on  lit  souvent  un  uuui,  Lela  tj^uc  ac-an^  ^  ♦i.Mnrrov  ^  nEPAlK- 
«KAS,  &C.  (3),« 

Parti  d'Athènesi  à  la  fin  de  novembre,  pour  son  voyage  dans  le 
Péloponnèse,  M*  Dodwell  suit  fa  roule  sacrée,  parcourue  déjà  par  tant 
d'autres  voyageurs  ;  il  passe  à  Eleusis,  à  Mégare,  à  Corinthe,  dont  il 
donne  des  descriptions  auxquelles  nous  trouvons  le  double  défaut  d  être 
longues  et  de  n'offrir  rien  de  neuf.  Sur  le  chemin  de  Coriothe  à  Argos 
sont  les  ruines  du  temple  de  Némée  ;  il  n'en  reste  que  trois  colonnes 
debout,  dont  deux  avec  leur  architrave  :  elles  ont  quatre  pieds  six  pouces 
et  demi  de  diamètre,  et  trente-un  pieds  dix  pouces  et  demi  de  haut, 

(1)  Voy*  le  Journal  des  Savans,  cahier  du  mors  d'août  1818,  p.  476»  Ce 
plan  est  gravé  dans  le  dernier  cahier  des  nouvelles  Annales  Aqs  voyages 
{ iom*  m ,p,  2S0J ;  il  y  accompagne  une  traduction  de  quelques  observations 
du  colonel  Sf]urre. 

[2]   M.  Dodwell  ne  parok  pas  se  souvenir  qu'He'rodote   dit  formellement 

3ue  les  Ethiopiens,  dans  i armée  des  Perses  j  se  scrvoient  de  flèches  garnies 
e  cailloux  aigus  (Hérod.  vil ,  fyj, 
(3)  Les  anciens  appeloient  ces  balles  maj^i  jiJi4\\jCi^m  (  Appian.^rf/.  Alkhrid, 


r 


JOURNAL  DES  SAVANS, 

sans  compter  îe  chaphetiu.  Le  temple  étort  hexastyle,  périplère,  avec 
quatorze  colonnes  sur  les  côtés,  autant  qu'on  peut  ic  conjecturer;  la 
partie  inférieure  de  (a  cella  subsiste  encore:  les  colonnes  sont  toJubées 
si  régulièrement  ,  que  le  temple  semble  avoir  été  détruit  plutôt  par 
une  secousse  de  tremblement  de  terre,  que  par  faction  lente  du  temps, 
£n  tout,  fe  style  de  rarchîtecture  manque  de  noblesse  et  de  pureté; 
les  chapiteaux  sont  trop  petiis  pour  les  colonnes,  dont  le  fût  a ,  comme 
on  Ta  vu,  plus  de  sept  diamètres  de  hauteur,  proportion  qui  surpasse 
tout  ce  qu'on  voit  dans  la  Grèce.  Argos  est  trop  bien  connue  |)ar  les 
récits  des  voyageurs,  pour  que  M*  Dodwell  ait  pu  rien  dire  de  neuf 
sur  les  ruines  de  cette  ville;  les  principales  sont  les  murs  cyclopéens  de 
VacropQlis  ou  Larissa ,  célébrés  par  Euripide  (i).  M,  Dodwell  nous 
promet  un  ouvrage  spécial  sur  les  ruines  pélasgiques  et  cyclopéennes  de 
la  Grèce  et  de  l'iialiet  accompagné  de  nombreuses  gravures.  «  Je 
»  n'entrerai  donc  point  ici»  dit-il ^  dans  une  longue  discussion  sur  ce 
^>  sujet,  dans  fespérance  quU  sera  pleinejneni  éclairci  par  le  savant 
»  auteur  de  ce  système,  M.  L.  Petit-Radel :  son  ouvrage,  si  long-temps 
4>  attendu,  répandra,  je n en  doute  pas,  une  nouvelle  lumière  sur  cette 
»  partie  tant  négligée  de  rhîstoire  primitive.» 

L  état  actuel  de  Mycènes  n  est  pas  moins  connu  que  celui  d'Argos, 
par  Touvrage  de  M,GeIlî  M,  Dodvrell  croit  reconnoîire  le  style  égyptien 
dans  fa  construction  de  Tédifice  appelé  vulgairement  le  Trésor  d'Atrce^ 
ainsi  que  dans  tous  les  ornemens  répandus  parmi  les  ruines  \  la  fameuse 
porte  des  Lions  elle-même  lui  paroît  présenter  le  même  caractère  ^ 
tandis  que  les  murs  de  la  ville  en  construction  cyclopéenne  (2)  sont  dus 
à  un  autre  peuple  :  toutes  ces  idées  ont  été  depuis  bien  long  temps 
émises  par  M.  Petit*RadeI.  «  II  est  vraiment  étrange,  dit  notre  voyageur, 
»  que  Strabon  ait  prononcé  aussi  hardiment  qu'il  ne  restoit  aucun  vestige 
«  de  Mycènes,  lorsque  Pausanias,  cent  cinquante  ans  après,  décrit  les 
»  ruines  d  édifices  qui  subsistent  encore  de  nos  jours.  Diodore  de  Sicile 
^^ dit  que  les  Argiens  détruisirent  Mycènes,  Taiç  Munmoi  ij^Ti^toÉ^*»' » 
»  et  ajoute  que  cette  ville  demeura  déserte»  Diodore,  en  parlant  de  la 
>*  destruction  des  villes,  se  sert  ordinairement  du  mot  ^7i<ratot>(Af,  qui 
»  signifie  qu'elles  furent  rasées  complètement.  Mais  un  grand  nombre 

(ï)  Euripîd.  Iphrg,  AuîU,  v.  ^j^j —  HercuL  fur»  V.  ij;  —  Troad,  p,  toSSi 
m^  Danae,  v»  2. 

(2)  Euripidie  en  parle,  Iphîg.  Aul  v.  /j-i ,  26^}  —  HercuL  Fur.  v-  $44;  —* 
ElfCtr.  V.  iijS; —  Orest.  v.  ytfy.  AlpheiH,  dans  l'AnihoIoiiie,  appelle  Mycénei 
Waic  Kv^ûi-TOfif  ^fom,  //^  p»  ij^,  id,  Jaçobs),  et  un  anonyme,  ICwitAwm/n  Mi^péwV» 
(rom»IV,p>  2ifJ, 


\ 


AVRIL  1820.  1)1 

»  de  celles  qu'if  a  rasées  ainsi  offrent  encore  des  ruines  considérables, 
^>  des  murs,  des  tours ^  des  portes,  dans  un  haut  degré  de  conser- 
î>  vatfon*  n  Au  reste,  une  preuve  que  Mycènes  fut  abandonnée  i 
I  époque  dont  parle  Diodore ,  c'est  qu'on  n'y  a  trouvé  aucun  fragment 
d  architecture  appartenant  h  un  ordre  grec,  excepté  ia  moîué  d'un 
trigfyphe  en  pierre  jaune  molle.  Tîrynthe  conserve  les  plus  beaux  restes 
de  construction  cyclopéenne  qui  soient  dans  la  Grèce  i  mais  ils  ont  été 
trop  souvent  décrits  pour  que  nous  nous  y  arrêtions.  Suivons  lauteur  à 
Epidaure ,  dans  ïhkivn  d'Esculape  »  dont  les  antiquaires  liront  avec 
fruit  la  description  ,  même  après  celle  qu'en  ont  donnée  Gell  etClarke; 
à  Trézene,  à  Méthone ,  à  Calaurîe,  qui  attirèrent  assez  long- temps 
l'attention  de  notre  voyageur.  II  ne  reste  pas  une  seule  colonne  debout 
du  temple  de  Neptune  à  Calaurîe,  et  même  on  ne  trouve  parmi  les 
ruines  aucun  fragment  de  colonne  ;  quelques  masses  confuses  subsistent, 
ainsi  que  les  guttœ  placées  sous  les  triglyphes,  ce  qui  indique  que  I  ordre 
étoit  dorique.  Le  vtnex  ou  epkranitis  4u  fronton  gît  à  terre  :  dans  fen- 
ceinte  de  la  a/la,  on  voit  de  larges  blocs  qui  ont  servi  à  former  la  partie 
cjctérieure  d'un  petit  bâtiment  circulaire;  M-  Dodwell  conjecture  que 
c'est  le  tombeau  de  Démosthène. 

De  retour  à  Corinthe,  M.  Dodwell  en  repartit  peur  visiter  Sîcyonc, 
qui  conserve  des  restes  de  son  ancienne  magniticence,  entre  autres  un 
théâtre,  situé  au  pied  de  ïncropolis ;  tout  prés,  sont  de  grandes  masses 
de  nuirailles  en  brfqnp«,  pr  Tpc  r^^tt^^  d'un  gymr*?!*;*»  soutenu  p*ir  des 
murs  en  construction  polygone.  Sur  la  route  deSicyone  \  Patras,  le  long 
du  golfe  de  Corinthe  »  M.  Dodwell  ne  trouve  guère  à  remarquer  que  les 
ruines  à*^giumj  où  la  confédération  achéenne  lenoit  ses  assemblées 
générales.  Il  ne  reste  presque  rien  des  quinze  temples,  du  théârre,  d'im 
portique,  rfun  ûgora  et  des  nombreuses  statues  qui  existoient  au 
IJ.'  siècle  de  noire  ère,  lorsque  Pausanias  visita  cette  ville. 

Notre  voyageur  parcourut  ensuite  la  côte  occidentale  du  Péloponnèse  , 
à  partir  de  Pairas.  Les  ruines  d'EIis  sont  peu  considérables  et  peu  intéres- 
santes; on  nY  trouve  presque  que  des  vestiges  de  constructions  ro- 
inaînes.  La  route  sacrée  d'Élisà  Olympie  traverse  un  pays  dont  le  sol 
est  d'une  extrême  fertilité.  Sur  cette  roule  est  Pyrgo,  ville  considérable  , 
dont  la  population  est  entièrement  grecque.  On  sait  quVne  idée  fa- 
vorite du  docte  Winckefman  étoit  de  former  une  souscripiion  pour  faire 
des  excavarions  dans  la  plaine  d' Olympie  ;  si  celte  idée  étoit  mise  k 
exécution,  il  n'y  a  aucun  doute  quon  ne  découvrît  une  foule  de  restes 
curieux  d'antiquité;  car  on  retire  journellement  du  lit  de  TAIpliée,  des 
inscriptions,  des  débris  d'armures   et  d'ustensiles  en  bjonze  :  tek  sont 


1 


M 


tjz  JOURNAL  DES  SAVANS, 

trois  beaux  casques  trouvés  par  feu  M.  Matkensie;  [eur  épnîsseur  est  si 
grande,  quon  peut  clouter  qu*ils  aient  jamais  î»ervi  à  la  guerre;  ce  sont 
prohaLlf ment  des  casques  votin*.  Auprès  de^  foihies  rt>ie>  d'un  lemple 
spacieux  qu'oaa  toute  raiscm  de  prendre  pour  celui  de  Juj^iter  Olympien, 
M.  Dudwtil  fît  faire  une  excavation  qui  mîr  à  découvert  un  précieux 
fragïneiit  de  colonne  dorique ,  dont  les  can.Melures  int  trti/e  pouces  de 
large,  et  le  diamèire  sepi  pied^  trois  pouct:>  [  ^=  ^  mètres  20H  J  ;  même 
en  prt^nant  cette  mesure  pour  telle  du  plus  grai:d  diamètre  des  cofcnnes 
des  angles,  elle  surpasse  foutes  les  dimension^  connues  dans  la  Grèce,  sans 
exteprer  les  colonnes  du  Panhénon.  Cependatii  Paiisanias  donne  a  la  tar* 
geur  du  tetnpie  de  Jupiter  Ofym|iîen  quatre-vingt-quinze  pieds  grecs ,  ou 
cinq  pieds  de  moins  qu  au  Panhénon  .il  s'ensuit  que  renire-colunnement 
étuit  plus  petit  qu'au  Parthétîon,  Ce  fragmeni  de  colonne  \ieni  d*une 
manière  assez  remarquable  à  Tappui  dune  conjtcîure  de  Sitan,  qui, 
d'après  la  hauteur  de  soixante-huit  pieds  que  Pau^anijs  donre  au  len^ple 
de  Jupiter  Olympien,  pensoit  qu'au  lieu  de  (junire-vtn^t'qtiin^e  pieds 
il  falloit  Vite  cent  quinze  pour  la  largeur;  et  îl  en  concluoii  que  (es  co- 
lonnes des  angles  dévoient  avoir  sept  pieds  trois  pouces  de  diamètre,  ou 
deux  mètres  deux  cent  trente- trois  centim. ,  ce  qui  est  à  irès-peu  près 
la  mesure  du  fragment  trouvé  par  M,  Dodwell  [^2  nièiies  20K  J* 

Un  autre  fragment  précieux  découvert  dans  celte  excavation,  est 
celui  d'une  petite  colonneen  marbre  de  Paros,  d'un  pied  de  diairèîre; 
elle  est  !rop  p*^irtc  powr- «vc^rr  ?r|rr|TiiTtcou  il  \a  rtirîgée  ultérieure  des 
colonnes  du  temple;  M,  Dodwell  conjecture,  avec  beaucoup  de  vrai- 
semblance,  que  c'est  \me  des  peiiies  colonnes  qui,  selon  Pausanias, 
soutenoient  le  trône  de  Jupiter  (i).  Il  paraît,  d'après  quelques  débris, 
que  les  colonnes  du  temple,  construites  avec  une  pierre coquiilière  inolle 
et  friable,  ^toient  recouvertes  d'une  couche  de  stuc  d'environ  un  dixième 
de  pouce  d  ep.iisseur. 

En  consinu.int  la  roule  au  sud,  on  rencontre,  entre  autres  lieux,  une 
ville  antique*  abandonnée»  qui  pourroit  être  Lcpreum  deTriphylîe  Aj^rès 
avoir  traversé  fe  Ntda ,  M'^ainrenant  Routzi,  M-  Dodwell  se  trouva  sur 
le  territoire  de  la  Messénie  :  il  vit  d'aljord  les  ruines  de  Cypanssla  à 
fendroit  nommé  Anadia ;  ensuite  il  gravît  sur  le  sommet  du  n:ont 
Ithome,où  sont  les  rutnes  d'un  petit  temple  dorique  et  des  restes  de 
înurs  en  construction  irn'gu Itère  sans  être  cyclt»péenne.  Les  ruines  de 
Messène  consistent  dans  un  thiâire  qui  est  !e  plus  i>etit  de  la  Grèce ,  dans 
un  stade»  et  dans  des  murailles  construites  au  tempis  d'Epaminondas*  Le 

(1)  Fausaa*  y,  ti. 


\ 


AVRTL  1820/ 


^ii 


grand  nomSrêaes  brigands  força  iVL  Dodwelf  d*abandonner  le  projet 
de  parcourir  en  détail  la  Messéaie»  Il  prit  le  chemin  de  TArcadît^  four 
yisiier  A fega/ûpo/îs  f  qui  ne  possède  plus  d'autres  ruines  que  des  pans  cJe 
murailltrs  et  un  théâtre  très*ina(  conservé  ;  celles  de  Gortyi  ne  sont  guère 
pfus  considérables.  Notre  voyageur  se  prometioit  des  résuhats  plus 
heurt^ux  eu  recherchant  fes  ruines  du  temple  d'Apollon  Epicurws.  Ce 
tempfe,  siiué  sur  le  mont  Cotylion,  qui  fait  partie  de  la  chaîne  du  mont 
Lycée,  avoit  été  Mti  par  Iciinus,  l'architecie  duParthénon,  et  cetoît 
îe  plus  beau  du  Péloponnèse  après  celui  de  Minerve  à  Tégée;  d'autres 
voyngeurs  en  ont  décrit  les  magnifiques  restes.  Une  excursion  au 
sommet  du  mont  Lycée  procura  à  M.  DodwefI  l'occasion  d'enrichir  sa 
collection  du  plus  beau  panorama  qu'elfe  renferme;  et,  à  la  descente 
de  cette  mont;*gne,  il  fut  assez  heureux  pour  trouver  les  ruines  de 
Lycosure,  qu'il  avoit  plusieurs  fois  cherchées  iiiutilement«  Vacropolis  de 
cette  ancienne  ville  est  soutenue  par  des  terrases  consuuitcs  connue  les 
murs  de  Tirynthe;  le  resic  des  ruines  consiste  en  débris  d'architecture 
dorique. 

1  els  sont  les  lieux  de  l'Arcràdie  visités  par  M.  DodwelL  A  partir  de 
Lycosure»  il  dirigea  sa  route  vers  la  Laconie,  et,  après  avoir  franchi  le 
Taygète,  il  descendit  dans  la  plaine  de  Misitra,  pour  examiner  les  mines 
de  Sparte  et  (SAmyclœ:  elles  sont  si  connues  par  les  récits  de  ses  prédé- 
cesseurs, que  je  ne  m'y  arrêterai  point.  Notre  voyageur  rentra  dans 
TArcadie,  pour  se  rendre  à  Fatras  par  Tripolitza.  Parmi  ies  ruines  de 
Tégée,  on  distingue  celles  du  fameux  temple  de  Mîntrve,  bâti  par 
Scopas;  on  y  reconnoît  les  débris  des  trois  ordres  d'architecture  dorique^ 
ionien  et  corinthien,  dont  il  éïoit  formé  :  M.  Dodwell  ne  put  en  prendre 
les  dimensions;  toutefois  les  fjagmens  d*ordre  dorique  annoncenî  qne 
le  temple  avoit  ii  peu  près  celle»*  du  Pnrihénon.  Les  ruines  de  Manilnée 
ne  sont  presque  d'aucun  îniérét;  il  n'en  e#*t  pa^  de  même  des  ruines 
d'Orchomène,  qui  offrent  de  beaux  restes  de  murailles  dans  le  genre 
de  celles  de  Tirynthe,  Le  lac  deSiymphale,  quoique  de  peu  d*étendue, 
est  extrêmenîent  pittoresque,  à  cause  des  montagnes  qui  l'environnent: 
la  vifle  de  même  nom  ,  située  à  cinq  sîades  du  lac,  et  non  à  cinquante 
stades,  comme  le  dit  Sirabon,  n'est  plus  qu'un  monctau  de  ruines 
informes,  où  Ton  remarque  une  quantité  considérable  de  débris 
d'architecture  dorique.  On  y  arrive  pnr  une  ancienne  roure,  pavée  de 
larges  blocs  de  pierre  en  polygones  irréguliers ,  Lomme  ceux  des  routes 
romaines.  De  là  jusqu'à  Patras,  on  ne  rencontre  d'intéressant  que  les 
ruines  de  Pbénée  et  de  Clitor ,  ville  jadis  célèbre  par  une  fontaine  dont 
feau  étoit  si  délicieuse,  qu'après  en  avoir  bu  Ton  ne  pouvoit  supporter  le 


^34 


JOURÎSfAL  DES  SAVANS, 


goût  ni  Todeur  du  vin  (  î)  :  il  paroît,  d'après  rexpérience  denofr^vSyS 
geur,  que  le  temps  a  enlevé  h  cette  fontaine  celte  propriété  admirable*^ 
En  passant  sur  les  bords  de  VÂrodniuf,  il  eut  beau  prêter  l  oreille ,  i| 
n'entendit  pas  non   plus  la  voix  du  poisson  pcecUia,  qui,   disoit-onH 
chantoit  comme  une  grive  (2)*   Pausanias  assure  qu'il  vit  plusieurs  de 
ces  poissons  vivans  ;  mais  il  avoue  ingénument  qu  il  ne    les  entendîi 
point  chanter.  APatras,  M.  Dodweil  s'embarqua  pour  Civitta-Vecchia/ 
où  il  arriva  le  1  8   septembre  i  806  ;  mis  provisoirement  en  surveillance*] 
dans  le  donjon  du  château,  il  fut  rendu  bientôt   à  la  liberté,  grâce  i' 
Tentreniise  des  célèbres  artistes  français  Cranet  et  Dupaty. 

Un  appendice  termine  ce  voyage  :  on   y  remarque   par  lieu  fièrement 
une  plan*.he  représentant  les  quatre  genres  de  constructions  irréguliérei 
qui  :>e retrouvent  dans  les  antiques  murailles  des  villes  grecques;   unej 
table  des  différentes  formes  des  jettres  de    1  alphabet  grec;  enfin  des 
inscriptions  recueillies  en  diver>  lieux  de  la  Grèce:  les   unes  sont  déjà'j 
connu€rs;  le  reste  e>t  ou  extrêmement  fruste  ou  peu  intéressant.  La  plus* 
remarquable  est  une  inscripiîon  laiine,    qui   exj>te  à    Delphes  ;  Cl;irke*| 
nVn  avoit  donné  que  quatre  lignes  (  ^)  ;  M,  Dodweil  fa  copiée  entière  : 
les  lacunes  qui  s'y  trouvent  empêchent  d'ensuivre  le  sens  complètement; 
cependant  on  voit  qu'il  sVgit  d'un  décret  rendu  sous  un   empereur  dont  1 
ïe  nom  majique,  relativement  à  un  diUcrent  survenu  entre  les  villes  de 
Delphes  et  d'Anticyre, 

LETRONNE, 


Traductwn  française  deStrabon;  tome  V.  Paris,  1 8  rp , 
de  Timpri merle  royale. 

PREMIER    EXTBAÎT, 

Le  cinquième  volume  de  Strabon  qui  vient  de  paroître,  et  qui 
complète  la  traduction  de  cet  auteur,  est  assurément  Fun  des  ouvrages 
les  plus  importans  dont  nous  puissions  entretenir  nos  lecteurs.  Afiii  de 
nous  réserver  •  plus  d'espace  pour  les  discussions  que  cet  examen 
exige ,  nous  croyons  devoir  placer  dans  un  article  préliminaire  lanalyse 
rfun  mémuire  fort  étendu  et  fort  instructif,  que  M,  Gosîellin,  fun  des 
Collaborateurs  de  cet  ouvrage,  a  joint  au  volume  que  nous  annonçons. 

(1)  Aihrn.  DtipnQs.  Ji,  ^j ,  Ei  Vitruv.  F///>  ///;  Ovid.  Aîetam.  XV, 
J22.  —  (2)  Pausan.  yiiJ^  sa;  Athen.  Yiii ,  j^t,  £,  —  (3)  Clarkc's  TTavtU  , 
w/.  ly,  p,  j^f. 


À 


?5^ idées  que  Fauteur  de  ce  mémoire  expose  sur  le  principe  des  dîfferens 
^systèmes  métriques  de  laniiquité  ,  sont  de  nature  à  exciter  vivement  la 
curiosité  des  personnes  qui  s'occupent  de  ces  rechercher*  Nous  pensons 
t^oncquon  nous  saura  gré  de  placer  ici,  san«  prétendre  nous  établir 
V^uges  de  sa  doctrine ,  une  exposition  succincte  et  fidèle  de  celte 
[théorie. 

Dans  un  mémoire  placé  k  la  tête  du  premier  volume  de  la  traduction 
deSfrabon,  M.  Gossellin  avoit  proposé  une  nouvelle  méthode  pour 
l J^évakiation  des  mesures  itinéraires  employées  par  les  Grecs  et  les 
Romains.  Le  résultat  de  ce  travail  avoit  été  de  prouver,  par  un  grand 
nomîjre  d'exemples^  que  fa  diversité  des  mesures  que  les  anciens  nous 
ont  transmises,  dérivoit  de  celfe  des  modules  dans  lesquels,  depuis 
un  temps  immémorial,  étoit  exprimée  fétendue  de  la  circonférence 
de  la  terre.  Le  nouveau  mémoire  dont  nous  allons  rendre  compte,  est 
intitufé,  Recherches  sur  le  principe,  tes  bases  et  révdluation  des  diffcrens 
systèmes  métriques  linéaires  de  F  antiquité,  et  a  pour  but  de  compléter  et 
de  justifier  la  théorie  que  Fauteur  avoit  précédemment  établie,  II  examine 
d'où  provient  la  variété  de  ces  systèmes,  et  il  montre  comment  il  est 
possibfe  de  les  déduire  tous  d'un  élément  unique. 

Ce  mémoire  se  divise  en  trois  parties  :  la  première  traite  des  systèmes 
réguliers,  c'est-à-dire,  de  ceux  dont  toutes  les  divisions  découlent  d\uî  , 
seul  et  même  élément  ;  la  seconde,  des  sy:*itèmes  îrrégulieri ,  ou  de  ceux 
qui  renferment  dans  leut  ensemble  des  mesures  étrangères  les  unes  aux 
autres;  la  troisième,  des  systèmes  métriques  employés  par  les  Arabes  du 
moyen  âge  et  par  quelques  autres  peuples. 

Ces  differens  systèmes  présentent  la  nomenclature  des  principales 
mesures  usuelles,  telles  que  le  doigt,  le  palme,  le  pied,  la  coudée, 
Forgyîe,  le  stade,  le  mille,  &c.  avec  leurs  proportions  relatives,  «  Mais 
»  parmi  ces  mesures,  dit  M,  Gossellin,  celles  qui  précèdent  le  stade, 
»  n'ayant  pas  de  type  constant  dans  la  nature,  ne  peuvent  êire  évaluées 
j»  isolément  ;  le  stade,  au  contraire,  étunt  donné  par  les  astronomes  et 
»  les  géographes  de  l'antiquité  pour  une  partie  aliquote  de  la  circonfé- 
n  rence  de  la  terre,  offre  un  moyen  sûr  de  retrouver  la  longueur  qu'on 
»>  lui  attribuoit  en  fa  déduisant  de  celle  du  degré  terrestre;  alors  le  siade 
»  devient  nécessairement  le  module  d  après  lequel  doivent  se  conclure 
M  toutes  les  autres  mesures,  i» 

Cela  posé,  fauteur  procède  \  la  recherche  des  causes  qui  ont  affecté 
de  valeurs  difi'éren tes  ce  module  primitif;  et  dVbord,  en  réunissant  les 
diverses  évaluations  du  périmètre  de  la  terre  que  les  anciens  nous  ont 
transmises  ou  indiquées ,  il  en  trouve  neuf,  qu'il  range  dans  I  ordre  suivant  ; 

Gg   % 


JOURfiAL  DES  SAVANS, 

4oooco  stàtles.  24*^^00  stades*  570C00  stades/ 

3C0000.  iSoooo.  2:^5000* 

^^Cocoo*  ît6ooo.  250000  ou  25  2000. 

En  voyant  de^î  évalnatron.^  si  drsproîxîrrionnées,  on  peut  demander  sî 
elles  îiont  fes  réi»uliats  de  plusieurs  opérations  distinctes,  ou  sî  l'on  doit! 
croire  qu'une  première  mesure  de  [a  terre,  modifiée  dans  la  suite  paruna 
raisort  quelconque,  aura  suffi  pour  produire  les  variations  que  ron  vient 
dVxposer.  Le  savant  Bailly  essaya  de  résoudre  une  pardedeces  questions,  i 
en  supposant  quatre  coudtes  préexistantes  dont  les  rnullij»les  auroient  j 
'servi  à  former  les  stades  de  400000,  de    ^00000,    de  240000  et  de^ 
180000  à  la  circonférence  de  la  terre.  Mais  celte  supposition,  dont 
M.  Gossedin  ddmontre  les  vices  et   les  invraisenil)lances,   ne  rendroit 
com})te  encore  que  de  quaîre  de  ces  grandes   mesures  ,  et  laisseroit  les 
cinq  au:res  sans  explication.  II  faut  donc  la  chercher  dans  une  théorie 
qui  les  etnbrasse  toutes;  ei  cette  théorie»  ausM  simple  en  elle-même  que 
féconde  dans  ses  conséquences,  consiste  à  reconnoître  une  p>remière 
mesure  delà  terre,  et  à  admettre   des  différences  dans  la  méthode  de 
gjaduersa  circonférence  et  d'en  subdiviser   Its  degrés, 

«Dès  rinstantjdit  M,  GosseKin,  ou  les  Grecs  se  sont  occupés  de 
y>  géograjjhie  astronomique ,  on  les  voit  rapporter  et  comparer  la  valeur 
»  de  toutes  ies  distances  itinéraires  qu'ils  recueilloîeni,  à  fétenduede  fa 
3î  circonférence  du  gfobe  ;  f  t  cet  usage  atteste  que,  d'après  une  tradition 
:»»  constante ,  les  modules  des  stades  et  ceux  des  nulles  étoîent  regardés 
»  comme  des  parties  aliquoîes  de  cette  circonférence^  et  par  conséquent 
>j  comme  des  résultats  posiufs  d'une  mL3ure  de  la  terre.  >î 

Partant  de  ce  principe,  et  considérant,  en  second  lieu,  que,  toute 
division  du  cercle  étant  arbitraire  et  admi5>ibfe,  on  a  pu  varier  sur  îe 
nombre  des  degrés  dans  lesquels  sa  circonférence  devoit  être  pariagée, 
M.  Gossellîn  regarde  les  nombres  de  4^0000  >  de  jooooo  et  de 
3600CO  stades  donnés  au  périmètre  de  !a  terre,  comme  indiquant  trois 
essais  successivement  applîqiiés  à  la  division  du  cercle  en  4oo,  en  joo 
et  en  360  degrés.  C  est  de  Ih  ,  en  eflet,  et  des  différentes  sulîdivisions  de 
ces  degrés,  qu'on  voit  sortir  les  divers  stades,  les  milles  itinéraires  et  les 
autres  mesures  de  longueur  connues  des  anciens  et  rapportées  dans  le 
mémoire  dont  nous  parlons. 

Cet  auteur  pense  donc  que  les  anciens  appliquèrent  ,    à  diverses 

époques,  trois  méthodes   différentes  à  la  division  du  périmètre  de  la 

terre.  La  première  et  la  plus  sitnpie ,  celle  qui  le  partageoît  en  quatre  par 

l'réquaicur  et  par  un  méridien,  produisit,  d'après  la  division  décimale 

de  chacune  de  ces  quatre  parties  en  cent  degrés,  puis  du  degré  en  cent 


AVRIL  î920*  wm^^      2J7' 

jnufes,  ef  de  Ta  mioute  en  dix  parties,  produis! tTmSonMibu s ,  des 
niiltes  itinéraires  ei  des  stades  qui  furent  des  cenîièrnes  et  des  miilietnes 
du  de^ré  terrestre,  de  sorte  que  la  circonférence  de  la  terre  eut  4oo 
degrés  et  4000CO  stades.  Far  une  seconde  divisi<ïn,  îiraginée  pouf' 
fîitiiîter  Us  c;;lcyls»  ie  cercle  tut  partagé  en  joo  degrés,  et  le  périiuétre 
dugfobeen  jcooco  stadeîi.  Enfin,  le  nombre  j6o  offratu  vingt-qiaire 
'diviseurs,  et  pnr  conséquent  encore  plus  de  facîliié  dans  les  opt rations, 
♦on  fut  porté  définitivement  à  partager  le  cercle  en  560  dt-gres,  quoa 
•-divisa  de  la  même  manière  que  les  précédens,  et  la  circonférence  de  lai 
terre  eut    }6oooo  stades. 

Telles  ont  été  les  bases  des  trois  plus  anciens  systèmes  métriques  ;  et  J 
ia  valeur,  en  mesures  modernes,  déduite  par  M,  Gosse/lin,  pour  chacun  , 
des  stades  et  des  milles  qui  eniroientdans  la  composition  de  tes  sysièines, 
est  fixée  comme  il  suit,  d'après  les  4ooo  myriameires  attribués  par  no%\ 
astronomes  à  la  circonférence  de  la  terre  : 

RI 

Pour  le  stade  de  4ooooo  à  la  circonférence 1  oo,ooû^ 

Pour  le  mille  itinéraire 1 000,000. 

Pour  le  stade  de  30000©, j  3  },ijj. 

Pour  le  jnîlle ^ 13  3  JijjJ. 

Pour  le  stade  de  360000 i  j  i^n». 

Pour  le  mille •  •  .  •  * .  1 1  1  i  m  j« 

Les  longueurs  des  mesures   précédentes   restèrent  fixes  et  indépen- 
dantes des  trois  divisions  du  cercle;  et  quand,  par  la  suite,  le  partage] 
du  degré  centésimal  en  soixante  minutes  eut  prévalu  sur  (ancien  par-*] 
tage  en  cent  minutes, il  en  résulta  d'autres  mesure*  de  deux  tiers  plus 
grandes,  que    les   écrivains    de  rantiquîté  nous  ont  aussi  transmi:>es,  i 
et  dont  M.  Gossellin  fixe  ainsi  la  \aleur  : 

m 

Pour  le  stade  de  240000  à  la  circonfèrence» 166,^^7, 

Pour  le  tnille  itinéraire 1 666^6f,j^ 

Pour  le  stade  de  1  Hoooo .  .  ,  222,^11, 

Pour  le  tnille.  ...•*• 2122, ^i*. 

Pour  le  sfade  de  2 1 6000. 1  H  5»r8j^ 

Pour  le  mille, 1  S  j  1  ,«jâ. 

Enfin,  quand  la  division  du  cercle  en  }6o  degrés,  de  60  mîmiteç 
chacun  ,  eut  été  généralement  adoptée ,  il  fa  Tuf  pri>pornunner  le 
nombre  des  milles  et  des  stades  précédens  à  la  dîv[sion  .sexa  ésimafe, 
sans  rien  changer  k  leurs  valeur:^  ;  et  c'est  alors  que  ion  etii  pour  chaque 
degré  : 


i 


a}8  JOURNAL  DES  SAVANS, 

I  1 1  i  I  stades  de  4ooooo ,  ou  i  i  i  y  miilei  itinéraires; 

8j  j  î^  stades  de  jooooo,  ou  83  |  milles; 
1000  stades  de  }6oooo,  ou  toc  luilles; 
666  j  stades  de  240000,  ou  66  j  Jiiilles; 
joo  stades  de  180000,  ou  jo  inillcs; 
600     stades  de  216000,  ou    60     milles. 

L'auteur  s'nrrête  un  instant  pour  montrer  comment  les  anciens  ont 
formé ,  d*aprè$  les  suhdivi^ions  décimales  et  duodi-cimiiles  des  stades, 
leurs  autres  mesures,  telles  que  le  plèihre,  rorgyie,  le  pas,  la  grande 
et  la  petite  coudée,  le  pied,  la  spiihame,  le  palme,  le  pouce,  le 
doigt,  &c.;  et  il  présente,  dans  un  tableau  général  placé  à  la  fin  de 
son  mémoire,  les  valeurs  de  chacune  de  ces  mesures  dans  les  differens 
systèmes  dont  on  vient  de  parler»  et  dans  les  trois  suivans,  qui  n'offrent 
que  des  modifications  de  deux  des  stades   précédens. 

Le  premier  de  ces  trois  stades,  celui  de  270000 i  la  circonférence 
de  la  terre,  paroit  être  à  M*  Gossellin  le  mêine  que  Censorin  appelle 
itatîijue,  L*auteur  fait  voir  que  ce  stade  étoit  en  usage  en  Italie,  qu'if 
étoit  de  dix  au  mille  romain,  ou  de  7J0  au  degré,  qu'il  doit  être 
évalué  à  i4î^"'>'4«,  et  qu'il  se  trouve  composé  de  400,  au  lieu  de 
500  grandes  coudées  du  stade  de  560000  :  d*où  il  résulte  que  le  stade 
italique  et  !e  mille  romain  avoient  aussi  pour  base  une  jartie  aliquote 
de  la  circonférence  de  la  terre. 

Il  en  est  de  même  du  stade  de  22^000,  ou  de  62  j  au  degré,  que 
M4  Cossellin  nomme  staJe  du  dolique  syriçn  ,  parce  quil  déduit  les 
I77'",77^  de  sa  valeur,  de  Tétendue  assignée  par  S,  Epiphane  au  dolique 
syrien*;  et  un  simple  rnppracfiement  suffit  pour  fiiire  voir  que  ce  stade 
est  composé  de  4oo  grandes  coudées  de  celui  de  jooooo. 

Enfin ,  le  stade  de  2  j  0000,  faussement  attribuée  Eratoslhéne,  n'est 
encore,  suivant  M.  Gossellin,  quune  modification  de  Tancien  stade 
de  500000,  dont  on  a  pris  le  doigt  décimal  pour  en  former  le  doigt 
duodécimal  du  nouveau  stade,  ce  qui  a  porté  sa  longueur  à  694  |  p^r 
degré;  et  cest  pour  éviter  ce  -nombre  fractionnaire  qu'ojv  a  ensuite 
supposé  ce  stade  de  252000,  ou  de  700  au  degré.  L'auteur  démontre 
que  ces  deux  opérations  sont  la  cause  des  erreurs  qu'Ératosthène  a 
commises  dans  fa  détermination  de  toutes  tes  longitudes  de  fa  carte 
qu'il  a  publiée. 

Voil^  donc  les  neuf  stades  connus  des  anciens ,  qui  ont  pour  base 
un  seul  et  même  type  primitif,  combiné,  modifié  de  différentes  ma- 
nières; et  la  valeur  de  lun  de  ces  stades,  ou  seulement  de  Tune  de 
fes  portions,  étant  déterminée >  il  eu  résulte  quon  peut  avoir  la  vajeur 


AVRIL  1820*  139 

•tous  les  autres  avec  la  même  certitude ,  et  que  fa  recheiche  des 
mesures  de  longueur  employées  par  les  anciens  se  trouvera  considé- 
rablement simplifiée. 

Ici  M.  Gossellrn  s*nrrête  pour  justifier  révalution  qull  vient  de 
donner  à  chacun  des  stades  précédens,  et  d'oi*  il  conclut  la  valeur  de 
toutes  les  autres  mesures  usuelles  des  anciens:  il  fait  voir  combien  ces 
déterminations  s'accordent  avec  les  mesures  itinéraires;  avec  les  dis- 
lances terrestres,  fixées  par  le  moyen  des  observations  astronomique*; 
avec  les  mesures  grecques  et  romaines  dont  on  a  retrouvé  quelques 
types  ;  avec  la  coudée  du  nilomêtre  d'Eléphantine,  découverte  par 
Al.  Girard,  qui  fa  prise  pour  fa  petite  coudée  de  4^^  d*iin  stade  in- 
connu, tandis  que,  dans  l'ensemble  des  opinions  de  M*  Gossellini 
elle  se  trouve  être  la  grande  coudée  de  300  au  stade >  du  stade  égyp- 
tien de  252C00;  et  il  termine  la  première  partie  de  son  mémoire  par 
les  conclu  ions  suivantes  : 

ï/  Qu'il  y  eut  une  époque  dans  Tantiquité  oii.  letendue  de  Fa 
circonférence  de  la  terre  et  la  valeur  de  ses  degrés  ont  été  connues 
avec  une  très-grande  précision  ; 

2/  Que  les  diflérens  systèmes  métriques  que  les  anciens  nous  ont 
transmis,  ont  eu  pour  base  une  des  piiriies  abquotes  de  celte  circon- 
férence ; 

}•*  Que  le  système  de  division  du  cercle  en  4oo  degrés,  renouvelé 
par  nos  astronomes ,  et  les  opérLitions  qu'ils  ont  faites  pour  déterminer  la 
valeur  du  degré  moyeti  de  la  terre; confirment  Texactitude  des  nieî>ures 
anciennes,  et  achèvent  de  prouver  qu'il  est  possible  de  les  ratnener  àv 
un  type  priïnîtif* 

Après  avoir  considéré  les  systèmes  méiriques  des  anciens  dans  leur 
ensemble  et  dans  leur  première  tégularité,  M.GosseDin  passe  à  rexamen 
de  ceux  qui,  d'après  le  mélange  des  mesures  dont  ils  sojit  composés, 
annoncent  une  origine  postérieure.  Cest  partitulièrement  dans  lacom* 
paratson  des  milles  itinéraires ,  des  parasonges  ou  des  schœnes  avec  les 
stades,  que  rirrégularité  de  ces  nouveaux  systèmes  se  fait  remarquer; 
mais  l'auteur  prétend  que  ces  mesures  hétérogènes  peuvent  se  rapporter 
aux  élémens  qu'il  avoît  précédemment  indiqués. 

II  montre  d'abord  que,  dans  l'origine,  le  mi  fie  fut  toujours  composé 
de  (^ix  stades  du  système  auquel  il  appartenoit,  et  que  Ton  dut  par  con- 
séquent compter  autant  d'espèces  de  milles  qu'il  y  tut  dt*  stades  difle» 
rens.  H  prouve  que  la  même  chose  eut  lieu  à  I  égard  du  schœne  ou  de  la 
parasange,  mesurrsqur  lui  paroissent  être  identiques,  et  qui ,  coii'posées 
de  30 1  de  J^q  et  de  ôo  $tadeS|  ou  de  3^  de  4  ^t  àt  6  milles  ittiiéraires. 


fo  JOURNAL  DES  SAVANS, 

suhireni  les  variaiions  comrniuîes  à  ces  deux  élenieiis*  T;uU  que  les  sys- 
lèines  métriques  n éprouvèrent  point  de  mélange,  la  valeur  relative  de 
chacune  de  ces  mesures  fut  aisée  à  trouver  d*après  des  rapporta  ainsi  établis. 
Il  ny  eut  de  difficultés  que  lorsque,  par  des  communications  successives 
de  peuple  h  peuple,  les  mesures  d  un  pays  se  trouvant  mélangées  avec 
celles  oun  autre,  l'emploi  simultané  de  ces  mesures  hétérogènes  obligea 
den  déterminer  les  mpports;  et  de  là  sont  venues  les  distinctions  si 
cnjbarrassantes  aujourd'hui  de  ces  milles  comparés  tantôt  à  7  stades, 
Uutùt  h  7  stades  7,  à  8  stades,  h  8  stades  j,à  lo^  à  12  stades t  écc. 
Or,  d'nprès  roLservation  de  M.  Gossellin,  que  ces  différens  milles 
étoiunt  toujours  composés  recollement  de  dix  stades,  et  que  s'ils paroissent 
Cii  contenir  plus  ou  moins,  c*est  parce  qu'ils  se  trouvent  comparés  à  des 
siadts  ou  plus  petits  ou  plus  grands  que  ceux  des  systèmes  auxquels  ifs 
apparncnnenl,  il  donne  le  tableau  des  différentes  combinaisons  sous 
lesquelles  ces  mesures  peuvent  se  présenter  dans  les  écrits  des  anciens. 

Après  ces  observations  générales  et  quelques  autres  qui  montrent 
comment  des  mesures  si  dissemblables  en  apparence  se  rattîichent  les 
unes  aux  autres ,  et  dérivent  toutes  de  combinaisons  différentes  d  un  mêma 
élément,  M.  Gossellia  se  livre  k  Texamen  particulier  des  systèmes 
métriques  anciens  qui  nous  sont  parvenus,  et  dans  lesquels  le  mélange 
des  stades,  des  tnilles  et  des  parasanges  de  diverses  espèces,  se  fait  sur- 
tout remarquer.  Il  analyse  et  recompose  successivement  le  système 
romain;  le  système  arménien  recueilli  par  Mrïse  de  Chorène;  deux 
systèmes  syriens  que  nous  ftit  cotinoître  S,  Épiphane;  un  troisième 
système  syrien  quon  retrouve  dans  les  extraits  de  Julien  d'Ascalon  ; 
deux  systèmes  alexandrins,  l'un  antérieur  k  Héron,  l'autre  employé  par 
les  Grecs  d'Alexandrie  au  temps  de  ce  géomètre;  un  troisième  système 
décrit  dans  un  ouvrage  attribué  à  Didyme  d'Alexandrie,  et  qui  se 
trouve  parmi  les  manuscrifs  de  la  Bibliothèque  du  Roi.  Dans  les  dis* 
eussions  qui  accompagnent  chacun  de  ces  systèmes,  M,  Gussellin 
s  attache  à  démêler  les  élémens  primitifs  sur  lesquels  ils  sont  établis,  les 
mesures  hétérogènes  qu'on  y  a  intercalées ,  et  il  fixe  dans  autant  de 
taljleaux  séparés  les  valeurs  qui  leur  sont  propres.  On  conçoit  que  ces 
distus:»ions  ne  sont  pas  susceptibles  d^extrail .  et  qui!  suffit  d  en  indiquefi 
comme  nous  le  taisons  ici,  l'objet  et  le  résultaf» 

Cette  seconde  partie  du  mémoire  est  terminée  par  des  observations 
sur  ta  coudée  du  nilomètre  dÉléphaniine,  que  M.  Girard  a  trouvée 
di\isée  en  quatorze  parties;  ce  qui  lut  a  fait  croire  que  la  coudée 
égyptienne  ve  pariagcoit  en  sept  palmes.  M,  Gossellin  pense  que  cette 
division  de  la  coudée  a  été  inconnue  dans  rantiquité ,  que  celle  d^l^Ié* 


AVRIL   1820. 

pfianlîne  est  la  grarï3? coudée  de  huit  palmes  du  stade  de   251000;  îV 
explique  comment  les  divisions  qu'elle  présente  ont  eu  pour  objet  de 
faire  connor  Ire  en  même  temps,  lors  des  crues  du  Nil,  [a  hauteur  du. 
fleuve  en  mesures  égyptiennes  prises  du  stade  de  2  j  1000 ,  et  en  mesure» 
grecques    prises  du    stade  ofympîque   de    216000.   Cette  discussion 
conduit  M.  Gosseilin  à  examiner  la  valeur  comparative  des  mesures 
égyptiennes  et  des  mesures  babyloniennes,  dont  la  différence  indiquée^ 
par  un  passage  d'Ezéchiel  a  donné  lieu  à  diverses  suppositions.  Uautetir 
montre  encore  que>  dans  ce  passage,  il  ne  peut  être  question  d'une 
coudée  de  sept  palmes  proprement  dite,   et  dont  fusage  eût  été  parti-  « 
culîer  aux  Hébreux  :  il  fixe  ensuite  d'une  manière  nouvelle,  et  d*après  le 
principe  qui  lui  est  propre,  la  proportion  des  mesures  égyptiennes  avec  j 
celles  des  Babyloniens  et  des  Hébreux,  en  confirmant  les  résultats  quiJ 
obtient  par   fapplication  de  ces  mesures  îi  différens  objets   dont  les 
longueurs  nous  ont  été  transmises. 

Dans  la  troisième  et  dernière  partie  de  son  mémoire,  M.  Gosseilin 
s'applique  à  découvrir  la  valeur  des  mesures  employées  par  les  Arabes,' 
fes  Indiens,  les  Chinois,  &c.  Ces  recherches  présentent  d'autant  plus 
d*întérèt,  que  la  description  d'un  grand  nombre  de  contrées  encore  peu 
connues  de  nos  fours  nous  a  été  transmise  par  des  géographes  orientaux. 
L'auteur,  en  observant  que  Tusage  du  doigt,  du  palme,  de  la  coudée, 
du  mille,  de  la  parasange ,  s'est  conservé  parmi  ces  peuples,  pense  que 
leurs  systèmes  métriques  ont  la  même  origine  que  ceux  des  Grecs,  et 
que,  sous  cet  aspect,  les  mesures  des  Arabes  du  moyen  âge,  c'est-à- 
dire,  des  écoles  de  Bagdad  et  de  Samarkand,  appartiennent  encore  à 
J  antiquité,  et  doivent  se  rattacher  aux  systèmes  précédemment  exposés. 

Il  commence  par  l'examen  de  la  mesure  de  la  terre  faite  par  les  as- 
tronomes d'AI'Mamoun,  dans  quatre  contrées  dîfTérentes,  et  qui  trou- 
vèrent 56,  56^,  j6  j  et  57  milles  à  Féiendue  du  degré  de  latitude. 
L'auteur  fait  voir  qu'ils  ont  employé  dans  ces  mesures  la  grande  coudée 
du  stade  de  ^70000,  qui  est  leur  coudée  noire,  et  qu'ils  ne  se  sont 
trompés  qu'en  préférant  le  mille  de  j6^  à  celui  de  56  ^.  II  rétabliti 
sous  ces  deux  aspects ,  le  système  introduit  par  Al  Mamoun  puis  il  passe 
au  système  hachémique  dont  les  Perses  se  servoieni  avant  la  domination 
de^  Arabes  ,  et  il  discute  successivement  les  différens  systèmes  présentés 
par  Mésoudi»  parTEdrisi,  par  Aboulféda  ,  Ali-Koshgi  et  par  Ebn  al- 
Ouardï,  en  observant  que  ces  auteurs  comparent  toujours  les  élémens 
des  mesures  dont  ils  parlent  à  la  circonférence  du  globe;  ce  qui  donne 
yne  nouvelle  preuve  de  la  tradition  non  interromjïue  qui  rappeloit  le 
module  de  toutes  les  mesures  h  la  valeur  du  degré  terrestre.  Viennent 

Hh 


liz  JOURNAL  DES  SAVANS, 

ensuite  les  systèmes  indiens,  antérieurs  et  postérieurs  à  rinvasion  des 
Mahométans  ;  celui  qui  fut  établi  par  Akbar  ;  b  valeur  de  plusieurs  mesures 
itinéraires  actuellement  en  usage  dansTInde;  deux  systèmes  métriques 
des  Chinois ,  &c.  que  nous  nous  contentons  d'indiquer  parce  que  les 
détails  nous  meneroient  trop  loin. 

Au  reste,  les  peuples  de  TAsie  ne  sont  pas  les  seuls  qui,  h  travers 
les  siècles  et  les  révolutions ,  ont  su  conserver  dans  leur  intégrité  quelques- 
uns  des  types  originnux  qui  avoient  été  puisés  jadis  dans  la  source  com- 
mune à  toutes  les  aiitres  mesures;  lauteur  fait  voir  qu*ea  Norwége»  en 
Suède,  en  Pologne»  en  Lithuanie,  en  Prusse,  en  Bavière,  en  Saxe,  en 
Silésie,  en  Suabe,  enScanie^en  Allemagne, en  E>pagne,en  France,  &c.  p 
les  lieues  les  plus  en  usage  sont  toutes  des  parasanges  ngoureusemenl 
égales  à  celles  que  les  anciens  ont  employées.  Nous  terminerons  cette 
analyse I  bien  incomplète  sans  doute,  d'un  travail  aussi  important,  aussi 
neuf  dans  son  ensemble,  et  aussi  curieux  dans  ses  détails,  par  la  citation 
suivante,  qui  en  offrira  le  réî^uhai  à  nos  lecteurs  avec  plus  de  précision 
que  nous  ne  pourrions  le  faire  nous-mêmes: 

M  II  scroît  facile,  dit  M.  Gossellin,  de  multiplier  ces  exemples rmais 
!•  je  crois  avoir  réuni,  dans  mes  deux  mémoires,  plus  de  témoignages 
»  qu'il  11  en  faut  pour  montrer  que  les  bases  de  tous  les  systèmes 
>i  métriques  linéaires  que  j'ai  pu  découvrir,  soit  chez  les  Grecs  et  les 
)»Romaiiis,  soit  chez  les  Germains,  les  Gaulois,  les  Arméniens,  fes 
y*  Syriens  f  les  Hébreux,  les  Egyptiens,  les  Arabes,  les  Perses,  les 
K»  Indiens,  les  Chinois,  les  Japonais,  se  rattachent  à  la  mesure  de  la 
**  terre,  i  un  seul  type  primitif  diversement  modifié,  et  toujours 
»  conservé  avec  exactitude  dans  les  variations  qu'il  a  éprouvées.  Cette 
•9  unité  de  module  peut  seule  exphqucr  la  liaison  ,  les  rapj>orts  constans 
»  que  présentent  les  difit: rentes  mesures  anciejines,  quand  on  cherche  à 
»  les  comparer,  à  les  combiner  entre  elles;  et  c'est  en  les  raj^prochant 
»  toutes  ,  qwt  les  dévebppemens  d'une  théorie  trè>  simple  m\>nt  conduit 
y>  h  de^  résultais  confirmé:^  h-la-fuis  par  les  obstfv.itions  astronomiques, 
n  par  des  monument  qui  exi>ient  encore,  par  de  nombreuses  applications 
»  des  antiennes  mesures  itinéraires»  enfin  par  Femploi  de  ces  mêmes 
»  mesures,  continué  jusqu'au'nurdiiui  chez  diffërens  peuples  et  dans 
a»  de  vastes  conir^^es,  dtpuis  les  confins  occidentaux  de  TEurope 
9>  jusqu  aux  extrémités  orientales  de  FAsie»  « 

RAOUL-ROCHETTE. 


AVRIL   1820. 


2W 


UCTIONNAIBE    ONIVEItSEL   DE   LA    LANGUE   FRANÇAISE, 

composé  et  publié  par  AL  Raoul-Rochette ,  d* après  des  nuué- 
riaux  recueillis  en  grande  partie  par  M.  Boissonade,  A  Paris, 
chez  Nicole,  1819  (spécimen);  32  pages  in-^.^ 

Ce  Dîciionnaîre  doit  remplir  deux  volumes,  dont  le  second  paroîtra 
^ers  fa  fin  de  1  82 1  ,  et  le  premier  au  mois  de  décembre  1 820  :  les  feuilles 
que  Ton  vient  de  publier  sont  les  premières  du  lome  I/%  et  contiennent 
le  commencement  de  l'ouvrage  j  depuis  le  mot  rîr  jusqu'au  mot  accepter. 
Ce  n'est  donc  point  un  choix  d'articles ,  mais  la  série  naturelle  et  complète 
de  ceux  qui  doi\ent  précéder  tous  les  autres.  Ce  genre  de  spécimen  nous 
paroït  plus  propre  qu'aucun  antre  à  donner  une  juste  idée  et  du  plan  et 
de  l'exécution  d'un  lexique.  On  y  peut  voir  immédiatement  quel  genre 
de  notions  il  renfermera,  quelles  en  seront  les  formes,  la  méthode  et 
rétendue.  Depuis  un  siècle  et  demi,  trop  d'essais  ont  prouvé  Textrême 
difficulté  d'un  dictionnaire  universel  de  notre  langue.  On  prétend  que  si 
ces  travaux  sont  restés  incomplets  et  défectueux  ,  c'est  qu'ils  avoient  été 
entrepris  trop  tôt,  c est-à-dire,  avant  la  publication  de  (a  plupart  des 
chefs-d'œuvre  de  la  prose  française  :  mais  cette  prose,  déjà  riche  en  1 694  • 
Tétoit  de  plus  en  plus  en  171  8,  en  t74o,  en  1762;  et,  quel  que  fût  au 
surplus  fétat  de  la  langue  à  ces  différentes  époques,  il  semliloit  au 
moins  possible  de  ta  décrire  telle  qu  elle  étoit,  d'en  donner  un  inventaire 
complet  et  fidèle.  L'imperfection  des  lexiques  français  tient  k  plusieurs 
autres  causes,  dont  quelques-unes  sont  indiquées  dans  \e  prospectus  de  l'ou- 
vrage qui  nous  occupe.  En  ce  genre,  comme  en  tous  les  autres ,  le  talent 
réussit  à  force  de  travail,  de  savoir  et  de  méthode  ;  et  c'est  à  ces  moyens 
que  le  nouveau  Dictionnaire,  s'il  est  en  entier  tel  qu'il  î^'annonce,  devra 
un  succès  qui  restoh  à  obtenir,  Nous  croyons  qu'on  n'avoît  point  encore 
puiant  approché  du  but. 

Le  plan  exposé  dans  le  prospectus  «  consiste  à  donner  à  la  suite  de 
n  chaque  mol ,  i  •*  son  éf}  mologie  exprimée  en  peu  de  paroles,  et  seule^ 
î>  ment  dans  les  cas  où  elle  est  claire,  certaine  ou  du  moins  très-vraisem- 
n  blable ,  et  propre  à  expliquer  le  sens  et  Tusage  de  ce  mot;  i.*'  la 
»  définition  au  moyen  de  synonymes  qui  en  éclairent  les  diverses  signi- 
33  fications ,  DU  de  phrases  qui  en  exposent  clairement  la  signification 
î>  propre  et  primitive;  3.*  les  diverses  acceptions  rangées  suivant  la  pro- 
»  gression  la  plus  naturelle  et  la  plus  logique;  et  4'*"  ^  l'appui  de  chacune 
»  de  ces  acceptions ,  des  citations  textuelles  tirées  des  meilleurs  écrivains 
30  en  vers  et  en  prose,  avec  rîndication  exacte  de  l'endroit  même  oii 


a44  JOURNAL  DES  SAVANS, 

w  chaque  citaiion  est  puisée,  et  disposées  enfin  dans  l'ordre  chrono- 
»  logique,  afin  de  mieux  marquer,  outre  remploi  de  chaque  terme, 
»  les  variations  qu'il  a  subies  dans  son  cours,  répoqueoà  il  a  pris  nais- 
»S3nce,  celle  ou  il  a  cessé  de  paroîire.  >i  II  y  a  bien  un  cinquième 
article  qui  auroit  pu  être  ici  indiqué;  savoir,  les  règles  de  syntaxe  h  suivre 
dans  Tusage  de  chaque  mot  :  mais  cette  partie  essentielle  n'a  point  été 
omise  dans  l'ouvrage  même*  Du  reste ,  ce  sera  par  des  extraits ,  beau- 
coup plus  que  par  des  observations  générales,  que  nous  pourrons  faire 
connoitre  ce  nouveau  Dictionnaire  à  nos  lecteurs.  Nous  hasarderons 
dy  joindre  un  petit  nombre  de  réflexions  critiques. 

«  A»  s.  m.  L'ac;jdéjïiie  dit  qu  il  est  indaclinabU  et  qu'if  ne  prend  point 
n  dV  au  pluritL  Cependant,  ailkurs,  l'acadctnie  décide  qu'il  n'y  a  point 
î>  en  français  de  cas,  ni  par  conséquent  de  déclinaison  propreme^nt  dite: 
j>  d\m  il  suit  que  tous  les  mots  de  la  langut*  française,  ausîti  bien  que  le 
*»  substantif  ^/»  ioni  indéclinai  les  î  il  falluit  dire  ici  invariables ^  selon 
^  Lûvemx  (  Dict.  au  mot  a  ).  Lj^  même  grammaîrit-n  donne  la  raison 
*>  pour  laquelle  le  mot  //  ne  prend  point  ici  d  /  au  pluriel.  » 

Peut-être  étoit-il  plus  simple  d ex])o<er  ici  cette  raison,  que  de  ren- 
voyer à  Fun  des  grammairiens  qui  la  donnent  ;  jnais  la  remarque  sur  la 
contradiction  dans  laquelle  est  tombée  lacadémie,  est  d'une  jusies&e  in- 
contestable: seulement  nous  pourrions  dire  que  celte  compagnie  a  laissé 
dans  son  travail  un  si  grajid  nombre  d'inexactitudes  pareilles,  que,  s*il 
fàiloJt  les  relever  toutes  dans  un  dictionnaire  nouveau,  il  prendroit  une 
étendue  déiuesurée.  La  matière  'i  traiter  fournil  d  elle-mcme  bien  assez 
de  détails,  sur- tout  lorsqu'on  s'impose  Tobligaiion  d*éclaircir  toutes  les 
notions  par  des  exemples  classiques.  C'est  Tun  des  soins  par  lesquels  se 
recommande  le  nouveau  Dictionnaire;  peut-être  même  les  exemples  y 
sont-ils  un  peu  trop  nombreux  :  mais  le  choix  en  est  excellent,  et  ils 
s'appliquent,  pour  rordinaire,  avec  beaucoup  de  justesse  aux  acceptions 
et  constructions  diverses.  En  citant ,  sur  le  mot  aux  pour  à  les,  ces  deux 
vers  de  Voltaire  « 

Charles  éveillé,  Charles  bouillant  d*ardeilr, 
Ne  lui  répond  qu*en  s'écriant  :  Aux  armes  î 
on  a  imprimé   Charles  avec  IV  final   qui    i^ompt  la  mesure  du   vers. 
Mous  faisons  cette  remarque,  parce  quen  général  ces  feuilles  sont  très- 
soigneusement  imprimées,  condition  spécialement  indispensable  dans 
les  livres  de  grammaire. 

Pour  ex|Jrquer  les  différentes  acceptions  de  la  préposition  a,  on  dit 
qu'elle  s'emploie  \iO\XT après,  et  l'un  cite  cette  phrase  de  La  Bruyère;  tiCet 
»  autre,  . .  augmetue  d*année  X  autre  de  réputation,  w  Nous  ne  croyons 


AVRIL   1820. 

pas  qtncï  à  mua  puisse  se  traduire  par  ûpr(s  Vautre  ;  d'une  année  est  le 
lerme  antécédent,  à  autre  le  subséquent;  c'est  avant  et  non  après  W 
que  fe  prejiîier  est  arrivé,  La  Bruyère  veut  dire  que  Thoinme  dont  il 
parle  augmente  de  réputation  en  passant  d'une  année  à  la  suivante. 

A  se  prend  aussi  pour  avec ,  et,  selon  le  nouveau  Dictionnaire,  il 
en  est  ainsi  dans  ce  vers  de  Racine: 

Lui*mcme,  à  haute  voix,  viendra  la  demander. 
Nous  n'examinons  pas  si  Ton  pourroit  dire  avtc  voix  ft /ju te  :  m^is  ^  en 
ce  cas,  la  préposition  avec  n'aurait  plus  elle-même  sa  signification  propre 
et  primitive  de  concomitance;  à  n^équivaudroit  ici  à  avec  que  parce 
que  fe  mot  avec  équîvaudroit  à  quelque   autre   préposition* 

Sur  a,  troisième  personne  du  singulier  de  rindicaufprésent  du  verle 
avoir,  on  s'arrête  au  gallicisme,  i/y  a.  La  Bruyère  dit ,  il  r  a  des  con- 
jonctures où  &c. ,  et  Ton  suppose,  avec  M.  Laveaux,  que  cet  // 
est  \\n  être  métaphysique,  ou  Têtre  métaphysique  en  général,  qui, 
dans  le  point  dont  il  s'agit  (y ) ,  a  ou  possède  des  conjonctures.  Nous 
doutons  de  l'exactitude  de  cette  analyse.  Nous  croyons  que,  dans  cette 
locution  et  en  beaucoup  d'autres,  JL  est  un  pronom  neutre  ou  abstrait, 
plate >  en  quelque  sorte,  en  expectative,  pour  être  expliqué  par  des  mots 
plus  éloignés.  Si  La  Bruyère  avoit  dit ,  //  est  des  conjonctures ,  cela 
signifieroît,  //,  ou  cette  chose  quoti  appelle  des  conjonctures,  est  ou 
existe  A  notre  avis,  le  jnot  /7  rejnpiit  précisément  la  même  fonction 
dans  la  phrase,  il  y  a  des  conjonctures  ;  seulement  il  reste  h  expliquer 
comment,  dans  notre  langue,  y  avoir  a  pris  le  sens  d>xistcr  ou  être. 
Or  nous  soupçonnerions  que  ce  gallicî:»me  n'est  originairement  qu'une 
traduction  vicieuse  ou  grossière  du  latin  haberi  :  on  a  substitué  1  actif  au 
passif;  et,  pour  traduire  habetur,  on  a  dit^  a,  au  lieu  de  est  eu. 

Il  rebte  ainsi  dans  la  grammaire  analytique  plusieurs  questions  indécises 
ou  épineuses  sur  lesquelles  nous  ne  partagerions  p*is  toujours  les  opinions 
des  auteurs  du  nouveau  Dictionnaire  universel.  Mais  une  partie  de  leur 
travail  à  laquelle  nous  croyons  devoir  beaucoup  d  éloges  ,  est  celle  qui 
tient  à  Thistoire  positive  de  notre  langue  depuis  l'avènement  de  Fran- 
çois I/'  Ils  ont  soigneuseinent  retracé  les  vicissitudes  que  le  vocaLuIaire 
a  éprouvées  durant  les  trois  derniers  siècles,  et  assigné  les  éfïoques  où 
s'est  introduite  chaque  locution  renkarquable.  Ce  résultat  extrêmement 
précieux  s'obtient  par  la  distribution  chronologique  des  exemples  re- 
cueillis dans  tous  nos  livres  cla^^siques  pour  servir  de  matériaux  à  tous 
les  articles  de  ce  Dictionnaire.  Par  livres  classiques,  on  a  entendu  tuus 
ceux  dont  le  fotid  ou  les  formes  ont  attiré  ou  attirent  encore  les  lecteurs, 
et  qui  par  conséquent  ont  piuj  ou  moin?  influé  fur  letat  du  langiu*-. 


1 
4 


^W  -     ^fOURNAL  DES  SAVANS," 

On  a  même  compris  au  nombre  des  textes  quelques-unes  des  p/irûscjn\ 
\Jiï:t.s  qui  ne  se  lisent  que  dans  (e  lexique  de  I*académie  française;  e| 
nous  Ignorons  sî  ces  citations  ii'ont  pas  introduit  par  hasard  quelques! 
inexactitudes  dans  I*ouvrage  dont  nous  rendons  compte.  Ct^  peuples- la  A 
dit  racadémie,  sont  dans  l'aMus,  ce  qui  signifie,  suivant  elle,  que  ces 
peupfes  sont  dans  Terreur-  Si  pas  un  seul  écrivain  recommandabfe  n'a 
employé  cette  phrase  ni  en  ce  sens>  m  en  aucun  autre,  nous  en  conclu- 
rions qu'elfe  nesi  pas  française.  Il  nous  semble  qu'^/;i/j  et  erreur  ne  s€ij 
confondent  que  lorsque  Terreur  consiste  en  quelque  abus  du  raisonne^ 
ment  ou  du  langage,  en  quelque  déductioîi  fausse  que  Ton  veut  fiiir# 
particulièrement  apercevoir.  Considérée  en  elfe-méme,  comme  immé- 
diate et  directe.  Terreur  Jie  s'appelle  point  un  abus;  personne  ne  dira 
qu*îl  est  abusif  de  croire  que  Louis  XII  ait  régné  avant  Charles  VIIL 
Le  praxpectus  du  nouveau  Dictionnaire  annonce  qu'on  y  trouver^^ 
I  Tancîenne  orthographe  de  Tacadéinie,  qui  est,  dit-on,  celle  de  tous  nos  , 
lions  auteurs;  et  Ton  ajoute  que  le  changement  proposé  par  Voltaire  est 
irop  partiel  pour  mériter  rf  rrom  d'orthographe  de  Voltaire,  que  quelques 
esprits  superficiels  s*obsitnent  encore  h  lui  donner*  Vraisembbftiement , 
creux  qui  se  servent  de  cette  expression  ne  l'emploient  en  effet  que  pour 
désigner  la  substilurton  de  IVr  à  To  dans  quelques  syllabes;  changement 
qui,  à  vrai  dire,  est  bien  loin  d*avoir  l'importance  que  semblent  y 
attacher  ceux  qui  Tadoptent  et  ceux  qui  le  réprouvent;  mais,  à  notre 
livfs,  ni  les  uns  ni  les  autres  ne  méritent  la  qualification  d'esprits  super-* . 
l^ciefs.  Au  fond,  la  véritable  prononciation  de  IV  ouvert  n'est  guère  mieux 
représentée  par  ^7/  que  par  oi;  et  de  tous  les  motifs  allégués  pour  justifier 
Finnovation  de  Vohafre ,  le  plus  plausible  est  celui  qu'on  tire  du  besoin 
de  distinguer  les  deux  prononciations  différentes  de  certains  mois,  comme 
Anglois  et  Danois»  S.  François  et  le  peuple  François,  Dumarsais  et  Duclos, 
qui,  sans  occuper  des  rangs  très-éminens  dans  la  littérature,  ne  sont 
pourtant  ()as  à  exclure  lout-à-fait  de  la  liste  des  tons  auteurs,  ont  essayé 
des  innovations  plus  nombreuses  et  plus  graves,  qui  ont  beaucoup  moins 
réussi. Le  système  général  de  Tancienne  orthographe  a  dû  prévaloir; 
mais  il  s'en  faut  que  celle  qui  est  aujourd'hui  usitée  soit  celle  des 
tons  auteurs  et  des  bonnes  éditions  du  siècle  de  Louis  XIV*  En  réim- 
primant aujourd'hui  les  livres  classiques  de  cette  époque  /  on  change 
à  chaque  instant  desj^  en  /,  des  j  en  j,5çc*,  et  on  retranche  ou  Ton  ajoute 
beaucoup  de  lettres  ^i  beaucoup  d'accens.  L'académie  elle-même  a 
modifié  successivement  Tonhographede  son  Dictionnaire,  et  les  change- 
ITiens  qu'elle  y  a  faits  n'ont  pas  été  toujours  très*heureux. 

Conserveries  traces  de  Tétymofogie  est  un  h\xt  essentiellement  utile, 


AVRIL    18Z0- 


45^ 


auquel  on  doit  toujours  tendre.  Notre  orthographe  ne  sVtatit  poîiit, 
comme  celfe  des  Italiens,  dirigée  de  bonne  heure  vers  un  autre  but, 
savoir,  vers  une  représentation  plus  immédiate  de  la  prononciation ,  il 
Ji'est  plus  temps  de  se  proposer  cette  fin  ^  et  les  tentatives  hasardées  pour 
I  wtieindre  n'amènent  que  de  ridicules  bizarreries.  Le  système  étymo- 
logique est  depuis  long- temps  le  seul  possible  parmi  nous.  Mais  le 
respect  dû  à  letymofogie  a<t-il  dû  s*étendre  aux  traces  des  simples  pro* 
nonciaiions  loiu-à-fait  abolies  et  étrangères  îi  Torigine  des  mots  î  c'est 
réellement  une  tout  autre  quesiion,  que  l'usage  n'a  i>eut-êire  pas  encore 
définitivement  résolue  dans  tous  les  détails  qu*eUe  embrasse.  Quoi  qu'il 
en  soit,  Forthographe  suivie  dans  le  nouveau  Dictionnaire  nous  paroît 
€n  général  la  plus  sûre;  elle  est  plus  systématique,  mieux  arrêtée, 
moins  variable,  que  celle  de  l'académie r et,  sous  ce  rapport,  comme 
sous  tous  les  autres,  nous  ne  pouvons  hésiter  à  dire  que  ce  nouveau 
travail,  s'il  est  coniijiué  et  achevé  comme  il  cominence,  aura  de  très- 
grands  avantages  sur  tous  ceux  qui  ont  été  publiés  jusqu'ici  dans  le  même 
genre  :  peut-être  laisse- t-il  h  désirer  un  peu  plus  de  précision  dans  l'ana- 
lyse grammaticale. 

DAUNOU. 


NOUVELLES  LITTÉRAIRES.' 
INSTITUT  ROYAL  DE  FRANCE. 

L'Académie  des  sciences  a  lenu  sa  séance  publique  ie  27  mars  dernier: 
On  y  a  entendu  un  dbcours  de  M,  Dup'ut  sur  ïcs  progrès  des  sciences  et  des 
arts  de  la  marine,  depuis  la  paix;  une  notice  mcdicaSe  et  anecdotique  sur. 
Tinflucnce  des  agens  physiques  et  moraux  sur  le  counge,  par  M,  Ptrcy  *  et 
un  éloge  historique  de  M.  Paiisoi-Beauvois,  par  M,  Ctn^Ur* 

Uacad<^mie  avoir,  pour  la  seconde  fois,  proposé,  pour  sujet  da  prîx  de  ma- 
thématiques,  le  THrt  UEME  DE  Fermât  ,  savoir  ;  (jue,  passé  le  St'cond  dtgre ,  ri 
^'exïàte  aucun-  puissance  t^ui  puisse  se  partager  en  deux  du  tris  puissances  du  même 
Jegff^,  Lis  mémoires  (^voyés  n^ayani  pas  rempli  les  cnnJiiiûn*  du  programme, 
l'académie  retire  ce  sujet  du  concours;  elle  a  arrêté  que  la  somme  qui  croit  des- 
tinée à  ce  prix  sera  reportée  sur  la  qtiesûon  des  tables  de  la  lune,  pour  laquelle 
elle  a  reçu  dtnx  pièces  singuliéremeni  intéressantes.  L'académie  avoii  aussi 
proposé  la  question  suivante  :  Former,  par  la  seule  théorie  de  la  pesanteur  uni^ 
verseile ,  et  en  n'empruntant  des  observations  que  les  clémens  arbitraires,  des  tables 
du  mouvement  de  la  lune,  aussi  préiists  que  nos  meilleures  tables  ûctuelles.  Elle 
a  déc<^rné  un  prix  de  3000  fr<  à  chacun  dtrs  deux  mémoires  qu'elle  a  reijus  pour 
ce  concours-  Le  premier,  enr<*giâtrc  sous  le  n.**  1  ,  porte  pour  épigraphe  z  Astrt 
bizûrre  et  irrégulier,  qui  ne  marche  qu*en  dévoilant  des  in  égalités  différentes  et 
uccttmuléa ,  et  qu'en  ne  peut  saisir^  cçmme  le  Frvtéè  de  la  fable  ^  qu^et^  épuisa  ni 


m 


JOURNAL  DES  SAVANS, 


la  vûrlétc  de  ses  Jhrmes  successives*  L'auteur  est  M.  Da  moi  SE  AU.  Le  second 
mémoire,  enregistré  n.**  2,  a  pour  épigraphe:  A'Ialè  loçuuniur^  qui  methodum 
allquam  aliâ  magis  mmiisve  exactam  yrcnunaant»  Ea  enim  sola  meîhodus  pro- 
hlema  solvisse  censenpo  est ,  ptr  quant  quemv'ts  priFctsIonh  gradum  attîn^ere  sal- 
fem  ht  poîestate  eH  (  GausS,  Theoria  motus  corporum  cœlestium,  pag,  i6^)*  Les 
auteurs  sont  MAL  Carlini  et  Flana. 

Un  anonyme  ayant  offert  une  somme  à  racadémte,  avec  rintcntîon  que  le 
revenu  en  fut  affecté  à  un  prix  à  décerner  chaque  année  à  Touvrage  imprimé 
ou  manuscrit  qui  paroîtra  avoir  le  plus  contribué  aux  progrés  de  (a  physiologie 
expérimentale,  le  Koi  a  atttorisé  cette  fondation  par  une  ordonnance  en  date 
du  12  juillet  i8j8.  Parn)i  les  ouvrages  envoyés  au  concours,  l'académie  a  con» 
sidéré  comme  devant  être  mis  au  premier  rang,  chacun  dans  leur  genre,  le 
mémoire  de  M.  Serre  ourles  lois  de  rosiéogénie,et  celui  de  M.  Edwards 
fur  Tinfluence  des  agens  physiques  sur  les  animaux  vertébrés.  Ces  deux  ou- 
vrages étant  trop  peu  comparables  pour  que  Ton  puisse  leur  assigner  un  rang 
entre  eux,  l'académie  a  cru  devoir  les  couronner  tous  les  deux,  en  faisant  ïa 
dépense  d'un  second  prix.  Elle  a  décerné  Tacces-it  au  mémoire  de  MM.  Bres-  ' 
eu  ET  et  VlLLERME  sur  les  phénomènes  du  cal,  et  accordé  une  mention  ho- 
norable, comme  encouragement ,  aux  essais  de  M.  Isidore  Bourdon  sur  le 
niécanisme  de  la  respiration. 

Un  anonyme  ayant  légué  une  somme  de  sept  mille  francs^  pour  être  placée 
rn  rente  sur  TEtar,  au  profit  de  l'académie  dt^s  sciences,  et  employée  en  une 
médaille  dor  équivaleiHe  à  la  sonïme  de  cinq  cent  trente  francs ,  produit  de 
la  renie;  le  Koi  a  autorisé  Tacadémie»  par  une  ordonnance  en  date  du  2.x 
octobre  1S17,  a  distribuer  annuellement  un  prix  de  cette  valeur  à  Touvrage 
publié  chaque  année  ,  et  qui»  à  son  juoeiTrent,  contiendra  les  recherches  les 
plus  utiles  a  la  statistique  de  la  France.  Les  ouvrages  envoyés  cette  année  pour 
concourir  au  prix  de  statistique  n*ont  point  paru  à  l'académie  devoir  mériter  le 
prix;  quel  qu'ait  été  à  ses  yeux  le  mérite  des  travaux  des  deux  principaux  concur- 
rens  pour  approfondir  certains  points  qui  semblent  leur  être  plus  familiers, 
racadémic  n*a  pu  se  dissimuler  les  défauts  de  l'ensemble  de  leur  travail,  ni 
regarder  comme  dignes  d'une  couronne  des  productions  incomplcies^  011  l'on 
pouvoil  remarquer  d  assez  graves  inexactitudes.  Il  est  sans  doute  d'une  haute 
importance  d'encourager  par  des  récompenses  auxquelles,  à  juste  titre,  l'opi- 
n'on  attache  un  grand  prix,  des  recherches  éminemment  utiles,  et  dont,  parmi 
nous,  nn  généreux  anonyme  est  maintenant  le  seul  promoteur  public;  il  est 
bien  vrai  que,  dans  ce  genre  de  travaux,  la  perfection  est  comme  impossible 
à  atteindre,  et  qu^on  trouve  souvent, i«cme  dans  les  plus  médiocres,  des  do- 
cuniens  et  des  faits  jusqu'alors  inconnus,  ou  moins  bien  observés;  on  ne  con- 
testera point  Tinconvénient  de  rebuter,  dés  l'ouverture  d^lnc  sorte  de  carrière 
si  nouvelle  encore  en  France,  certains  observateurs  capables  de  bien  voir  au 
moins  ce  qui  les  entoure,  en  paroissant  placer  le  but  â  une  hioteur  qu'ils  ne 
sauroicni  atteindre,  et  en  arrêtant  ainsi  l'essor  qu'ils  auroicnr  prîs;  on  convien- 
dra enfin  que,  placés  romme  nous  sommes ,^  if  faut  peut-être  moini  exiger  du 
présent,  pour  obtenir  plus  de  l'avenir.  Mais,  sans  renoncer  a  l'indulgence  que 
doivent  inspirer  ces  rértexions,  on  ne  perdra  pas  de  vue  non  plus  le  danger  de 
n'arrcter  ses  regards,  dans  les  ouvrages  soumis  au  concours,  que  sur  les  parties 
plus  ou  moins  Qignes  dVbges,  en  les  déiDurnanr  de  celles  qui  renfermeroicnt 


lVRIL  1820- 


149 


des  erreurs  de  quelque  importance.  Une  compagnie  savanre  ne  doit  pomt 
s'exposer  à  voir  ses  jugemens  infirmes  par  ï  opinion  :  or,  comment  empêcher 
qu'une  partie  du  public  ,  s'attachanl  plutôt  à  remarquer  ce  qu*aurait  de  vicicuic 
un  ou vTtige  couronné  dont  la  publication  ne  saurait  être  prévenue,  ne  mrc  pat 
beaucoup  de  soin  à  discerner  cqtiifablementce  qui  aurait  déterminé  les  sufî»agef 
académiques!  et,  sous  un  autre  point  de  vue,  comment  faire  pour  que,  séduiti 
par  l*appa rente  facilité  d'obtenir  ces  suffrages  j  lesconcurrens  à  venir  ne  prennent 
pas  une  fausse  route!  IS'cst-il  pas  évident,  au  contraire,  qu'un  encouragement 
accordé  dans  les  vues  lesplus  sages,  mais  avec  trop  peu  de  prudence,  pourrait 
faire  pulluler  les  productions  les  moins  dignes  d  estime!  Déierminée  par  ces 
dernières  considérations,  i'académie  remet  le  prix,  et  le  fonds  sera  tenu  en 
réserve  pour  être  joint  à  celui  de  l'année  prochaine»  Elle  a  cependant  arrêté 
qu'il  seroit  fait  une  mention  honorable  des  noms  de  M.  Gondinet,  sous-préfet 
à  Saint-Vrieîx ,  département  de  la  Haute- Vienne,  qui  a  envoyé  une  statistique 
manuscrite  ec  assez  étendue  de  cet  arrondissement;  et  de  M.  Rouget,  auteur 
d\jn  ouvrage  imprimé  sur  la  statistique  de  la  ville  et  du  canton  du  Vigan, 
dépancment  du  Gard* 

Méddilie  astronomique ,  fondée  par  Aï.  DE  LalANDE,  Deux  pièces  ont 
concouru  pour  ce  prix,  La  première  offroit  un  grand  travailsur  X^llbrûtion  de  la 
lune,  L'auteur,  M.  Nicollei,  astronome  attaché  à  Tobservatoire  de  Paris^  ayant 
rafseniblé  et  calculé  les  observations  de  MM.  Bouvard  et  Arago,  y  avoit  ajoute 
trente  observations  faîtes  par  lui-mcme,  et  qui  ont  confirmé  les  conséquence* 
qui  5C  liroient  des  premières»  La  seconde  oifroit  les  calculs  et  les  résultats  de 
M*  Encke  ,  directeur  adjoint  de  l'observatoire  de  Gotha,  qui  étoit  parvenu  à 
représenîer  avec  une  exactitude  remarquable,  et  par  une  ellipse  unique,  les 
quatre  apparitions  de  la  comcie  observée  en  1786  ,  1795  ,  1805  et  jSjç,  Les 
géomètres  ont  vu  avec  intérêt ,  dans  la  pièce  de  M.  Nicollet ,  des  calculs  propres 
à  jeter  (jutrlque  jour  sur  un  point  curieux  et  obscur  de  la  physique  céleste.  Lef 
astronomes  insistoieni  particulièrement  sur  le  mérite  d'un  travail  qui  leur 
lâisoit  connoîire  une  chose  tout-à-fail  nouvelle,  une  comète  dont  la  réyo- 
lution  n'est  que  de  douze  cent  cinq  jours,  et  dont  îîs  peuvent  se  flatter  d'observer 
plusieurs  retours.  Cette  comète  est  foible,  didlcile  avoir;  elle  peut  passer^  et 
elle  a  réellement  passé  nombre  de  fois ,  sans  être  aperçue.  L'ellipse  de  M,  Encke 
facilitera  leurs  recherches,  en  leur  indiquant  d'une  manière  précise  IVndroit 
du  ciel  ou  ils  pourront  la  trouver  à  chaque  révolution.  L'académie  a  partagé  le 
prix  également  entre  les  deux  ouvrages. 

Elle  propose  pour  les  années  1821  et  1S22  les  prix  suivans  : 
Prix  de  mathématiques,  L'académie,  considérant  que  plusieurs  questions  déjà 
proposées ,  notamment  celle  qui  regarde  les  perturbations  des  planètes  dans  le 
cas  où  leurs  orbites  ont  des  excentricités  et  des  inclinaisons  considérables, 
n'ont  pas  encore  été  résolues  ;  que,  d'ailleurs,  dans  féiat  actuel  de  l'analyse,  il 
ne  paroît  pas  se  présenter  de  question  spéciale  et  iniporiante  qui  lui  donne  l'es- 
pérance fondée  d'en  obtenir  la  solution  dans  Tintervalle  fixé  pour  le  contours  ^ 
a  jugé  qu'il  seroit  plus  uiile  anx  progrès  de  la  science  de  ne  point  indiquer 
cette  année  de  question  particulière,  mais  de  laisser  aux  concurrens  une 
carrière  plti?  étendue.  En  conséquence,  le  prix  de  mathématiques  sera  décerné 
au  meilleur  ouvrage  ou  mémo  ne  de  maihémaîîques  pures  ou  appiïijuées ,  qui  aura 
paru  n  ou  qui  aura  été  communiqué  a  l'académie ^  dans  l'espace  des  deux  aimées  qui, 

11 


â}o  JOURNAL  DES  SAVÂNS, 

Sifftt  û^Cùrditi'akft  tancurrerts*  Le  pri*  fera  une  médaille  d'or  de  la  valeur  de 
froii  miiie  francs.  Il  sera  adjugé  dans  la  séance  pubki(]ue  du  mois  de  mars  iB22« 
Le  terme  de  rigueur  pour  l'envoi  des  ouvrages  en  le  j**'  janvier  1822. 

Fen  M,  Alhumbert  ayant  légué  une  rente  annuelle  de  trois  Cfnfs  francf , 
pour  ctre  employée  aux  progrés  des  sciences  et  des  arts,  le  Roi  a  autorisé  les 
académies  des  sciences  ei  des  beaux-ans  à  distribuer  alternativement,  chaque 
année  j  un  prix  de  cette  valeur.  Sinvrt  le  développement  du  triton  ou  salamandre 
aquatique  ditns  ses  différer  s  degrés,  depuis  L^œuj  jusqu'à  V animal  parfait,  et 
décrire  tes  changemens  qu'elle  éftrouve  à  l'intérieur^  principalement  sous  le  rapport 
de  l'astéogénie  et  de  la  distribution  des  vaisseaux  ;  tel  eal  le  sujet  dn  concours  de 
cette  année.  Le  prix  sera  une  médaille  d*or  de  la  valeur  de  trois  cents  francs, 

Prix  de  physiologie  expérimentale ,  fondé  par  un  anonyme.  Une  médaille  d*or, 
delà  vsiltUT  Qç  quatre  cent  quarante  francs ,  sera  adjugée  à  l'ouvrage  imprimé  ou 
manuscrit  oui  lui  aura  été  adressé  d*ici  au    i/'  janvier   1821,  et  qui  parotira 
avoir  le   plus  contribué   aux    progrés  de  la  physiologie    expérimentale.   Les 
auteurs  qui  croiroient  pouvoir  prétendre  au  prix  ,  sont  invités   à  adresser  leurs 
ouvrages,  francs  de  port, au  secrétariat  de  l'académie,  avant  le  i,'^  janvier  182% 
Un  anonyme  ayant  offert  une  rente  de  cinq  cents  francs  sur  l'Etat  pour  la 
fondation  d'un  prix  annuel,  tjue  le  Roi  a  amoribée  par  une  ordonnance  en  date 
du  20  septembre  1819,  en   faveur   de  celui  qui,   au  jugement   de  racadémit 
royale  des  sciences,  s'en  sera  rendu  le  plus  digne,  en   inventant  ou  en  perfec- 
tionnant des  instrumens  utiles  aux  progrès  de  l'agriculture  ,  des  arts  mécaniques, 
et  des  sciences  pratiques  et  spéculatives,  ce  prix   sera  adjugé  dans  la  séance 
publique  du  mois  de  mars   1821  :  il  pourra  être  donné   à    toute    machine  qui 
sera  venue  à  la  connoissance  de  l'académie  avant  la  clôture  du  concours  ,  dans 
*3uelqiîe  pays  qu'elle  ait  été  inventée.   Les    machines   qui  n  auroient  pas  été 
connues  a  temps  de  l'académie,  seront  prises  en  considération  l'année  suivante. 
L'académie  invite  les  auteurs  qui  croiroient  avoir  des  droits  à  ce  prix,  à  lui  com- 
muniquer leurs  inventions  avant  le   1.*' janvier  1821* 

L'académie  royale  des  sciences  rappelle  qu'elle  a  publié,  l'année  dernière,  un 
programme  sur  la  maturation  des  fruits ,  é^c, ,  et  une  description  comparative 
du  cerveau  dans  les  quatre  classes  d'animaux  vertébrés  ,  ifc.  Ces  deux  prix  seront 
adjugés  dans  la  séance  publique  du  mois  de  mars  1821. 

On  a  distribué  l'analyse  des  travaux  de  l'académie  pendant  1819;  Partie 
mathématique,  par  M,  Delambre,  8 1  pages  in-4,%'  Partie  physique,  par  M.  Cuvier, 
46  pages  in^^,^ 

La  partie  mathématique  fart  connoître  les  mémoires  de  M.  Poisson, 

sur  le  mouvement  des  Huides  élastiques  dans  des  tuyaux  cylindriques  et  sur 
la  théorie  des  instrumens  à  vent  j  —  de  M.  Cauchy ,  sur  la  résolution  analy- 
tique des  équations  de  tous  les  degrés  par  le  moyen  des  intégrales  définies 5 
^  àt  M*  Laplace ,  sur  la  figure  de  la  terre,  et  sur  Tapplication  du  calcul  des 
probabilités  aux  opérations  géodésiques  de  la  méridienne  de  France;  —de 
M.  Poisson,  sur  la  libration  de  la  lune;  —  de  M.  Fourier,  sur  la  théorie  ana- 
lytique des  assurances  mutuellei;  —  de  M.  Biot,  sur  les  lois  de  la  double  ré- 
fraction et  de  la  polarisation  dans  les  corps  régulièrement  cnstaljisés; — de 
M.  de  J  urine ,  sur  le  mirage  observé  sur  le  lac  de  Genève;  —  de  M,  Bivt,  sur 
une  nouvelle  propriété  physique  qu'acquièrent  les  lames  de  verre,  quand  ellrt 
exécutent  des  vibrations  longitudinales;  —  de  M.  Dupin,  sur  Jcs  populations 


AVRIL    1820. 


ajt 


comparées  de  Fr«oce  et  d'Angleterre.  * , .  =r  Rapport  d*une  commisjîdn  sar  (a 
situation  des  travaux  du  canal  de  TOurcq  et  ses  dépendances,  par  M.  Girard* 
=  Rapports  sur  les  ouvrages,  les  essais^  les  machines»  &c,  qui  ont  été  soumis  k 
J'exanien  de  racadémie. 

Partie  physique,  j."*  Chimie.  — ^  M.  Bersélius,  chimiste  suédois,  a  publié, 
durant  son  séjour  à  Paris,  en  1^19^  une  traduction  française  de  son  ouvrage 
sur  la  théorie  de^  proportions  chimiques  et  sur  TinHuence  chimique  de  Péïec- 
tricité.  Il  a  également  donné  une  traduction  de  son  nouveau  système  de  mi- 
néralogie.—  Mémoires  de  MM,  Gay-Lussac  ti  W thher ^  %nr  \\n  nouvel  acîdc 
Formé  par  l'union  do  soufre  et  de  i'oxigéne  ,  et  qui  a  reçu  le  nom  A^aàde 
h/po-sulfi/ncfuf;  —  deMM.  Pelhnertl  Cavemin ,%vlt  ûtn^  nouveaux  alcalis  qu'ils 
ont  nommés  strychnine  et  bracine  :  le  premier  a  été  trouve  dans  la  fève  de 
Saint-Ignace,  fruii  d'une  espèce  du  genre  strychnos;  !c  second  dans  la  bracea 
tntîdysenterica  ;  —  de  iVï,  Chevreuil^  sur  les  corps  gras,  et  particulièrement  sur 
le  beurre  de  vache;  —  de  M,  Decandolle^  sur  la  neige  rouge  de  la  baie  de 
Baiîîn,  -=,  1.**  Minérûlagie  et  Géologie.  —  M-  Bcnmird,  ingénieur  en  chef  des 
mines >  a  présenté  à  l'académie  un  aperçu  géognostique  à^i  terrains;  M.  Bto~ 
gnard,  des  considérations  sur  les  terrains  qui  présentent  des  fossiles;  M,  RigoUot^ 
du  Facadémie  d'Amiens,  des  observations  sur  des  dents  d'éléphant  et  de  rhino- 
céro  déterrées  à  fa  porte  d'Amiens,  dans  des  couches  de  gravier;  M.  Bron^ 
chant ,  un  iraité  éhmentaire  sur  la  cristallisation,  et  M*  Sage,  des  mélange* 
historiques  et  physiques.  ^  J***  Physique  végétale  et  Botanique,  — -  Mémoires  de 
M.  Turpin  sur  Finflorescence  des  graminées  et  des  cypéracécs;  —  de  M,  Loiseleur 
de  Longchiimp ,  sur  les  plantes  de  la  France  qui  pourrorent  être  substituées  aux 
végétaux  étrangers  pour  fusage  de  la  médecine;  — ^de  M.  Kunth,  sur  la  famille 
des  bignoniacèts  ^  ^,^  Xoologie ,  Physiologie  animale  et  Anatomie*  —  Mémoires 
de  M.  Latrrilh ,  sur  le*  différons  insectes  qui  sçrvoieni  d'emblèmes  dans  récri- 
ture sacrée  des  anciens  Egyptiens  ;  — de  M.  Moteau  de  Jonnh,  sur  les  reptilei 
desAniillts;  —  de  M.  iVrr^^ sur  les  premiers  çommencemens  de  i*ossificaiion  dans 
l'homme  et  dans  les  animaux.  ^5.*  Médecine  et  Chirurgie*  —  Mémoires  de 
M,Percyi  fur  les  plaies  dans  lesquelles  il  se  manifcstede  la  phosphorescence; — de 
M.  Deuille,  sur  IVpidémie  de  cnolera-morbus  qui  a  ravagé,  en  181 8  »  le  Bengale 
Cl  une  grande  partie  de  Tlndosian; —  de  M.  iUrrty,  sur  une  lumeLtr  squineuse; 
—  de  M.  Faute ,  sur  une  pupille  anificielle  ,  et  une  méthode  nouvelle  d'opérer  la 
cataracte,  ^  6.**  Agriculture ,  Art  vétérinaire  et  Technologie,  — M.  Tessitr  a 
publié  ûei  considérations  sur  les  chèvres  du  Tibet  j  M.  ivarr,  un  ouvrage  sur 
Tagriculiure  de  l'Auvergne;  et  M.  Morel  de  Vimli  a  soumis  à  l'examen  de 
l'académie  le  plan  d'une  bergerie. 

LIVRES  NOUVEAUX. 
FRANCE. 

Versos  sobre  a  morte  do  immitavel  poeta  FiVwto  El/sio  ,  por  B*  L,  Vianna. 
Paris,  imprimerie  de  Rougeron  ,  m-^/  d'une  feuille. 

fables  j,  contes  t  ép)tres  et  poésies  diverses ,  par  J.  F.  Roucher.  Parb,  imprimerie 
de  Dupotit»  chez  Brissot-Thivar?,  In-S*^  de  280  pages.  Prix  ,  ç  ("r. 

Piirga,  poème,  par  J,  F,  G.  Viennet,  imprimé  au  bénéfice  des  Parganiotes, 
Paris»  imprimerie  de  Faio»  chez  Delaunay  ,  in^B/  de  5  t  pages» 

Il   1 


\ 


^}A 


JOURNAL  DES  SAVANS, 


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Iréchard,  inventeur  du  chissis  ou  rideau  de  tôle  et  mur  de  refend,  exécuté 
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Eustache,  n.«  11,  in-^'  de  4  ft^uilles. 

De  la  Fortification,  ordonnée  d'après  les  principes  de  la  stratégie  et  de  la 
balistique  modernes;  par  Ch.  Fertusier,  officier  d'artillerie*  Paris,  imprimerie 
de  Faio,  chez  Bachelier,  in-S.'  de  26  feuilles.  Prix,  7  fr. 

Le  Liire d 'honneur  de  l* indu hrie française ,  contenant,  en  trois  parties,  i,**  Té- 
ounieratton  motivée  des  mftaiiles  d'or,  d'argent  (première  et  deuxième  classes), 
de  brome,  des  mentions  honorables,  des  citations,  qui  ont  été  accordées  aux 
expositions  publidues  de»  produits  de  Tindusirie  nationale  des  années  1798, 
i8ot ,  j8o2,  1806  et  1819,  et  de  celles  proposées  au  rapport  du  jury  pour  la 
distribution  des  prix  décennaux  en  iHioiZ,"  rénumération  motivée  des  prix, 
de»  médailles,  d'accessit  ou  d'encouragement,  des  mentions  honorables  et  des 
citations  décernées  par  l'institui  royal  de  France  ,  par  la  Société  centrale 
d'agriculture,  &c.;  par  S.  Botiire  ;  i.'*  partie*  Paris,  imprimerie  de  Smith,  au 
bureau  de  TAImanach  du  commerce  rue  de  J*J.  Rousseau,  n.^  20,  in- j/  de 
3  ï  feuilles.  Prix ,  6  !>• 

ANGLETERRE. 

Spécimens  oflrish  éloquence ,  iiZc*  ;  Alodèles  d^éloquence  irlandaise  ^  êvtc  i€% 
notes  biographiques  et  une  préface;  par  A,  Philips.  Londres,  Reynolds,  in-S/, 
avec  portraits:  16  sh* 

A  Séries  ofsacrtd  Songs ,  JXc,  ;  Collection  de  Cantiques ,  paroles  de  Thomas 
JVÎoore,  musique  de  Stevenson.  Londres,  Power,  tn^JuL  :  1  I.  st.  i  sh. 

Taies  and  nistoric  scems  in  verses  Contes  ex  Descriptions  en  vers,  par  Felicia 
Hemans.  Londres,  Murray,  1819,  in-B,'  Prix,  7  sh.  6  d. 

Journal  ofa  visit  to  south  Afrka ,  ifc,  ;  Journal  d'un  voyage  fait  dans  l'Afrique 
méridionale  en  /^/c  et  iSté,  avec  la  description  des  établisse  m  en  s  des  mission- 
paires  de»  Frèi^»-Unif  jprésdu  cap  de  Bonne-Espérance;  par  J.  Latropc.  Londres, 
Longman  ,  inâ/ 

Traveii  in  E^ff,  Nubia ,  4^€.  i  Vùyam  en  Egypte,  en  ffubie,àla  Terre ^ 
Sainte t  au  tnont  Liban  ei  en  CA/pr#,  dans  Tannée  itiJ4,  par  le  capitaine  Light 


Londres,  chez  Rodwellj  în-^,%  avec  34  planches  gravéei  par  Ch,  Heaih , 
d'après  les  dessins  faits  sur  les  lieux  par  Tauteur.  Prix,  2  1.  st.  5  sh. 

Travils  in  JVutia^  by  the  kte  John  Lewis  Biirckhardf,  Published  hy  thc 
association  for  promoiing  the  dtscovery  of  the  interior  part^  of  Atrica* 
with  niaps*  Lonaon,  Longmari  j   1819,  ïn-^.* 

Afoliien  's  Travds  ta  the  sources  ofSenigalanJ  Gamhla;  Voyages  de  M,  AfolUen 
aux  sources  du  Sénégal  et  de  la  Gambie»  Londres,  Murray,  in-^/,  avec  Êgures. 
Prix,!  It  st, 

Letters  Ùlc,  ;  Lettres  écrites  du  nord  de  Vhdlie  et  adressées  a  Henri  Hallau, 
Londres  ,  Murray ,  2  vol.  in-S*^  Prix,  1  h  st. 

The  naval  History  0/  Great  Britain  ;  Histoire  navale  de  la  Grande-Bretagne , 
depuis  le  conimttncenient  des  hostilUés ,  en  1 793  »  jusqu'à  et  jour;  par  W-  James. 
Londres,  1820,  Longman,  4  v^'*  in-S."  Prix,  3  h  st, 

Hisîory  of  the  tower  of  London  ;  Histoire  de  la  tour  de  Londres,  Londrei, 
1820,  Baiiey ,  ^>ï-4,^  avec  30  figures*  Prix,  l   L  st. 

Provincial  A  n  t  iqu  it  its  of  Scotland ,  ifc,  ;  A  n  l  iqu  it  es  p  rovi  n  ci  aies  et  Vues  p  irto- 
resques  de  l* Ecosse ,  avec  des  éclaircissemcns  historiques  de  Walier  Scou. 
Londres,  Rodweïl,  4  livraisons  ittuf."  Le  prix  de  chaque  livraison  est  de  i6sh, 

Sketches  of  America  ;  Esquisse  de  C Amérique ,  par  B*  Fearon»  Londres^ 
Ltiogman,  j8i  9  ,  i/ï*^/ Prix,  16  sh. 

America  and  the  british  Colonies  ;  l'Amérique  et  les^  Colonies  britanniques, 
ouvrage  extrait  desrenseignemens  les  plus  uùies  sur  les  États-Unis,  les  colonie* 
anglaises  au  Canada,  au  cap  de  Bonne-Espérance,  à  la  Nouvelle-Galles  du  Sud 
et  a  l'île  de  Van  Diemen.  Coup-d'œil  comparatif  des  avantages  et  des  désa- 
vantages que  chacun  de  ces  pays  présente  pour  rémfgration;  par  W.  Kingdoni. 
Londres  1  Whittaker ,  î«.-5*.*'  Prix ,  lo  sh, 

European  Commtrce  ^  dfcj  Commerce  de  l'Europe  ^  ou  Guide  du  négociant^ 
contenant  un  tableau  des  principales  villes  du  contuieiu,  avec  des  tables  nom- 
breuses de  Jeors  monnoies  >  poids  et  mesures,  tarifs  des  douanes,  &c,;  par 
M,  Rordanoz.  Londres,  Baldwin,  1819,  irt-S.^  Prix,  i  L  1  sh. 

A  Treatise  ifc.  ;  Traité  de  la  science  de  la  construction  des  navires;  par  Isaac 
Blackbu^rn*  Plymouth,  Aspenne,  in-^/ ,   1  L  5  sh. 

Essais  on  phrenology  Ù*c,;  Essais  sur  la  phrénologie^  ou  Recherches  sur  les 
principes  et  Tutilîté  des  systèmes  des  docteurs  Gall  et  Spurzheim,  et  sur  le* 
objections  qui  ont  été  faites  contre  ce  système;  par  Combe.  Londres,  Lon^nun^ 
1819,  in-Sf  Prix,  12  sh. 

BOMBAY.  Tlie  Desaîir,  or  Sacred  Writlngs  ofthe  ancient  Persian  prophetf, 
in  the  original  îongue;  together  with  the  ancient  Persian  version  and  corn- 
meniary  ofthe  fifih  Susan  ,  carefnlly  published  by  Mulla  Firuz  ben  Kaus,  who 
has  subfoined  a  copions  glossary  ofthe  obsolète  and  lechnical  Persian  tcrms; 
to  which  is  added  an  english  translation  of  the  Desatir  and  cooimeniary  ;  ia 
fwo  volumes*  Bombay,   1818,  in-S,*^ 

CALCUTTA.  The  Annals  ofthe  collège  ofFort  William  ^  fiom  the  perlod  af 
bis  foundation  &c,;  comptJed  from  officiai  records  arranged  and  published  by 
Thomas  Roebuck,  captain  in  the  Madras  native  infanlry,  Caicuiu ,  1 8 1 9 ,  //i-i*/ 

ALLEMAGNE. 
AUginveines  bibliographisches  Lixikon  ^  von  Ft  A.  Ebert,  crste  Lieferun|, 


2j«î  JOURNAL  DES  SAVANS. 

A-Bibl.  Leip5îg,  Brockhaus,  1820,  i«-^/ de  191   pages.  C*est  le  commence- 
ment d'un  DiclTonnaire  hihlrographîque, 

DerZt/g  dt:r  Normatmen  nach  Jérusalem,  ifc^;  Le  Voyage  des  Normands  à 
Jérusalem  ;  poème  héroïque  en  douze  chants,  par  George  Grotsch.  Leipsig^ 
ibic;,  Brockhaus, /'^-'5^-'' Priï,  2  rxd, 

Httnyady  ^  ifc.  /  Hunyady ,  tragédie  en  cinq  actes  et  en  vers,  par  de  Piichlcr. 
Vienne,  1^19,  M-<^/ 

Das  Ala^iiSAnische  Europa  Ù*c.  ;  Les  Phéniciens  dans  l'intérieur  de  t Europe 
méridionale  jusqu'au  Weser  et  la  Werra.  Tableau  des  temps  les  plus  reculés  oc 
TAliemagne,  delà  France  et  de  l'Angleterre,  par  M.  de  Donop.  Memmingen, 
1819,  Keyssner,  in-S," ,  avec  figures  et  cartes.  Prix,  2  rxd.  6  gr* 

Die  Ritterorden  ifc,  ;  Les  Or^rej  </^r//fViî/mf  .■  liste  chronologique  Jittéra ire 
€t  historique  de  tous  les  ordres  de  chevalerie,  tant  séculiers  que  réguliers,  par 
J*  WippeL  Berlin,  Schade,  2  vol  ''i'-f-'  Prix,  2  rxd,  12  gr. 

Catecliismo  de*  G esu i tr  ,ts^osïo  ed  itlustraio  in  conferenze  storico-theologico- 
moraii,  a  prohtto  délia  gioventù  priva  già  da  tanto  tempo  dt  una  buona 
cducaziont.  Uitima  edîzione,  correduta  datl'  ediiore  con  note*Lipsia,  presso 
A.  Brockhaus^  1820,  /«-^/^  viij-690. 

Abriss  der  Geschiclite  dcr  Philosophie  ;  Ahrcgé  de  V histoire  de  la  philosophie , 
parFréd,  SuelL  Giesen,  Miiller,  i/î*<f/  Prix,  1  rxd. 


Nota  *  On  peut  s*adresser  à  la  librairie  de  M  AI.  Treuttel  et  Wurtz ,  à  Parts, 
rue  de  Bourbon^  n,^ îj ;  h  Strasbourg ^  rue  des  Serruriers;  et  à  Londres j  n."  jo, 
Soho*Siiuare ,  pour  se  procurer  les  divers  ouvrages  annoncés  dans  le  Journafdej 
Savant*  Il  faut  affranchir  les  lettres  il  le  prix  présumé  des  ouvrages. 


TABLE. 


Supplément  au  Glossaire  de  la  langue  romane ^  ifc.j  par  *A  B,  df 

Roquefort,  (  Article  de  Af,  Rayiiouard.  ) * Pag.   195  . 

Afcmoircs  historiques  tt  géographiques  sur  l'Annénie,  if  c;  par  Ai* 

Saint' Al artin.  { Article  de  M,  Silvestre  de  Sacy.  ). . , 202» 

Le  Al  onde  maritime ,  ou  Tableau  géographique  et  historique  de  l'ar- 
chipel d* Orient,  S^c*s  par  C  A,  wakkenaer,  {Premier  article  de 
AI,  Abel-Rémusat.  ) 21 4* 

Voyage  classique  et  topographi/ue  en  Grhe ,  exécuté  pendant  les  années 
tSotf  iSùj  et  iSoâ,  par  Ed*  Dvdwdl.  (Second  article  de  Ai.  Lc- 
tronne*  ) * ......,* • , .  224« 

Traduction  française  de  Straban  ,  tom.   V*  (  Premier  article  de  Af, 

Raoul-Rochette*  ) * 234* 

Dictionnaire  universel  de  la  langue  frattçaise,  compose  et  publié  par  # 

AL  Raoul-Hochette*  (Article  de  AL  Dauncu»  ) . . , ♦•••..  24î . 

NouvelUs  littéraires * 247# 

FIN    DE   LA  TABLE.  . 


A   PARIS, 

DE  L'IMPRIMERIE  ROYALE. 


1820. 


% 


Le  prix  de  rabonnement  au  Journal  des  Savans  est  de  36  francs  par  an, 
et  de  40  fr.  par  la  poste  »  hors  de  Paris*  On  s'abonne  chez  MM.  Trtunel  et 
WSrt^,  i  Paris,  rue  de  Bourbon^  »/  J7/  à  Strasbourg,  rue  des  Serruriers,  et  n 
Lendres,  n.*  jo  Sûho-Square.  II  wt  affinnchir  les  lettres  et  l'argent. 

Tout  ce  q^féut  concerner  lês  annonces  à  insérer  ii^is  ce  journal, 
lettres ,  a¥is\  wiémoires ,  livres  nouveaux,  &c.  i(At  étrêjadressé . 
FRANC  DU  JM^VT/  M  Imnâu  du  Journal  des  Sapant^  i  Paris,  rue 
deMénil-montant»  n.*"  %i. 


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JOURNAL 

DES    SAVANS 


MAI    1820. 


BeMEBKUNGEN    VBEH    die  SCHRIFTEN  des   Ai.    CoFNELfVS 

Fronto  ,  &€. —  Observations  sur  les  écrits  de  M,  Cornélius 
Fronîo  et  sur  le  siècle  des  Antonins ,  lues  dans  la  séance pu^ 
bUque  de  l'académie  royale  des  sciences  de  Munich ,  le  jour  de 
S.  Maximilien ,  par  Fréd-  Roth,  membre  de  cette  académie, 

l^E  peu  d'étendue  de  cet  ouvrage,  et  sa  date,  qui  n*e$t  déjà  plus  récente 
(  octobre  1817),  nous  auroieiit  détournés  den  rendre  compte,  si,  dans 
te  peu  de  pages  dont  il  est  composé,  il  ne  présentoit  des  vues  assez  nou- 
velles sur  une  époque  de  rhistoire  qui.  Lien  que  très-célèbre,  réclame 
encore  un  historien.  Ce  nVst  point  en  philologue  que  iM*  Roth  a  examiné 
les  ouvrages  de  Fronton  publiés  par  M,  Mai,  mais  en  littérateur  et  en 
pliifosophe.  Comme  littérateur,  if  apprécie  le  mérite  de  ces  ouvrages  et 

Çk   2 


26c  JOURNAL  DES  SAVANS, 

le  réduit  à  ptii  de  chose;  loin  de  les  admirer  ,  comme  le  premier  éditeur, 
il  ne  trouve  dans  ce  rhéteur  africain  que  les  sables  de  TAfrique,  et  non 
sa  chaleur  brûlante,  comme  dans  Tertuilien  et  S.  Augustin,  Ce  jtige- 
ment  ne  i» 'éloigne  pas  de  celui  de  M.  Daunou,  qui ,  dans  ce  journal ,  a 
déjà  présenté  comme  un  simple  déclamateur  ce  prétendu  rival  de  fauteur 
des  Catiti narres.  M,  Roth  ne  trouve  rien  non  plus  à  gagner  pour  les 
sciences  dans  les  éaîts  de  Fronton  :  il  n'y  découvre  qu  un  fait  dont 
f histoire  puisse  s'enrichir;  savoir,  une  défaite  des  légions  romaines  en 
Bretagne  sous  le  règne  d*Adrien,  défaite  dont  Fronton  ne  parle  même 
qu*en  passant  :  mais  c'est  dans  le  caractère  de  ce  précepteur  de  Marc- 
AurèJe,  dans  celui  de  son  style  et  dajis  la  nature  de  ses  opinions,  que 
noire  académicien  trouve  des  données  précieuses  pour  le  tableau  d'un 
siècle  adjuiré  jusqu'ici  comme  Mge  d'or  de  l'histoire,  mais  qui,  au  gré 
de  M.  Roth,  est  bien  loin  de  mériter  ce  titre  glorieux. 

Les  principaux  panégyristes  de  ce  siècle  que  notre  auteur  avoît  à  com- 
battrei  étoîent  M,  Hegewisch,  savant  historien  allemand,  et  le  célèbre 
Gibbon,  qui  avoit  prisa  la  lettre  l'éloge  de  Rome  par  le  rhéteur  Aristide, 
Si  nous  voulions  suivre  M,  Roth  dans  ses  réfutatiojis,  cet  article  devien* 
droit  aussi  étendu  que  son  ouvrage.  Nous  nous  bornerons  à  indiquer  la 
marche  quil  y  a  suivie. 

Le  point  d'où  part  M.  Roth  est  Texcessive  et  ridicule  importance  que 
Fronton  et  ses  contemporains  attachoient  à  Tart  de  la  parole,  dans  un 
temps  oïl  cet  art  n  avoit  plus  de  véritafjle  utilité,  II  en  trouve  la  preuve 
dans  lesérudes  minutieuses  que  ce  rhéteur  ijnposait  à  son  illusire  élève, 
comme  de  rassembler  des  synonymes, de  rechercher  de  vieux  mots  pour 
les  rajeunir,  d ennoblir  des  tournures  vulgaires,  SiC,  Des  preuves  plus 
fortes  encore  s'offrent  à  M.  Roth  dans  la  colère  où  entre  Fronton  contre 
Marc-Aurèle  lorsqu'il  voit  ce  prince  plus  avide  de  la  gloire  du  philo- 
sophe que  de  celle  de  forateur,  dans  ses  critiques  de  quelques  négti* 
gences  de  style  qui  déparoient  une  harangue  de  fenipereur  Autonin, 
et  dans  les  répriniandes  un  peu  vives  qu'il  lui  adresse  à  ce  sujet.  Des 
souverains»  ajoute  M.  Roth,  qui  agréent  de  pareilles  remontrances  et  un 
rhéteur  qui  leur  prescrit  de  pareilks  occupations,  sont  sans  doute  des  phé- 
nomènes assez  extraordinaires;  mais  il  n*est  pas  difficile  de  les  expliquer. 

Notre  auteur  en  trouve  la  clef  dans  le  système  de  duplicité  sur  lequel 
Auguste  éleva  sa  monarchie,  Cet  astucieux  usurpateur,  en  liri:>ant  l'an- 
cienne constitution  de  l'Etat,  en  laissa  subsister  toutes  les  formes  exté- 
rieures, et  féloquence  fut  naturellement  appelée  à  soutenir  l'illusion  par 
laquelle  on  vouloit  fasciner  les  yeux  d'un  peuple  asservi.  Les  délibé- 
rations du  sénat,  les  plaidoyers  devant  les  juges,  continuèrent ,  comme  si 


FAI   1820. 


201 


b  fîberté  eftt  encore  existé  ;  et  Fart  du  rhéîeur  devint  d'autant  plus  nn- 
portant)  que,  dans  ces  frivoles  comédies,  la  véritable  éloquence  ne  potîvoîf 
entrer  pour  rien.  Autrefois,  on  se  préparoit  par  de  petites  actions  ora- 
toires i  soutenir  les  actions  les  plus  importantes:  depuis  Auguste,  on  se 
prépara  à  jouer  les  grandes  comédies  en  en  répétant  de  petites,  cest-à- 
dire ,  par  des  déclamations  sur  des  sujets  imaginaires  ou  pris  dans  les 
temps  anciens.  Les  écoles  se  multiplièrent,  et  les  maîtres  fiirent  mieux 
payés»  parce  que,  les  influences  naturelles  manquant,  i!  fallut  y  suppléer 
par  une  culture  artificielle.  Ce  fut  bien  pis  lorsque  cette  éloquence 
nouvelle  dut  s*appliquerà  Téloge  des  empereurs.  Nul  titre  ne  fut  asse^' 
pompeux  pour  ces  princes;  la  langue  s'usa  et  s*épuisa  par  lexagératinn^ 
et  les  hyperboles,  dès  les  premiers  siècles  de  notre  ère;  et  voilh  pourquoi' 
Fronton  et  les  autres  tentèrent  vainement  de  la  rajeunir  sous  les  Ajitonîns  /j 
en  recourant  aux  archaïsmes  ,  tant  dans  les  phrases  que  dans  les  mots. 

M.  Roth  rassemble  ensuite  les  reproches  que  Thisioire  a  pu  fîure  au*] 
gouvernement  des  empereurs  qui  régnèrent  pendant  ce  siècle  ;  maïs  cef;i*| 
ne  J'empêche  pas  de  rendre  justice  à  leurs  vertus;  ce  nesi  pas  eux,  cen* 
plutôt  le  siècle  même,  qu'il  accuse.  Si  Tempire  parut  jouir  alors  de'j 
quelque  bonheur,  ce  ne  put  être  que  par  comparaison  avec   les  mauxM 
qu1l  souffrit  dans  le  siècle  précédent  et  dans  le  suivant:  il  n'en  est   pas  j 
moins  vrai  que,  dans  cet  âge  d'or  prétendu,  la  misère  des  peuples  fut  ] 
extrême,  M.  Roth  prouve,  par  des  citations ,  que  toutes  les  richesses  de^l 
lÉtat  éioieni  partagées  entre  vn  petit  nombre  de  familles,  que  les  im-'j 
pots  étoient  énormes  et  répartis  injustement,  que  des  corvées  de  toufe^ 
espèce  écrasoient  lagriculture  et  resireignoient  la  population,  souvent' 
éclaircie  par  des  pestes  et  des  famines.  Cependant,  ajoute  notre  aurcur,  I 
ce  n est  ni  dans  les   vices  de  fadministration,  ni  dans  les  fléaux  de  la" 
nature,  qu  il  faut  chercher  les  raisons  d*un  fait  singulier  qu'offre  cette 
époque  de  paix.  La  population  n'y  augmenta  point;  le  monde  romain*] 
ne  répara  point  les  pertes  qu'il  avoit  faites  par  tant  de  guerres  éïran- ' 
gères  et  civiles.  M.  Roth  établit  ce  fait  sur  les  téinoignages  des  historrenîr , 
et  en  particulier  fur   un    passage  très-rémarqunble  et  très-décisif  de'' 
Plutarque,  dans  son  traité  des  OracUs  qui  ont  cessé.  Il  cherche  ensuite  à 
l'expliquer  par  des  causes  morales  :  selon  lut,  la  servitude  des  peuples  est 
contraire  à  leur  multiplication  ;  et  toute  nation  qui ,  après  atoîr  joui  de  1 
la  liberté,    tombera    dans  la    dépendance,    sera  frappée  de  stérilité. 
Quelques  exemples  tirés  de  Hiistoire  appuient  cette  opinion  de  M.  Roth  : 
sans  fadopier  dans  sa  généralité,  nous  pensons  du  moins  qu'elfe  convient** 
irès'bien  au  temps  auquel  il  ra[>plique.   Il  fait  voir  que ,  dans  le  siècle^ 
des  Antonins,  il    s'en  falloit  bien  que    les  villes  de  fempire  eussent 


JOURNAL  DES  SAVANS. 

conservé  cette  fibené  municipale  ,  dont  on  leur  avoil  laissé  Fappa- 
rence,  et  qui  dédommageroii  de  la  privaiion  des  autres  »  sr,  au  moment 
où  on  les  a  perduesi  on  en  perdoil  aussi  le  souvenir.  A  cette  époque, 
fes  gouverneurs  de  province  s*irnmisçoient  dans  la  police  même  des  cités  : 
pour  un  grand  nombre  d  affaires  ils  étoienc  obligés  de  recourir  à  la 
chancellerie  impériale*  Londres  et  Smyrne,  Cadix  et  Cologne,  ne  pou- 
voient  bâtir  ni  murs,  ni  portes,  ni  aqueducs i  sans  une  permission  venue 
deRome-Cependajit,  tandis  que  cette  centralisation  des  pouvoirs,  si  chère 
à  tous  les  genres  de  despotisme ,  fàisoit  sentir  plus  vivement  encore  aux 
peuples  asservis  la  perte  de  leur  liberté,  tout  contribuoit  à  entretenir  la 
mémoire  de  leurs  brillantes  époques.  Ce  nétoit  pas  seulement  les  livres 
qui  la  perpétuoient  pour  les  savans;  elle  étoit  conservée  aux  peuples  par 
la  continuation  des  anciens  usages,  par  la  céfébralion  des  anciennes 
fties,  par  les  noms  toujours  existans  des  anciennes  institutions.  La 
Grèce avoit  encore  desamphictyons  ;  Athènes,  un  aréopage,  et  même  un 
polémarque,  réduit,  il  est  vrai,  à  finspection  du  marché  aux  blés.  On 
célébroiî  encore  Tanniversaire  des  iournéesde  Marathon  et  de  Leuctres;  le 
fouet  éprouvoit  encore  la  fermeté  des  enfans  de  Sparte,  à  Fautel  de  Diane 
Orthia.  Mais  gardez-vous ,  s'écrioit  Pluiarque,  d'attacher  aucune  impor- 
tance à  ces  souvenirs  des  temps  anciens.  Ne  songez  point  à  Marathon  et 
à  Platée,  mais  à  votre  foiMesse^à  votre  nullité.  Vous  navez  ni  guerre  à 
faire,  car  la  paix  règne  par-tout  ;  ni  état  à  régler,  car  vous  êie$  sujets.  II 
est  ridicule  à  vous,  petits  comme  vous  êtes,  de  chercher  à  vous  parer  des 
couronnes  de  vos  pères;  il  est  dangereux  pour  vous  doser  exprimer  vos 
senumens,  au  lieu  de  répéter  ceux  qu'on  vous  souffle; car  vous  ne  seriez 
pas  corrigés  par  des  huées  et  des  sifflets  comme  de  mauvais  comédiens, 
mais  par  la  hache,  le  plus  terrible  des  instituteurs^ 

Après  avoir  cité  ces  lignes  de  Plutarque ,  M.  Roih  termine  à  peu  près 
ainsi  le  tableau  de  la  dégénération  morale  du  monde  romain  à  Tépoque 
dont  il  s'agit  :  «  C'est  un  fait  honorable  pour  l'espèce  humaine,  que  ce 
>»  dépérissement  où  on  la  voit  tomber,  lorsquelle  languit  dans  un  état 
»  d^oppression  et  d'humiliation  qui  ne  lui  permet  point  de  résistance* 
w  L'énergie  qui  s'étoit  jadis  manifestée  dans  la  vie  politique  de  tant  de 
»  peuples,  ne  tourna  point  au  profit  de  la  vie  civile  et  dojuestique, 
»  lorsque  la  première  s'éteignit,  par  leur  incorporation  au  vaste  empire 
»  des  Césars.  Ce  qu'ils  avoient  de  vigueur  et  de  vertu  disparut  faute  d'em- 
»  ploi  ;  il  ne  resta  que  les  qualités  opposées ...  La  maladie  de  ce  siècle 
»  fut  Ténervement;  on  la  reconnoît  à  divers  symptômes,  mais  sur-tout 
1»  à  la  multitude  des  jongleurs  de  toute  espèce,  devins,  magiciens, 
>»  thaumaturges,  et  au  crédit  dont  ils  jouissoient*  Ce  fut  eu  vain  que 


MAI   1820. 


1^3 


»  des  hommes  de  toutes  les  provinces  furent  Adinis  dans  le  sénat;  que 
>»  Ton  fit  Yoyager  des  savans  du  mont  Taurus  aux  bords  de  fa  Tamise  ; 
o  que  Ton  érablit  des  biblioihèqaes   avec    des    sociétés   savantes,  des 
»  écoles  publiques  avec  des  professeurs  soldés  :  ce  fut  en  \nm  que  Ton 
»  s'occupa  sans  cesse  à  iouer,  expliquer,  commenter  les   anciens  chefi.* 
»  d œuvre;  le  génie  qui  les  avoit  enfantés  étoit  éteint.   Plus  les  con- 
«  noissances  gagnèrent  en  étendue  et  en  variété,  plus  elles  se  mulil- 
»  plièrent ,  et  plus  aussi  lagénéraiîon  devint  frivole,  superficielle,  impuii- 
»  santé.  De  là  vient  qu*ellc  ne  produisit  rien  de  grand,  ni  dans  les  sciences 
»  ni  dans  les  arts  de  la  parole  :  les  esprits  les  plus  éclairés  passèrent  leur  vie 
s>  dans  l'ennui,  et  la  foule  à  d'oiseux  divertissemens  lorsque  la  fkm  Jeper* 
*>  mettoit;  car  il  existoit  encore  un  attrait,  un  besohi  impérieux,  celui  dt$ 
>i  spectacles,  également  insatiable  de  pantomimes,  de  gladiateurs,  de  corn» 
»  bats  de  bétes.  Fronton  avoue  que  les  maladies  ne  lempécheni  point  d  y 
»  assister;  il  loue  Trajan  et  Verus  d'avoir  fait  venir  à  leurs  camps  en  Asie 
»  des  comédiens  de  Rome,  et  regarde  comme  une  profonde  politique  le 
»>  soin  que  Ton  prend  des  spectacles.  On  apprécioit  la  magnanimité  d'un 
n  empereur  par  le  nombre  d*élëphanset  de  lions  qu'il  faisoit  paroître,  et 
»  Marc-Aurèle  fut  lui-même  obligé  de  subir  le  foug  de  la  coutume  en 
»  fréquentant   les  jeux  publics.  Si  l'on  songe  i  quel  point  une  pareille 
>î  manie   de  dissipation,  commune  k  tous  les  états  et  à  tous  les  âges, 
»  dut  encore  dégrader  une  génération  dé)h  corrompue  ,  on  ne  s'étonnera 
»  plus  qu'un  Père  de  l'église  (SalvienJ,  ait  regardé  comme  Tceuvre  de 
w  fesprit   malin  les  divertissemens  dont  cette  manie  se  nourrissoit. » 

C'est  ici  que  M.  Roth  termine  son  esquisse  du  second  siècle  de  notre 
ère;  peut-être  a-l-il  trop  déprécié  ses  mérites,  sur-tout  dans  ce  qui 
regarde  les  sciences  et  les  lettres,  puisque  ce  fut  à  cette  époque  que 
vécurent  Ptolémée  et  Lucien»  Je  doute  qu'il  ait  exagéré  de  même  les 
vices  de  l'administration  et  les  maux  particuliers  qui  en  sont  la  suite  :  la 
dégradation  morale  et  raftoiblissement  politique  qu'elle  produit.  Quoi 
qu'if  en  sott,  on  peut  au  moins  penser  avec  M.  Rotli,  que  ce  siècle  a 
été  beaucoup  trop  loué ,  et  qu'il  dut  en  grande  partie  ces  éloges  aux 
malheurs  et  à  la  corruption  plus  profonde  encore  du  siècle  qui  le  suivit.  Au 
reste,  M,  Roth  conclut  son  discours  en  observant  quedès-ïors  croissoieni 
et  le  chrîsiianisme  dans  l'intérieur  de  l'empire,  et  les  nattons  germaniques 
sur  ses  confins.  Ces  nations,  divisées  en  tribus  nombreuses,  ennemies  de 
toute  monarchie  universelle ,  et  dévouées  aux  antiques  races  de  feurs 
princes,  apportèrent  un  nouvel  esprit  de  vie  dans  les  états  qu'effes 
fondèrent  sur  les  débris  de  Tempire  romain:  elles  en  confièrent  l'édu- 
cation et  la  culture  au  christianisme,  qui,  tout-à-la- fois  plus  sévère  et 


z64r  JOURNAL  DES  SAVANS, 

plus  clément ,  plus  sublime  et  plus  populaire,  plus  rjnposant  et  plus 
attrayant  que  toute  la  sagesse  des  païens,  réunit  fes  peuples  dans  une 
seule  croyance,  mais  non  sous  lui  seul  souverain.  Ainsi  se  forma  la  civi- 
lisation moderne  ,  plus  susceptible  de  perfectionnement  que  l'ancienne, 
et  qui» loin  d  avoir  a  craindre  une  dégénération  incurable,  porte  en  elfe- 
méme  la  faculté  et  [es  moyens  de  se  régénérer  sans  cesse  par  le  retour 
h  ses  premiers  principes,  et  de  sortir  en  quelque  sorte  rajeunie  des  crises 
mêmes  qui  semblent  fa  mettre  dans  le  plus  grand  danger* 

Nous  n'ajouterons  rien  à  cette  péroraison  de  M.  Roth  ;  nous  nous 
bornerons ^  en  finissant  cet  article,  à  nous  joindre  au  vœu  qu*il  exprime 
pour  que  le  siècle  dont  nous  venons  de  nous  occuper,  trouve  enfin  un 
historien  capable  de  Tapprécier  avec  impartialité  et  de  le  peindre  avec 
exactitude.  Il  nVst  pas  probable  cependant  que  Ton  puisse  ajouter  beau- 
coup de  faits  historiques  à  ceux  qui  sont  déjà  connus  ;  les  matériaux  sont 
en  trop  petit  nombre  :  mais  ils  ne  manqueroient  pas  pour  le  tableau 
politique,  philosophique  et  moral  de  cette  époque  ;  et  de  tous  les  points 
de  vue  sous  lesquels  Thistoire  peut  être  considérée,  celui-ci  n'est  pas  le 
moins  important» 

VANDERBOURG- 


TESTAMENT  DE  LOUÎS  X  VI,  Roi  DE  FrA  NCE  ET  DE  N A  VARBE, 

avec  une  traduction  arabe  par  M.  le  baron  Silvestre  de  Sacy. 
Paris,  de  rimprîmerie  royale;  i  vol.  /Vï-^/ 

Lorsque,  grâce  au  zèle  infatigable  des  savans  et  laborieux  coopéra- 
leurs  des  travaux  de  la  Société  biblique,  les  saintes  Écritures  ont  déjà 
paru  et  parpis&ent  encore  tous  les  jours  dans  les  innombrables  idiomes 
de  rOrient,  M.  de  Sacy  ne  pouvoit  trouver  une  époque  plus  favorable 
pour  traduire  dans  une  des  langues  les  plus  répandues  chez  ces  peuples 
un  des  monumens  les  plus  éminemment  religieux  sortis  de  la  plume 
des  hommes;  écrit  sublime,  dans  lequel  respirent  au  plus  haut  degré 
cette  force  dame,  et  en  même  temps  cette  admirable  résignation  que 
la  religion  seule  peut  donner. 

Qui  ne  seroît  touché,  dans  tous  les  pays  du  monde»  à  moins  de 
participer  à  la  férocité  du  tigre, des  illustres  infortunes  d*un  Roi  assai- 
sine  par  les  mains  de  barbares  qui  n'avoient  d'autre  crime  à  lui  reprocher 
que  l'excès  de  sa  bonté  ! 

Quel  être ,  à  la  lecture  de  ces  lignes  angèliques ,  h  moins  qu'il  ne 
Ait  entièretneut  corrompu  par  tes  désolantes  doctrines  de  rathéisine^ 


MAI  1820,  2(S| 

pourroîl  ne  pas  se  sentir  entraîner  vers  xxne  morale  dont  plus  elle  en 
est  imbtie,  pJus  l'ame  se  complaît  en  elle-même,  parce  que,  toute  en- 
tière aux  idées  les  plus  élevées,  elle  se  trouve  de  plus  en  plus  digne  de 
$s^  céleste  origine  !  * 

'  Ce  petit  ouvrage  de  M,  de  Sacy ,  que  nous  pouvons  regarder  comme 
une  perfe  enchâssée  dans  for  de  ses  autres  productions,  peut  donc 
faire  treaucoup  de  bien,  s*il  tombe  sous  des  yeux  dignes  de  le  lîrer 
et  nous  espérons  qu'il  en  sera  ainsi  ;  car,  grâce  au  ciel,  la  vertu  n'a 
pas  encore  lout-a-faît  aijandonné  la  terre. 

Que  devenir,  si,  dans  le  désert  aride  et  sau mitre  de  la  vie,  i!  ne 
je  rencontroît  pas,  de  distance  en  distance,  quelque  source  près  de 
laquelle  fe  voyageur  altéré  pût  trouver  fe  se  rafraîchir!  Jfc  seroit  trop 
artreux  de  songer  à  le  traverser. 

Que  ces  divines  pages  portent  au  loin  la  consolation  dans  les  âmes; 
quelles  y  fassent  éclore  le  germe  des  venus  :  voilà  quelle  fut  Tinteii- 
lion  de  M,  de  Sacy  en  les  reproduisant  dans  une  langue  parlée  dans 
une  étendue  de  pays  immense. 

Maïs  laiisojis-Ie  lui-même  nous  développer  sa  pensée  dans  Taver- 
tiisement  qui  précède  son  ouvrage,  et  qui  mériterait  bi>i  d'être  transcrit 
en  entier:  ««En  essayant,  dit  le  vénérable  traducteur,  de  faire  passer 
w  ce  chef-d'œuvre  inimitable  dans  une  des  langues  les  plus  répandues 
î>  parmi  ks  naiions  de  fOrient ,  je  me  suis  propose  de  faire  participer 
»  les  chrétiens  de  ces  contrées,  et  les  infidèles  eux-mêmes,  aux  nobles 
y»  seniimens  qu  il  réveille  dans  le  cceur  de  tout  hotnme  pour  qui  la  vertu 
»  n'est  pas  un  vain  noju  :  j'ai  pensé  que  les  premiers,  accablés  sous  uti 
m  jougetranger ,  y  trouveroient  utie  source  de  consolations  et  de  courage, 
»  et  qu'il  pourroit  devenir  pour  les  autres  une  précieuse  semence  de 
î>  foi,  et  contribuer  à  ouvrir  leurs  cœurs  aux  prédications  des  ministres 
w  de  TEvangile*  Si  ce  vœu  de  mon  cœur  étoît  rempli,  je  me  féliciterois 
n  dout.lemtnt  d'avoir  payé  ce  tribut  de  ma  vénération  à  la  mémoire 
»  du  plus  infortuné  et  du  plus  vertueux  des  rois.  « 

Ce  n'est  pas  ici  la  première  fois  que  M,  de  Sacy  fait  résonner  Je 
luth  oriental  [1).  Déjà,  dans  la  belle  préfice  arabe  de  son  Kalïla  n 
Dlntna  ,  et  pfus  mcemment  dans  fintroduction  persane  qui  précède 
son  élégante  édition  du  Paid-nauûh ,  il  en  a  tiré  des  accords  aussi  richei 

(1)  Ctîte  figure,  qui,  d'après  notre  manière  devoir,  ne  sembîeroit  pouvoir 
être  employée  avec  justesse  quVn  Pappliquam  à  la  poL*sre  ,  peut  être' égale- 
ment juste,  en  égard  â  fa  prose  élevée  oes  Orientaux ,  prose  à-la-fois  cadencée 
ec  rimée,  et  où  ti  y  a  même  souvent  plus  de  véritable  poésie  que  dans  téun 
compositions  en  veri. 


aétf 


JOURNAL  DES  SAVANS, 


que  Taries;  mais,  dans  ces  deux  compositions,  libre  de  donner  Tessof 
à  son  imagination,  il  a  pu  laisser  ses  doigts  errer  à  I aventure,  tandis^ 
que,  dans  cette  traduction,  enchaîné  par  son  original,  et  quel  origi- 
nal î  . ,  •  il  a  dû  éprouver  les  plus  grandes  difficultés  pour  rendre,  sans 
s'écarter  du  génie  de  la  langue  arabe,  cette  simplicité  de  style,  cette 
noblesse  d'expression,  ce  pathétique  entraînant,  qui  font  du  Testament 
de  finfortuné  Louis  XVI  un  chef-d'œuvre  accompli;  et  cependant  if 
nous  semble  qu'il  y  a  réussi  avec  le  plus  rare  bonheur. 

Ajoutons  que  les  amis  des  lettres  orientales  pourront  voir  d'avance 

avec  plaisir  dans  la  forme  élégante  du  double  caractère  arabe  (ij  qui 

servi  à  Fimpression  de  cet  ouvrage,  un  modèle  de  cj^Iui  qu*ils  re- 

' trouveront  dans  Tédition  du  //<ir/rî,  accompagné  d'un  ample  et  docte 

I commentaire,  rédigé  particulièrement   d après  ceux  de  Charichi  et  de 

Mûiariil,  par  M*  Silvestre  de  Sacy,  et  dont  la  première  feuille  est 

;  sous  presse  en  ce  moment, 

CHÉZY. 


IApebçu  céocnostique  des  Terbains  »  par  B.  H,  de 
Bonnard,  ingénieur  en  chef  au  corps  royal  des  mines  ;  un  vol. 
in-S/  de  x66  pages,  i8i^.  A  Paris,  chez  DétervîHe, 
rue  Hautefeuille,  n.''  8. 

Nous  avons  rendu  compte  en  i8r6,  dans  ce  journal»  d'un  essai 
[géognostique  sur  fErzgebirge  ou  sur  les  montagnes  métalliftres  de  fa 
{Saxe,  par  M,  de  Bonnard,  Cet  ouvrage  n*avoii  pour  objet  que  la  des^ 
rriptton  détaillée  d'un  pays,  sous  les  rapports  de  la  minéralogie: 
lujourd^hui  nous  allons  faire  connoftre  un  travail  plus  étendu  du 
lême  auteur;  c*est  ujie  classification  des  terrains,  d'après  les  résultats 
de  ses  voyages  en  France  et  en  Allemagne,  d'après  ses  observations 
personnelles,  et  celles  qu*if  a  pu  y  réunir.  Les  noms  qu'il  cite  plus  parti- 
cultèrement,  sont  ceux  de  Dolomieu  ,  de  Humboldt,  de  Saussure,  de 
Cuvier»  de  Brogniart,  de  Wcrner^  de  Brochart  de  Villiers,  qui  font 
luioritéen  pareille  matière. 


(i)  Ceiontproprv'meni  les  caractères  de*  Medicis ,  qui  ont  servi  aui  édrtions 
de  ÏEuci'tde  et  de  VAvktnne ,  mais  reiouchts  avec  soin,  et  enrichis  de  quelques 
nouveaux  pointons.  Le  caractère  de  rEucIrdc  sera  employé  pour  le  texie^  et 
celui  de  rÂviccnne,  pour  le  commentaire  et  les  notes  du  Hariri, 


MAI   l8lO, 

M.  de  Bonnard  reproche  aux  anciens  géologues  des*ètre  trop  hâtés  de 
faire  des  systèmes,  prétendant  quils  auroient  du  attendre  quon  eût  un 
plus  grand  nombre  de  faits,  et  les  accusant  de  n  avoir  admis  que  ceux 
qui  s  accordoient  avec  telle  ou  teHe  théorie.  Les  géofogues  ne  sont  pas 
les  sei-Is  auxqueU  on  puisse  faire  un  semblable  reproche, 

La  géognosie  considère  le  globe  terrestre  de  deux  manières  :  exté- 
rieurement ,  elle  en  étudie  la  grandeur,  la  forme,  l'aspect  général  et  les 
inégalités;  les  différens  fluides  qui  lentourent,  et  leur  action  sur  la 
partie  solide  de  son  écorce  :  intérieurement,  elle  observe  la  nature»  la 
structure  et  la  position  absolue  et  relative  des  masses  minérales,  en 
étendant  ses  observations  depuis  la  cime  des  h^iuteurs  les  plus  élevées  , 
jusqu'aux  plus  grandes  profondeurs  ou  Thomme  puisse  atteindre.  Sous 
ie  premier  point  de  vue,  ia  géognosie  se  lie  à  plusieurs  autres  sciences,  ei 
elle  a  sur-iout  des  rapports  avec  la  géographie  physique.  Cette  consr- 
déraiioii  n*est,  pour  ainsi  dire,  que  préliniirtaire  ou  accessoire  dans  les 
études  géognostiqueSj  dont  fobjet  essentiel  est  la  considération  intérieure 
du  globe ,  ou  lobservation  de  la  composition  ou  de  la  manière  d'être 
des  dijfftrens  giies  de  minéraux  ^  qu'on  distingue  en  généraux  et  en  partî- 
culierîi.  Les  premiers  sont  les  masses  les  plus  répandues  et  qu'on  retrouve 
dans  diverses  parties  de  la  surface  du  globe ,  avec  des  caractères  déter- 
minés de  composition  et  de  gisement  ;  les  seconds  sont  des  masses  moins 
coJinues,  qui  se  présentent  isolées  au  milieu  de  gîtes  généraux  dont 
elles  diflerent  par  leur  naiuré  :  ils  sont  souvent  recherchés  à  cause  det 
minerais  utiles  qu'ils  renferment;  on  leur  dorme  spécialement  (e  nom 
é^  gîtes  de  mineratî.  Les  gîtes  généraux  peuvent  être  considérés  comme 
composant  par  leur  ensemble  la  partie  solide  de  la  voûte  du  globe;  oii 
les  nomme  terrains  :  ceux-ci  sont  stratifiés  ou  divisés  en  couches  »  qo  on 
appelle  roches.  L'ensemble  des   terrains  ou  des  couches  ou  des  gîtes 
quelconques  de  minéraux,  qui  paroissent  avoir  été  formés  en   même 
temps  ,  constitue  ce  qu'on  nomme  en  géognosie  wne  firmation,  Teîle  esr^ 
suivant  M.  de  Bonnard,  la  distinction  à  établir  dans  l'acception  dé  ces 
trois  termes,  que  Ion  a  souvent  confondus  ensemble.  Il  résume  cette 
distinction  en  ajoutant:  «Les  terrains  sont  formés  de  roches  et  com- 
>5  posent  des  fonnations;  mais  on   applique  aussi  la    désignation    de 
>ï  formaiion  à  chaque  terrain  considéré  dans  [es  diverses  formations  dont 
w  ils  font  partie.  3'  L'auteur  regarde   les   formations  comme  les  <'//?^i:f/ 
giognos tiques»  que  Ton  détermine  par  i  étude  et  la  connoissatice  des  terrains 
et  des  roches  ;  il  admet  une  nomenclature  française  de  roches ,  proposée 
par  M,  Brogniart. 

hc%  terriin$  sont  divisés  par  les  géologues  en  primordiaux  ou  pri- 

lI   a 


4 


n 


ÏB  JOURNAL  DES  SAVANS, 

mitifi ,  siconàûires,  d^alluvion  et  xolcamqua  ;  le  plus  grand  nombre 
d*entre  eux, adopte  aussi  une  classe  de  transition  ou  inttrmidiairc  entre 
\t^ primordiaux  et  les  secondaires  ;  il  y  en  a  aussi  qui  reconnoissent  une 
Cilasse  tertiaire  entre  ceux*ci  et  les  terrains  d'ai/uvion.  Tout  ce  que  contient 
1  ouvrage  de  M.  de  fionnard,  est  rangé  sous  ces  grandes  divisions;  il 
partage  encore  en  deux  groupes  distincts  la  classe  des  terrains  secon- 
dairist  mais  il  fait  observer  que  les  caractères,  assez  faciles  à  saisir  cjuand 
il  s  agît  de  distinguer  les  terrains  situés  au  milieu  de  chacune  des  classes, 
disparoisseni  presque  entièrement  lorsqu'on  approche  dune  classe 
voiiïîne. 

Al,  de  Bonnard,  en  combinant  continuellement  les  considérations 
relatives  à  la  nature  des  roches»  avec  celles  qui  dépendent  du  degré 
d'anciiïnneté  reiative  des  formations,  présente  le  tableau  des  connois- 
sances  actuelles  sur  les  terrains  ;  il  s*attache  principalement  h  suivre 
dans  chaque  classe  la  trace  des  différentes  séries,  à  y  reconnoître  les 
relations  que  présentent  les  terrains  de  chaque  série  entre  eux  et  avec 
les  terrains  de4>  auires  séries;  à  déterminer  ainsi  pour  chaque  terrain  les 
formations  dans  lesquelles  il  se  présente,  et  par  conséquent  les  espèces 
géognosliques  qui!  contribue  à  former  i  il  tâche  ensuite,  dans  un  résumé 
relatif  à  chaque  classe,  d'établir,  d'après  les  faits  indiqués  pour  tous  ie% 
terrains,  IVrdre  général  des  formations  ou  espèces ,  autant  qu*il  e^t  connu 
ou  présumé.  Ai.  de  Honnard  assure  que  ce  mode  d  exposition  lui  est  à 
peu  près  particulier.  »• 

Nous  allons  maintenaiit  le  suivre  dans  fapj'lication  des  principes  dor^t 
nous  venoïïs  de  donner  une  idée;  nous  prendrons  pour  exemple  la 
,premièreclasse,à  laquelle  nous  nous  bornerons.  Elle  contient  sept  séries 

L'auteur  examine  d  abord  les  terrains  de  granit  (première  série), 
qu'il  range  en  trois  formations  générales;  il  fait  remarquer  que  les  hautes 
inoniagnes  granitiques  paroîssent  appartenir  plutôt  aux  secondes  et 
troisièmes  formations  qu'à  la  première. 

Il  passe  successivement  aux  six  autres  séries.  La  micacée  cotnprend 
les  terrains  primordiaux  le  plus  universellement  répandus,  tels  que  les 
gneiss,  ïe^  micaschistes,  et  les  phylfades  ou  schistes.  Le  terrain  de  schiste 
iouvent  ne  présente  plus  de  caractères  de  précipitation  chimique.  M 
arrive  d'une  manière  inscnsinle  aux  schistes  des  terrains  intermédiaires. 

Dans  fexamen  de  ceux  de  la  série  feldspathique ,  il  appelle  Taitention 
surir  yresetles  pycn!te$,qui  embarrassent  les  géologues,  à  raison 

des  K  ^  ^  ^  qu'ils  présentent  avec  des  ti-rrains  semblables  des;  classes 
suivantes ,  ou  avec  des  terrains  qui  sont  regardés  comme  volcaniques. 

L'auteur    insiste  particulièrement    sur  les   analogies    intéressantes 


MAI  fSiO.  ^^^H  26$ 

['•ïu'offre  la  lérîe  talqueuse  avec  les  faits  ofFerts  pines  séries  feld* 
spathique  et  micacée,  analogie  qui  semble  souvent  correspondre  à 
celles  qui  lient  coinîne  espèces  mînéralogrques  le  talc  et  fe  mîcaî  il 

►  fait  remarquer,  par  exemple,  que  les  diverses  variétés  ftidspathiques. 
quartzeuses  et  tafqueuses  du  stea  schiste  ou  schiste  talqueux,  lesquels 
répondent  aux  gntî:5S5  mica  schiste  et  phylhide  des  terrains  micacés, 
ont  entre  elles  les  mêmes  relations  de  giseiiiens  que  les  divers  gisemens 
des  porphyres,  correspondance  qui  est  en  rapport  avec  la  ressemblance 
qui  se  remarque  dans  la  structure  de  ces  roches,  &c. 

Dans  la  série  quartzeuse  et  amphibolique»  on  ne  connoît  que  des 
terrains  subordonnés  aux  terrains  micacés ,  talqueux  et  feldspaihiques. 

Enfin  la  série  calcaire  pn roi t  se  composer  aussi,  dans  h  première  classe, 
plutôt  d'une  suite  de  membres  subordonnés  aux  forTiiations  micacées, 
que  de  masses  minérales  indépendantes.  Ces  terrains  de  calcaire 
pur  ou  mélangé  de  mica  ou  de  talc  se  présentent  seniblables  les  uns 
aux  autres,  dans  toute  fa  période  primordiale. 

Telles  sont  les  séries  des  terrains,  dont  M.  de  Bonnard  indique 
lexistence dans  la  première  classe,  et  pour  chacun  desquels  il  fait  corif 
noître  les  caractères  qui  lui  sont  propres.  Rapprochant  ensuite  dans  un 
résumé  les  faits  exposés  pour  les  différentes  séries,  tl  cherche  à  déterr 
miner  un  ordre  général  d'ancienneté  pour  hi  formûtlons  ou  les  espèces 
géognojthjues  que  la  classe  renferme.  A  la  fin  de  son  résumé,  il  revi«;iu 
sur  les  incertitudes  qui  existent  relativement  i  la  priinordiatité  réelle 
dwne  pâi'tiedes  terrains  ainsi  classés,  et  aux  caractères  qui  servnentà  les 
distinguer  géognosiiquement  les  uns  de?  autres,  ainsi  que  de  ceux  de  fa 
classe  suiva/ite.  «  Plus  on  examine  ,  dit-il,  plus  on  doute  qu'if  y  ait  en 
3/>  géognosie  des  classes  bien  séparées,  des  espèces  bien  déterminées ,  plus 
»  on  pense  quît  faut  se  borner  à  faire  connoître,  pour  faciliter  fétude  des 
>»  terrains,  cerLiins  types  autour  desquels  on  doit  grouper  ce  qui  en 
y»  diffère  le  moins,  en  indiquant  ensuite,  et  seulement  comme  probable» 
»  une  place  pour  chaque  groupe  dans  la  grande  série  de5î  formations 
»  minérales,  iSiC,  » 

Nous  teniiinerons  ici  Tex trait  d'un  ouvrage  qui  nous  paroft  digne  d  m- 
îéresser  ceux  qui  se  livrent  à  féiude  de  fa  mijiérsiogîe*  U  vippose  dans 
son  auteur  des  connoissances  approfondies  dans  une  science  qui  est 
encore  loin  du  but  où  elle  pourra  atteindre-  Des  commissaires  de  laça- 
déiTvie  des  sciences  (  MM.  Leiièvre  et  Brogniart)  en  ont  porté  un  fuge- 
nient  favorable;  ils  ont  déclaré  «  qu  on  y  trouve  dans  l>eaucoup  départies 
y*  un  ordre  de  classification  propre  à  Fauteur,  des  rapproclienicns  nou- 


n 


A>o  JOURNAL  DES  SAVANS. 

19  veaux  »  des  observations  judicieuses  »  des  discussions  Savantes  et  ont 
»  saine  critique.  » 

TESSIER. 


NIKHTA2  Err£NEIAN02  ICAl' KONSTANTfNOX  MANA2XH  2  : 

Nkeia  Eugetùam  narraîionem  amaîoriam  et  Cottstantini  Ma- 
nassîs  frajj^menta  edidit ,  verîit  nique  nous  tnstruxiî  Jo,  Fr* 
Boissoriade»  Parisiis,  excudebat  A*  Bobée»  i8ip,  %  voL 

Le  poème  ou  plutôt  le  roman  des  Amours  de  Drosille  et  Chariclès, 
par  Nîcétas  Eugénianus ,  quoiqu'encore  inédit,  étoit  connu  par  des 
fragfiiens  pubtiés  dans  les  noies  de  Vilfoison  sur  Longus,  dans  les  pro* 
ïégomènes  de  M.  Coray  sur  Héliodure,  sur-tout  dans  la  notice  dé- 
taillée qui  fait  partie  du  tome  VI  des  Notices  des  Manuscrits  :  mais 
il  faut  convenir  qu'il  ne  fouissoit  pas  d'une  très-bonne  réputation, 
M,  de  Villoison  déclaroit  l'auteur  ^^/rr^/wx  loquax  et  hepti  vcrhsus  ; 
il  jugeoit  son  ouvrage  absurde ,  détestable ,  indigne  de  voir  le  jour* 
M,  Coray  n'est  guère  pfus  favorable  à  Nicétas:  <c  De  tels  poèmes,  dît 
»•  ce  profond  critique I  ont  été  inspirés  sans  doute,  non  par  Apollon p 
i>  le  dieu  du  four,  mars  par  quefque  génie  de   ténèbres.  «> 

M.  Boissonade  ne  s'est  pas  cru  obligé,  en  sa  qualité  d'éditeur,  de 
prendœ  la  défense  de  Nicétas;  il  ne  réclame  nullement  contre  les  cri- 
tiques rigoureuses,  mais  justes,  dont  Nicétas  a  été  YoUjei,  Nm  sum, 
dit-il  dans  sa  préface,  menfe  adeo  exsens  a,  ut  non  bene  intelligam  quam 
fit  msubidus  ûtque  plenus  ivAp^thain;  quantum  ejus  narrationes  à poeticâ 
facultûte  abhoneant ,  dïctu  profatuque  tpso  insuaves;  quàm  cêactit  ac 
rancidis  vôcum  ^ctionibus  linguam  avitam  dedecoret  ;  quam  sit  ineptus 
imttûtor,  ita  ut  mala  fûciat  qum  in  antiqulmbus  scriptoribus  sunt  admo^ 
dum  quàm  bona  ;  nec  sum  adeo  candidus  patiim,  ut  ejus  vitia,  qua  jam 
me  nema  meliùi  novit,  velim  dissimularr. 

On  voit  que  M.  Boissonade  n  est  guère  moins  sévère  à  Têtard  de 
Nîcétas  que  MM*  de  VîHoison  et  Coray;  seuiemeni  il  pense,  avec 
MM.  Lévesque  %x  Cliardon  de  la  Rochette,  que  les  défauts  d*un  tel 
DUYrage  ne  sont  pas  une  raison  de  ne  jamais  lé  publier.  En  eflt^t,  ries 
n'est  à  négliger  dans  fa  littérature  grecque  ;  même  chez  les  écrivains 
des  bas  temps  de  fa  grécilé,  on  trouve  des  expressions*  des  locutions, 


MAI  1810. 


aji 


es  idées,  des  traits  puisés  k  des  sources  anciennes  tt  qui  peuvent  servir 
à  éclaircir  les  auteurs  classiques;  pour  s'en  convaincre,  il  suffit  de 
réfléchir  à  tout  ce  que  les  commentateurs  rfEumathîus  ,  d'Aristénèie ,  de 
Chariton  ,  &c,  ont  tiré  de  ces  écrivains  médiocres  pour  éclaircir  et 
enrichir  l'histoire  de  la  langue  grecque. 

Nous  croyons  superflu  d'entrer  ici  dans  l*analyse  du  poème  ou  du 
roman  de  Nice  tas ,  et  d'en  présenter  à  nos  lecteurs  les  morceaux  les  plus 
saillans;  nous  ne  pourrions  que  répéter  ce  quils  trouveront  avec  plus 
de  détails  dans  la  notice  très-judicieusement  rédigée  par  M.  Lévesque, 
et  qui  fait  partie  du  sixième  volume  des  Notices  des  Manuscrits  (p.  22 j^ 
2p):  il  nous  suffira  de  rappeler  ici  que  Nicétas  a  composé  son  ou- 
vrage dajis  le XI J/  siècle,  à  Timitaiion  de  celui  de  Théodore  Prodrome; 
que  ce  poème  est  divisé  en  neuf  chants,  qui  contiennent  en  tout  trois 
mille  cinq  cent  trente-huit  vers  ;  qu'il  est  écrit  en  vers  ïambiques  poli* 
liques. 

Le  premier  volume  de  cette  édiiion  coniient  le  texte  de  Nicétas 
imprimé  sur  un  mamiscrit  de  la  Bibliothèque  royale,  et  sur  une  copie 
du  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Saint-Marc;  cette  copie  avoit  été 
envoyée  par  le  savant  abbé  Morelli  à  M.  Chardon  la  Rochette,  qui  se 
proposoit  de  publier  l'ouvrage  de  Nicétas:  après  la  mort  de  cet  habile 
helléniste»  elle  fut  communiquée  par  M.  de  Sacy  à  M.  Boissonade, 
Le  texte  de  Nicétas,  accompagné  de  la  version  latine  en  regard,  est 
suivi  des  extraits  de  Constantin  Manassès»  également  traduits  en  tarin 
par  M*  Boissonade.  Ces  extraits,  dont  l'auteur  est  un  certain  Mncaire 
Chrysocéphale,  sont  tout  ce  qui  nous  reste  du  roman  de  Constantin 
Manassès  ;  ifs  se  composent  de  pensées  et  de  sentences  détachées  , 
quelquefois  justes ,  le  plus  souvent  communes,  exprimées  dans  un  style 
qui  manque  rarement  d'être  médiocre,  toutes  les  fois  qu'il  n'est  pas 
décidément  mauvais. 

Le  second  volume  contient  le  commentaire  sur  Nicétas  et  Cons- 
tantin Manassès;  commentaire  excellent, plein  d'une  critique  ingénieuse, 
et  qui  atteste,  comme  tous  les  autres  écrits  de  Fauteur  en  ce  genre ,  une 
étude  profonde  et  étendue,  non-seulement  des  auteurs  anciem,  mais 
des  auteurs  classiques  des  principales  nations  de  rEurope,  Le  poème  de 
Nicétas  Eugénianus,  s'il  eût  été  publié  par  un  éditeur  moins  habife, 
n'eût  peut-être  attiré  Tattention  de  personne;  mais,  grâce  à  ce  com- 
mentaire, i!  n'est  aucun  helléniste  qui  puisse  se  dispenser  de  joinfire  fe 
Nicétas  à  sa  collection  philologique. 

Dans  sa  préface,  M.  Boissonade  cherche  à  se  df:fendre  du  reproche 
que  lui  ont  fait  plusieurs  fois  ses  arais,  d*ajmer  îi  répandre  les  richesses 


xjz  JOURNAL  DES  SAVANS, 

*desa  rare  érudition  sur  des  auteurs  grecs  du  second i  du  troisième  et ^ 
peut-être  du  dernier  ordre,  au  lieu  de  feinployer  comme  les  Heynei 
les  Curay ,  (es  Wolif  ^  fes  Schaefer,  à  éclaircir  les  auteurs  classiques  ;  sftj 
prirrapale  excuse,  c'est  qu  il  ne  croit  pas  posséder  assez  de  sagacité  etj 
de  savoir  pour  entreprendre  avec  succès  de  [pareils  travaux  :  Sed illos^ 

,  idere  nolo,  quod  non  sat/s  in  me  esse  critici  acuminis  et  doctrinœ  inwUfgoA 

'i/f  liill  consilio  par  esse  qutnm.  M,  Bors^onade  nous  permettra  de  dire 
qu'on  ne  se  paiera  point  dune  telle  excuse,  que  tnéme,  selon  toute  i 
^tpparence,  on  la  trouvera  fort  mauvaise,  et  que  ses  amis  continueront J 
à  deairer  qu'il  attache  son  nom  à  quelque  auteur  du  premier  ordre.  Cen 
qui  ont  lu  les  éditions  qull  a  données  successivement,  et  son  iravaif] 
précieux  sur  les  lettres  du  faux  Diogène  (i),  ou  seulement  qui   ont] 

, assisté  au  cours  de  langue  grecque  que  cet  habile  professeur  donne  à! 
Ma  faculté  des  lettres  de  Paris,  savent  qu'il  n*y  a  personne  en  FrancM 
et  qu  on  trouvf roit  diflkilemejit  d:ini  réiranger  on  savant  plus  eji  éiall 
que  lui  d'apporter  à  l'édition  d*un  auteur  classique  toutes  les  qualités  l 
dont  la  réunion  est  si  rare,  un  grand  sens,  une  vaste  lecture,  un«1 
critique  sûre  et  ingénieuse* 

LETRONNE. 


AMBÎTi  BBN-KeLTHVM  TaGLEBITj£  MOAILAKAM  ,  Ah:î  dhd 
iilla  el  Hossein  ben  Achmed  Essuscrii  scholih  illustratam ,  et 
vjttim  Amrui  ben-Kelthûm  è  libro  Kiiâb  el  Agluhii  excerptam , 
è  codicihus  Parisiensibus  edidit ,  in  hnhmm  îraustuHt,  nota  s  que 
ûdjecit  Joan.  Gothofr.  Ludov.  Kosegarten,  AA.  LL^  M. 
Plu  D.  linguar.  orient,  in  univers*  liter.  fenens,  P,  P.  On 
lenae,    i8rj>. 

Lorsque  nous  rendîmes  compte  dans  ce  Journal  (année  t8i7% 
p,  lyS  et  suiw)  du  poème  d'An  tara» 'publié  en  arabe  et  en  latin  par 
AU  Ménil,  nous  annonçâmes  la  prochaine  publication  de  celui  d'Amrou 
ben  Kelthoum,  qui,  comme  le  précédent,  occupe  une  place  dans  le 
recueil  des  Moallakas,  Depuis  celte  époque,  M.  Kosegarten,  au  nom 
duquel  nous  avions  en  quefque  sorte  pris  cet  engagement,  a  été  appelé 
à  professer  les  langues  orientales  en  Tuniversité  d'Iéna,  et  c'est  dani 


(i)  Notices  des  Manuscrits,  totn,  X, 


t  II 

I 


MAI   1820. 


Vi 


cette  ville  qu'il  vient  de  le  remplir ,  d*une  manière  qui  justifie  pleinement 
l'espérance  que  nous  avions  conçue.  Ayant  parlé,  à  Toccasion  du  poème 
d'Antara,  et  de  la  poésie  arabe  en  général,  et  des  Moallakas  en  partir 
culier,  nous  devons  nuus  borner  aujourd'hui  à  faire  connoître  le  iravaj| 
de  M,  Koîitfgarten*  , 

Ce  volume  se  divise  naturellement,  en  deux  parties.  L'une,  de  }  i  pageS) 
aisufettie  à  la  marche  de  (écriture  arabe,  contient  d'abord  une  notice 
biographique  du  poète  Amrou  ben-Keiihoum,  extraite  du  recueil  célèbre 
intitulé  KHal/  alaghani ;  pui»  le  poème,  avec  les  gloses  de  Zouicni^ 
placées  k  la  suite  de  chaque  vers  :  le  texte  seul  du  poème  est  imprim^ 
avec  les  voyelles.  La  deuxième  partie»  outre  une  préface,  contient»  en 
72  pages,  i.*"  la  traduction  de  fanicle  extrait  du  Ifitûb  alaghani; 
aJ"  celle  de  la  Moallaka  et  des  gloses  de  Zouzéni  ;  J-"*  les  notes  de 
i éditeur,  tant  sur  la  vie  du  poète  que  sur  le  texte  du  poème  et  des 
scholies;  4**  uti^  traduction  eu  vers  allemands  non  rimes  de  cette 
Moallaka. 

La  Moallaka  d' Amrou  a  paru  à  plusieurs  critiques  avoir  une  liaison 
plus  ou  moins  directe  avec  un  trait  remarquable  de  la  vie  de  ce  poète, 
traitqui,d'ailleurs>  peut  donner  une  idée  du  caractère  noble,  mais  féroce, 
des  tribus  arabes  de  la  Mésopotamie  un  peu  avant  Mahomet,  et  que, 
par  cette  raison,  nous  croyons  devoir  rapporter, 

Amrou,  qui,  par  son  père,  étoît  d'une  famille  illustre,  tenoît  encore 
une  illustration  plus  grande  de  sa  mère  LtVla,  qui  étoit  fille  du  célèbre 
Mohalhel,  frère  de  Colaïb.  J  ai  parlé  ailleurs  de  ces  guerriers  et  de  leurs 
aventures;  mais  tl  suffit,  pour  avoir  une  idée  de  la  gloire  attachée  à 
leur  nom,  de  se  rappeler  que  les  Arabes  disent  proverbialement  plux 
ïîlustrt  que  Cof aï  i  :  aussi  Amrou,  âgé  à  peine  de  quinze  ans,  étoit-il 
déjà  le  chef  de  sa  tribu. 

Cependant  les  rois  arabes  de  Hira  exerçoient  une  sorte  de  souveraineté 
sur  les  tribus  répandues  dans  les  piaijies  de  la  Mésopotamie.  Amrou  ben- 
Hind,  qui  régnoit  alors,  se  vantant  un  jour  de  fa  noblesse  de  son  origine f 
dit  à  ceux  qui  reniouroient  :  «  Est-il  un  seul  des  princes  arabes  dont 
»  la  mère  se  refusât  à  servir  la  mienne  î  ~  Sans  doute ,  lui  répondit-on; 
nh  mère  d' Amrou  ben-KelthouJu  ne  conseniira  jamais  à  cela.  ^ — PoHr 
»  quelle  raison!  reprit  le  roi*  — Parce  qu'elle  a  pour  père  Mohalhel  fils 
»  de  Kébia,et  pour  oncle  paternel  Colaïb  descendajit  de  Wayel,  les  deuK 
n  hommes  les  plus  illustres  entre  les  Arabes;  que  son  mari  est  Kelthoum, 
»  le  meilleur  cavalit^r  de  sa  nation  ;  et  que  son  fils  est  Aiiirou  ,  le  prince 
j>  de  sa  tribu»  >'  Le  roi  de  Hira,  piqué  de  ce  discours,  résolut  d  obtenir 
de  la  mère  d*Amrou  ce   qu'elle  devoît,  disoit-oi) ,  lui   refuser-  11  fit 

Mm 


^  JOURNAL  DES  SAVANS, 

fMMer  Amrou-ben  Kelthoum  à  venir  [e  voir,  et  le  pria  de  déterminer 

$%  «1^  '  raccompagner.  Le  prince  deTagleb^  c*étoît  h  tribu  d'Arnrou^ 

itic  rrndît  h,  Hîra  avec  un  nojnbreux  cortège  ;  sa  mère  LèÏÏa  y  vint  aussi; 

accompagnée  de  beaucoup  de  femmes  de  sa  tribu,  Amrou  ben-Hind  fit 

dresser,  pour  les  recevoir,  ses   tentes  dans  une  plaine  entre  la  viife  de 

Hrra  et  TEupHrate  ,  et  sy  rendît  accompagné  de  sa  mère  et  de  tôuie  sa 

cour*  Le  fifs  de  Kelthoum ,  et  tous  ceux  qui  Tavoient  suivi ,  s'y  rendirent 

aussi  pour  faire  [eur  cour  au  roi.  Amrou  ben- Kelthoum  fut  admis  dans 

la  tente  du  roi,  etLeïb  entra  avec  Hind,  mère  du  roi,  dans  un  pavillon 

qui  é toit  à  coté  de  cefui  de  ce  prince:  ces   deux  femmes  étoient  liées 

par  fes  liens  du  sang.  La  mère  du  roi  devoit,  par  ses  ordres,  saisir  Tins- 

tant  oti  il  auroit  fait  servir  fe  dessert  et  renvoyé  les  esclaves,  pour  dc- 

maiiderà  Leïla  de  lui  rendre  quelque  service.  Au  moment  convenu,  fa 

mère  du  roi  dit  à  celfe  d'Amrou  :  «  Leïla,  présentez-moi  ce  plat. —  Que 

3»  celle,  dit  Leïla»  qui  veut  être  servie,  se  serve  elle-même.  —Hind 

y>  insistant  et  réitérant  sa  demande,  Leïla  s'écria  :  Jour  d'opprobre*  & 

33  fainille  de  Tagleb  î»  Amrou  ben-Ke!thoum  ,  qui  mangeoît  avec    le 

roi ,  entendant  les  cris  de  sa  mère  ,  rougit  de  honte  et  de  colère  ;  ce  que 

voyant  le  roi,  if  prévit  que  quelque    grand   malheur  alloit  arriver*  A 

rînstant  même  le  fils  de  Kelthoum  se  leva  de  table ,  prit  une  épée  qui  é(oit 

suspendue  dans  la  tente  du  roi,  et  lui  coupa  la  tête.  Tous  les  Arabes  de 

Tagleb  aussitôt  pillèrent  les  tentes  du  roi,  s'emparèrent  4es  chameaux^ 

tv$c  hâtèrent  de  regagner  leurs  habitations. 

Quoique  quelques  vers  du  poème  d' Amrou  présentent  des  allusions 
à  cet  événement,  fe  pense  cependant  qu'on  suppose  à  tort  qu'il  a  été 
composé  îi  cette  occasion.  Je  suis  plus  porté  même  à  croire  qu  il  avoit 
été  récité  dans  une  autre  circonstance  devant  le  roî  de  Hira,  Amrou  ben- 
Hind,  et  que  les  vers  qui  semblent  foire  allusion  h  la  vengeance  que 
notre  poète  prit  de  ce  prince ,  y  auront  été  ajoutés  après  coup  i  on 
pourroit  même  révoquer  en  doute  ta  réiKté  de  ces  allusions. 
*  La  Vie  d'Anirou  ben-Kehhoum ,  que  M.  Ko^egarten  a  tirée  du  Kifûi 
Hfffgfjant,  et  qu'il  a  publiée  a\*ec  une  iraduciton  latine,  oflVe  plusieurs 
difficoftés ,  spécialement  à  cause  du  grand  nombre  de  vers  qui  y  sont 
dïés.  iramVe  très*  fréquemment  qu'on  ne  sait  qutri  sens  donner  à  ces 
rers  aînfi  isolés  i  dont  parfois  méïne  on  ignore  le  sujet.  Asser  souvent 
aussi  le  texte  en  a  été  altéré  par  les  copiâtes,  qui  n'entendoieni  point 
cfe  qu'ils  écrivofent  :  réditeiir  en  fait  l*obser%iH}cn  à  la  fin  de  sa  préface. 
J^  hasarderai  une  conjecture  pour  corriger  un  vers  oii  Ton  ne  peut 
douter  que  le  copiste  n*ait  fait  quelque  ftiute,  parce  qu'on  ne  sauroit  /e 
Kander  tel  qu'il  est. 


MAI   1820-  27Î 

/auteur  raconte  que  Leïla,  mère  de  notre  poète,  éunt  enceinte  de 
lai,  vit  pendant  son  sommeil  un  personnage  qiiî  lui  annonça  la  future 
grandeur  du  fils  qu'elle  portoit. 

Vti  an  après  la  naissance  de  I  enfant,  le  même  personnage  lui  apparut 
de  nouveau ,  ei  (ui  dit  que  son  fîJs  Amrou  répondroit  par  sa  bravoure 
k  la  noblesse  de  son  origine ,  et  gouverneroit  à  fâge  de  quinze  ans  sa 
tribu.  Cette  prédiction  est  exprimée  en  cinq  vers.  Le  troisième  de  ces  vers 
se  lit  ainsi  dans  les  manuscrits:  ^^VJ  cvjox  c->bl  j^^^  ,  ce  que  1  éditeur 
traduit  de  celte  manière,  VU'tis  CArtnSp  pradhui  vobon,  en  avertissant 
dans  une  note  que  le  texte  lui  paroît  altéré  ^  et  qu'il  change  tjjb!>oU^ 
en  ti>fjJt^^Uj.  Je  doute  que  le  texte  ainsi  corrigé  ait  le  sens  que  lut 
donne  1  éditeur,  et  même  qu'il  ail  aucun  sens;  et  je  propose  de  lire 
<^îoJI  j^Uj  bitn  propùrtîçnni  d^ns  faute  sa  personne. 

Je  corrigerai  aussi  par  occasion  quelques  autres  passages  de  la  Ira* 
duction  de  cette  même  Vie.  ^ 

{Pag.  4,  /l^ne  ij.J  Les  mots  oJUj  ss^  ^^  ^^  J  jJ  oJLïfj  sigai* 
fient,  «cLeïla  arriva  aussi  avec  une  troupe  de  femmes  delà  tribu  des 
1»  Uénou-Tagleb  » ,  et  non  pas,  etlam  Léila  cum  TagUbhurum  piUnits 
accasii,  ^mià  est  le  pluriel  de  ^m^»  qui  signifie  d abord  une  voy/rgeuset 
et  ensuite,  d'une  manière  générale,  une  femme;  et  c  est  ainsi  que  Zouséi^i 
explique  ce  mol  dans  sa  glose  sur  le  neuvième  vers  de  la  Moallaka 
d* Amrou:  «  On  appelle,  dit-il,  une  femme  iU^,  /ors  même  quelle  est 
a»  dans  sa  maisùnia;  c>aJI  j  j^^  ( p^g*  ^^»  l^g^^  ^)^  Ce  passage  na  pa^ 
non  plus  été  bien  entendu  par  M,  Kosegarten ,  qui,  trompé  par  le  doubif 
t^\\%  du  mot  4;>o ,  a  traduit  ;  ûtque  ita  in  venu  auctoris. 

(Pag.  4t  ligne  j.)  Dans  ce  passage,  v^U-JÇ?  ^Vi  fj,  on  a  réuni  des 
mots  qui  devroient  être  séparés  ;  il  faut  rétablir  le  texte  ainsi  :  4,>JUj*  jLi , 
Dans  les  manuscrits  anciens  et  dans  les  manuscrits  africains,  on  trouve 
souvent  JU  pour  Jl  L>  ^j^^,  pourj^f  l^  >  &c, 

Pag,  6 ,  ligne  9  ,  de  la  traduction  ,  on  lit  une  réponse  d' Amrou  ben- 
Kehhoum  à  un  autre  chef  arabe  nommé  aussi  Amrou.  Notre  poète  avoit 
commencé  par  le  braver,  en  lui  deinandant  pourquoî  la  troupe  qu'il 
commandoit,  parorssoit  éviter  de  se  mesurer  avec  la  sienne.  Ce  chef  lui 
avoît  répondu  que  jamais  sa  tribu  n'avoit  réveillé  la  guerre  endormie,  uns 
y  trouver  une  augmentation  de  gloire  et  de  puissance*  J-efils  de  Kelthouiii 
lui  répliqua  :  Jt  aIj  j_jfj  a)^(  U^  3>^]  ^[^  ^  l^y  ^U  ^Ubl 
'^'  t-i^'^  ^-^  a*-^y  »  cesl-à-dire,  «  Si  je  les  réveille,  ce  réveil  strtk 
.  »  pour  eux  ui\  sommeil  quaucun  rêve  n  interrompra  ;  un  smmeil  oi 

Mm  a 


f  ai:  DES  SAVANS, 

lîfexiîq^eraî  jusqu'à  leurs  racines,  et  je  baiinirai  leurs  restes  fugiiif* 
»  dans  un  désert  aride  et  nu,  dans  une  solitude  où  ils  ne  trouveront  que 
>>  des  ciiernes  épuisées.  »  Ce  passage  n'a  pas  été  compris  par  Tédiieur, 
qui  fa  rendu  ainsi  :  Excitare  e&s  e  somrto  ab  humanîmtt  nlîenum  asit  ; 
nam  evellerem  ta  radiées  corum  ;  nasus  mtus  ecs  ahtgit  in  arida  dacrta  ci 
ad  ex  fiûùstôs  fontes* 

La  traduction  latine  que  M*  Kosegarten  a  jointe  au  texte  du  poème 
d*Amrou ,  paroîtra  à  peine  intelligible  aux  personnes  qui  ne  pourront 
point  la  comparer  avec  le  texte,  et  nous  conseillons  à  cette  classe  de 
lecteurs  de  recourir  à  la  traduction  allemande.  Cette  version  latine,  au 
contraire,  sera  d*une  très-grajide  utilité  aux  jeunes  orieniaiisies,  auxquels 
cet  ouvrngeeK  particulièrement  destiné:  ils  pourront  suivre  dans  celle 
yersion  le  texte  arabe  presque  mot  pour  mot  ;  et  i  aidés  des  gloses  arabes 
de  Zouzénî,  et  de  la  traduction  de  ces  mêmes  gloses,  ils  seront  ^  même 
de  se  rendre  compte  de  chaque  expression  en  particulier,  de  Tensemble 
du  sens,  et  A^t  figures  hardies  employées  par  le  poète.  Nous  ne  voulons 
pas  dire  par-là  quil  ne  soit  échappé  aucune  méprise  à  I*éditeur  dans 
fa  traduction  du  poème  et  des  gloses  ;  nous  en  avons  remarqué 
quelques-unes,  mais  en  très-petit  nombre >  et  en  général  d'assez  peu 
d'importance. 

Nous  n'nnalyserons  point  la  Moallaka  d'Amrou  :  elle  comprend, 
comme  tous  les  poèmes  arabes  de  ce  genre,  divers  tableaux  associés 
moins  par  leur  nature  que  par  une  sorte  de  convention  ;  toutefois  le 
poème  entier  a  un  but  bien  marqué,  c'est  de  relever  la  gloire  des  des- 
cendans  de  Tagleb,  de  ra[>peler  les  héros  auxquels  cette  tribu  a  donné 
le  jour,  de  protester  contre  Tinjusie  mépris  de  s^es  rivaux,  et  de  reven- 
diquer le  rang. qui  lui  nppariient  entre  toutes  les  tribus  arabes.  Une 
fierlé  poussée  jusque  Tenthoiisiasme,  une  sorte  de  rudesse  et  de  brutalité 
dans  les  sentimens  et  dans  les  expressions,  des  figures  plus  que  hardies, 
des  ircn^itions  brusques  et  que  rien  n'adoucit ,  quelques  pensées  sublimes 
et  ret^dues  avec  une  noble  simpliciié,  tels  sont  les  caractères  de  ce 
poème,  dont  je  vais  ofîrir  divers  passages,  sans  prétendre  atteindre  à 
ia  concision  et  au  grandiose  de  Toriginal. 

*4  Ne  te  hâte  point,  dit  Amrou,  en  s*adressant  au  roi  de  Hira,  de 
a»  prononcer  un  jugement  contre  nous  ;  attends  un  moment,  et  nous 
m  t'apprendrons  que  nos  étendards,  qui  sont  d'une  blancheur  éclatante 
;  »  quand  nous  marchons  au  combat ,  n  en  reviennent  jamais  sans  élie 
»  ttint^  du  sang  dont  ncus  les  avons  abreuvés.  Nous  te  rappellerons  ces 
,»  }ouri  ées  longues  et  glorieuses,  où  nous  avons  réiisté  à  la  puissante 
'  »  d'un  ici,  et  ttï\x%é  de  plier  la  lête  sous  le  joug.  Nous  le  retracerons 


m 


MAI.  iBzo.  277 

n  le  souvenir  de  ces  princes  doni  la  tête  étoîl  ceinte  du  diadème  ,  qtiî 
>»  étoient  le  refuge  et  l'appui  des  opprimés  :  nous  les  avons  étendus  sur 
5>  la  poussière,  et  nos  chevaux  sont  demeurés  tranquilles  auprès  de  leurs 
»  cadavres ,  la  bride  sur  le  cou  et  un  pied  dans  les  entraves.  » 

Les  motsl^^l  «lOUl»,  que  j*ai  rendus  par  ta  bridi  sur  k  cou ,  n'ont  pas 
sans  doute  ère  bien  compris  par  le  traducteur,  qui  les  a  rendus  par 
hsirucios  hahcnis.  L'expression  arabe  est  tout-à-farl  analogue  à  cclltrdont 
nous  nous  servons   en  français. 

«  n  n  est,  dit-  il  plus  loin,  aucune  nation  qui  puisse  se  souvenir  de  nous 
savoir  vus  donner  des  marques  de  foiblesse  ou  de  Lkheté,  Que  per- 
^  sonne  ne  s  élève  follement  contre  nous  ^  de  peur  que  nous  ne  répondions 
»  à  une  telle  folie  par  une  folie  encore  plus  grande!  Par  quel  caprice, 
«  Amrou  fils  de  Hind,  prêterois-tu  roreiHe  à  nos  détracteurs,  et  nous 
»  croîrois*tu  dignes  de  tes  mépris  l  Par  quelle  fantaisie  voudroîs-tu  que 
>»  nous  obéissions  à  ceux  qu'il  te  plairoit  de  nous  donner  pour  maîtres  ! 
^>  Tu  nous  menaces, et  tu  prétends  nous  épouvanter!  De  grâce,  suspends 
«  un  peu  ton  ardeur.  Quand  avons- nous  été»  dis- le  nous,  les  esclaves 
>î  de  ta  mère  î  *  •  .  As-tu  donc  jamais  ouï  dire  que,  dans  les  temps  passés  ^ 
?>  D/oschain  fils  de  Becr  ait  éprouvé  quelque  défaite  !  Nous  avons  hérité 
^>  de  la  renommée  d'AIkama»  fils  de  Seif,  qui  a  soumis  à  notre  domioa- 
»  lion  les  citadelles  de  la  gloire.  C'est  moi  qui  ai  hérité  de  MohailicI, 
^  et  de  Zoheïr  ,  pïus  illu.stre  que  Moïialhel  ;  trésor  précieux  et  digne 
»d*eoviel  Héritiers  d*Attab,  de  Kelihoum ,  c'est  d'eux  que  nous  avons 
»  recueilli  le  patrimoine  des  héros  les  plus  généreux.  Le  nom  de  Dhou1- 
3>  bora^dont  tu  as  entendu  raconter  les  exploits,  estpournous  unrejnpart 
yy  assuré f  et,  à  Fabri  de  ce  nojn  ,  nous  défendons  les  opprimés.  De  nous 
»  est  sorti  avant  lui  Colaïb,  fameux  par  son  agilité  dans  la  course*  Quel 
35  est  le  genre  de  gloire  dont  nous  ne  nous  soyons  emparés!» 

Ailleurs  il  dit  :  «  A  noire  suite  marchent  nos  compagnes,  dont  la 
»  blancheur  égale  la  beauté  ;  nous  veillons  siu*  elles ,  pour  les  préseï  ver 
>y  par  notre  bravoure  de  devenir  le  partage  de  Tennemi,  ou  d'être  ex* 
»  posées  à  aucune  honte.  Elles  ont  exigé  de  leurs  époux  qu'ifs  leur 
»  promissent  avec  serment  qu'au  jour  où  ils  rencontreroient  les  esca- 
>>  drons  ennemis,  ils  enfeveroient  les  chevaux  et  les  femmes,  et 
3>  emmeneroîent  les  guerriers  enchaînés.  .  .  Elfes  présentent  la  nourriture 
»  \  nos  coursiers  ,  et  déclarent  qu*eHes  cesseront  de  nous  reconnoître 
«  pour  leurs  époux,  si  nous  ne  les  protégeons  point  contre  les  dangers; 
35  filles  de  Djoçcham  fils  de  Becr,  elles  uitissent  à  la  beauté  et  à  la  vertu 
^>  une  origine  illustre,  n 


i^  JOURNAL  DES  SAVANS, 

Enfin  le  poème  se  termine  par  ces  vers  :  «<  Toutes  les  tribus  descen- 
«  dues  de  Maad  savent  qu  au  |our  oit  leurs  pavilfuns  sont  dressés  dans 
*»  les  vallées,  nous  exerçons rhosphali té  autant  qu^ilesien  noire  pouvoir, 
»  et  nous  exterminons  ceux  qui  provoquent  notre  vengeance.  Nous  nous 
>•  réservons  les  pâturages  que  nous  voulons  choisir,  et  nous  fixons  notre 
»  demeure  par-tout  où  il  nous  ptaît.  Nous  refusons  les  dons  de  ceux  qui 
*>  se  sont  attiré  notre  coière ,  et  nous  agréons  les  oUrandes  de  ceux  qui 
y*  ont  mérité  notre  bienveillance.  Celui  qui  nous  oLtît  trouve  près  de 
»  nous  un  asile  assuré,  et  les  rebelles  reçoivent  de  nous  la  punition  due 
»  à  leur  résistance.  Les  eaux  pures  des  citernes  serv^ent  h  notre  boisson  ; 
*>  et  après  que  nous  les  avons  troublées,  les  autres  s'y  désaJièrent.  .  .  . 
»  Nous  avons  rempli  la  terre,  et  elle  est  trop  étroite  pour  nous;  nos  vaîs- 
»  seaux  couvrent  la  surface  de  la  mer.  Le  tnonde  est  îi  nous,  et  loui  ceux 
»  qui  fhabitent  ;  et  lorsque  nous  déployons  notre  puissance»  c*est  avec 
»  une  force  à  laquelle  rien  ne  peut  résister-  A  peine  nos  enfâns  sont- ils 
«  retirés  de  la  mamelle,  et  déjà  les  héros  se  prosternent  en  leur 
>'  présence.  >j 

A  ces  morceaux  choisis  ajoutons  quelques  passages  qui  offrent  des 
idées  terribles,  ou  des  sentence^*  remarquaLfes  par  un  sens  profond. 

Les  Arabes  comparent  habituellement  la  guerre  à  une  meule,  et  disent 
figurément  /a  meule  de  la  guerre,  Amrou  s'empare  de  cette  idée,  eî  dit  : 
«  Lorsque  nous  transportons  notre  méuIe  chez  un  peuple,  ils  nVn 
>i  approchent  pas  plutôt,  qu*tls  sont  moulus  sous  son  poids.  Les  con- 
*»  trées  orientales  de  Nedjd  sont  le  drap  qui  reçoit  la  farine,  et  tous 
«  les  enftns  de  Kodhaa  le  grain  dont  nous  remplissons  le  trou  de  la 
«  meule  supérieure.  >•  Pour  bien  saisir  cette  figure,  il  faut  se  représenter 
le  moulin  portatif  des  Arabes,  qui,  pour  empêcher  que  la  ftrîne  ne  tombe 
par  terre  et  ne  se  mêle  avec  des  ordures,  étendent  un  drap  sous  la 
meule  j  et  pour  saisir  toute  la  force  de  rexpre>sion,  if  fimt  remarquer 
qu'un  seul  mot  exprime  ce  que  je  suis  obligé  de  rendre  par  \me  péri- 
pi  vra  se,  JUu  le  drap  qui  rcfoit  Ij  farine  ;  ^yJ  le  grain  rfoni  vn  remplit  te 
trou  de  la  meute  supérieure  (i).  Cts  deux  vers,  dans  rorîgînaL  sont  ad- 
mirables par  la  grandeur  de  la  figure,  la  force  et  la  conci  ion  dt  l'ex- 
pression. M,  Kosegarien,  ne  s'étaiit  pas  aperçu  que  KoJhaa  étoit  le  nom 
dune  tribu,  a  tout-à-fait  altéré  le  sens  du  second  vers. 


(l)  En  traduisant  ailleurs  ce  mcnif  passage,  jai  snbsôïut*  U  tlutmu  ni  la 
ifimie  Au%  deux  idées  de  roriginal;  mais  cçtte  sorte  de  lub^litution  aTinconv.- 
nicni  d'âlicrcr  la  figure  et  OC  détruire  l'analogie  àc  iputçi  les  pnies  dont 
rcnsembic  se  compose. 


MAI   1820, 


279 


Je  n*a[ine  pas  autant  la  figure  qu'on  remarque  dans  les  vers  suivans; 
iiidis  je  dois  avouer  qu'elle  perd  beaucoup  dans  une  traduclioni  qui  est 
nécessairement  une  sorte  de  paraphrase  ; 

«Avant  toi,  Ajnrou,  nos  lances  ont  refusé  de  fléchir  devant  nos 
»  ennemis >  faiigués  de  leurs  inutiles  efforts  :  elles  se  révollent  contre 
»  fe  fer  qui  veut  les  dresser;  inflexibles,  intraitables,  elles  échappent 
»à  son  tratichanl  acéré;  en  se  soustrajrant  avec  rofdeur  à  ses  efforts, 
j»  elles  font  reienrir  Tair  d'un  sifflement  aigu;  et  blessant  l'homme  qui 
j>  vouloii  leur  faire  violence,  elles  ijnpriment  une  trace  sanglante  sur 
3»  son  front  et  sur  la  partie  opposée  de  sa  tête,  « 

Un  vers  remarquable  est  celui  où  le  poète  exprime  rinévitable  né- 
cessité de  mourir  à  Theure  fixée  par  les  destinées.  Je  rendrai  ce  vers 
en  latin,  pour  pouvoir  imiter  la  construction  et  la  précision  de  foriginal. 


L 


U  »jj^     LiL-Àil  U^jtNJ"  ijj^  lit 


Nos  uil^ue  mf  âssequenmr  faia  ^  daûnata  nùbh,  nos  destlnatoS. 

Cette  idée  de  finévitable  destin,  qui  a  disposé  d'avance  et  h  notre 
insu  des  jours  de  notre  vie,  est  rendue  encore  admirablement  dans  ce 
Yer3  : 

Dus  hesternus ,  n  hodiemus,  tt  qui  hcstirnum  seçuerar,  opptgnerati  sunt 
feius  quas  ignoras. 

Je  pourrois  encore  ajouter  quelques  citations  ;  mais  }e  craînJroîs  de 
trop  prolonger  celte  notice  :  je  dirai  seulement  que  le  poème  d'Ainrou 
fit  long-temps  fes  délices  des  Arabes  de  la  tribu  de  Tagfeb,  qu'il  étoit 
sans  cesse  à  la  bouche  des  vieillards  et  des  jeunes  gens,  à  tel  point, 
qu'un  poète  de  la  tribu  rivale,  les  descendans  de  Becr,  leur  en  fit  un 
reproche  dans  ces  vers  ;  «  Le  poème  d'Amrou  ben-Kelthoum ,  en  exaï- 
y»  tant  l'orgueil  des  enfens  de  Tagleb,  a  éteint  chez  eux  tout  sentiment 
»  de  générosité;  ils  ne  cessent  de  le  réciter  depuis  le  temps  où  Amrou 
»  a^été  h  leur  tète.  Quel  poème  que  celui  dont  jamais  on  ne  se  lasse!  *> 

Les  notes  de  M.  Kosegarten  offrent  des  retnarques  et  des  citations 
d*un  grand  intérêt,  et  l'on  regrette  seulement  qu'il  n'ait  i>as  pu  leur 
donner  plus  d'étendue.  Je  n'en  indiquerai  qu'une  seule,  qui  con«ienf 
tn  passage  tiré  d'un  manuscrit  des  Moallakas,  qui  appartient  à  la  biblio- 
thèque du  duc  de  Saxe-Gotha.  Suivant  fauteur  de  cette  note,  et  les 
autorités  sur  lesquelles  il  s'appuie,  les  sept  poèmes  nommés  Moaliûkat^ 
c'est-à-dire,  suspendus,  n'auraient  jamais  été,  comme  on  le  croît  com- 
munément, suspendus  dans  le  temple  de  la  Caaba;  ce  nom  leur  vien- 
droit  de  ce  que  k\  Arabes  ^  quand  ils  entendoient  réciter  un  beau  poéme^ 


JOURNAL  DES  SAVANS, 

s'écrioiem  »yJU  ûttacAei^U,  c'est-h-dire  t  gravri-U  dans  votre  mimûire. 
Je  ne  veux  point  décider  quelle  confiance  juértte  cette  opinion;  mai» 
M.  Kosegarten  a  bien  fait  de  publier  ce  texte  important. 

Nous  fijiissons  en  répétant  que  cet  ouvrage  fait  beaucoup  cThonneur 
au  jeune  professeur  d'iéna,  et  confirme  Tidée  que  nous  nous  éiion» 
formée,  il  y  a  Iong*temps,  de  son  talent,  et  de  la  solidité  de  ses  con* 
noi^sances  dans  la  langue  et  la  fittét-alure  de  TOrient. 

SILVESTRE  DE  SACY, 


Histoire  de  i  Empire  de  Russie  par  M.  Karamsiji , 
/m^z//7^/7^r  yi/i4/.  Saint-Thomas  r/ Jauffret*  Paris,  impri- 
merie de  Belin ,  1 8 1 ^ ,  tomes  lil  et  I V ,  4  i  o  et  4  5  ^  P^g^^ 
/Vi-^/,  chez  Treuttel  et  Wurtz,  Corréard,  Arthus-Ber- 
îrand^  &c. 

Les  deux  preîniers  volumes  de  c«t  ouvrage  (i)  ont  conduit  Thistoir^ 
de  Russie  jusqu'à  l'an  1 1  69  :  ils  retnontoient  aux  origines  de  cet  empfre  { 
iU  avoient  le  genre  d'intérêt  qui  s'attache  aux  résultats  même  incertains 
des  recherches  difficiles.  Plus  positive  et  plus  constante,  la  matière  des 
tomes  III  et  IV  sejnbîe  moins  propre  à  exciter  la  curiosité  des  lecteurs 
et  à  exercer  leur  sagacité.  L*auteur  n'a  plus  à  leur  offrir  que  des  faits 
consignés  dans  les  chroniques  du  XIl/  siècle  et  des  deux  suivans  :  il  a 
même  écarté  de  son  récit,  et  relégué  dans  des  notes  à  la  fin  de  chaque 
volume,  les  détails  fabuleux  qui  portoîent  rempreinte  de  la  crédulité  de 
cet  âge»  et  qui  peut-être  auroient  été  quelquefois  les  plus  piquans  et  les 
plus  remarquables»  Fidèle  aux  lois  d'une  critique  sévère  et  d'une  méthode 
rigoureuse,  il  n*a  voulu  exposer  que  ia  vérité  ;  il  a  renoncé  au  parti  qu'il 
pouvoit  tirer  désirerions  naïves  et  des  grossiers  mensonges:  il  instruit  et 
paroît  craindre  d amuser.  L*avant3ge,  bien  plus  solide,  de  ces  deux 
volumes  ,  est  de  présenter  le  tableau  le  plus  étendu  et  le  plus  vrai  que 
nous  ayons  encore  des  cent  quatre-vingt-treize  années  de  l'histoire  de 
Russie  comprises  entre  t  165^  et  i  jéi.  Les  faits,  nous  devons  l'avouer, 
ne  sont  pas  ordinairement  d'une  très-haute  importance;  ils  ne  tiennent 
pas  toujours  aux  grands  intérêts  de  la  société  ;  mais  nous  croyons  quH 
était  impossible  de  les  rassembler  avec  plus  de  soin ,  de  les  enchaîner 
ptui  étroitement,  et  difficile  de  les  mieux  faire  connoître. 

(0  Ko/q^Joumaldci  Savatis^ novembre  1815»,  pag- 66 j-67^* 


MAI  1820, 


aSf 


En  n  ^9,  les  états  d'André  se  composoient  des  quatre  gouvernemens 
actuels  dTarosfaf,  de  Kostroma,  de  Vladimir    et  de  Moscou;   rfune 
partie  de  ceux  de  Novgorod,  de  Tever»  de  Nijnî-Novgorodj  de  Toula 
et  de  Kafouga;  il  disposoit  de  la  principauté  de  Kicf,  coniiiiandoit  aux 
princes  de  Rczan,  de  Mourom ,  de  Smulensk,  de  Polotsk,  et  même  îl 
ceux  de  Vofhynie  :  mais  les  princes  de  Scheriiigof,  ceux  de  Galitch,  et  U 
ville  de  Novgorod,  avoîent  conservé  leur  indépendance.  Ce  partage  est 
le  pronostic  assez  manifeste  d*une  longue  suite  de  troubles  intérieurs  t 
de  guerres  civiles,  de  révoltes  contre  le  chef  de  fempire  quand  il  sera 
foibie,  d'entreprises  de  sa  part  quand  il  sera  puissant.  C  est  l'idée  générale  | 
qu'on  peut  prendre  des  règnes  d* André,  de  Michel   II,  et  de  Vsé-J 
vofod  III ,  qui  mourut  en  r  21  2.  Le  surnom  de  grand,  prodigué  à  lou|j 
hs  princes  russes,  est  plus  particulièrement  appliqué  à  ce  Vsévolod  pa 
les  annalistes;  ils  célèbrent  sa  prudence,  son  équité,  sa  bonté  méme^i 
quoique,  suivant  une  tradinon  que  M.  Karamsin  n'ose  pas  démentir,  iU 
ait  fait  coudre  dans  une   corbeille  et  jeter  à  feau  quelques  pitoscrits^l 
Elevé  en  Grèce,  il  passoit  pour  ruàé  :  il  s'attacha  les  Novgorodiens  ei^ 
flattant  leur  amour  pour  la  liberté,  et  devint  leur  maître.  Ce  qui  honor^ 
le  plus  sa  mémoire,  c*est  qu'il  sut,  mieux  que  ses  prédécesseurs,  con^ 
tenir  dnns  la  souïnîssron  les  princes  apanages  ou  feudataires;  on   voî| 
qu*il  auroit  volontiers  aboli  ce  déplorable  régime,  s*il  n'avoîtcru  devoîl 
quelque  respect  a  d'anciennes  coui urnes  :  il  n'osa  point  ]>rendre  le  tiire  de 
monarque  souverain  ;  mais  il  tendoît,  par  une  sorte  d'instinct,  et  autant 
que  les  préjugés  de  ce  siècle  le  pou  voient  permettre,  à  établir  une  monar* 
chie  proprement  dite,  où  les  intérêts  du  prince  et  des  sujets  auroient  été 
garantis  contre  rambîtiou  des  grands  seigneurs.  Nestor  fe  loue  de  n  avoir 
point  fléchi  h  fa:>[iect  d^s  grands  de  la  terre.  Quoique  M.  Karanisin  n*ait 
aucunement  Fintention  de  soutenir,  en  écrivant  l'histoire  ,  une  doctrine 
politique,  son  ouvrage  se  trouve  être,  par  sa  matière  méine,  le  tableau 
de  tous  les  vices  du  système  féodaf. 

Au  lieu  de  ciier  des  faits  particuliers ,  qui  perdroient ,  en  se  détachant 
des  autres,  pre^que  tuute  espèce  d'intérêt,  nous  nous  arrêterons  au 
chapîrre  oii  Tauteur  décrit  Fétat  de  la  Ilussie  îi  cette  époque  t  ses  apanages 
s'étoient  subdivisés  presque  h  J*iafini.  Par  exemple,  la  principauté  de 
Smulen-fc  avoît  ses  apan:iges  particuliers  de  Toropetz  et  de  Krasni. 
Novgorod  tlltr-ruénie,  ancienne  possession  des  souverains  de  Kief,  et 
qc*î  s'e  toit  arrogé  le  droit  d*éljre  ses  prîqces,  ne  pouvait  plus  conserver 
rînicgrité  de  ^on  territoire;  les  Pakoviens  agîssoîent  quelquefois  codinie 
des  ciroyenii  libres  et  indépeodans  de  leur  métropole.  On  ne  savoir  eii 
quoi  consistoit  la  dépendance  des  vassaux  et  arrière-vassaux.  Pour  re- 


t9i      ^  JOURNAL  DES  SAV\NS, 

mccîîer  h  ranarchîe.ona^Dii  institue^  dçi  con^t^iU  griiéraux  on  assemblée»' 
de  f;TÎ  xes,  qui  dévoient  ranîiner  Tamour  de  lu  palms  et  qui  acvinrenÇj 
des  foyers  de  dissensions  et  de  guerrts  întesiinci».  Le  droît  in;il  réglé  d^  ^ 
-succession  étoit  Fune  des  causes  les  plus  ordiiiaîres  des  inimiriés  et  de*  - 
CjuereJfes.  D'après  un  usage  antique,  ce  viéioil  pa>  le  fils,  niaiii  fe  frère 
tïun  prîiice  dc-cédé ,  ou  bon  pnrent  feplus  ngé,  quide^'oit  fui  succéder.  Oi\ 
ifolacêtië  coulume,  on  y^  substitua  la  succession  que  la  nature  indique, 
htnîs  qui  parut  une  usurpation.  Ces  discordes  intérieures  encourugeoienl 
les  ennemis  étrangers;  jxlus  d'une  fois  les  Liihuaniens»  les  Bulgares, 
lés  Hongrois,  les  Polonais,  tentèrent  d'envahir  les  provinces  russes;  e| 
il  faut,  dii  j\L  ICaramsin,  attribuer  au  plus  heufeux  hasard»  ou  h  la  bra- 
voure naizonate,  ou  à   la  prudence  de   quelques  princes,  le  bonheur 
^u*eut  la  Russie,  pendant  ces  deux  cents  ans ,  de  ne  point  perdre   soii 
j  Indépendance.  Quant  au  régime  politique  du  pays,  c'est  toujours  tyrannie 
^ Ou  licence; gouvernement  et  liberté,  jamais.   La  législation  demeuroit 
fort  confuse;  ce  qu'on  y  aperçoit  de  plus  distinct,  cest  Tautorité  qu'ob* 
I  tenoît  une  traduction  du   droit  canon  grec.  Les  évêques  exerçoient  de 
I grands  pouvoirs;  le  soin  d'entamer  les  négociations  de  paix  leur  étoît 
'  téservé  î  maïs,  choisis  par  le  prince,  ou  élus  par  le  peuple,  ils  pouyoienl 
I  être  chaises,  dès  qu'ils  avoîent    mécontenté  fun   ou  l'autre.   Dans  les 
chroniques  de  ce  temps,  le  mot  de^r^wr  désigne  la  garde  du  prince, 
[alors  composée  de  boyards,  de  jeunes  officiers  et  de  porte  gfaîves  : 
[c'étoîent-lk  les  premiers  élémensde  Tannée;  les  simples  pioyens  et  les^ 
|itans  des  campagnes  ne  s*y  joîgnoient  qu'en  des  cas  extraordinaires» 
iis  chaque  campagne  ,  on  recueilloît  les  armes  de  tous  les  soIdaL^,  et 
^  on  les  retenoït  en  dépôt  jusqu'à  une  expédition  nouvelle.  Les  années ,  fc 
I  plus  souvent  peu  nombreuses,  n'éloient  jamais  fort  aguerries  ;  la  cuirasse 
^He  s'endossoit  qu'au  moment  du  comijat ,  çt,  jusqu'à  ce  moment  aussi, 
fes  armes  restoient  sur  les  chariots  :  plus  d\me  fois  les  ennemis  ont 
[profité  de  cette  circonstance  pour  tomber  sur  des  soldats  désarmés*  Il 
nous  semble  assez  remarquable  que,  chez  un  tel  peuple,  le  commerce 
eût  déjîi  quelque  activité:  M.  Karamsin  dit  Uïéme  qu'il  étoit  fort  éfendu. 
Cette  expression  peut  bien  être  exagérée;  mais  nous  voyons  que  tous  les 
ans  îl  arrivolt  de  Constantînople  à  Kief  des  flottes  marchandes ,  dont  le 
débarquement  étoit  protégé,  contre  la  rapacité  des  Poloutsis,  par  des 
troupes  envoyées  exprès  des  provinces  même  les  plus  éloignées.  Les 
Russes  éihangeotent  des  peaux  d'hermine  et  d'autres  fourrures  cof)lre 
les  épices  et  les  étoffes  de  soie  ou  de  coton  que  leur  apportoient  des 
marchands  orientaux.  Dans  les  ruines  d*une  ville  bulgare,  non  foin  du 
Volga, on  a  trouvé  dcj  injcriptîonç  arméniennes  et  arabe j  dont  les  dates 


MAI  1820.  ^^m      twj] 

sembrent  élre  de  1212  k  1341  de  Fère  chrétienne,  etlÇ^î^ilestent, 
ainsi  que  d  autres  monumens ,  ces  relations  commerciales.  II  en  existe 
une  preuve  encore  plus  directe  dans  le  traité  conclu  en    1  zii  entre  le 
prince  de  Sniolensk   et  des  villes  allemandes,  la  GothJandie  et  Riga, 
Les  Russes  s'efforçoient   d'attirer  aussi  chez  eux  des  architectes,   des 
peintres,  des  médecins:  ils  commençoient  à  sentir  le  prix  des  arts,  qu*ils 
ne  savoient  pas  cultiver  eux-mêmes.  Les  .premiers  élémens  des  études 
littéraires  n'existoîent  encore  qu'au  sein  des  églises  et  des  monastères; 
cetoit  I^  qu'on  trouvoii  descomputistes,  des  chroniqueurs  et  des  poètes. 
Al.  Karamsin  croit  que  le  poème  d'Igor,  composé  au  XII.*  siècle,  est< 
d'un  laïc  ;  et  fa  seule  raison  qu*il  en  donne,  est  qu'un  moine  ne  se  seroît  1 
pas  permis  de  parler  des  dieux  du  paganisme  et  de  leur  attribuer  les  | 
phéiiojnènes  de  la  nature  ;  mais  les  veriificaieurs   ecclésiastiques  du] 
moyen  âge  ne  sont  pas  si  scrupuleux;  et  il  n'est  pas  rare  que  fa  mytho- 
logie s'introduise  jusque  dans   leurs  productions  les  plus  chrétiennes,  1 
Quoi  qu'il  en  soit,  on  donne  ici  quelques  extraits  de  ce  poème  d'Igor,] 
dont  les  métapliores  el  les  hyperboles  traduites  dans  notre  langue  n'y  | 
conservent,  à  vrai  dire,  ni  grâce  ni  énergie.  Il  n'y  reste  guère  que  de^ 
lieux  communs,  que   des  formules  devenues  extrêmement  vulgaires  îj 
^fs  Cdsques  retentissant  sous  les  coups  répétés  des  glaives  ;  lu  terre  teinte  eh\ 
sang  et  jonchée  deaiduvres  ;  des  héros  furieux  ainsi  que  des  taureaux  féroces^  ' 
plessés  par   un  fer  brûlant  ;  les  rives  du  Niémen   couvertes  de  têtes  aussi  \ 
nombreuses  tjue Jes gerbes  au  temps  de  la  moisson;  les  vents  cruels  qui ^ 
prêtent  leurs  ailes  légères  aux  flèches  ennemies',  comme  si  ce  nitoitpas  asset  j 
four  eux  d* agiter  les  flots  de  la  mer  a-^uiêe  et  de  balancer  les  vaisseaux  \ 
russes  sur  la  mer  agitée,  &€•  Peut-être  y  a-t-il  dans  le  texte  primitif  j 
quelque  expression  ou  même  quelque  pensée  originale.  M,  Karamsin  j 
fait  remarquer  ces  paroles  :  Une  tête  va  mal  sans  épaules ,  et  des  épaules 
vont  mal  sans  tête;  et  les  traducteurs  nous  apprennent  que  ce  pro- 
verbe signifie  qu  un  prince  et  son  peuple  ont  réciproquement  besoin  f  un  \ 
de  l'autre. 

Du  reste ,  le  chapitre  sur  l'état  de  la  Russie  est  plein  d  mtérêt ,  et  en 
répand  sur  tous  les  autres  :  l'auteur  le  termine  en  observant  qu^,  m 
alors  la  Russie  eût  été  un  éiat  monarchique  depuis  le  Dniester  fusqu'k 
la  Livonie,  la  mer  Blanche,  le  Kama,  le  Don  et  la  Soula,  elle  ne  F^ût 
cédé  en  puissance  à  aucun  des  états  de  ce  temps  ;  qu  elle  auroit  pu  se 
soustraire  au  joug  des  Tatars  ;  et  que,  par  ses  liaisons  intimes  avec 
la  Grèce,  dont  elle  pouvojt  emprunter  les  arts  et  les  luiiiières,  elle 
auroit  marché  de  pair  avec  toutes  les  contrées  européennes»  sous  le 
rapport  de  la  civilisation;  mais  le  régime  féodal  favoit  teilemeni  énervée 

Nn  % 


iH  JOURNAL  DES  SAVANS, 

et  flétrie,  que  le  voyageur  Benjamin  de  Tudèle,  en  la  traversant  à  Ut 
fin  du  Xil/ siècle,  n'y  voit  qu'un  pays  exirénieintint  vaste,  couvert  de 
bois  et  de  montagnes,  dont  tes  habitans  n'osent  sortir  de  leurs  cabanes 
d^irant  Thiver,  et  ne  s'occupent  en  d'autres  saiirons  que  de  la  chasse  des 
martres  zibeliries,  excepié  lorsqu'ils  font,  dit-îl^  le  tralic  des  hoiujnes  (  i  ). 
Benjamin  de  Tudèle  n'est  pas  un  observateur  fort  attentifs  îi  son  té* 
moignage  on  oppose,  dans  une  note,  celui  de  Nizami»  poète  persaîi  du 
Xil/  siècle»  qui  fait  mention  des  Russes  comme  d'un  peupk"  allié  d* A- 
Iexandre*Ie-Grand  ;  ce  qui  prouve,  dit-on,  qu'b  répoque  de  Nizaini  les 
Russes  éioîent  connus  en  Asie  par  Tétenduc  et  l^éclat  de  leur  puissance. 
Nous  croyons  bien  qu'ils  lYtoieju  par  Tétendue  de  leur  territoire,  et  que 
cela  suflisoit  pour  que  le  poète  persaii  eût  le  droit  de  leur  attiibuer  de 

Sous  George  II,  fils  et  successeur  de  Vsévofod  II,  la  Russie  fut 
envahie  par  Iqs  Tatars.  Tcmoutchin,  après  avoir  soumis  ses  j>rQpres 
sujets  y  prit  le  nom  de  Gcngkiscan,ovL  grand  khan,  conquit  les  provinces 
septentrionales  de  la  Chine,  et  menaça  la  Russie  en  iiaj.  l.e>  Russes 
perdirent  la  bataille  de  la  Kalda;  et  ils  n'avoi^^^nt  plus  aucun  moyen  de 
résister,  si  les  Tatars  vainqueurs  n'avoient  soudainemeni  disparu  pour  re- 
joindre leur  maître  et  le  suivre  dans  une  aurre  expcdition,  Dès-lors  re- 
commencent en  Moscovîe  les  guerres  civiles  ;  elles  se  prolongent  sous  h 
règne  dTarosIaf  II  ;  elles  favorisent  les  nouvelles  entreprises  des  Mogols, 
par  qui  les  Russes  sonr  asservis  en  12,45.  ^l-  Karanisin  transcrit  id  h 
partie  de  la  relation  de  Plar-Carpin  qui  concerne  les  Russes  ei  les  Tatars. 

Les  vainqueurs  des  Russes  ne  prenoiejit  pas  la  peine  dt;  les  gouverner, 
et  les  laissoîenten  proie  à  leurs  dissensions  civiles;  en  sorte  que  le  mal- 
heur de  fasservissement  ne  les  délivroit  pas  des  fléaux  de  fanarchie. 
Voilà  ce  qui  complique  leurs  annales  sous  les  règnes  des  successeurs 
d'YjirosIaf  II,  si  ToH]  peut  appeler  règnes  des  troubles  parliculieri  qiri 
$e  perpétuoient  sous  l'oppression  générale*  Jean  Calita  inonia  sur  le 
trône  en  1  31S;  et,  dès  son  avènement,  la  paix  et  le  n-pos  commen- 
cèrent k  renaître  dans  la  Russie  septentrionale;  les  AlogoJs  cessèrent  de 
ravager  les  provinces  et  de  verser  le  sang  des  habitans.  Après  tant 
d*années  de  carnage  tt  de  détresse,  il  fut  permis  de  respirer,  et  de  ne 
sentir  que  l'état  d  abjection  et  d*avilissement  oîi  Ton  demeuroit  i-cdujt* 
Moscou  reçut  le  notn  de  capitale.  Jean  saisissait  les  occasions  de  se 
rendre  maître  des  anciens  apanages ,  de  contenir  au  moins  sous  sa  dé- 
pendance les  principautés  dont   il  ne  pouvoit    s'emparer,   et  d'apaiser 


(t)   V<^ir  Voyages  recueillis  par  Bergeronjf.  6j, 


MAIiSlO. 


^ 


tes  démêlés  qui  s'éfevoîeat  emre  les  princes.  On  a  malhenreitsemcnt  à  lai 
►  rej^rother  dfs   ;\c{çs  lyranniques   ei  sanguinaires;  ce  n'est  point  snns 
/réserve  qu'on  peut  lui  reiidre  des  hofninjges   pour  avoir  montré  h  ses 
,  successeurs  la  route  qui  devoir  conduire  à  Tunité  monarchique  et  à  [ordre 
social.  Il  éloit  fort  cbaritable  :  uii  kalita,  ou  sac  plein  d*argent,  qu'il 
portoii  toujours  et  qui  servoit  à  ses  aumônes,  lui  fit  donner  le  surnom 
de  KaliiaiW  bâtit  plusieurs  églises,  notamiTient  la  cathédrale  de  Mos- 
cou, et  reconstruisit  te  Kremlin,  Deux  fijis  il  vit  sa  capitale  en  flammes  > 
et  répara  si  bien  tant  de  malheurs,  qu'après  sa  mon  ses  sujets  jiont 
conservé  long- temps  que  fe  souvenir  des  bienfaits  de  son  règne, 

H  eut  pour  fils  et  pour  successeur  Siméon  dît  le  Superbe,  qui  régna 
depuis  r  240  jusqu en  1  25  î  ,  et  fut ,  dit-on ,  le  premier  qui  prit  le  titre 
de  gntnd  prince  de  toutes  les  Russies;  i[  iiavoit  pourtant  de  puissance 
que  celle  que  les  Mogols  vouloîent  bien  lui  laisser,  et  que  lui  disputoient 
ses  vassaux.  C'est  durant  ce  règne  et  celui  de  Jean  II  que  brillent  les 
venus  chrétiennes  de  S.  Alexis.  Après  un  tableau  du  règne  fort  court 
de  Umitri  de  Sousdal,  monarque  dont  la  foiblesse  ranima  fambition  des 
princes  apanngés  ,  un  autre  Dmitri,  enfant  de  douze  ans,  prît  en  t  562 
les  rênes  d'uo  état  morcelé,  déchiré  et  asservi.  Cet  avènement  lennine 
-le  tome  IV,  dont  voici  les  dernières  lignes  :  «  \\  falloit  réparer  fes  maux 
»  causés  par  Jean  II  et  par  son  successeur;  il  falloit  agir  avec  cette 
n  prudence,  avec  celte  volonté  ftrme  et  prononcée,  dont  lui  bien  peut 
»  nombre  de  monarques  peuvent,  à  juste  litre  ,  se  vanter  dans  Hiistoire. 
»  La  nature  avort  accordé  ces  brillantes  qualités  au  peiit-fîls  de  Jean 
y>  Kaiita,  mais  elles  demandoient  :i  être  mûries  par  l'âge  ;  et  rÉtat  auroit 
»  succombé  dans  cet  intervalle,  si  la  Providence  n'eût  entouré  Diuitrî  de 
>ï  sages  instituteurs ,  de  conseillers  prudens,  qui  préparèrent  et  la  grandeur 
»  de  la  Russie  et  la  gloire  de  ce  jeune  prince,  » 

Les  réflexions  rares  et  concises  que  M.  Karamsin  a  jetées  dans  ses 
récits,  se  recommandent  par  une  judicieuse  simplicité,  sans  aucune 
affectation  de  nouveauté  ni  de  profondeur.  Ses  narrations  ne  brillent 
pas  non  plus  par  la  richesse  des  formes  et  par  la  vivacité  des  couleurs; 
son  style  5  si  nous  en  jugeons  par  la  traduction,  a  plus  de  clarté  que 
d éclat,  plus  de  régularité  que  de  mouvement:  mais  renchaînemeni  des 
faits  est  toujours  naturtrl,  le  cours  des  idées  Jlouyours  facile;  et  si  rien 
n'est  peint ,  ni  les  choses,  ni  les  hommes,  ni  les  catastrophes,  ni  les 
inocurs  ou  fes  caracières»  tout  est  méthodiquement  exposé.  C*est  un 
excellent  recueil  de  notions  historiques  ^  éparses  dans  des  chroniques  fort 
peu  lues  et  en  des  pièces  manuscrites  peu  accessibles  au  pubîîc.  Les 
ouvrages  composé^  en  français  $ur  le  piéme  sujet  ne  pénètrent  pa> 


JOURNAL  DES  SAVANS, 

[amsi  avant  dans  les  détails  de  cette  histoire,  et  n*ofFrent  pas  au  même  degré 

Lces  connois&ances  locales  immédiates  et  précises,  qu*il  est  difficile  à  des 

étrangers  de  bien  posséder.  Nous  croyons  donc  pouvoir  recommander 

,ces  deux  volumes  aux  lecteurs  qui  sentent  le  prix  des  véritables  études 

^historiques.  La  traduction  nous  a  paru,  dans  ces  tomes  III  et  IV,  mieux 

écrite  ejKore  que  dans  les  deux  premiers, et  plus  correctement  impriméei 

quoiqu'il   reste  dans   les  notes,  et  pHrtrculièrement  dans  les  citations 

latines  ,  quelques  fautes  dont  Terraia  ne  fait  pas  meniion. 

DAUNOU. 


Le  Palais  de  Se  au  ru  s,  ou  Description  d'une  Maison  romaine; 
fragment  d'un  voyage  fait  a  Rome,  vers  la  fin  de  la  république, 
par  Merovîr,  prince  des  Suèves :  i  vol.  ///-(f/  dt  zy^  pages, 

\      i8icy*  De  l'imprimerie  de  Firmin  Didot. 

L'auteur  de  cet  intéressant  ouvrage  ny  a  pas  mis  son  nom;  ce- 
pendant, puisque  chaque  page  en  fait  la  révélation  au  lecteur,  nous 
cro)ons  qu  on  peut  sans  indiscrétion  apprendre  au  pulilîc  que  cette  des- 
cription dune  maison  romaine  a  été  faite  par  celui  qui,  en  dessinant 
dans  sa  belle  collection  des  ruines  de  Pompéii  un  si  grand  noîiibre  de 
ruines  de  maisons  antiques,  pouvoit  le  mieux  recomposer  1  ensemble 
qu*annonce  cette  description. 

Aussi  sommes-nous  dans  le  cas  d'exprimer  ici  un  regret;  cVst  que 
Fauteur,  écrivain,  dessinateur  et  architecte  tout  eji^emble,  n'ait  pas 
accompagné  sa  description  de  quelques  planches  propres  à  rendre  sen- 
sible ce  qu  il  décrit,  H  lui  en  auroit  peu  coûié  sans  doute  de  donner  à 
son  prince  At$  Suèves,  étudiant  les  arts  à  Rome,  assez  de  dessin  pour 
réduire  en  un  plan  les  détails  de  ses  lettres* 

Uauteur,  en  effet,  à  lexemple  de  plus  d'un  écrivain  célèbre,  a  donné 
à  son  érudition  une  forme  dramatique:  il  suppose qu'Arioviste  ayant  été 
vaincu  par  César*  et  obligé  de  fuir  fusquau  Rhint  IMérovir,  l'ainé  de 
ses  fils,  fut  au  nombre  des  prisonniers,  et  qu*après  la  dernière  révolte 
des  Gaulois,  le  jeune  prince  fut  envoyé  en  Italie;  qu*nynnt  déjà  pris 
quelque  teinture  des  lettres,  et  contracté  dans  son  séjour  h  Rome 
beaucoup  de  goût  pour  les  arts»  il  résolut  d'écrire  un<*  relation  de  son 
voyage,  dans  lequel  se  trouvoicnt  beaucoup  de  détails  curieux  pour 
rhisioire  des  arts  et  sur  la  vie  privée  de*  Koinaias.  L'auteur  auroit  donc 


MAI  i8zo,  2tr 

txtrnit  tÎLijûiunal  de  Mérovir  le  morceau  qui  regarde  les  habhauoas  des^ 

Cette  forme  de  founial  suppo'ée  par  notre  auteur,  Touvrage  est  un 
^composé de  chapitres,  en  fortue  de  lettres,  écrites  par  Mérovir  ii  ^on 
[fini  Ségiiner. 

Ses  récits  commencent  par  une  conversation  qu'il  eut  avec  un 
certain  Clirysippe,  haljile  architecte  cité  par  Cicéron,  er  dans  laquelle 
fartisie  propose  au  prince  suève  de  lui  faire  connaître  l'intérieur  des 
plus  somptueuses  habitations  de  Rome  ,  et  en  particulier  le  parais 
de  Marcus  Scaurus,  que  Pline  a  vanté  pour  la  magnificence  de  sori 
architecture. 

Le  rendez-vous  est  pris  pour  le  lejidemain  ,  et  avant  fe  jour  ,  selon  les 
coutume^du  tejnps^que  l'auteur  s'e^t  aitnché  b  retracer  ;  car  eifectiveinent 
l'usage  étoit  de  cotrunencer  Jes  visites  de  cérémonie  dès  faurore.  Ifs 
partent  donc  avant  le  lever  du  soleil;  et,  à  la  lueur  du  crépuscule,  ils 
aperçoivent  confusément  dévastes  bâiimeiis  dont  l'histoire  na  conservé 
que  les  noms.  En  attendant  l'heure  de  se  présenter  chez  Scaurus,  Chry- 
sippe  arrête  son  compagnon  sur  beaucoup  d'objets  relatifs  à  la  cons- 
truction des  édifices,  sur  les  machines  à  élever  les  pierres,  sur  les  maté-^ 
riaux,  sur  hs  lois  des  bâïimens ,  sur  les  changemens  apportés  par  le  lux© 
dans  l'architecture  des  palais.  Ce  chapitre  du  journal  est»  dans  le  fait, 
un  petit  discours  prélimiiiaire,  qui  contient  beaucoup  de  notions 
recueillies  avec  soin  ,  et  appuyées  de  leurs  citations,  sur  la  partie  de  tare; 

Sue  profe5^e  fauteur.  C'est  une  imitation  parfaite  de  la  manière  employée.^ 
ans  le  Voyage  du  jeune  Anatharsis,  pour  mettre,  si  Ion  peut  le  dire^ 
ainsi,  féruditioti en  scène» 

Le  Scaums  dont  nous  alJons  voir  le  palais»  étoit  le  fils  de  celui  quir'^ 
avoit,  dans  son  édilité,  construrt .  pour  quatre-vingt  mille  spectateur^ ,  co  < 
théâtre  teiiïporaire,  dont  la  scène  étoit  ornée  de  trois  cent  soixante  co- 
lonnes, réparties  en  trois  rangs  l'un  au-dessus  de  fautre,  de  manière  quç 
le  premier  lang  étoit  de  marbre,  le  second  en  verre,  le  troisième  de  bois 
doré.  Dé\k ,  comme  on  le  sait,  le  luxe  des  colonnes  avoit  été  porté,  dans 
la  disposition  des  palais,  à  un  degré  qui  permet  à  noire  auteur  de  s'en 
montrer  prodigue,  en  rej)roduisant  l'idée  d'une  des  merveilles  de  Rome 
en  fait  de  palais.  Aussi  à  peine  Mérovir  est-îj  entré  dans  ïûreu  ou  Fespèce 
de  place  qui  îe  précède,  qu  il  s'étonne  déjà  de  ces  colonnades  spacieuseSt 
par  lesquelles  on  arrive  à  couvert  jusquà  la  porte.  Son  éionnement 
augmente  dans  le  vestlhutum  ;  ce  sont  des  salles  disposées  à  droite  et  à 
gauche  de  la  porie  d'entrée,  et  4>u  l'on  attendoit  Theure  de  la  réception* 
Toutefois  Chrysippe  fait  objçrver  à  McrQvij  que  b$  colonnes  qu'il  voit^ 


lis  JOURNAL  DES  SAVANS, 

^sont  de  peu  de  valeur,  et  qu'il  doit  réserver  son  admiration  pour  celfej 
qu'il  verra  dans  rintérieur* 

Au  chtipiire  qui   suit,  Tauteur  introduit  son  monde   dans  un  loca 
qu'il  appelle  ^;<î/^^Ti/w,  qui,  dit-il,  est  un  corridor  assez  large,  où  srfl 
tiennent  les  ostiariK  Ici ,  nous  craignons  que  notre  auteur  n'ait  un  petfi 
indistinctement  compilé  toutes  les  notions  de  Vîtruve  dans  le  plan  def 
sa  maison,  et  n  ait  oublié  que  ,  puisqu'il  s'agit  d'une  maison  romitine  ,  i(J 
ne  convient  pas  d*y  faire  entrer  des  parties  qui  caractéri soient  exclu  îve- 
mem  fa  maison  grecque*  Or  Vitruve  ne  laisse  aucun  doute  sur  cettél 
partiel  qu'il  appelle  5vpû»ff7«i',  et  non  t^cs^vf^v,  et  qui  étoit  fe  logementfl 
du  portier;  et  celte  notion  se  trouve  à  rarticle  de  la  jnaison  grecque ,  oîi^ 
il  dît  fortnellement  que  celte  disposition  étoit  partîculîére  aux  Grecs  ^1 
parce  qu'ils  n'avoient  point  A'arnum   coïnme  les  llomains.  Quant  at^j 
prothyrum  des  Grecs ,  que,  selon  Vilruve,  on  appeloit  dïathyrum  à  RomeiH 
il  paroït  encore  que  ce  n*éloit  autre  chose  qu'une  espèce  d'avant  porter] 
•t  ce  que  nous  appellerions  porîi  battante, 
*    Notre  étranger  est  ensuite  introduit ,  avec  son  conducteur  Chrysîppe^' [ 
dans  Vdttfum,  dont  ce  dernier  fait  connoître  les  cinq  espèces.  Ce  chapitra?] 
#st  un  commentaire  fort  exact  de  Vitruve  sur  cette  partie  de  la  maison!! 
des  Romains,  XJatrium  du  palais  de  Scaurus,  comme  on  peut  bien  Ia*J 
croire*  étoit  de  ia  troisiétne  espèce,  c est-à-dire,  la  plus  magnifique;  oui 
lappeloit  Vatnam  corinthien.  LV/m/z/rétoit la  partie  la  plus  essenrielle  et 
la  plus  curieuse  des  maisons  :  c'étoit  là  que  chacun  se  rendoît,  selon  leS^J 
aflaîres  ou  les  rapports  qu'il  avoit  avec  le  m.'Hire  du  logis.  C'est  Ijl  aussi  ^M 
ou  du  moins  dans  une  pièce  qui  en  dépendoit,  et  appelée  iablinum ,  qut 
Scaurus  donnoit  ses  audiences,  Mérovtr  et  Chrysîppe  laissent  passer  la 
foule,  et  emploient  ce  temps  à  remarquer  tous  les  détails  de  moeurs, 
d'usages  et  de  décoration  que  comportoii  le  focal   Ils  sont  enfin  accueillis 
par  Scaurus,  qui  les  convie  à  souper  pour  le  même  soir,  et  les  invite  à 
visiter,  en  attendant,  toutes  les  curiosités  de  son  palais. 
•♦Cette  invitation  ne  pouvoit  manquer  de  leur  être  agréable,  puisque 
cMtoit  fe  Lut  de  leur  visite;  et  fauteur  fait  irès-adroîtement  sortir  de  chez 
lui  le  propriétaire,  pour  donner  h  la  curiosité  de  I étranger  le  moyen 
de  se  satisfaire  dans  fes  plus  petits  détails.  Aussi  commence-t-il  j^ar  visiter 
Je  lararium,  pièce  ordinairement  placée  autour  de  \\.'trium,  et  où  chaque 
Romain  renfermoit   les  images  de  son  cufre  particulier:  car  il  y  avoit 
réellement  à  Rome  un  culte  domestique,   différent  du  culte  public;  et 
chacun  pouvoit  avoir  des  dieux  de  son  *  hoix  et  de  son  goftr. 

Dès  deux  côtés  du  tablinum ,  ou  pièce  aux  arLhives,  éioient,  dans  fei 
maisons  lomainei,  deux   corridors   qui   condui$oient  soit  îi  la  pièce 


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i 


MAI   1820.  •"  aS? 

tppèfée  iasl/lijut,  qui  n'exîstoit  pas  dans  toutes  les  maiions  ,  soit  au 
peristylUim,  enceinte  au  milieu  de  laquelle  étoient  une  ci:erne,  un  bassin 
et  un  parterre.  C  est  par  ce  chemin  que  Chryî>ippe  conduit  Mérovir  dans 
les  apparteinens  particuliers  >  dont  il  lui  fait  parcourir  toutes  les  variétés  ; 
car  les  descriptions  des  anciens  nous  montrent  que  ces  intérieurs  j  où  le 
public  n*é toit  point  introduit»  réunissoient  une  suite  de  pi'cîces  que  ie 
luxe  avoit  multipliées.  Ainsi  il  y  avoit  une  charnière  à  coucher  pour  la 
nuit,  et  une  autre  pour  dormir  pendiicitle  jour;  il  y  en  avoit  pour  chaque 
saison,  et  diversement  exposées,  de  formes  très  difleren tes,  les  une* 
échauffées  par  des  hyp9caustes ,  les  autres  par  ce  qu'on  appeloît  un  poéle 
solaire,  heliocaminus.  Ici  Tauteur  fait  pénétrer  les  rayons  du  soleil  au 
travers  d*un  grand  vitrage ,  et  une  note  justitie  1  eini)Ioi  du  verre  aux 
châssis  des  fenêtres,  en  citant  des  passages  d'auteurs  et  des  fragmens  de 
carreaux  trouves  à  Pompéii»  Nul  doute  à  cela  ;  cependant  il  Hiut  dis- 
tinguer les  temps  :  d'abord,  il  est  certain  que  Femploi  considérable  que 
Fdn  faisoit  de  toutes  les  espèces  de  pierres  spécutaires,  dont  quelques- 
unes  avoient  de  grands  avantages  sur  le  verre,  dut  dispenser  très-long- 
temps d employer  des  carreaux  de  vitre;  ensuite,  Sénèque  dit  formelle- 
ment que  c'est  d  assez  fraîche  date  que,  de  s:^n  temps,  le  verre  fut 
employé  à  Home  en  carreaux  de  fenêtre,  dou  Ton  peut  croire  qu'au 
teiiip'.  deScaurus  fusage  devoit  encore  en  être  inconnu, 

La  description  des  petits  appartemens  de  Scaurus  offre  à  notre  auteur 
Toccasion  de  rassembler  dans  un  pfan  qui  pourroit  à  la  fin  devenir  très- 
arbitraire,  et  tout  ce  qu'un  irès-grand  nombre  de  petites  habitations  de 
Pompéii  [ui  a  suggéré,  et  tout  ce  que  les  passages  des  écriv;jrns  de 
diverses  époques  nous  ont  transmis  sur  les  raffinemens  du  luxe  et  de  fa 
vohrpté. 

Mais,  fe  lai  éé\\  fait  entendre»  l'auteur,  n*ayant  point  accompagné 
son  ouvrage  d'un  plan  qu'on  puisse  confronter  avec  les  chapitres  dm 
Vitruve  qui  traitent  de  la  maison  des  Romains  et  de  celle  des  Grecs, 
s'est  donné  toutes  les  licences  qu*il  a  voulues;  et  lurmême  nous  pré- 
vient que,  qu«jque  le  ^y/y^r^/z/V/j^  ou  lappariement  séparé  des  femmes» 
app:trtînt  à  la  distribution  drs  maisons  grecques,  il  s'est  permis  de  l'in- 
troduire dnns  Tensemble  du  palais  de  Scaurus, 

Dans  le  fliit,  l'ouvrage  dont  nous  rendons  compte  se  prête  d'autant 
moins  h  \m^  analyse  exacte,  que  le  nombre  des  détails  détourne  le 
critique  d'un  examen  régulier.  C'est  plutôt  une  histoire  du  luxe  dt% 
Romains  dans  leurs  habitations,  qu'un  ouvrage  de  description  archi- 
tecturale. On  se  le  persuade  sur- tout  en  parcourant  les  nppartemens  de 
La/lia,  ÏKimm^  de  Scaurus,  dans  lesquels  Tattenaon  est  arrêtée  par  une 

00 


t 


«90  JOURNAL  DES  SAVANS, 

multitude  d  objets  de  Iiive,  de  s«|^rfluités  et  de  rnffinemcns  voluptueux  ^ 
pour  ne  rien  dire  dt  plus,  qui  finissent  par  sLandafiser  un  peu  le  prince 
gaulois,  pressé  d'éch^npper  avec  son  csoiiducteur  à  ce  spectacle  de  mau- 
vaises moeurs. 

L*auteur  les  conduit,  par  Tautre  coié  du perisryfium ,  dans  hphûca^ 
thccii,  ou  gnferie  des  tableaux;  ce  qui  lui  donne  ^occasion  de  mettre 
sous  les  yeux  de  son  lecteur  quelques  ouvrnges  de  Part  grec  transportés 
à  Rotne,  et  de  rassembltr  quelques  notions  sur  la  manie  des  lîomain» 
en  fait  d*ari. 

De  là  on  passe  dans  la  I  ihliothèqne  *,  nouveau  sujet,  comme  on  peut 
Je  croire^  de  présenter  au  lecteur  des  notions,  sinon  nouvelles,  au  moins 
succincies  et  fidèles,  Hir  fa  nature,  la  forme  et  la  diversité  des  livres 
chez  les  anciens,  sur  la  manière  de  les  ranger  et  de  les  disposer,  et  sur 
plusieurs  détails  techniques  en  ce  genre,  dont  les  découvertes  d'Her- 
cuLanum  et  de  Pompéîî  ont  fourni  des  autorités  et  des  preuves. 

L'auteur,  dnns  le  chapitre  suivant,  nous  avoue  quil  nous  transporte 
en  Grèce;  et  effectivement  plus  on  avance  dans  la  description  de  la 
maison  romninfi  que  le  titre  de  louvrage  avoil  promise,  plus  ou  est 
forcé  de  reconnoiire  que  ce  tiîre  n'est  qu*ime  fiction,  qui,  comme  toutes 
les  fiction^  de  ce  genre,  permet  des  hypothèses  et  des  anachronisines, 
pourvu  qu'ils  ne  blessent  pas  trop  directement  la  vraisemblance.  Rome 
ayant  effectivement  eïn()runté  presqi^e  tout  des  Grecs  dans  les  arts,  et 
sur-tout  dans  rarchireciure,  il  ne  peut  être  question  que  de  savoir  si, 
à  répoque  indiquée  par  le  nom  de  Scaurus,  toutes  les  imitations  des 
palais  de  la  Grèce  et  de  leurs  dispositions  intérieures  avoient  déjà  été 
adoptées  et  prafiquées  k  Rome;  mais,  au  lieu  de  se  livrer  à  cette  cri- 
tique assez  inutile,  je  conseilltrai  pliaot  au  lecteur  de  se  laisser  con- 
éuire  par  Chrysîppe  dans  toutes  les  autres  parties  du  palais,  quelque- 
trânpers  qu'aient  pu  être  h  Rome  et  leurs  noms  et  leurs  usages. 

Ce  ne  sera  pas  sans  (ilaisirquen  parcourant  chacune  de  ces  pièces, 
telles  que  les  eeci,  les  txidres,  il  y  lira  une  dissertation  instructive  sut 
fturs  furmes,  leurs  usages,  leurs  constructions,  et  y  recueillera  un 
choi)C  d'anecdotes  et  de  notions  qu  on  a  rarement  l'occasion  de  trouver 
aus.**i  bien  laf^prochées  et  aussi  heureusement  encadrées- 
If  nous  seroil  îtiipossible,  h  moins  de  copier  des  pages  entières  de 
cet  ouvrnge,  de  fjîrt  connoitre  cette  niultitude  de  détails  dans  lesquels 
fauteur  est  entré;  et  le  choix  qu'on  feroit  de  quelques-uns,  ne  feroit 
qu  irriter  hcirriosiié  sans  la  saiisfiiire.  Qu'il  nous  suffise  de  dire  qu'au- 
cune partie  des  bat  itatfons  antiques  n'a  été  omî.^e  ou  négligée  :  depuis 
les  caves  et  les  cuisines  ;u5qu*aux  terrasses,  les  jardins  et  iou$  ies  bâiî*- 


Mai  îtjio.  H^HB  ^"^ 

mens  qm  les  ornoîent,  les  bains,  les  jeujc  de  paume  et  crexercîce ,  tout 
est  parcouru^  décrit,  commenté,  h  laide  des  passages  des  écrivains,  et 
des  vestiges  qu  on  peut  recueillir  encore  dans  îes  ruines  de  Tantiquiié. 

Mais  (auteur  devoit  au  pfan  dramatique  de  son  ouvrage  un  dénoue- 
ment; if  se  trouve  tout  naturellement  dans  l'invitation  que  Scaurus» 
connue  on  l\i  déjà  dit,  a  fiiit  à  ses  hutes  de  souper  chez  lui.  Le  soleil 
aîloit  disparoître  sous  Thorizon,  lorsquVin  clepsydre  annonce  la  dixième 
heure  :  on  entre  dans  le  trictinium,  ou  la  salle  du  festin.  Le  lecteur 
s  attend  à  une  description  des  services  de  la  taLIe,  des  mets  et  des  pjo- 
dîgalités  romaines  en  ce  genre  :  son  attente  ne  sera  pas  tout-à  fait 
trompée;  mais  sans  doute  il  préférera  encore  de  donner  son  attention 
à  /a  beffe  architecture  de  [a  salle,  aux  tableaux  qui  en  ornent  les  murs, 
aur  mosaïques  qui  en  font  le  pavé,  aux  candélabres  de  bronze,  à  fa 
magnificence  des  liis,  aux  bois  rares  des  tables,  aux  vases  dor  et  de 
cristal,  aur  buffets  sojnprueux,  à  ce  plafond  mobile  qui  s'ouvre  pour 
répandre  des  fleurs  et  faire  descendre  un  service  complet  sur  les  tables, 
aux  danses  enfin  et  aux  jeux  qui  s^exécuient  dans  les  intervalles  dé$ 
services  ,  jusqu'à  ce  que  le  chant  du  coq  ,  annonçant  une  nouvelle 
aurore,  donne  aux  convives  le  signal  de  la  retraite,  Mérovir  et  Chrf« 
§ippe  se  retirent  aussi,  et  avec  leur  départ  finit  la  description  de  la 
maison  de  Scaurus  et  se  termina  tout  Touvrage. 

QUÂTREMÈRE  DE  QUINCY. 


Le  Parnasse  occitan/en,  ou  Choix  de  poésies  originales  des 
Troubadours ,  tirées  des  matiuscriis  naîionaux,  A  Toulouse, 

'  chez  Benichet  cadet  >  imprimeur^libraire,  i8ip,  in-S." , 
Ix  et  4  I  ^  P^g^s. 

L'auteur  de  ta  coHection  que  f  annonce,  dit  en  terminant  sa  préface: 
ce  Nous  avioni  entrepris  ce  travail  dans  la  seule  intention  d  employer  les 
»  heures  de  notre  Ioi.^ir.  Quelques  savans,  dont  f amitié  nous  est  chère  , 
n  ont  jugé  que  ce  travail  avort  son  mérite  et  son  utilité;  ils  nous  ont  en 
»  cotiséquence  fortement  pressés  de  le  publier,  n 

Je  rcspecterois  fanonyme  qu'il  a  voulu  garder,  si,  dans  le  tome  II  de 
ia  collection  que  je  publie  sous  k  titre  de  Cioix  de  POÉSIES  origi- 
nales DES  TROUBADOi/ns,  tnon  estime  pour  le  talent  et  pour  la 
personne  de  Téditeur  du  Parnasse  occitantEiS'  ne  m  eût  porté  à 
le  nommer:  en  exprimant,  pag,  clxiij,  mes  regrets  de  n'avoir  pu  traiter 

OO    2 


ipa  JOURNAL  DES  SAVANS, 

que  par  correspondnnce  diverses  quesrîons  littéraires  avec  M.  de  Rocht- 
gucJe,  :incien  contre-amiral  résidani  à  AlJy,  j'avuii-  annoncé  qu'il  devoit 
pujjlier  bientôt  un  recueil  intitulé  le  Parnasse  occitanie.n.  J  avoue 
avec  pfai  ir  que  je  suis  du  nombre  des  per&ojines  qui  ont  pressé  M.  de 
Koi.htgude  de  nous  faire  jouir  du  fruit  de  ses  longuts  ei  sa\antes 
recherches. 

Dans  une  préface  remarqualJe  par  le  goût  et  Ptrudition»  M.  de 
Rochegude  remonte  à  l'époque  où  parurent  Ils  iroul.^adourr.  Il  ne  dit 
rien  de  la  formation  cl  des  progrès  de  leur  langue,  parce  quil  se 
réserve  d'en  parler  dans  son  GiOSSAiRE  OCCITAMEN;  mai^  il  adopte 
et  développe  les  idées  renfermées  dans  ce  peu  de  mots  de  Papon 
(  Hfstolri  de  Provence ^  loni,  III  >  p.  4^^  )  :  «  Tout  est  à  eux,  et  le  geiire^ 
«  et  la  manière  de  le  traiier*  ^> 

A  cette  occasion,  il  fait  I  observa'ion  suivante  : 

«<  Voici  un  service  Lien  iniportant  rendu  par  ces  poètes»  et  qui  exige 
>ï  de  notre  part  ujî  juste  tribut  de  reconnois^ance.  Occupés  sans  relâche 
»  \l  célébrer  la  galanterie  et  la  loyauté ,  la  politesse  et  la  valeur,  iU  par- 
»  vinrent  à  rendre  nationales  ces  qualités  ainialUcs  et  brillantes,  qui  ont 
>*  fait  et  pourront  faire  encore  ladmiratioii  et  le  désesj>oir  de  nos  voisins.  » 

Il  est  facile  d'expliquer  les  causes  de  loubU  dans  lequel  tombèrent  les 
ouvrages  des  troubadours  ,  après  que  les  provinces  où  avoient  brillé 
cts  poètes^  eurent  été  réunies  au  royaume  de  France.  M.  de  Rochegude 
juge  (es  travaux  qu'entreprirent  deux  académiciens,  M.  de  Sainte- Pabye 
et  M.  labbé  Millot,  pour  les  tirer  de  cet  injuste  oul>li.  H  fait  remarquer 
que  les  Italiens,  les  Espagnols  et  les  Anglais  ont  recueilli  leurs 
anciennes  poésies  nationales, que  les  Allemands  possèdent  deux  éditions 
de  leurs  minnesingers;  et  il  ajoute  que  raccueil  favorable  cjuont  reçu 
les  trouvères  publiés  par  Barbazan,  est  d'un  heureux  présage  pour  hs 
auteurs  qui  les  ont  devancés*  Il  croit  pourtaîii  convenable  d'aller  au- 
devant  de  foLjection  qu*on  pourrait  faire  en  prétendant  que  les  trou- 
badours sont  assez  connus  par  l'Histoire  littéraire  de  ces  poètes  publiée 
par  fabbé  Millot;  et  à  ce  sujet,  il  donne  quelques  détails  >ur  les  travaux 
des  deux  académiciens. 

Le  but  de  M.  de  Sainte-Palaye  étant  de  réunir  tout  ce  qui  pouvoit 
illustrer  notre  moyen  âge,  il  dut  s'occuper  beaucoup  des  troubadours: 
au:»si  lit-il  transcrire  tous  les  manuscrits  et  toutes  les  copies  quil  put  se 
procurer  en  France.  Il  fit  fouiller  dans  les  dilfértntes  bibliuthéqucsa  Italie, 
pour  en  tirer  ce  qui  manquoii  k  ses  premiers  recueils.  Ces  recherches 
lui  fournirent  une  très- grande  quantité  de  [liéces  et  de  fragmens.  M.  de 
Ilo<.hegude  poursuit  en  ces  termes  ;  «  Les  soins  que  Samte-Palaye  se 


MAI  1820.  iipî 

'  donna,  et  les  dépenses  qu'il  fit  pour  compléter  sa  collection ,  prouvent 

I»  qull  y  attachoit  beaucoup  d'importance.  Si  rexécution  du  j.Ian  ne 

»  répondit  pas  à  fa  beauté  du  dessin,  ce  fut  peut-être  moins  faute  de  bons 

, :*>  niatériauîc ,  que  faute  d*un  architecte  qui  possédât  fart  de  les  employer 

^  haLifement,  Sainie-Palaye  savoit  le  vieux  français .  *  ,  ;  conclurons-nous 

»  de  là  qu*if  savait  Toccitanien  î  Nullement ,  .  . ,  nous  croyons  qu  il  a  plus 

,»  souvent  deviné  qu'entendu  son  texte.  » 

Ce  jugement  sur  M.  de  Sainte-Palaye  me  paroît  révère.  J'aî  en 
occasion  dlndiquer  la  principale  cause  qui  ne  permit  pas  h  cet  acadé- 
micien studieux  et  zélé  d^ubienir  de  ses  vastes  recherches  plusieurs 
résultais  directement  utiles  à  notre  hltérature;  c*est  qu  il  ne  sut  pas 
reconnoître  les  règles  granimaticales,  les  principes  fixes,  qui  existtn^^ 
dans  la  langue  des  troubadours  et  dans  celle  des  trouvères,  et  alors  îf 
lui  devint  impossible  de  communiquer  aux  autres  liiiérateurs  le  sens  des 
poé.sies  qui!  comprenoit  lui-même,  mais  dont  il  ne  pouvoit  rendre  un 
compte  exact  et  convaincant.  Toutefois  n^oublions  pas  que,  si  jamais 
nous  parvenoub  à  rétablir  féditice  régulier  de  nos  anciens  idiomes, 
c'est  h  AL  de  Sainte-Pabye  que  nous  serons  redevables  d'une  panie  du 
succès I  puisque  c'est  lui  qui  le  premier  a  rassemblé,  à  grands  frais  et^ 
avec  un  ioin  extrême,  les  matériaux  nécessaires. 

Si  AL  de  Rochegude  n'a  pas  été  indulgent  envers  M.  de  Sarnte-Palaye, 
on  peut  s'attendre  c|u1[  ne  le  sera  pas  envers  M.  Tabbé  Millot, 

«  Labbé  MiJIot,  dit-il,  fut  assez  durement  traité  par  un  journalijie, 
3»  qui  le  taxa  d^iïnpéritie  et  de  négligence  dans  la  rédaction  des  Jiiaté- 
»  riaux  qui  lui  avoient  été  confiés;  imputation  qui  iVest  pas  sans  funde- 
»  tnent.  Nous  ajoutotis  qu'il  a  trop  étendu  sa  matière.  » 

Le  journaliste  dont  parle  JVL  de  Rochegude ,  étoit  l'abbé  de  Fontcnai , 
rédacteur  des  Àffii/ws,  annonces  ti  avis  dhers ;  en  rendant  compte  de  la 
publication  des  fiibliaux  par  M.  Legrand,  il  eut  occasion  de  parler  de 
rHistoire  iitléraire  des  troubadours  par  M.  Fabbé  Millot,  dans  le 
n,*'  8  de  son  journal,  année  1780*  L'abi;é  de  Fontenai  étoit  du  midi  de 
la  France,  il  entcndoii  la  langue  des  troubadours,  il  pouvoit  en  apprécier 
les  qualités  remarquables ,  et  dès-lors  il  prononçoit  en  juge  compétent* 
M.  de  Rochegude  recherche  ensuite  à  quelle  époque  a  commence  Vjl 
poésie  des  Iroufjadours.  II  déclare  ayec  bonne  foi  que  MM.  Huet  et 
Chasiueil  ont  eu  tort  d'avancer  qu'on  avoît  la  preuve  de  IVxistence  4Îe 
ce-  poètes  au  x.*  siècle,  Tun  sans  donner  aucun  garant,  l'autre  d'aprèi 
Glaber,  qui  ne  parle  point  précisément  des  troubadours;  mais,  ajoute 
M.  dtf  Rochfgude,  quoique  les  témoignages  manquent,  cette  opinfori 
jfcst  pointa  rejeter.  Aux  conjectures  qui!  fournit  de  la  vraisemblance  de 


ri 


ipi  JOURNAL  DES  SAVANS 

Texistence  ancienne  de  fa  poésie  romnne,  on  petit  joindre  fa  preuve 
posfrive  que  J*:ii  indiquée  dans  ce  Journal  (ocîùhrc  iSib\pag,  jpf)*  ^t 
qae  fourmt  répîiaj  he  de  S.  Adelhard,  a!>hé  de  Corbie,  rnurt  en  826  , 
ftîre  par  Pascha.^e  Raîhert,  mort  ful-méme  peu  d*années  après.  Celte 
fpîtaphe  invite  les  poètei  à  célébrer  le  saint  abbé  en  vers  romans 
comme  en  vers  Iaiîn$, 

Des  recherches  de  M.  de  Rochegude  il  résulte  évidemment  que,  de 
toutes  les  langues  de  TEurope  latine  »  ceiie  des  troubadours  présente  les 
pFus  anciens  rnonutnens,  soit  en  prose,  soit  en  poésie. 

Jl  parle  ensuite  de  fa  rime,  et  il  ne  pense  pas  que  fes  troubadours 
l'aient  empruntée  des  Arabes;  il  regarde  celte  dernière  opinion  comme 
la  moins  probable.  Je  regreire  que  M.  de  Rochegude  n'ait  pas  eu 
connoijsance  d'une  disseriaiîon  de  labbé  Assemani,  dans  laquelle  ce 
savant  examine  fa  même  question  (  1  )• 

II  y  a,  dans  cette  partie  de  la  préface  de  M.  de  Rochegude  »  des  détails 
curieux  dont  la  citation  et  Texamen  m*entranieroient  trop  foin.  Je  me 
bornerai  à  rapporter  ces  expressions  remarquables»  qui  offrent  le  résultat 
de  sç:s  recherches  : 

cf  On  a  vu  que  la  rime  ne  venoit  ni  des  Arabes ,  ni  des  Visigoths. .  .  . 
»  Quoique  naturelle  à  tous  les  peuples,  on  ne  trouve  aucunes  poésies 
»  sujettes  h  ses  lois,  qui  ne  soient  postérieures  aox  pièces  latines  que  nous 
»  venons  d'indiquer.  II  est  donc  vraisembfable  que  nous  fa  devons  aux 
»  Romains.  Lors  de  la  décadence  de  leur  langue»  Vîsochîvnie  qui  Véloit 
»  introduite  dans  la  prononciation  »  fit  perdre  la  quaniiié,  mal  remplacée 
»par  les  accens,  et  força  de  chercher  d'autres  bases  k  la  poésie.  La 
»  première  de  ces  bases  fut  le  nombre  matériel  des  sylfabes;  celle-ci  ne 
»  suffisant  pas,  on  ajouta  successivement  fa  césure,  le  rhyihme  et  la 
■«  rime,  agrémens  sans  lesquels  nos  fangues  modernes  nauroieni  point 
»  de  versification.  M 

Cette  manière  d'expliquer  rintroduction  de  la  rime  dans  les  langues 
qui  I emploient  aujourd'hui,  est  ingénieuse;  et  if  ajoute  avec  raison: 
«La  rime  étant  ainsi  usitée,  les  troubadours  coniinuèrent  de  s'en  servir, 
»  Leur  prîncipaf  mérite  consiste  dans  la  manière  libre  et  variée  dont  ifs 
>»  surent  lempfoyer;  et  nous  ne  croyons  pas  qu'à  cet  égard  ils  aient  été 
»  surpassés  par  les  poètes  d'aucune  nation.  « 

L'éditeur  du  Parnasse  accïTANiEN  ne  pouvoit  guère  passer  sous 
silence  la  dispute  littéraire  qu'occasionna  la  publication  des  fabliaux  des 


(1)  Cette  dissenatian  est  iniitulêe,  Se  gli  Arabi  dttro  alcutia  }nfuai:^a  sulV 
êtigmi  dith  pocsia  mùdcrna  in  Europa, 


MAI   1820. 


^9  S 


xn/  et  XiU/  siècles.  M.  de  Kochegude  avance  et  a  raiM^n  d'avancer 
que  M,  Legrand  dénatura  la  qiiescion  :  eti  efi'et ,  H  s'agusott  de  prouver 
que  les  trouvères  a  voient  précédé  les  troubadours  i  et,  au  lieu  de  **attacher 
h  cette  discussion  defiirt,  M.  Legrand  entreprit  d'exalter  le  mérite  des 
premiers,  et  de  rabaisser  Je  inéiit^  des  retonds,  dont  il  m  connoissoit 
pas  (a  langue.  Mais  un  tort  plui  grave  de  M.  Legrând,  ce  lui  de  jeter 
des  semences  de  division  entre  les  auteurs  des  difiérentes  piirtics  de  la 
France,  quand  tous  contribuent,  chacun  selon  ses  moyens ,  h  faire  hon- 
neur k  leur  commune  patrie.  J'applaudis  d  autant  plus  à  ces  sentimensi 
que  je  les  avois  énoncés  dans  ce  Journal  (novembre  iSi^,  pûg.  ^S^Js 
en  parlant  des  troubadours  et  des  trouvères» 

Après  avoir  expliqué  les  causes  qui  durent  donner  au  langage  ceci- 
tanien  les  qualités  qui  le  caractérisent»  M.  de  Rochegude  indique  Ie$ 
sources  où  il  a  puisé  les  monumens  qu'il  publie*  Ce  vulujne  contient 
pf  es  de  deux  cents  pièces  de  différens  troubadours.  Dans  cette  collection 
publiée  par  AL  de  Rochegude,  les  pièces  des  divers  troubadours  sont 
précédées  d'une  notice  sur  leur  j>ersonne  ei  sur  leurs  ouvrages,  écrite 
en  langue  provençale,  toutes  les  fois  que  les  manuscrits  la  lui  ont  tour* 
nie  ;  il  a  même  inséré  quelquefois  cette  notice  sans  publier  auciin<î 
pièce  de  Tauteur. 

Comme  la  collection  ne  contient  que  le  texte  original,  sans  traduction , 
sans  commentaire,  sans  notes,  il  seroit  difficile  de  donner  une  id(!e 
précise  de  son  mérite  et  de  son  utilité  aux  personnes  qui  ne  cunnoissent 
pas  la  langue;  cependant  il  ei>t  des  observations  que  tous  les  litté- 
rateurs peuvent  apprécier,  sur^tout  ceux  qui  sont  familiarisés  avec  les 
autres  langues  de  I  Europe  latine. 

Le  comte  de  Poitiers  est  le  premier  troubadour  de  cette  coîlectîon, 
qui  contient  de  lui  une  seule  pièce.  Elle  me  fournit  l'occasion  dé  faire 
deux  remarques.  La  première  est  relative  au  mélange  des  vers  et  des 
rimes.  Quand  on  considère  que  le  comte  dy  Poitiers  a  écrit  avant  Fan 
1  100,  et  qu'on  trouve  dans  toutes  ses  pièces  des  formes  dîflerentes  et 
égaleoîent  heureuses,  soit  pour  le  jnélange  coml>iné  des  rîmes,  pour 
h  variété  de  la  mesure  des  vers,  soit  pour  rassujettissement  des  vers  et 
des  rîmes  à  des  retours  obligés  ,  on  ne  peut  disconvenir  que  ces  formes 
n'annoncent  une  littérature  qui  avoit  acquis  de  la  perfection;  ce  qui 
indique  évidemment  une  origine  déjà  ancienne. 

Je  rapporterai,  non  pour  les  idées,  mnk  k  cau5e  des  rimes  et  de 
1  harmonie,  un  couplet  de  Ja pièce  du  comte  de  Poitiers: 


Fn^  ai  lo  vers  no  sai  de  cui| 

E  trameirai  lo  a  celui 


J*ai  Un  le  vers  sur  je  ne  .sus  «jtiQJ , 
et  je  le  trausmrlirai  4  celui 


^p6  JOXJRNAL  DES  SAVANS, 

Que  lô  trametra  pcr  autrui 

Lai  ves  Anjauj 
Que  m  trameies  Jel  seu  est  ut 

Lo  contraclau* 


qui  le  transmettra  par  lutrul 

jusqu'en  Anjou, 
afin  tju'H  me  transmette  de  son  ctui 

la  contrc-cIcf. 


Une  autre  remarque  sera  relative  nu  genre  de  la  pièce  ;  c'est  une  sorte 
de  je  nesah  quoi ,  comme  Fauteur  Pappelle,  où  il  aflTecie  de  n  offrir  que 
des  idées  încohérenies,  des  propos  non  suivis.  J'avoue  que  ce  genre  est 
bizarre,  et  je  suis  /oin  de  demander  grâce  pour  le  mauvais  goût  qui 
J*avoit  inventé,  ni  pour  celui  qui  Tavoit  accueilli  :  mais  il  n'en  est  pas 
moins  certain  que  ce  faux  genre  n'est  que  Tabus  du  vrai  ;  et  quand  on 
!e  rencontre  dans  une  littérature,  il  est  permis  de  croire  quelle  remonte 
à  des  temps  reculés  i  parce  que  ces  sortes  de  raffinemens  étiîgmatiques 
ne  peuvent  amuser  que  les  personnes  qui  ne  se  plaisent  plus  aujt  pièces 
dont  la  simplicité  et  la  clarté  forment  le  caractère. 

Les  vers  du  comte  de  Poiriers  que  jai  criés,  ont  une  Jiarmonie  que 
des  oreilles  exercées  distinguent  fitcilement.  Voici  des  vers  de  Bernard 
de  Veniadour,  où  lenirelacemenl  des  rimes  masculines  et  féminines 
rend  Tharmonie  encore  plus  sensible.  Ce  troubadour,  qui  a  écrit  avant 
la  fin  du  XII.*  siècle,  est  Tun  de  ceux  qui,  par  le  nombre  et  Tagrément 
de  leurs  ouvrages,  méritent  le  [)lus  l'estime  des  lîitéraleurs. 

Ces  vers  sont  tirés  de  la  pièce  qui  commence  ainsi  : 


Quan  la  doss'  aura  venta 
De  ves  vasrre  pais  (i), 
M*  es  veiaire  qu*  icu  senta 
Odor  de  paradis  &c. 

De  domnas  m*es  vefatre 
Que  gran  fallimen  fan, 
Per  so  que  no  son  gaire 
A  mat  li  ïin  aman. 
leu  no  deu  ges  rctraire 
Mas  so  quVlas  voîdran; 
Mas  greu  mVs  q'uns  irichaire 
D'amor  ai'  ab  engan 
O  plus  0  atrestan 
Corn  ce!  qu'es  fins  amaire. 


Quand  k  doux  léphir  souffle 
du  cote  de  Yotre  pays, 
il  me  semble  que  je  rcipirç 
un  parfum  de  par  ad  b  &c. 

Il  me  semble  que  Ici  dames 

commeucnt  une  grande  erreur, 

attendu  que  icâ  vcrjt;ibles  amans 

ne  sont  guère  aimcs« 

Sans  doute  je  ne  dois  obtenir  d'elles 

que  ce  qu'elles  voudrunt  m'accortlcr; 

mais  il  mVst  pénible  qu*un  am.int 

trompeur  obtienne  par  artifice 

autant  et  même  plus 

que  Tamant  le  pîui  sincère. 


En  parlant  des  troubadours,  on  a  souvent  cîté  leurs  déclarations 
d*amoiir,  leurs  chants  langoureux,  qui,  dans  les  traductions,  ne  peuvent 

(i)  L'édition  de  M,  de  Rochegude  porte  nostre  pÂiys  :  dans  la  colleciiofi 
qtJe  je  public,  j'ai  împriitié  VOSTRE,  ainsi  cjue  le  seoi  l'exigeoil  et  que  les  uu* 
Aascrits  U  permettaient, 


MAI  1820,  ïï9f 

0âTir  ni  (a  grâce,  ni  Tharmonie,  ni  suj^tout  la  variéié  d'expressions,  qu'on 
distingue  dans  lotiginal  :  fe  ne  reviendrai  pas  sur  ce  point;  mais  fe 
dirai  quen  lisant  ces  poésies,  on  irouve»  dans  le  mérite  du  style  et  des 
images,  un  véritabfe  dédonimagemenl  de  la  trop  grande  uniformité  dei 
pensées  et  d*s  sentiniens. 

Quelquefois  tes  troubadours  se  permettoient  d'énoncer  des  opinion» 
et  de  feire  des  déclarations  qui  secartoient  des  formes  reçues;  et  je 
crois  en  donner  une  preuve  remarquable,  en  traduisant  la  pièce  sui- 
vante de  Pierre  de  Barjac,  qui  est  à  la  page  35  de  la  collection  : 

et  Tout  franchement,  belle  dame,  je  viens  devant  vous  recevoir  sans 
inquiétude  mon  congé  pour  toujours.  Je  vous  conserve  une  grande 
reconnoissance  pour  les  bontés  que  votre  amour  daigna  m'accorder» 
tant  que  feus  fe  bonheur  de  vous  plaire;  maintenant,  puisque  je  n'ai 
plus  ce  bonheur,  il  est  juste  que,  si  vous  voulez  vous  procurer  un  amant 
qui  fasse  mieux  votre  plaisir  et  votre* avantage,  je  ne  m'y  oppose  point  : 
soyez  certaine  que  je  ne  vous  en  voudrai  pas  ;  mais  nous  vivrons  poli» 
ment  et  gaiement  entre  nous,  et  nous  serons  comme  si  de  rien  n*eût 
été  (1). 

n  Aussi,  belle  dame,  je  prendrai  toujours  une  grande  part  à  ce  qui 
vous  intéressera;  je  veux  retenir  de  nos  anciens  rapports  ce  sentiment 
affectueux  auquel  il  ne  dépendrait  pas  de  moi  de  renoncer;  oui,  je  serai 
toujours  k  vos  ordres ,  excepté  que  je  n'accepterai  jamais  les  plus  doue 
bienfaits  de  l'amour ,  bien  que  vous  ne  soyez  pas  quitte  envers  moi  d'une 
charmante  promesse  sur  laquelle  vous  m  aviez  permis  de  compter.  Je 
ne  veux  pas  dire  que  je  fusse  indifférent  sur  vos  bontés;  si  fe  les  eusse 
obtenues  dans  fe  temps,  je  vous  avoue  qu'il  y  a  eu  teJIe  circonstance 
où  elles  auroient  fiit  mon  bonheur, 

»  Peut-être  imaginez -vous  que  c'est  un  mouvement  de  dépit  qui  me 
porte  ï  vous  parler  ainsi,  sans  que  je  le  pense  réellement  :  rassurez'vous , 
je  vous  donnerai  bientôt  des  preuves  de  ma  franchiset  J*aï  choisi  la  dame 
k  qui  désormais  j'adresserai  mes  hommages  ;  et  je  sais  que  vous  avez  choisi 
un  amant  qui,  malheureusement  pour  vous,  n'ajoutera  pas  à  votre 
gloire,  tandis  que  j*aîme  une  dame  qui  désire  obtenir  de  l'estime,  et  en 
qui  augmente  sans  cesse  la  grâce  qui  déchoit  en  vous.  Mon  ftmfe  ne 
peut  s'enorgueillir  d'une  naissance  aussi  illustre  que  la  vôtre,  mais  elle 
remporte  du  moins  en  beauté  et  en  mérite. 


(1)  J'avais  traduit  seulemem  le  premier  couplet  de  cette  pièce  dans  fouvragc 
întîtQÏé  Des  Troubadours  it  pes  C0UR5  d'amqur.  Parii,  che^Phriuiû 
Pîdot,  1817,  m- A*,  I  vol, 


ajl  JOURNAL  DES  SAVANS, 

»  Si  les  promesses,  si  les  scrmeus  que  nous  nous  sommes  faîti  fun  à 
rauLre,  j^euveni  >  au  jour  de  la  rupture,  nous  porter  malheur»  allons 
devant  un  prétret  je  vous  absoudrai  de  vos  eugagemens  ^  ei  vous  maU 
soudrez  des  miens;  el  alors  nous  pourrons  désormais  nous  abandonner 
plus  consciencieusement  h  un  autre  amour.  Si  je  vous  causai  jamais 
quelques  chagrins,  pardonnez-les  moi  :  je  vous  pardonnerai  de  même 
avec  siticérité;  car  un  pardon  n'est  valable  qu  autant  qu'il  est  accordé 
de  bon  cœur, 

ï»  Méchante  dame,  quoique  vous  m  eussiez  donné  de  justes  sujets  de 
jalousie,  je  ne  fis  jamais  rien  qui  pût  vous  déplaire.  Cependant  un 
jaloux  n*a  plus  ni  sens  ni  tsprit  ;  il  ne  sait  ni  ce  cju  il  dit  ni  ce  qu'il  6it  : 
on  ne  |J€UC  concevoir  la  douleur  qui  faccable  ;  il  n*a  de  repos  ni  soir 
ni  matin:  un  jaloux  ne  peut  se  tenir  nulle  part*  Aussi  vous  aimerez  à  être 
délivrée  de  moi.  il  vaudroit  mieux  être  atteint  de  la  lèpre  que  de  la 
jalousie  :  tous  les  lépreux  ne  sont  pas  insupportables.  V  ous  qui  me  deviez 
delà  fidélité,  comme  je  vous  dois  de  la  haine,  acceptez  mon  congé, 
car  je  me  donne  le  vôtre.  » 

II  se  trouve  dans  ce  recueil  plusieurs  j)îèce$  qui  pcrmeitroient  de 
présenter  le  talent  des  troubadours  sous  un  jour  três-fav  orable  :  je  ter* 
minerai  mes  citations  en  transcrivant  et  en  traduisant  une  pièce  très* 
agréable  de  Bertrand  de  Lamanon  {pûg,  iioj;  elle  est  du  genre  de 
celles  qu'on  appeloit  A  ubades. 


Us  cavaliers  si  jazîa 
Ab  la  res  que  plus  volia  ; 
Soven  ^  baisan ,  U  dizia  : 
Doussa  res,  icii  que  farai, 
Qu'el  jorn  ven  e  la  noich  vai! 

Ai! 
Qu'ieu  aug  que  la  gaîta  cria  ; 
Via  sus,  qu'itu  veî  \q  forn 
Venir  après  Taiba* 

Doussa  res,  s'esser  podia 
Que  jamais  alba  ni  dia 
No  fus,  gran  merccs  séria  , 
Al  mens  al  loc  ou  estai 
Fis  amies  ab  se  que  'l  plai. 
Ai!  &c. 

Doussa  res ,  que  qu  om  vos  diai 
No  crc  que  laU  dolors  sta 
CoQi  qui  partaïuic  d'amia,  ^ 


Urt  cfievalîer  *c  trou  voit 
Avec  l'objet  qu'il  préférojt  ï  tous  nutres; 
Souvent,  en  Icmbraisanf.  il  (ui  dboit: 
Charmaot  objet,  que  ferai-le  f 
Le  jour  vient ,  U  nuic  s'en  va; 

Ah! 
J'cnccudi  Jii  senti  neilc  cner  : 
Levci-vous,  je  vois  le  four 
5  avancer  npra  Taube^ 

Charmant  objet,  slf  pouvoit  se  Ïmtc 
Que  jiLmaiâ  oe  parut  ni  aube  ni  juur, 
Ce  se  rot  I  un  grand  avantage  » 
Au  moins  d^m  to»  lieux  où  ou  amanf 
Est  auprès  de  celle  q»*i!  aime. 
Ahî&c. 


^^sn  « 


Charmant  objet^quot  qu  on  puisse  vous  dire. 
Je  ne  crois  pai  qu*II  y  ait  de  douleur  ég^lc 
A  Là  kpatëtioii  (IVn  ami  et  d'une  amici 


MAI  1820. 


*W 


Allas!  quan  pauca  nokh  fui  ! 
Ail  âic. 


Douj^a  res,  feu  renc  ma  via; 
Vosiresci  on  que  ieu  sia; 
Per  Dieiij  no  nVobliderz  mia  ^ 
QuVI  cor  del  cor»  renia n  sai^ 
Ni  de  vos  mais  no  m  panrai, 
Ail&c. 

Dous5a  Tes,  s'ieu  no  u?  vezia 
Breumentz,  crezatz  que  morria, 
Qu*d  gran  désirs  m  auciria  ; 
Per  qu'icu  tost  retornarait 
Que  ses  vos  vida  non  au 

Aiî 
Qu'ieu  aug  que  la  gaita  cria: 
Via  sus,qu'ieu  vei  lo  jorn 
Venir  après  i*aïba. 


Je  l'éprouve  moi  même  à  présent. 
Hélas  !  que  k  nuîc  est  courte  ' 

Charmant  objet,  je  me  retire  ; 
Je  suis  à  vom  en  quelque  lieu  que  je  tiylii 
Au  tium  de  Dieu ,  ne  m  oubliez  pu  ; 
Mou  cecur  reste  auprès  de  vous  ; 

Non  jamais  je  n'en  serai  séparé. 
Ah  '  &c. 

Charmant  objet .  si  je  ne  vout  rcroyoi^ 
Bientôt,  croyez  que  je  mourroii. 
Oui,  mes  vifs dciirs  me  tuerotent; 
Aussi  je  retournerai  bientôt , 
Cir  sans  vous  je  ne  vis  poi. 

Ah! 
J'entends  b  scnthielle  crier  : 
Lcvci-vouî,  je  vois  le  jour 
S'jiTanccr  âpres  l'aube. 

Si  les  observations  ei  fes  ciiaiians  que  fai  faites  présentent  quelque 
intérêt  aux  personnes  qui  arment  à  s'occuper  de  la  langue  et  de  la  (itlé- 
rature  des  troubadours,  je  puis  assurer  qu'il  est  peu  de  ces  poètes  qui 
ne  m'ofiVissent  le  moyen  de  (aire  des  observattgns  et  des  citations  du 
même  genre;  forcé  d'abréger,  je  iraduirai  Tune  des  vies  ou  notices  qui» 
dans  quelques  manuscrits^  soot  ordinairement  placées  en  tête  des  ouvrages 
des  troubadours  ;  je  choisis  la  notice  sur  Bernard  de  Ventadour, 

ec  Bernard  de  Ventadour  naquit  dans  le  Limou*jin,  au  château  de 
n  Ventadour.  Il  fut  de  basse  extraction;  son  père  étoit  domestique  du 
3»  château  et  employé  à  faire  cuire  le  psin.  Bernard  étoit  bel  homme , 
»  adroit  :  il  chanta  J>ïen  ,  et  trouva  bieni  î!  f<^t  bientôt  courtois  et  savant. 
»  Le  vicomte  de  Ventadour,  son  seigneur,  prit  intérêt  à  lui  et  à  son 
n  talent t  et  1  honora  beaucoup.  Le  vicomte  avoh  une  femme  très- 
3»  gentille  et  très- gaie  ;  elle  fut  chirmée  des  chansons  de  Bernard ,  devint 
H  amoureuse  du  troubadour,  qui  s'enflamma  pour  ©Ile;  tellement,  qu*il 
»  consacra  ses  chansons  k  célébrer  sa  belle  daine.  Cet  amour  dura  long- 
»  temps,  avant  que  le  vicomte  ou  toute  auire  personne  s'en  aperçûtj 
n  mais  quand  le  vicomte  eo  fut  instruit,  il  sHrrita  contre  le  troubadour, 
«et  fit  resserrer  et  garder  la  datne»  qui  donoa  congé  à  son  amant, 
ap  Celui-ci  quitta  lacontrte,  et  se  rendit  auprçs  de  la  ducbçsse  çle  Nojr- 
»  mandie  :  elle  étoit  jeuae  et  d'un  grand  uiérite,  se  connois^oit  en  talcn^ 
îi  at  en  gloire,  et  apprécioit  IW^^^  louer  avec  grâce.  Les  dansons  et 

pp  1 


loo  JOURxNAL  DES  SAVANS, 

9  les  vers  de  Bernard  de  Venindour  lui  plarroîent  beaucoup.  Eile  Te 
»  reçut,  l*accueillit  avec  beaucoup  d'égards.  Il  demeura  long-temps  k  sa 
»  cour  y  devjnr  amoureux  de  la  duchesse»  qui  répondit  à  ses  sendinens: 
»  elle  devint  robjet  de  plusieurs  bo:: nés  chansons.  Tandis  qu'il  éroit 
>»  auprès  d'elle,  le  roi  Henri  d'Angleterre  Tépousa,  et  lemmena.  Ber- 
»  nard  resta  sur  le  continent  triste  et  chagrin;  il  se  rendit  à  la  cour  du 
»  bon  comte  Raimondde  Toulouse  ^  et  y  demeura  jusqu'à  la  mcrt  de  ce 
»  prince,  Bernard  en  ressentit  tant  de  douleur,  qu'il  se  retira  dans  un 
j»  cloître;  et  il  y  mourut.  » 

^  i.e  biographe  ajoute  :  «  Le  comte  Ebles  de  Ventadour,  qui  fut  fils  de 
»  la  vicomtesse  que  Bernard  avoit  aimée ,  me  raconta  à  moii  Huguei  de 
»Saint-Cyr,  ce  que  j'ai  fait  écrire  de  ce  troubadour.  » 

Je  ne  m  arrêterai  point  h  examiner  si  [es  réc-ts  du  biographe  s'nccor* 
dent  avec  les  ftits  et  les  dates  que  fournit  l'hi>toire  généiale;  mars  je 
ferai  remarquer  que  c'est  un  troubadour^  Hugues  de  Saint-Cyr,  quia 
dicté  la  notice  sur  Bernard  de  Ventadour  :  celte  circonstance  permet  de 
croire  que  les  notices  qui  précèdent  les  poésies,  sont  en  général 
Touvrage  de  personnes  instruites  et  distinguées.  On  trouve  dans  cette 
collection ,  avec  une  pièce  d'Hugues  de  Saint-Cyr  lut- même  >  une  notice 
sur  ce  troubadour. 

Je  crois  avoir  donné  une  idée  suffisante  du  mérite  Fittérairt  de  fa 
collection  qu'a  publiéeM.de  Rochegude:  j*aurai  à  parlerdu  Vocabulnira 
occitanîen.  On  ne  peut  qu'applaudir  à  la  manière  utile  et  honorable  dont 
un  militaire  distingué  a  occupé  ses  loisirs. 

RAYNOUARD, 


PouoRCêTiQUE  DES  Anciehs  ,  OU  de  F  Attaque  et  de  la  Défense 
des  places  arant  l'invention  de  hi  poudre  ;  par  M.  Dureau 
de  la  Malle ,  membre  de  f  Institut  foyal  de  France.  Paris ,  1 8  i  p, 
de  rimpiimerie  de  F.  Didot;  i  vol.  ia-SS  de  ^%%  pages, 
avec  sept  planches  liihographiées. 

Les  recherches  des  critiques  modernes,  tels  que  Juste-Lîpse,  Fofaid,. 
Maizeroy,  la  Luzeme,  &c* ,  ont  jeté  quelque  jour  sur  les  tUverses  branche» 
de  l'art  militaire  chez  ks  anciens;  cependant  il  s*enfaut  encore  beaucoup 
qu'ils  soient  parvenus  à  tout  expliquer  :  fes  uns^  fort  érudits,  mais  peu 
ttni%  dâui  la  matière  qu'ih  vouloient  éclaircir ,  n*om  pu  s'eaviromief 


^^^  TAÏ   1820. 

d*assez  de  mmîws  pour  interpréter  avec  succès  les  icxie»  tiïâëmy 
autres ,  fort  bons  militaires,  rryais  dépourvus  des  connoissances  phiiolo^  • 
gîquc*,  ont  trop  souvent  prêté  aux  anciens  leurs  propres  idées, 

La  poliorcéliqiJe,  ou  lart  de  l'attaque  et  de  la  défense  des  places; 
la  balistique»  ou  Tart  de  lancer  les  traits,  cher  les  peuples  anciens,  pré- 
sentent donc  encore  une  foule  de  difficuttés,  contre  lesquelles  on  a  jus- 
qu'ici Itiifé  sans  succès.  M.  Dureau  de  la  Malte >  qui  a  senti  ces  diffi- 
cultés, a  conçu  le  projet  de  les  soumettre  à  une  discussion  nouvelle» 
pour  tâcher  de  les  lever  entièrement ,  ou  du  moins  d  en  diminuer  beau- 
coup le  nombre.  H  s'est  proposé,  en  conséquence,  de  rc^unir  toutes  le^ 
notions  relatives  à  ces  deux  branches  de  Tart  militaire  dans  uii  travail 
général,  où  elles  soient  liées  entre  elles,  rapprochées,  et  éclairées  les 
unes  par  les  autres. 

Ce  vaste  sujet,  pour  être  traité  avec  succès,  t-xige  du  temps,  de 
lactiviié,  de  la  constance,  une  réunion  de  connoissances  toujours  diffi- 
cile à  rencontrer.  Il  na  point  effrayé  le  courage  et  I  ardeur  de  AK  Du- 
reau de  la  Malle*  Nous  allons  rendre  compte  du  premier  volume  de 
son  travail,  qui  comprend  Thistoire  de  la  poliorcétique  chez  les  Égyp- 
tiens et  chez  les  Hébreux*  Quoique  ce  volume  ne  soit  qu'une  partie 
d'un  tout,  il  forme  cependant  à  lui  seul  un  ensemble  séparé.  Nous  ap- 
pellerons Tatteution  de  Fauteur  sur  les  poinis  qui  nous  ont  paru  laisser 
quelque  chose  à  désirer;  et  nous  avons  respoir  que  nos  observations  ne 
lui  seront  pas  inutiles  pour  la  suite  de  ses  recherches. 

Pour  se  fil  ire  une  idée  de  Tétat  de  la  poliorcétique  chez  les  Égyp- 
tiens, il  fàudroit  comioître  la  construction  des  foriei esses  qu^ils  ont 
élevées,  les  machines  de  guerre  dont  ils  se  sont  senîs  :  cette  connoi^^ 
sance  peut  s'acquérir  par  des  monumens,  ou,  à  leur  défaut,  par  des 
descriptions  bien  ftiîtrs  d'écrivains^  qui  auroient  eu  ces  objets  sous  les 
yeux.  Les  monumens  de  ce  genre  manquent  presque  enuèremeni  en 
Egypte;  et,  quant  au  témoignage  des  auteurs,  M.  Dureau  de  la  Malle 
atteste  lui-même  que  «les  récits  des  Grecs  sont  de  maigres  abrégés , 
J>  dépourvus  des  détails  nécessaires  pour  assurer  et  préciser  les  idées,»:» 
Dans  ce^  dénuement  absolu  ,  ce  savant  a  recours  aux  bas-reliefs  ou  ana- 
glyphes  représentant  des  scènes  guerrières,  sculptes  sur  les  temples  de 
la  Thébaïde.  Les  deux  premières  parties  de  son  ouvrage  sont  consacrées 
i  lexplication  de  ces  dîfiérenies  scènes. 

Avant  de  procéder  à  cette  explication,  M.  Dureau  de  la  Malle  se 
livre  à  quelques  considérations  sur  le  degré  de  confiance  qu*il  con- 
vient d'accorder  aux  auteurs  anciens  qui  ont  parlé  de  fLgy^pte,  princi- 
palement à  Hérodote,  i  Manéthon ,  à  Ôiodore  de  Sicile,  II  prend  contre 


joz  JOURNAL  DES  SAVANS, 

M.  Larcher  la  dcfense  du  dernier  historien,  et  tnonlre«  put  dçty^  ' 
sotis  qui  nous  ont  paru  bien  déduite»,  que  Diodore  a  élé  traité  avec 
beaucoup  d  •  rigueur  par  le  traducteur  d'Hérodote,  Sans  nous  laisser 
entramer  à  l:i  prévention  défavorable  que  M,  Larcher  élève  contre  le 
témoignage  de  Diodore  de  Sicile,  nous  craindrions  de  prendre  autant  à 
la  lettre  que  le  fini  M,  Dureau  de  la  Malle,  le  récit  de  cet  historien 
sur  les  découvertes  et  les  expéditions  d^O^iris.  Les  écrits  des  Grecs  pré- 
sentent pluMeur^  fois  la  preuve  irrécusable  que  les  prêtres  égyptiens, 
passablement  entêtés  de  fantiquité  de  leurnation,ont  beaucoup  abusé  de 
il  crédulité  des  voyageurs  qui  leur  rendoient  visite;  et,  par  exemple,  il 
est  permis  de  croire  qu'en  expliquant  h  Sirabon  (  i  )  eiii  Gennanicus  (2) 
les  hiéroglyphes  qur,  selon  eux,  faisoienl  mention  des  ricljesses,  des 
innombrables  armées  et  des  conquêtes  de  leurs  anciens  rois,  ils  ont  un 
peu  compté  sur  h  difficufré  quM  y  avoit  it  reconnoître  si  ces  hiéroglyphes 
disoient  réellement  ce  qu'ils  leur  faisoient  dire:  du  moins  esl-il  prudent 
de  ne  pas  trop  presser  les  conséquences  de  pareils  faits  *,  et  nous  aurions  * 
désiré  qu'à  cet  égard  M.  Dureau  de  la  Malle  eût  montré  plus  de  réserve* 

Cette  première  partie ,  qui  contient  d'ailleurs  des  rapprocheinens  nou- 
veaux, ii*e&t  pas  tellement  nécessaire  au  plan  de  fauteur,  que  nous 
devions  nous  y  arrêter  plus  lorvg-tenips  ;  nous  passerons  à  la  seconde, 
consacrée  principalement  à  lexplication  des  scènes  guerrières  peintes 
ou  sculptées  sur  les  tempJes  de  Thèbes. 

Ces  tenifïles  offrent  une  énorme  quantité  de  ces  sculptures.  Il  auroit 
failu,  disent  les  membres  de  la  Commission  d  Egypte,  une  année  entière 
pour  les  copier:  aussi  nen  oni*ils  pu  destiner  qu'une  trés-foible  partie, 
M.  Duroau  de  la  Malle  a  mis  à  contriijution  non-seulement  les  belles 
planches  de  Touvrage  sur  TÉgypte,  mais  ks  dessins  de  i\L  Denon,  ceux 
de  M.  Hatnihon,  et  le  juurnal  tnanuscrit  dont  ce  savant  voyageur  lui 
a  donné  communication^  'i 

M*  Dureau  de  la  Malle  regrette  que,  dans  le  nombre  des  sujets  re- 
présentés sur  les  bas  reliefs  dessinés  jusqu'ici ,  il  ne  se  trouve  point 
de  siège  de  ville  proprement  dit  :  un  seul  bas-relief  du  toml)eau  dO^y* 
inandiai  représente  fattaque  brusque  d'une  {r>rlere«se;  deux  autres,  des 
batailles  sous  les  remparti  de  deux  villes  Ibriihées,  ou  plutôt  de  deux 
fortins.  C  e>t  Bien  peu  pour  faire  connoîire  ia  poliorcérique  des  Égyp- 
tiens :  aussi  verrons-nous  que  ces  bas  reliefs  apprennent  biçn  peu  de 
chose. 

De  même  que  MM.  Jollois  et DeviHiers, auteurs  de  la  Description  de 

fi)  SiTab.  x^'it,  f.  8*6. ^{x)  Tacit.  Annai  U ,  60, 


MAI  l820,  t«3 

Thèbes,  M.X)vreau  de  la  Malle  voit  sur  ces  baft-reliefs  des  guerres  faites 
hors  de  f Egypte:  il  croît  même  pouvoir  y  distinguer  les  trois  races  qui  i 
dil-il,  se  partiigent  l'ancien  monde;  la  raa  caucasienne  eu  européenne, 
ta  TMCi  t^grt,  la  rc^ce  asiatique  ou  mongole  i  et  il  cherche  à  prouver  que 
'a  scène  de  ces  combats  se  passe  dans  la  région  du  Caucase.  Comme 
cette  opinion  se  ratuche  à  des  faits  historiques  encore  très-obscurs 
auxquels  elle  donneroit  une  grande  consistance  »  nous  allons  mettre  le 
lecteur  en  état  d'apprécier  la  validité  des  preuves  que  lauteur  apporte 
à  l'appui  des  idées  qu'il  présente. 

Sur  la  face  nord  du  palais  de  Carnak,  on  voit  un  héros  égyptien 
jnonté  sur  un  char  dont  les  chevaux  sont  lancés  au  grand  galop.; 
il  poursuit  dans  |a  plaine  les  ennemis»  qui  fuient  vers  une  forteresse 
crénelée,  carrée,  à  deux  enceintes,  située  au  sommet  d'un  escarpemenr: 
cet  escarpement  est  formé  de  trois  gradins ,  que  M.  Dureau  de  la  Malle 
prend  pour  des  banquettes  recouvertes  de  gazon  (  i  ^  semblables  au  glacis 
de  nos  places  fortes.  Cette  indication  poUorcitique  seroit  curieuse,  si  elle 
étoit  sûre;  mais,  comme  ces  banquettes  s'élèvent  en  échelons  les  unes 
au-dessus  des  autres,  il  est  bien  plus  vraisemblable  qu  elles  représentent 
\ts  rampes  d'une  montagne,  au  sommet  de  laquelle  la  forteresse  est 
bâtie.  Dans  tous  les  cas ,  nous  ne  partagerions  pas  Fopinion  de  M.  Du^ 
reau  de  la  Malle,  qui  les  compare  à  ces  glacis  escarpés  que  Josèpbe 
et  Diodore  placent  au-devant  des  murs  de  Méroé  et  de  Memphis.  Ces 
auteurs  parlent  non  de  glacis  escarpés,  mais  de  chaussées,  de  digues 
[A^iua7«t]  élevées  au  devant  des  murs  de  ce:»  villes',  situées  en  plaine, 
j7our  détourner  le  courant  du  fleuve  pendant  Tinondation  (2). 

Venons  au  lieu  de  la  scène  représentée  sur  ce  bas-relief  et  sur  d'autres 
représentant  aussi  des  sujets  militaires  ;  car  M.  Dureau  de  la  Malle  re- 
connort  qu'elle  se  passe  dans  le  même  pays.  En  avant  de  la  forteresse, 
on  voit  des  arbres  paraissant  avoir  la  forme  des  conifères.  M.  Duretu 
de  la  Malle  remarque  que  cette  forme  de  quenouille  n'est  propre  qu'à 
trois  espèces  d'arbres,  parmi  les  vingt- cinq  mille  végétaux  que  nous 
connoissons  aujourd'hui  ;  ce  sont  le  cyprès  pyramidal  /  cupressus 
sempcT'virens ] ,  le  peuplier  é^lulie  f  populus  Italica^  ou  fasligiaio-J , 
et  le  chêne  pyramidal  de  Portugal  [quercusfasiigiataj.  Rapprochant 
ensuite  ce  premier  caractère,  de  diverses  circonstances  qu'offrent  fes 
autres  tableaux,  il  cherche  à  établir  par  la  forme  du  crâne  des  person* 


(i)   Voj^,  Description  de  l'Egypte,  pL  ^0,  A.  vol.  Ul^fig  ^*  —  W  Diod. 
Sic.  i ,  Pi  Joseph.  Anu  Jud,  II,  io. 


î*4 


JOURNAL  DES  SAVANS, 


nages»  par  leur  cosrume,  leurs  armures ,  que  la  scène  a  dû  se  passer» 
!•*  dans  un  clhnar  tempéré  »  mais  sujet  à  de  fréquentes  vicissitudes 
de  froid  et  de  chaud;  2/  dans  un  pays  de  montagnes»  Pour  découvrir 
quel  est  ce  pays,  Fauteur  procède  par  élijninaiion.  Des  trois  espèces 
d'arbres  à  forme  pyramidale,  deur  habitent  le  Portugal  et  Tlialie,  dont 
on  Jes  croit  originaires;  reste  le  cyprès  pyramidal,  dont  fa  pairie  est 
Ja  Grèce  et  TA^ie  mineure:  M.  Dureau  de  la  Malle  remarque,  dans 
deux  de  ces*  tableaux,  des  bœufs  qu'il  croit  être  de  race  européenne, 
parce  qu'ils  ont  de  petites  carnes ,  tournées  en  avant;  ce  qui  le  confirme 
dans  lïdée  que  îa  scène  se  passe  dans  l'Asie  mineure ,  en  Colchide , 
pays  où  Hérodote  dit  que  les  Egyptiens  laissèrent  une  colonie.  Les  hr** 
birans  de  la  Colchide,  d'après  les  traits  recueîHis  par  M.  Dureau  de  U 
Malle,  lui  semblent  avoir  du  rapport  avec  les  guerriers  figurés  dans  les 
bas-reliefs  des  temples  de  Thèhes  :  il  croit  même  pouvoir  assigner 
quel  peuple  de  la  Colchide  s'y  trouve  représenté,  et  it  s'arrête  aux 
Mûsyneques,  Sans  doute,  fauteur  a  fait  preuve  d'érudition  et  de  sagacité 
dans  les  rapprochemens  dont  nous  venons  de  présenter  fanalysci  mais 
ces  rapprochemens  et  ces  recherches  conduisent-ils  à  des  résultats  qui 
nient  quelque  certitude!  Voilà  ce  que  nous  n'oserions  assurer;  et  peut- 
être  qu*à  raison  des  conséquences  historiques  que  M.  Dureau  de  la  Malle 
tire  de  ces  rapprochemens,  nous  devons  lui  indiquer  franchement  les 
principaux  motifs  de  nos  doutes, 

I  •''  Le  caractère  tiré  de  (a  forme  pyramidafe  ou fitsifdrmJtâes  arbres,  sur 
lequel  il  insiste  de  préférence  et  qu'il  regarde  comme  îndubitdble  ,  nous 
paroît  extrêmement  incertain;  et  M.  thireau  de  la  Malle  auroit  été  de 
notre  avis,  si,  au  lieu  de  s'arrêter  à  un  seul  bas-relief,  il  eût  examiné 
aussi  les  autres  planches  de  l'ouvrage  sur  TEgypte.  Or  il  est  si  peu  vrai 
que  cette  forme  d'arbre  indique  la  Colchide  ou  tout  mtre  pays  hors  de 
f*Egypte,  qu'on  la  retrouve  dans  plusieurs  %cèv\t$  de  la  vie  civile  des 
Egyptiens  :  1  ,**  sur  le  grand  bas-relief  d'EIethyia  qui  représenteles  travaux 
du  labourage,  de  la  pêche,  de  (a  chasse,  en  Egypte  (1);  1.*  iur  un 
autre  bas-relief d'Elethyia  [t] ,  où  1  on  volt  toutes  les  cérémonies  relatives 
è  rembaumement  et  à  ta  sépulture  d*un  L^piien  {  çelui-çî  esf  d'autant 
plus  remarquable,  quil  offre  deux  rangées  d'arbres  :  Tune  d^  pa/mlm , 
bien  disdnceement  représentés;  l'autre  de  ces  sitbte^fuîffirmes  )  ;  j.*  sur 
un  bas-relief  de  Thèbes  oît  il  ne  s'agit  ni  de  guerre  ni  de  siège ,  ni  de 
Caucase  ni  de  Colchide  (j);  4*'*  ^^^  ^^  hypogées  de  Beny-Hasan, 


(1)  Description  de  TÉgypic  antîq.  voL  /,  pi  6$,  n/^,  —  (2)  Eadnn ,  pi,  70, 
»••  î-—  (J)  ^aitm,  vol.  lil,  pi.  14,  n.»  4. 


,    .    MAI   1820.  -^    •  joj 

oîi  sont  représentées,  comme  dans  les  grottes  d'EIeihyia,  des  scènes  de 
la  vie  civile  des  Égyptiens  (1);  5.'' enfin  sur  deux  papyrus  trouvés  dans 
les  hypogées  de  Thèbes  :  en  tète  de  I^écriiure  ,  on  voit  diverses  scènes,  et 
entre  au  rres  une  de  labourage;  au  milieu,  s'élèvent  des  arbres  de  cette 
ibnne  (2)  ;  et  en  général,  j  observe  qu'on  les  trouve  principalement 
dans  des  scènes  de  ce  genre.  Ces  rapprochemens  prouvent  sans  réplique 
que  cette  indication,  dont  M.  Dureau  de  la  Malle  a  cru  tirer  un  grand 
parti,  n'a  rien  de  commun  avec  les  Mosynèques,  Il  est  fort  possible  que 
ces  arbres  soient  réellement  des  cyprci,  comme  on  i'avoît  déjà  soup- 
çonné (j).  A  vrai  dire,  je  ne  vois  aucune  raison  bien  solide  pour  nier 
qu'if  y  ait  eu  autrefois  des  cyprès  en  Egypte,  comme  il  y  en  a  maîjite- 
nant  ;  ou  bien ,  plutôt ,  c'est  \xne forme  de  convention  adoptée  par  les  ariistei 
^gypîîens  pour  exprimer  grossièrement  et  indistinctement  tous  les 
arbres  autres  que  le  palmier  ;  et  Tun  des  dessins  cités  plus  haut  don- 
neroit  quelque  poids  à  cette  conjecture.  Ce  qui  prouve  d'ailleurs  que 
ce  n est  quune  représentation  bien  grossière,  c est